‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 350 sur 552 · GRANDVAL — GRANET · texte numérisé non relu

GRANDVAL — GRANET

vice puni , suivi d’un petit dictionnaire de l’argot des greux et filous, de la tragédie du Persifleur, et des comédies du Quartier d'Hiver, du Valet Astroloque et du Camp de Porchefontaine, avec Fuzelier, Legrand et Quinaull. Grandval fils, à dix-huit aus, débuta par le rôle d’'Andronic dans la tragédie de Campistron,ety obtint un succès extraordipaire, malgré un grasseyement assez fort, seul défaut du reste qu’on püt lui reprocher, et auquel on s’accoutumait aisément. Après avoir rempli pendant quelques années les seconds rôles , il succéda à Dufresne dans les premiers emplois tragiques , joua les petits-maïitres et les caractères dans la comédie, et acquit une grande réputation. Il avait renoncé à la scène dès l’âge de cinquante ans; mais la médiocrité de sa fortune le força d’y reparaitre dans Le Misanthrope. Jaloux d’un succès qui leur portait ombrage, les comédiens le firent silfler dans Alzsire, et le forcèrent à quitter pour toujours le théâtre. 11 alla vivre à la campagne près de Ml° Dumesnil, y recevant de nombreux amis qu’y attiraient son mérile et son caractère. Il mourut à Paris, le 24 septembre 1784. La Harpe, chose rare, en fait l’éloge dans sa correspondance : « C'était, dit-il, le seul de tous les comédiens qui jusque ici ait eu sur la scène l'air d’un homme du monde. » Poëte par délassement, il composa quelques pièces pétillantes d'esprit et de finesse : L'Eunuque, ou la fidèle infidélité, Agathe, les Deux Biscuits, Léandre et Nanetle ou le double quiproquo, et Le Tempérament, faisant partie, les trois premières du moins, du Zhéâtre de Campagne, recueil de parades (Paris, 1758, in-8°), réimprimé plusieurs

fois.

GRAND-VENEUR. Voyez VENEUR.

GRAND VILLE (JEAN-IGNACE-IsibORE GÉRARD , dit), dessinateur contemporain, d’un talent vraiment et légitimenent populaire, naquit à Nancy, en 1803, et s’en vint à Pâge de vingt ans chercher fortune à Paris, avec un capital de 300 francs pour toute fortune au monde. C’est assez dire combien pénibles furent ses premiers pas, et à quelles rudes épreuves il se vit condamné avant de pouvoir se faire remarquer et apprécier. Après avoir pendant quelque temps fréquenté l'atelier d’un peintre appelé Lecomte, il céda à Ja nécessité de faire du métier pour subsister, et consentit à dessiner des costumes pour un spéculateur qui, suivant un antique et solennel usage, oublia précisément de le payer. Une autre spéculation ne lui réussit guère davantage. Il se mit à faire pour un entrepreneur une suite de dessins lithographiés représentant Ze dimanche d'un bon bourgeois, ou les tribulations de la petite propriété. L'éditeur ne réussit pas; ses créanciers firent saisir les dessins de Grandville , qui eut toutes les peines du monde à obtenir d’être payé de son travail, et encore à un prix fort réduit. Si ce travail éfait demeuré à peu près infructueux pour lui, il eut tout au moins Pavantage de le faire connaître des éditeurs ; aussi quand il put publier, en 1828, les premières planches d’une collection de charmantes critiques de mœurs, connues sous le nom de Méfamorphoses du jour, obtint-il enfin un succès franc et décidé, qui eut pour résultat de Je lancer complétement. Aujourd’hui encore ces dessins, où figurent toujours des personnages à tête d'animaux, après avoir été reproduits, imités et contrefaits de toutes les manières, conservent une certaine valeur dans le commerce.

La révolution de Juillet 1830 vint bientôt fournir au crayon éminemment caustique et philosophique de Grandville des sujets bien autrement nombreux, en Jui livrant les traits de tous les hommes qui secondèrent Louis-Philippe, On peut dire des caricatures si vraies, si franches, si gaies, où il les fit tous successivement poser, qu’on y trouve les portraits les plus ressemblants des divers personnages influents de ce temps. Avec Decamps, Grandville devint ?âme de £a Caricature, journal dont les collections complètes se vendent aujourd’hui fort cher. Son Convoi de La Liberté, sa Basse-Cour, son Mät de Cocagne et tant d’autres planches qu’il fournit à ce recueil , resteront comme de précieux fable ux de notre histoire contemporaine .

Quand les lois de septembre vinrent rétablir Ja censure préalable pour les œuvres du dessin, et briser ainsi dans la main de l’ingénieux artiste le crayon de la satire, Grandville, en attendant des jours meilleurs que malheureuse ment il ne devait pas lui être donné de voir, se consola de la persécution toute personnelle dont son talent était l’objet, en reprenant le cours de ses travaux d'art; et son génie familier l’eut bientôt ramené aux études morales et philosophiques. Chargé successivement de compose: les dessins des illustrations qu’on ajouta à des éditions nouvelles de Béranger, de La Fontaine, de Gulliver, Robinson, Jérôme Paturot, etc., ete, son talent d’observateur et de traducteur sembla s'élever encore. Travailleur infatigable, il a produit dans cette voie nouvelle un nombre vraiment prodigieux de dessins, qui resteront les modèles du genre. Il est impossible en effet de reproduire avec plus de finesse les intentions d’un auteur, que ne le fait Grandville. Nous ne pouvons à cet égard que renvoyer le lecteur aux ouvrages mêmes qui contiennent les trésors d’imagination et d'esprit dépensés par notre artiste, toujours heureux quand il doit être l'interprète d’une pensée spirituelle et gracieuse. C'est là ce qui explique comment il a pu rester si fort au-dessous de lui-même dans les Méfamorphoses des Fleurs, nauséabonde compilation écrite par quel-

que garçon coiffeur visant au bel-esprit.

Grandville mourut au mois de mars 1845, dans toute la force de l'âge et du talent. Sa fin prématurée eut une cause bien triste, Époux et père modèle, ne connaissant d’autres joies que celles du foyer domestique, il eut le malheur de perdre successivement trois enfants qu’il adorait. Les deux premiers lui furent enlevés par une de ces maladies particu-

| lières à l’enfance qui moissonnent tant de jeunes êtres ; le

troisième, par un déplorable accident. Il avait avalé une bouchée de viande de travers; tous les efforts tentés pour extraire de la gorge de l'enfant l'obstacle qui y arrêtait la respiration demeurèrent infructueux. Il ne resta bientôt plus d'autre ressource que de tenter les hasards d’une incision à l'extérieur, opération terrible, à laquelle le malheureux père n’eut jamais le courage de consentir, et son malheureux enfant expira dans ses bras, suffoqué. A quelques jours de là, Grandville perdait la raison et mourait de douleur.

GRAND-VIZIR. Voyez Vizir.

GRANET (EFrançois-Marius), l’un de nos peintres de genre les plus distingués, né en 1774, à Aix en Provence, étudia les premiers éléments de son art dans l'atelier d’un bon peintre de sa ville natale, nommé Constantin, et qui donnaïiten mêmetemps desleçons au jeune comtedeForbin, puis fut ensuite obligé, pour pourvoir aux plus pressants besoins de lexistence, d’aller travailler dans les ateliers de peinture de la marine, à Toulon , où longtemps on loccupa à peindre des proues et des poupes de navires. Il renouvela à Toulon une liaison contractée dès son enfance avec le comte de Forbin dans l'atelier de leur maître commun, et la mère de ce jeune homme prit à cœur de favoriser cette touchante confraternité d’artistes. Elle fournit amplement aux deux amis les moyens de se rendre à Paris pour s’y perfectionner sous la direction de Da vid ; et Granef travaillait en 1801 dans l'atelier de ce peintre lorsqu'il obtint de lAcadémie un prix de 1,000 fr. pour une Vue du Cloître des Feuillants, à Paris ; l’année suivante, il put encore, grâce à la générosité de M”° de Forbin, accompagner son jeune ami à Rome. Dans cette capitale des arts, Granet eut bien vite trouvé la spécialité qu’il devait ensuite si fructueusement exploiter. Il se mit à peindre des tableaux de genre présentant des arrière-plans si profonds, le plus ordinairement des vues d'édifices, qu’on hésite à décider s’il ne faut pas plutôt les classer parmi les tableaux d'architecture.

Un certain sentiment religieux lui faisait le plus souvent choisir de préférence des sujets parlant à l'esprit. En représentant la scène du Poussin découvrant dans un grenier la célèbre Communion de saint Jérôme, par son Chœur

cor

des Capucins, exécuté pour la première fois en 1509,

pour la reine Caro.ine de Naples, et dont en 1820 il dut faire la douzième copie; par son Intérieur de la prison où le peintre Stella dessine sur lamuraille une Madone ; par sa Cérémonie funèbre dans l’église souterraine d’Assesi; par ses Novices devant l'autel de Saint-Benoît, à Subiaco, ilest devenu le chef d’une école qui a depuis multiplié à Pinfini ses imitations, mais où un petit nombre de disciples seulement ônt su l’égaler sous le rapport de la profondeur de l'étude, de la vérité, dela grâce et de la perfecfion de l'exécution. Plus tard, Granet s’est essayé dans un genre plus élevé. Ses principales productions sont Za Mort du Poussin (1834), Le Rachat des chrétiens captifs à Tuiis (1833), la Communion des premiers chrétiens dans les catacombes de Rome (1837) et la Béncdiction des récolles en Il alie. Après avoir longtemps résisté aux vœux des admirate urs de son talent, il vint se fixer à Paris, en 1827. Il remplaça à l'Institut le peintre Taunay, et fut nommé par Louis-Philippe conservateur des Musées de France, avec un logement au palais de Versailles. A l’exposition de 1839 on remarqua de lui une toile d’une étendue tout à fait inaccoutumée et représentant la Cérémonie funèbre célébrée dans la chapelle des Invalides en l'honneur des victimes de l'attentat Fieschi : l'effet des milliers de cierges entourant le catafalque et éclairant de toutes parts les som bres tentures qui couvraient les murailles du temple y est reproduit avec une vérité qui tient de la magie.

A Ja révolution de Février, Granet perdit sa place, et eut même la doul eur d’apprendre la destruction, au milieu de l’émeute, de quelques-uns de ses meïlleurs tableaux. Il alla se fixer alors à Aïx, dans une maison de campagne du Malvalat, où il réunit différents objets d’art. C’est là qu’il mourut, le 21 novembre 1849. Par son testament, il légua ses tableaux à sa ville natale, pour les recueillir dans un musée qui porterait son nom. Il donna ensuite des sommes considérables aux pauvres ef aux hôpitaux. GRANGE, bâtiment de forme rectansulaire, destiné, dans la ferme, à serrer et à battre les gerbes de blé et d’autres céréales. La grange, proportionnée à la quantité des récoltes de l'exploitation, se diviseen trois compartiments : un pour le froment et le seigle ; un autre pour l'orge, l’avoine ; un troisième pour battre le grain : c’est l'aire. Pour élever ces bâtiments, il est convenable de choisir un point d’un abord facile pour les voitures, et dans le voisinage de la ferme ; le sol en doit être sec ct élevé; les pierres calcaires , les silices, le bois de charpente et les planches sont propres à former leurs parois; des ouvertures pratiquées dans leur longueur (du nord au midi) servent à aérer et à éclairer l’intérieur, Les deux ouvertures principales , situées au milieu, sont une fenêtre fermée par une porte pleine et une porte cochère; les murs intérieurs, récr épis avec soin, doivent présenter une sur= face unie, afin que les rats ne puissent les parcourir, Au temps de la récolte, le fermier soigneux fait place nette dans sa grange; il n’y laisse pas entrer une gerbe avant de s’être assuré par lui-même si fous les trous qui servent de repaire aux granivores ont été exactement bouchés. Cette visite faite, il dispose ses gerbes, selon l’espèce des céréales, à droite ou à gauche de la porte d’entrée; et s’il peut laisser autour de chaque tas un sentier de 50 à 60 centimètres de large, il aura formé dans l’intérieur des meules qui seront à l'abri de l'humidité et des animaux destructeurs, et aussi bien aérées que celles construites au dehors, P. GAUBERT.

GRANIER DE CASSAGNAC (BEeRNARD-ADOLPRE pe), publiciste fran çais, est né le 12 août 1806, à Averon- Bergelle, dans le Gers, Après avoir terminé ses études au collège de Toulouse, il concourut à l’Académie des Jeux Floraux qui lui décerna un souci, puis deux églantines d’or, En 1831, il publia une brochure contre la royauté, intitulée Aux électeurs de France. Venu à Paris en 1832, il se montra en(housiaste du romantisme, et entra, sous

Eé

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