GRASSEYEMENT — GRATIEN
première variélé nous rangeons le grasseyement proprement dit, c'est-à-dire celui qui consiste à prononcer lr entièrement de la gorge, en sorte que l'articulation de cette lettre se forme par un son multiple, qui semble être précédé d’un ce ou d’un g, et rouler dans le pharynx. Ce grasserement dépend de ce que la pointe de la langue, au lieu être portée vers le palais, se trouve retirée en bas vers la face postérieure des dents incisives de la mâchoire inférieure, d'où il résulte que la face dorsale de cet organe se trouve convexe au lieu d’être concave; ce qui le force, pour articuler lr, de vibrer vers sa base, au lieu de vibrer à son sommet. C’est par un mécanisme diamétralement opposé que nous combattons ce vice de l'articulation.
La deuxième espèce de grasseyement est celle qui consiste à donner à l’r le son du v. Ce vice de la parole a pour cause la mauvaise habitude qu’on a contractée d’articuler la première de ces consonnes en faisant seulement agir les lèvres, qui s’allongent et se rapprochent comme pour former ce qu'on appelle vulgairement un cul de poule; il résulte que Vair chassé par la bouche et les joues n’a qu’un étroit passage pour effectuer sa sortie, comme dans la prononciation des labiales sifflantes f et v.
La troisième espèce de grasseyement consiste à donner à la consonne r deux sons à la fois, comme dans la première espèce, ou grasseyement proprement dit; mais il diffère essentiellement de ce dernier 1° en ce que les lettres superflues ne sont jamais le c et le g; 2° en ce que larticulation de l, loin d’être formée au fond de la gorge par la base de la langue, a lieu, au contraire, vers la pointe de cet organe, sorti dela cavité buccale, et porté entre les dents incisives des deux mâchoires, de manière à aller toucher la face postérieure de la lèvre supérieure. Cette troisième variété du grasseyement a plusieurs degrés, qui peuvent la rendre plus ou moins désagréable. En général, elle est peu sensible et presque nulle dans certains mots.
La quatrième variété de ce vice du langage est celle qui consiste à substituer au son de l’r le son de la syllabe que. Ce grasseyement n’est pas aussi rare qu’on pourrait le croire; nous avons été à même d’en observer plusieurs cas. C’est surtout sur des personnes de la Suisse française qu’il nous
a paru le plus fréquent. Porté à l'excès, il est un des plus |
désagréables.
La cinquième variété a pour caractère de substituer la lettre Z à Pr ; ceux qui en sont affectés font comme les Chinois, qui, n'ayant pas dans leur langue la consonne r, la remplacent par /, et elles disent Zale, lile, louge, plendle, pour rare, rire, rouge, prendre. Cette articulation, aussi vicieuse que désagréable, l’est encore davantage lorsque, au lieu de remplacer simplement lr par /, on mouille cette dernière lettre.
Enfin, la sixième espèce de grasseyement, que l’on pourrait appeler négatif, parce qu’il se distingue par la soustraction plus ou: moins complète de l’r, est celle que l'on remarque principalement chez certains incroyables nouvellement débarqués , qui veulent singer du geste et de la voix nos merveilleux fashionables de Paris, qui disent mouir, tavail, tou, etouné, au lieu de dire mourir, travail, trou, retourner. Ce vice de la parole, le moins désagréable à oreilie, est constamment le résultat d’une mauvaise habitude, ou plutôt de cette fureur absurde de vouloir imiter certaines gens de prétendu bon ton qu’une véritable inspiration de mauvais goût porte à se donner des défauts dont s’affligent ceux qui en sont réellement affectés.
Toutes les variétés de grasseyement dont nous avons tracé les caractères ont, comme cette dernière, pour cause principale, limitation ou une mauvaise habitude que dans l'enfance on a laissé prendre aux personnes chez qui peutêtre déjà une conformation particulière des organes de la parole rendait larticulation de lr un peu difficile, et réclamait certains efforts, que des parents trop bons ou plutôt Lrop insouciants n’ont pas eu le courage d'exiger de leurs enfants ; souvent ces derniers se croient, au contraire, auto-
risés à mal parler, parce qu'on se plait à répéter comme eux les syllabes qu'ils articulent irrégulièrement. Ce qui prouve que limitation est Ja cause la plus ordinaire du
. grasseyement, c’est qu’on observe ce vice de la parole chez
tous les membres d’une même famille, chez une classe de
| peuple de la même ville, ainsi qu’on le voit en particulier
dans la classe du peuple de Paris, et même chez presque tous les habitants de certaines provinces, Comme, par exemple, en Provence et dans le Forez.
Le docteur Fournier à fait connaître une méthode curative, modifiée par lui et imaginée par le célèbre Talma : celte méthode consiste à substituer d’abord un d à lr et à s'exercer à prononcer celte lettre jointe au 6. Insensiblement Fr s'articule, et la consonne d, que l’on pourrait appeler ici génératrice, disparaît pour que la lettre créée
| tout récemment prenne son essor. Dans cet exercice, Pr
s'articule d’unè manière naturelle; car le £ et le d, beaucoup plus faciles à former, sont cependant produits par le même mécanisme que lr, du moins quant aux positions relatives
de la langue et des mâchoiras. Selon le docteur Fournier,
les guérisons opérées d’après les conseils de Talma sont nom-
| breuses : il cite entre autres Mlle Saint-Phal, qui avait un
grasseyement si considérable que cette belle et intéressante
artiste fut contrainte d'interrompre le cours de ses débuts.
Quelques mois suffirent pour effacer le défaut qui déparait ses talents. Nous sommes loin de contester les avantages
. de cette méthode; mais ayant été à même d'en faire plusieurs fois l'application, nous devons dire que nous n’en
avons obtenu que des résuitats peu satisfaisants, et que c'est même pour cetfe raison que nous avons tâché de trouver d’autres moyens, qui nous ont réussi. Notre méthode consiste à faire placer les organes de la parole de façon à corriger les vices de la prononciation, à les exercer par une sorte de gymnastique, jusqu’à ce que les sons se forment naturellement. CoLomBar ( de l'Isère).
GRASSOT (PauL-Louis-Aucusre), acteur fameux, né le 24 décembre 1804, à Paris, fut d’abord ouvrier en papiers peints comme l'était son père, puis successivement Voyageur de commerce, employé de banque et commis en nouveautés. Comme Arnal il débuta dans la tragédie sur des théâtres de société; il joua ensuite les amoureux en province , parut un moment au Gymnase, où sa femme était engagée, et se décida enfin à aborder le genre comique, pour lequel la nature semblait l'avoir créé. C’est en 1838 qu’il fitses débuts sur la scène du Palais-Roya , qu’il ne devait plus quitter, dans le vaudeville de M. “'e Coyllin. Depuis, il y joua un grand nombre de rôles, où de plus en plus il accentua son penchant pour la charge. Grassot fut raoins un comédien qu'un grotesque; son genre de talent échappe à l'analyse; rien ne saurait rendre son geste baroque, sa pantomime saccadée, son air ahuri, ses éclats hors de propos; ajoutez cependant qu’il imprimait à ses l'ouffonneries une saveur particulière, une originalité qui explique Ja popularité dont il jouit, même jusque dans ses dernières créations, qu'il débitait d’une voix à peine intelligible. Grassot est mort à Paris le {$ janvier 1860. I! est aussi inventeur d'une liqueur qui porte son nom. GRATIEN, empereur romain. Petil-fils de Gratin, qui du rang de simple soldat s’éleva, par sa force de corps extraordinaire autant que par son courage, au grade de général des armées romaines, fils de Valentinien Ier, empereur d'Occident et neveu de Valens, empereur d'Orient, il naquit à Sirmium, le 18 août 359. [l'était à Trèves quand il apprit tout à la fois et la mort de son père et lintronisation de son jeune frère, Valentinien IE, fils d’une seconde femme, que les chefs de l’armée avaient proclamé empereur; il se détermina à partager le trône, et devint le tuteur du nouvel élu. Cependant. abusé par des imputations calomnieuses, il laisse exécuter à Carthage le père du grand Théodose. En 378 il bat les Alemans près d’Argentaria (Colmar), et se tourne aussitôt contre les Goths; Thcodose les taille en pièces et reçoit en récom-
pense le sceptre d'Orient. Gratien était un chrétien fervent; et saint Ambroise composa pour ce prince une instruction sur la Trinité. Mais le zèle imprudent avec lequel il poursuivit les derniers restes du pazanismne, rétabli par Julien, lui fit perdre l'affection du peuple. Les légionnaires de la Grande-Bretagne proclamèrent empereur Maxime. Gratien se trouvait alors à Lutèce : il marcha à la rencontre des rebelles; mais ses troupes l’abandonnant, il chercha un refuge à Lyon, où un des lieutenants de Maxime le fit assassiner (383).
GRATIEN (François), simple moine de Saint-Félix à Bologne, né à Chiusi, petite ville aux environs de Sienne, est célèbre par la compilation qui porle son nom et forme une des sourc:s du droit canon. Le décret de Gratien est compris dans le Corpus Juris canonici. Cet ouvrage, qui lui avait coûté vingt-quatre années de travail, parut en 1151. L’auteur ne pouvait pas par lui-même donner une grande autorité à son livre; mais le pape Eugène III l’approuva, et ordona qu’il fût suivi dans les tribunaux ecclésiastiques et enseigné dans les écules. On ne connaît pas la date de la mort de Gratien.
GRATIFICATION, don, libéralité qu’on fait à quelqu'un. Dans les administrations publiques et particulières, on appelle gratification un supplément extraordinaire de traitement accordé aux employés à raison d’un anniversaire ou d’un événement heureux; ces gratifications ont le plus souvent lieu au jour de l'an; ce sont les étrennes des expéditionnaires et des commis. Mais tous ne sont pas admis à cet excès d'honneur et pour le plus grand nombre la gratification demeure à l’état d'illusion et de rêve décevant.
GRATIOLE , genre de plantes de la famille des scrophularinées, dont une seule espèce habite l’Europe. C’est la graliole commune (gratiola officinalis), vulgairement nommée herbe à pauvre homme, parce que dans certains pays les indigents en font communément usage comme purgatif. Pour cela, ils emploient de préférence les tiges encore chargées de feuilles et de fleurs, sous forme de décoction. La gratiole, que quelques médecins ont regardée comme un vermifuge puissant, et comme très-utile dans l’hydropisie, dans la goutte et dans les affections cutanées , s’administre encore soit en poudre, soit en extrait, soit en pilules. Mais son emploi n’est pas exempt d’inconvénients : il peut déterminer le vomissement.
GRATIS. Ce mot latin, depuis longtemps francisé, ne devrait réveiller que des idées de générosité et de désintéressement; mais dans notre époque de spéculation et de char- Jatanisme il suffit, au contraire, pour inspirer une défiance qui trop souvent est justifiée. Ainsi, vous voyez annoncer un cours gratuit de telle langue ou de telle science; mais le professeur a composé un ouvrage qui vous est absolument nécessaire pour comprendre ses :eçons, et dont la vente sera pour lui une compensation. Un docteur guérit gratis les indigents ; il impose seulement les drogues qui doivent procurer la guérison. Nous avons vu un temps où l'entrée des jardins publics était gratuite; on y faisait payer seulement les chaises, le dépôt des cannes, la danse, les jeux, etc., etc. : aussi le Vaudeville faisait-il dire à l’un des directeurs de ces établissements philanthropiques :
Je m’enrichis de la dépense De ceux que j’amuse gratis.
Dans les maisons de jeu, on donnait jadis sans rétribution, à tous les demandeurs, des verres d’eau soi-disant sucrée ou de bière économique. Ce gratis-là était un de ceux qui coûtaient le plus cher. Les journaux qui s'établissent envoient, pour se faire connaître, leurs premiers numéros gratis, surtout aux cafés et aux cabinets littéraires ; mais la quittance d'abonnement ne tarde pas à suivre cette distribution libérale.
Autrefois celles de nos provinces dans lesquelles se tenäaient des états jouissaient aussi de l'avantage, plus honorilique que réel, de payer leurs impôts sous le nom de don