‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 347 sur 552 · GRANDMESNIL — GRAND-RÉFÉRENDAIRE · texte numérisé non relu

GRANDMESNIL — GRAND-RÉFÉRENDAIRE

GRANDMESNIL (Jean-Barriste FAUCHARD LE) comédien célèbre, le meilleur grime qu’ait peut-êlre jarnais possédé la Comédie-Française, naquit en 177 A Paris, où son père exerçait avec quelque distinction la profession de dentiste. Celui-ci fit donner à son fils une excellente éducation; et quand il eul terminé ses études juridiques, il le mit à même de s’établir comme avocat. Les débuts du jeune Grandmesnil au barreau ne furent pas sans succès; il eut le bonheur d’ailleurs de rencontrer une de ces causes qui lancent tout de suite un avocat. Il s'agissait d’un procès que le fameux Ramponneau, ce Silène des Porcherons, faisait à un sieur Gaudon, entrepreneur d’un théâtre forain qui l'avait engagé pour paraître sur ses tréteaux, spéculant, comme c'était certes bien son droit, sur l’inconcevable caprice de la société parisienne, qui avait un beau jour fait une véritable notabilité d’un ignoble cabaretier dont la grotesque figure constituait d’ailleurs tout Le mérite. Gaudon avait pensé que le publie, qui allait se faire écraser aux Porcherons pour entrevoir Ramponneau à son comptoir et dans lPexercice de ses fonctions, ne manquerait pas d’accourir à la foire Saint-Laurent pour y contempler tout à son aise, et sur des banquettes bien rembourrées, les traits du héros du jour, à qui les vaudevillistes, fournisseurs habituels de son théâtre, taillèrent un bout de rôle dans un canevas comique arrangé pour la circonstance. Ramponnéau, après avoir pendant quelque temps exécuté le contrat, essayait de s’y soustraire en allégnant notamment que sa conscience ne lui permettait plus de se prêter au rôle de baladin qu'un spéculateur sans pudeur lui faisait ainsi jouer. C'était en plein règne de M°° Dubarry que la chose se passait. C'était une véritable cause grasse que les clercs de la Bazoche eussent bien voulu pouvoir plaider lors des saturnales de la fable de marbre. Voltaire lui-même ne dédaigna pas de s’en mêler et de publier à ce sujet un spirituel factum. Grandmeé®nil, Jui aussi, en tira habilement parti. Plus tard, l'établissement du parlement Maupeou, en le mettant à même de faire de l’opposition comme on en pouvait faire alors, appela encore sur lui l'attention; mais son père, qui lui avait acheté une charge de conseiller de l’amirauté, et toute sa famille, désapprouvèrent ces velléités d’indépendance. A ces désagréments vinrent se joindre quelques contestations avec ses propres confrères du barreau ; et de guerre lasse, Grandmesnil résolut de renoncer à une carrière qui ne lui offrait qu'embarras et tracasseries, pour en choisir une plus conforme à ses goûts. Il disparut.

Longtemps on ignora ce qu’il était devenu. Enfin, on apprit qu'il jouait la comédie à Bruxelles, dans les rôles dits de grande livrée. Plus tard, il fut successivement attaché à différents grands théâtres de province, notamment à ceux de Marseille et de Bordeaux ; mais ce ne fut que bien tard, lorsque déjà il avait cinquante-deux ans, que sa réputation, parvenue à Paris, engagea MM. les comédiens ordinaires du roi à essayer de l’attacher à leur compagnie, Grandmesnil comprit que le temps avait marché aussi pour lui, et que son âge et son physique ne convenaient plus aux rôles auxquels il devait sa célébrité. En débutant sur la scène de ja Comédie-Française, alors installée à l’Odéon, ii se décida à aborder les rôles dits à manteaux, et parut pour la première fois dans le rôle d’Arnolfe de L'École des Femmes I aborda ensuite les rôles de Francaleu de la Métromanie, du Commandeur du Père de Famille, de Chrysale des F'emmes Savantes, d'Orgon de Tartufe, etc., etc. Son succès fut incontes{é ; cependant, on ne voulut admettre que pour iouer les w/ilités ; et Grandmesnil, justement froissé, abandonna bientôt la Comédie-Française pour passer au théâtre rival qui venait de s'établir rue de Richelieu, et qui prenait le titre de Théâtre de la République. Ce ne fut qu’en 1799, lors de la reconstitution complète de Ja Comédie-Française, qui vint SCtablir dans la salle qu’elle occupe encore en ce moment, que Grandmesnil y fut admis avec le titre de sociétaire. Les contemporains le dépeignent comme un homme d’une taille très-élevée, maigre, mais doué de la physio-

| nomie la plus expressive. Il excellait dans les vieillards, et

le rôle de l’Avare était son triomphe; peut-être bien est-ce à cette circonstance qu'il faut attribuer la tradition de coulisse qui le représente comme ayant dans ses habitudes privées poussé l’économie jusqu’à la parcimonie. Grandmesnil était, au reste, du petit nombre de ces acteurs auxquels les salons ne sont pas fermés, et à qui leur vie honorable, leurs mœurs honnêtes, non moins que leurs manières élégantes et polies, assurent toujours une place distinguée dans la bonne compagnie. Il prit sa retraite en 1811, à l’âge de soixante-quatorze ans. Déjà depuis longtemps il était professeur au Conservatoire, et l’Institut le comptait au nombre de ses membres, pour la quatrième classe ( Académie des Beaux-Arts). Il mourut en 1815. Sa mort fuf hâtée par le chagrin profond que lui causèrent les dévastations commises par les troupes ennemies dans le petit domaine de Grandmesnil, situé non loin de Versailles, que lui avait laissé son père.

GRAND-MOGOL,. On nommait ainsi les princes de la dynastie mahométane fondée dans les Grandes-Indes, en 1526, par Babour, arrière-pelit-fils de Tamerlan, à cause de leur origine mongole. Mais eux-mêmes prenaient le titre persan de chah, de même que la langue persane était celle en usage à leur cour et dans leur gouvernement. Les plus célèbres souverains de cette dynastie furent, après Babour, Akbar et Aureng-Zeyb. Quoiqu'ils aient vu leur immense empire tomber successivement en décadence, jusqu'à ce qu’enfin, en 1803, le chah Alum JI fut témoin de sa ruine complète, par suite de la prise de Delhy, sa capitale, tombée alors au pouvoir des Anglais, qui le firent lui-même prisonnier, les représentants de la dynastie des Grands-Mogols continuent encore aujourd’hui à conserver les attributs extérieurs de la puissance suprême, qu’exercent de fait en leur nom les agents de la {rès-honorable Compagnie des Indes. Celle-ci leur a constitué une liste civile magnifique, les a entourés de tous les honneurs extérieurs de la souveraineté, et leur a assigné Del h y pour résidence, afin de les y avoir constamment sous sa stricte surveillance. En 1858 le dernier descendant de cette dynastie, Mohammed Bahadour, arrêté et mis en accusation pour les encouragements qu’il avait donnés à la révolte des cipayes, fut condamné à la déportation, Il mourut peu après.

GRAND-ORIENT, Voyez FRANC-MAÇONNERIE.

GRAND-PRÉNÔT. Voyez Prévôr.

GRAND-PRIEUR, religieux qui tenait le premier rang dans une abbaye où il y avait plusieurs supérieurs, comme à Cluny, à Fécamp, àSaint-Denis. Les ordres militaires et religieux de Saint-Jean de Jérusalem, ou de Malte, et des Templiers avaient aussi leurs grands-prieurs.

GRAND-PRINCE, titre que prenaient autrefois le souverain de Moscou et plusieurs autres princes souverains de la Russie, notamment ceux de Kiewet de Novogorod, comme aussi le souverain de la Lithuanie, et par la suite, en celte qualité, les rois de Palogne. Aujourd'hui encore l'empereur de Russie prend le titre de grand-prince de Smolensk, de Lithuanie, de Volhynie, de Podolie et de Finlande ; et avec la qualification d’altesse impériale qui y est jointe, ce titre est donné aux différents princes et princesses de la famille impériale. On le remplace généralement cependant dans lesusages diplomatiques par celui de grand-duc. L’empereur d'Autriche est de tous les autres souverains européens le seul qui prenne encore le titre de grand-prince, à savoir : grand-prince de Transylvanie, depuis qu’en 1765 l’impératrice Marie-Thérèse a érigé cette province en grandeprincipauté.

GRAND-QUEUX. Voyez Queux.

GRAND-REFEÉRENDAIRE. En 1814, le sénat, à qui Napoléon avait expressément délégué la haute mission de veiller à la conservation des institutions impériales, aurait pu être une source d’embarras pour le gouvernement. provisoire : on s’empressa d’acheter son adhésion au nouvel] ordre de choses inoyennant l’engagement pris de faire accor-

der par le gouvernement royal qu’on allait restaurer une pension de 36,000 francs par an à chacun des sénateurs, pension réversible à raison du tiers sur la tête des veuves, et réprésentant tout juste la dotation que leur avait constituée l'empire. Lesplus adroïts eurent en outre à l'oreille promesse d’être compris dans la pairie dont Louis XVIII devaitgratifier la France. L'un des entremetteurs les plus actifs de cette transaction fut le comte de Sémonville.Ancien avocat général au parlement et doublure de Talleyrand pendant toute la durée du drame révolutionnaire, il savait bien qu'à Dambray devait revenir de droit la présidence de la chambre des pairs, en sa qualité de chancelier de France, Louis XVIII luien ayant expédié le brevet dès son avénement au trône, c’est-à-dire aussitôt après la mort du dauphin, fils de Louis XVI. Sémonville, qui reprenait son titre de marquis, que lui avait enlevé la nuit du 4 août 1789, eut l’esprit de persuader aux faiseurs d’alors qu’il y avait intérêt pour le nouveau régime à lui créer, sous le titre tout nouveau de grand-référendaire, une place en dehors des orages de la politique, et dont les fonctions, sans précédents ni analogues ex Angleterre, consisteraient à faire, au prix de 80,000 francs par an, pour là chambre haule ce que de simples questeurs faisaient, moyennant 12,000 francs, pour la chambre élective et rofurière, e’est-à-dire à administrer le budget intérieur de ce corps, à le dépenser pour son plus grand lustre et aussi pour le plus grand profit de l’idée monarchique. Quant à la qualification imaginée, en fouillant bien dans nos anciennes annales, on eût peut-être fini par trouver que sous les rois de la seconde race le fonctionnaire préposé à la garde du sceau de l’État avait le titre non pas de chancelier, lequel n’apparaît que sous les rois de la troisième race, mais de référendaire, referendarius. Il n'était dès lors pas difficile de prouver que créer un grand-référendaire était l’idée la plus essentiellement conservatrice qui pôt éclore dans une cervelle royaliste. Ainsi fut fait ; et Sémonville jouit de cette fructueuse sinécure tant que dura la Restauration. Il réussit même à la sauver, en 1830, du naufrage dans lequel vint sombrer la monarchie légitime; mais la place était trop belle pour ne pas être alors le point de mire de bien des cupidités. En homme habile, Sémonville n’attendit pas qu’on vint, sous le prétexte de son grand âge, lui demander sa démission; il s’arrangea donc, en 1834, avec M. Decazes, qu’il savait être destiné par Louis-Philippe à le remplacer à la première occasion favorable, et céda à ce conseiller intime du roi citoyen un titre et des fonctions qu’il ambitionnait ardemment , en se réservant toutefois, sa vie durant, la moitié du traitement qui y élait affecté, Toujours adroit et heureux, Sémonville vécut encore cinq années après cet édifiant compromis. Mais son successeur eut, pour se consoler d’un marché où il avait évidemment joué le rôle de dupe, neuf années de pleine et entière jouissance de tous les priviléges et avantages spécifiés plus haut; et il n’a rien fallu moins que l’ouragan de février 1848 pour lui faire perdre la tant douce habitude d'émarger chaque mois, pour ses menus plaisirs , les zontributions de trois villages.

Avec le sénat de 1852 reparut un nouveau grand-référendaire. Le sénat de Napolron Ier n’en avait point, Cette charge, véritable sinécure, eut pour premier titulaire le général d'Hautpoul, et de 1865 à 1870 Ferdinand Barrot.

GRAND SAINT-BERNARD. Voyez Sainr-Ber- NARD.

GRANDS AUGUSTINS. Voyez AUeusTINs.

GRAND SCHISME. Voyez SGHISME.

GRANDS D’ESPAGNE. Voyez GRaNDESsE.

GRAND-SEIGNEUR, Terme de relations en usage pour désigner le souverain de l'empire ottoman, dont la &eule qualification officielle, dans tous les documents et traités diplomatiques, est celle d'emper aur etdepadischah, ou encore de sultan.

GRANDS-JOURS. On nomma ainsi jusqu'à la fin du dix-huitième siècle des assises extraordinaires établies

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