GRAS — GRASSEYEMENT
couverte et brumeuse à travers laquelle on distingue les ? de beaucoup inférieur en forces. Le 2 juin, il contribua à
objets éloignés.
On dit proverbialement d’une personne qui a beaucoup d’embonpoint : ZZ est gras comme un moine. Dormir la grasse matinée est une expression familière qui signifie se lever tard. Tuer le veau gras est un dicton proverbial, emprunté au touchant apologue de l'Enfant prodigue, et qui emporte avec lui l’idée de préparatifs extraordinaires faits dans l'intention de recevoir somptueusement quelqu'un. Faire ses choux gras signifie s’enrichir, prospérer. On dit d’une personne qui prononce mal la lettre r qu’elle a la langue grasse (voyez GRASSEYEMENT).
On appelle jours gras ceux pendant lesquels il est permis de manger de la viande; mais cette expression s'applique plus spécialement aux derniers jours de carnaval, si cé-
* lèbres par l’ovation du bœuf gras.
Le gras-double, en terme de cuisine, désigne une espèce de tripe, qui provient du premier ventricule du bœuf,
On appelle encore gras une maladie de vers à soie, et gras-fondu, dans l’art vétérinaire, une sorte de maladie à laquelle les chevaux sont sujets : c’est une affection inflammatoire du mésentère et des intestins.
GRAS DES CADAVRES ou GRAS DES CIME- TIÈRES, sorte de savon produit par la putréfaction lente des matières animales dans les lieux humides, et composé d’ammoniaque, de potasse, de chaux, d’acide oléique.
GRASSE , ville de France, chef-lieu d’arrondissement des Alpes-Maritimes, à 40 kilom. de Nice, sur le penchant d’une colline, avec 12,560 habitants (1872), des tribunaux de {°° instance et de commerce, un collége, une bibliothèque publique de 10,000 volumes, une fabrication importante d’essences renommées (65 fabriques), notamment d’eau de fleur d'orange, d'huile d'olives, de savon, de fruits secs du Midi ; des tanneries, des filatures de soie, un commerce considérable d'huile et d’essences (11 millions par an), d’oranges, de citrons, de cire et de miel. Grasse est une ville en général mal percée, avec des rues rapides et étroites, et entourée de muraïiles, qui vont disparaître, Ses édifices, peu remarquables, sont l’ancienne cathédrale, lourde construction ogivale; l'hôtel de ville, qui a servi de résidence aux évêques; et l'hôpital, où lon voit trois beaux tableaux de Rubens dans la chapelle. Un chemin de fer entre Cannes et Grasse a été ouvert le 13 novembre 1871.
On rapporte la fondation de Grasse à une colon'e de Juifs venue de Sardaigne au sixième siècle; on la voit plus tard servir de lieu de refuge aux habitants de Fréjus et d'Antibes, lors des incursions des Barbaresques, En 1250 Innocent 1V y avait transporté le siège épiscopal d’Antibes. L'arrondissement de Grasse à été distrait, en 1860, du département du Var, pour agrandir celui des Alpes- Maritimas.
GRASSE (François-JosrPr-PAUL, comte pe), né en 1723, à Valette, en Provence, mort à Paris, en 1788. Destiné par sa famille à l'ordre de Malte, et ayant fait, à parlir de 1734, vlusieurs campagnes sur les galères, fait prisonnier en 1749, lieutenant de vaisseau en 1754, capit aine en 1762, il servait en cette qualité au combat d’Ouessant ( 27 juillet 1778). Promu au grade de chef d’escadre en 1779, il alla rallier la flotte aux ordres du comte d’Estaing dans les eaux de la Martinique, et eut sa part du combat qu’elle soutint le 6 juillet contre celle de l’amiral anglais Byron. L'année suivante, il participa aux combats des 17 avril, 15et 19 mai, livrés par le comte de Guichen à l'amiral Rodney. Rentré à Brest à la fin de cette campagne, il en sortit le 24 mars 1781, à la tête d’une flotte de vingt vaisseaux de ligne qui portait
aux insurgés américains des secours d'hommes et d'argent, et chargée en même temps d’escorter plusieurs flottes marchandes se dirigeant vers les îles de PAmérique. Un engageaent avec l'amiral Hood dans les eaux de Ja Martinique n'eut qu'un résultat négalif, et on reprocha au corite de Grasse de ne pas avoir su anéantir un ennemi qui lui était
la prise de l’ile de Tabago par le marquis de Bouillé ; et le 5 septembre, sur les côtes d'Amérique, il battit la flotte anglaise aux ordres des amiraux Gaves, Hood et Dracke, ayant à bord des renforts destinés à l’armée de lord Cornwallis. Celui-ci les attendit vainement dans son camp retranché de York-Town, et dut capituler le 19 octobre.
Le comte de Grasse, qui venait ainsi de contribuer puissamment au succès final des insurgés américains, alla passer l'hiver avec sa flotte dans la mer des Antilles, où il seconda les entreprises du marquis de Bouillé contre l’ile de Saint-Christophe. Parti, en avril 1782, de la Martinique, pour transporter es troupes à Saint-Domingue et y rallier une escadre espagnole, avec laquelle il devait prendre part à une expédition contre la Jamaïque, il rencontra sur sa route la flotte de l'amiral Rodney, et après diverses escarmouches, dans lesquelles l'avantage lui resta, il engagea contre lui un combat définitif le 12 avril. Le comte de Grasse avait trente-trois vaisseaux de guerre sous ses ordres ; il laissa l'ennemi couper sa ligne en plusieurs endroits, et après une action des plus acharnées, et qui ne dura pas moins de dix heures consécutives, il fut obligé d’amener son pavillon. 11 montait la Ville de Paris; la moitié de son équipage était hors de combat, et son vaisseau avait tant eu à souffrir de l'artillerie ennemie, qu’il coula bas avant d'arriver en Angleterre. Par une saillie d’héroïsme , toutes ses munitions étant épuisées , il avait fait charger ses canons avec des sacs d'argent. Sa défaite nous coûta cinq vaisseaux; Bougainville et Vaudreuil sauvèrent le reste de notre flotte, que l’amiral anglais, malgré sa victoire, jugea prudent de ne pas poursuivre. Conduit en Angleterre, le comte de Grasse y fut parfaitement accueilli, On eut l’inhumanité de lui donner des fêtes, et il eut la faiblesse de les recevoir. Il entrait dans les calculs de l’amour-propre national anglais d'ajouter encore à l'éclat du triomphe en rehaussant outre mesure le mérite du vaincu; et dupe de sa vanité, du moins l’en accusa-t-on en France, le comte de Grasse consentit à être le lion du moment et à se laisser couronner de lauriers par les badauds de Londres, qui ne l’appelaient que le valeureux Français. En France, au contraire, le déchaînement de l'opinion fut universel contre un homme qu’on accusa de ne pas avoir la dignité du malheur. Les femmes portaient alors des croix à la Jeannette; c’étaient des croix d’or surmontées d’un cœur, symbole mystique du culte du sacré cœur de Jésus, mis à la mode par les jésuites. On en porta à la de Grasse; elles étaient sans cœur. De rétour en France en août, il provoqua longtemps la nomination d’un conseil de guerre chargé de prononcer sur sa conduite dans le malheureux combat du 12 avril. Tenu à Lorient seulement en mars 1784, ce conseil Pacquitta honorablement. Le comte de Grasse, intrépide marin, n'avait point les qualités d’un amiral. Admirable comme capitaine de vaisseau, il manquait des études et de l’expérience nécessaires pour se tenir à la hauteur de sa position comme chef d’escadre.
GRASSEYEMENT , vice de la parole, qui consiste soit à articuler dans l’arrière-bouche , on de toute autre manière défectueuse , la lettre », soit à lui substituer le son d’une autre lettre, soit enfin à supprimer plus ou moins complétement cette consonne, comme le font souvent les Anglais et nos incroyables parisiens. Le grasseyement proprement dit, ou rostacisme, du nom grec de la lettre r, est le résultat de l'articulation défectueuse de cette consonne palato-linguale, dont le son sourd et désagréable est produit dans le gosier par les vibrations de la base de la langue. Cependant , lorsque le grasseyement est peu sensible, on lui trouve généralement quelque chose de doux et d’agréable, qui paraît surtout plus gracieux dans la bouche d'une femme : Fæminas verba balba decent…, decet os balbum, dit Horace,
Nous divisons ce vice de la parole en six espèces princi= pales, qui diffèrent entre elles autant par le mécanisme qui les produit que par le son qui en est le résultat. Dans la