‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 36 sur 552 · FRUIT — FRUITS · texte numérisé non relu

FRUIT — FRUITS

les moins nourrissants de tous, sont encore un précieux bienfait du Créateur pendant les vives chaleurs de été : ils rafraîchissent et portent une abondante proportion d’eau dans le sang, appauvri par les pertes de toutes espèces. Leurs principaux éléments sont l’eau, le mucilage, et un acide qui varie selon les espèces. Ils servent à confectionner des boissons agréables, des confitures, des conserves.

Dans le langage vulgaire et dans celui des jardiniers, fruit s’entend seulement des produits des arbres fruitiers, sans avoir égard à la graine. L’objet de la culture du fruit dans ce cas est le développement du péricarpe (pomme, pêche, abricot , etc.). La greffe, ia taille bien dirigée, le sol approprié aux espèces, sont les moyens les plus efficaces de perfectionner et d’accroitre les produits. Dans une grande partie de la France, on ignore encore l'importance de cette ressource pour le nourriture : les paysans du Poitou, du Berry, de la Sologne, laissent incultes les environs de leurs fermes, qui pourraient leur fournir de beaux fruits et une alimentation. saine. Dans les climats chauds, la nature, plus féconde, produit sans le travail de l’homme des fruits aussi délicieux qu’abondants ; dans nos pays tempérés, elle veut être aidée : trop nombreux, ils doivent être décimés, car le grand nombre nuit au développement de chacun, en même temps qu'il épuise le sujet. Selon l’époque de leur maturité, ils sont d'été, d'automne ou d’hiver ; cette époque, toutefois, n’est pas tellement tranchée, qu’elle ne puisse être avancée de quelques semaines. Une incision circulaire sur l’écorce du rameau qui porte le fruit produit ce résultat. Sont aussi d’une maturité précoce les fruits piqués des insectes; mais ils ont perdu de leur qualité. Le temps de la récolte varie Suivant la nature des fruits ; ceux d’été et d'automne peuxen£ être cueillis mûrs : ceux d'hiver, et parmi les précédents les fruits qu’on veut conserver, doivent être récoltés avant la maturité. Toutes les précautions qui les préservent des variations de la température, du contact de air, prolongent leur durée : ainsi, les poires et les pommes d'hiver, cueillies une à une avec précaulion, déposées sans meurtrissures entre des couches de sable sec, se conservent longtemps.

Dans son acception la plus étendue, le mot fruié comprend tous les végétaux, grains, herbes, légumes, etc., que la terre produit, et dont un grand nombre servent de nourriture à l’homme. Dans ce sens on dit : Cette pluie sera ulile aux fruits de la terre. Le mot fruit est encore employé pour désigner l’ensemble des plats qui se servent au dessert : Servez Le fruit. L'usage de servir les figues immédiatement avant ou après la soupe, généralement répandu, pourrait s'étendre avec avantage pour le gastronome à beavcoup d’autres fruits mucoso-sucrés, tels que le raisin, les prunes, etc. J’ai observé sur un grand nombre de personnes que cette pratique facilitait la digestion. P. GAUBERT.

Le fruit défendu se dit, par allusion à la désobéissance du premier homme, du penchant que nous avons à désirer ce que nous ne pouvons avoir.

FRUITE, en termes de blason, se dit des. arbres chargés de fruits d’un émail différent : d'argent à l’oranger de sinople, fruité d'or.

FRUITIER ou GARDE-FRUITS, Un garde-fruits doit être situé au nord, un peu au-dessus du rez-de-chaussée , et il doit être garni de doubles fenêtres, afin que la température ne puisse jamais s’y abaisser au-dessous de la gelée. Placé trop haut, Pair y est trop sec, les fruits s’y altèrent et y éprouvent de la dessiccation; dans un lieu trop humide, les fruits se corrompent. La situation la plus heureuse serait celle d'un souterrain sec où la température serait constante. Ce sont les brusques changements atmosphériques qui les font gâter.

11 faut eueillir avant leur maturité parfaite les fruits que l’on veut conserver, 11 ne faut jamais les empiler les uns sur les autres ; il vaut beaucoup mieux les étaler, de manière que chacun soit isolé; on doit se garder de les esauyer, "vu que leur surface semble être recouverte d’un duvet

qui est nécessaire à leur conservation. Il faut que le fruitier soit éloigné des fumiers et des eaux stagnantes, ainsi que des fours et des serres chaudes, qui en feraient trop varier la température. Le fruitier doit être planchéyé, boisé et garni de tableties, que les uns recouvrent d'une mousse fine, sèche et légère, les autres d’une couche de paille de seigle, de graine de millet ou de sable de rivière. On doit les visiter fréquemment, pour retirer ceux qui commencent à s’altérer. Une trop grande quantité de raisin répandue dans le fruitier nuit à la conservation des autres fruits. Une faible gelée peut détruire en une nuit toute la provision, si onne la garantit pas du froid par une bonne couverture. Comte Français ( de Nantes).

FRUITIERS ( Arbres). On applique cette qualification à tous les arbres ou arbrisseaux dont les fruits sont mangeables. Il y en a tout au plus une vingtaine d’indigènes à nos climats ; ce sont : le pommier, le poirier, le prunier, lolivier,le noisetier, le néflier, le framboisier,legroseillier,le figuier, le châtaignier, le cognassier, le cormier ou sorbier, le merisier, le micocoulier,lecornouillier, le caroubier,l'arbousier, l'alizier,Vazerolier,l'épinevinette, etc. Plusieurs ont même peu d'importance; heureusement les autres ont, dans la culture, donné de nombreuses variétés. L'Afrique et l’Asie nous ont cédé la vigne, loranger, le cerisier, le pécher, labricotier, l'aman dier, le grenadier, le mürier, le pistachier, etc. D’autres ne sont pas encore sortis de nos serres. Parmi les arbres fruitiers exotiques, on cite l'arbre à pain, le cocotier, le dattier,lebananier, le goyavier, le manguier,le mangoustan, etc.

Les arbres fruitiers se cultivent en serres, en espalier, et en plein vent. On les classe suivant qu’ils donnent des fruits en baies, des fruits à pepins, des fruits à noyau, ou des fruits enveloppés dans une coque. Le semis propage les espèces types , mais beaucoup de variétés se perdraient si l’on n'avait que ce seul moyen de reproduce tion.

Les fruits que nous cultivons sont loin de ressembler à ceux que produit la nature livrée à elle-même. La taille, la greffe, l’incision annulaire, l’arcure, lébourgeonnemen t,etc., joints aux labours, aux fumures, ont amené ces améliorations. Mais, comme les espèces sauvages, les arbres à fruits cultivés ont besoin, pour produire abondamment, d'espace, d'air et de soleil. De ces conditions dépend aussi la qualité des fruits. Aïnsi ceux qui viennent dans les lieux ombragés sont insipides ct aqueux.

FRUITS (Droit). Dans la langue du droit on appelle fruits les produits d’une chose; ils en sont l’accessoire, et appartiennent à ce titre au propriétaire. On les distingue en fruils naturels, fruits industriels et fruits civils. Les fruits naturels sont ceux qui sont le produit spontané de la terre; le produit et le croit des animaux sont aussi des fruits naturels, Les fruits industriels d’un fonds sont ceux qu’on obtient par la culture; ils n’appartiennent au propriétaire qu’à la charge par lui de rembourser les frais de labours, travaux et semences faits par des tiers. Les fruits naturels et les fruits industriels sont immeubles tant qu'ils sont attachés au fonds ; ils sont meubles dès qu'ils en sont détachés. Les fruits civils sont les prix des loyers des maisons et des baux à ferme, les intérêts des sommes exigibles et les arrérages des rentes : ils s’acquièrent jour par jour |

On désigne encore sous le nom de fruits pendant par racines les récoltes non détachées du sol. Le Code de Procédure civile règle lout ce qui est relatif au mode de restitution des fruits ordonnée par jugement, à la manière d’en faire la liquidation, à la saisie et à la vente que les créanciers ont le droit de poursuivre de ceux appartenant à leurs débiteurs, à la distribution du prix en provenant et au droit que ces créanciers ont sur les fruits saisis réellement aveg le fonds auquel ils sont attachés,

FRUMENTAIRES — FUALDÈS +

FRUMENTAIRES (cs). On appelait ainsi chez les Romains les lois qui ordonnaient desdistributions gratuites de bié.

FRUNDSBERG(Grorces pe), seigneur de Mindelheim, général au service de l’empereur, était né à Mindelheim, le 24 septembre 1475. Ce fut surtout dans les guerres que Maximilien 1° eut à soutenir contre les Suisses que ses talents militaires purent se déployer. Dès 1504 on le regardait comme l’un des plus braves chevaliers de l’armée impériale, et il la commanda en chef à partir de 1512, en Italie. A la bataille de Pavie (1525), il rendit des services signalés à Charles-Quint; et plus d’une fois il amena à ce prince des secours en hommes de guerre recrutés par Ini en Allemagne. C'est ainsi qu'en 1526 il en enrégimenta douze mille à ses frais et en engageant ses domaines, et qu’il vint avec ce puissant renfort accroître l'effectif de l’armée avec laquelle le connétable de Bourbon mit le siége devant Rome. L'art militaire lui doit de notables perfectionnements. Une vieille chronique manuscrite- rapporte qu’il était doué d’une telle force corporelle, que rien qu'avec son doigt du milieu il contraignait l’homme le plus vigoureux, quelque résistance que fit celui-ci, à reculer et à lui céder la place. Un cheval prenait-il le mors aux dents, il l’arrêtait sur place, du moment où il pouvait saisir la bride. 11 transportait sur son dos, et comme si ce n’eût rien été pour lui, les plus lourds fusils de rempart et jusqu’à des coulevrines. Ses gens s’étant mutinés sous les murs de Ferrare en réclamant leur solde arriérée, il fit de vains efforts pour les ramener à leur devoir, et dans la surexcitation que produisit sur lui cette révolte, il fut frappé d’apoplexie et transporté dans nn château voisin. « Vois où j'en suis, dit-il alors à son confident Schwalinger ; voilà bien les fruits de la guerre! Il est trois choses qui devraient retenir un chacun de guerroyer : la ruine et l'oppression des pauvres gens qui n’en peuvent mais, la vie désordonnée des gens de guerre, et Pingratitude des princes, auprès de qui les traîtres prospèrent toujours, tandis que les braves gens restent sans récompense. » En 1521, à la diète de Worms, où Luther vint se justifier devant Cherles-Quint, le regard calme et assuré de laccusé produisit une telle impression sur Frundsberg, qu'il dit à Luther en lui frappant amicalement sur ï'épaule : « Moinillon, mon gars, tu joues là une partie telle qu’il ne nous est jamais arrivé, à moi et à bien d’autres chefs d'armée, d'en jouer dans les plus sérieuses batailles rangées. Si tu as raison, et si tu es sûr de ton bon droit, continue au nom de Dieu, et sois sans crainte : Dieu ne t’abandonnera pas ! »

Frundsberg mourut à Mindelheim, en 1528. Ses domaines étaient tellement grevés, par suite des emprunts qu'il avait dû contracter pour lever des troupes, qu'ils suffirent à grand'peine à éteindre ses dettes.

FRUSTE (du verbe latin frustare, briser) se dit d’une médaille, d’une monnaie, d’une inscription usée, rompue par Je frottement, et qui a perdu son empreinte. Ce mot reproduit exactement le son radical; le son radical est une onomatopée. Les Latins disaient frustum, frustulum, pour désigner un morceau, une pièce, un fragment, parce que l'action de frotter aboutit à détacher d’un corps frotté avec force äes morceaux, des pièces, des fragments, et à le réduire, à la longue, à l’état des corps frustes. ,

FRUSTRATOIRES ( Actes). En termes de pratique, on appelle ainsi les actes qui sont uniquement faits pour augruenter les émoluments de l'officier ministériel; ils ne doivent pas être passés en taxes, comme étant inutiles à l’instruction : ils demeurent à la charge des officiers ministériels qui les ont faits; la loi les rend en outre passibles des dommages-intérêts auxquels ces actes peuvent donner lieu s'ils peuvent même être suspendus de ieurs fonctions.

FRUTILLIER ou FRAISIER DU CHILI. Voyez Fraise, FRAISIER.

FRY (Éusarern), quakeresse, née en 1780, et l’une des femmes qui honorent le plus notre siècle, a consacré sa vie entière à la bienfaisance, Fille du quaker Jolm Gurney, de

Cartham-Hall, dans le comte de Norfolk, elle commença par ouvrir une école libre et gratuite pour les filles de pauvres et les orphelines. Elle se maria à un bourgeois de Londres, qui partageait ses goûts et ses espérances, et qui se nommait Joseph Fry..Ces deux êtres dévoués , dont la philanthropie sincère avait pour résultat des actes réels et une constante et continuelle abnégation , s’établirent à Londres, où leur premier soin fut d'ouvrir une école religieuse destinée aux enfants des prisonniers de Newgate et aux orphelins et orphelines du peuple; ils avaient, avec une admirable sagacité, compris l’impuissance de la législation et de la société sur ces jeunes générations, nées dans la fange des grandes villes, abreuvées de vices dès l’enfance, n'ayant pour modèles et pour leçons que la vie criminelle de leurs parents. L'œuvre de régénération tentée par mistress Fry et son mari ne resta pas sans succès ; et bientôt, protégés par quelques personnes bienfaisantes et pieuses des hautes classes sociales en Angleterre, ils organisèrent, pour les indigents laborieux, une salle d'asile et de travail. Les encouragements que reçut mistress Fry lui permirent de commencer ensuite une série de voyages en Amérique, en France et en Allemagne, et de se consacrer au soulagement de la souffrance et à l'étude des misères humaines. La mysticité qui s’est mêlée à ses actes, et qui a été en Angleterre l’objet de plus d’une attaque, ne doit pas empêcher de rendre justice à cette existence vraiment sublime, dont toutes les journées ont été marquées par un bienfait et toutes les heures par un sacrifice. Mistress Fry est morte le 12 octobre 1845, à Ramsgate. Ses filles ont publié : Memoirs of the life Elisabeth Fry (2 vol. Londres , 1847).

Philarète CHAsLes.

FRYXELL (Anpers), historien suédois, est né en 1785, dans la province de Dalsland, où son père était prévôt. Après avoir étudié à l’université d'Upsal, où il remporta, en 1824, le prix d'honneur de philosophie, il fut nommé en 1828 recteur à l’école de Marie à Stockholm, et en 1833 professeur. En 1834 il fut recu membre de l’Académie de Stockholm et de la Société des Antiquaires de Copenhague. La même année il entreprit un voyage en Allemagne et en Pologne, et à son retour, en 1835, il obtint la cure de Sunne, en Wermland. Le but de cette excursion scientifique avait été de rechercher des documents relatifs à la Suède et à son histoire. Ses Zssais sur l'Histoire de Suède (tomes I-X, Stockhoim, 1823-43), ouvrage remarquable par les sentiments patriotiques dont l’auteur y fait preuve, et par la manière philosophique dont il envisage les faits, est la base de la grande réputation dont il jouit comme historien dans sa patrie. Un autre ouvrage, en quatre volumes, publié de 1845 à 1850, dans lequel il défend la noblesse contre une foule de reproches que lui adressent certains historiens, lui a fait perdre depuis les sympathies du parti libéral.

FUALDES (Affaire). Le 20 mars 1817 la ville de Rodez apprit avec épouvante qu’un meurtre odieux avait été commis dans ses murs. Le matin de ce jour un cadavre avait été trouvé flottant sur les eaux de l'Aveyron : c'était celui de M. Fualdès, ancien magistrat, entouré de ja considération publique. Une large blessure au cou, repoussant toute idée de suicide, ne démontrait que trop l'existence d’un assassinat. Éfait-ce l'œuvre de gens flétris par la justice? Fualdès, qui appartenait au parti libéral, avait-il péri victime de son opinion? Bientôt ces incertitudes cessèrent, et des'‘indices, qui ne tardèrent pas à devenir des preuves accablantes, se réunirent pour signaler les assassins à la vengeance des lois. On avait su que le 18 M. Fualdès avait reçu de M. Séguret, en effets de commerce, une somme considérable pour partie du prix d’un domaine qu'il lui avait vendu, et que dans l'après-midi du 19 un rendez-vous pour la négociation de ces effets lui avait été donné à fuit heures du soir, M. Fualdès était sorti en effet de chez lui vers cette heure-là, et une demi-heure après un individu avait trouvé dans la rue du Terral, près de celle des Hebdomandiers, une canne, reconnue pour être celle de M. Fual-

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dès, et, non loin de la maïson de tolérance Bancal, un mouchoir usé, récemment tordu dans toute sa longueur. Ces premiers renseignements en amenèrent d’autres ; il fut reconnu qu’un homine avait été posté près de la maison de M. Fualdès, et qu’au moment où celui-ci en était sorti, get individu avait quitté son poste et était descendu dans la rue de l’Auberge-Droite, qui aboutit à celle des Hebdomandiers. D’autres hommes avaient été également postés au coin de diverses maisons, dans les rues des Frères de l’École chrétienne, et sur la porte de la maison Vergnes, habitée par Bancal.

L'infortuné Fualdès marchait avec sécurité ; il était à peine arrivé près dela maison Missonnier, qu'à un signal donné plusieurs hommes fondirent sur lui, lui mirent un bäillon et le traînèrent dans la maison Bancal, Là on le jette sur une table, et les assassins s'apprêtent ; vainement il demande un instant pour recommander son âme à Dieu, on le repousse avec ironie. Il se débat, la table est renversée; les assassins la relèvent; l’un tient les pieds ; un autre, armé d’un couteau, essaye de lui porter le coup mortel, mais sa main tremble; un troisième lui reproche ce manque d’assurance, et, lui arrachant le couteau, le plonge dans la gorge de la victime. Le sang qui coule est reçu dans un baquet et donné à un cochon! Après la consommation du crime, le corps est placé sur deux barres, dans une couverture de laine, lié comme une balle de cuir avec des cordes, et porté, vers les dix heures du soir, dans l'Aveyron par quatre individus précédés d’un homme de haute taille, armé d’un fusil, et suivi de deux autres, dont l’un est aussi armé d’un fusil. Ces révélations encore incomplètes proviennent de propos inconsidérés tenus devant des tiers par la femme Bancal, et surtout par les jeunes enfants de cette femme. Une perquisition fait découvrir une couverture de laine et du linge ensanglantés, ainsi qu’une veste que portait Bancal le jour de l’assasinat; cette veste tachée de sang.

Dans la prison, la femme Bancal tint des propos qu’on ne manqua pas de recueillir. Bientôt l'opinion publique signala comme les véritables assassins des hommes appartenant aux familles les plus considérables du pays, admis dans les meilleures maisons, parents et amis de Fualdès. C'était à Bastide et à Jausion que la population tout entière demandait compte de ce meurtre. Le premier était un propriétaire cultivateur, le second un agent de change; et l'indépendance de leur fortune semblait les garantir contre la plus simple idée d’un attentat qui n'aurait eu pour mobile que la cupidité, Cependant, le lendemain du crime, Jausion s’est introduit, vers sept heures du matin, dans la maison de Fualdès ; là, sans parler à sa veuve, il est monté aux appartements, il a enfoncé, à l’aide d’une hache, un bureau, d’où il a soustrait un sac d’argent, un livre-journal où Fualdès inscrivait toutes ses aflaires, un grand portefeuille de maroquinet plusieurs effets de commerce que Fualdès avait reçns la veille de M. Séguret. Le même jour, à dix heures du matin, il frappe à la porte, et demande dun air égaré si Fualdès y est; alors personne n’ignorait sa mort, Il monte rapidement à la chambre du maître; le domestique le suit. Il court à l'armoire où Fualdès tenait certains papiers, y met la main, en ferme la porte, et en ôte la clef. Jausion et Bastide sont arrêtés, et avec eux les nommés Bach, Colard, Missonnier, Bousquier et la fille Anne Benoît, que de nombreuses déclarations font regarder comme complices du crime. Depuis ce moment la lumière jaillit de tous côtés : un mendiant, couché dans une écurie dépendant de la maison de Missonnier, déclare avoir entendu qu'on « se debattait dans la rue, près de la porte de l'écurie où il était couché; on poussa deux fois la porte; le malheureux qu’on trainait, arrivé devant la maison Bancal, poussa deux ou trois cris, dont le dernier était étoufté comme une personne qui suffoquait, » Pendant ce temps, des joueurs de vielle qu’on n’a jamais pu retrouver, étaient placés devant la maison Bancal, et faisaient entendre, pendant une heure, le son de leurs instruments, Puis, un sieur

Brast raconte que vers les huit heures un quart il a entendu marcher dans la rue plusieurs personnes, qui paraissaient porter une balle ou un paquet, qu’elles se sont arrêtées devant la maison Bancal, dont une porte s’est ouverte et s’est fermée bientôt; que peu de temps après il a entendu des coups de sifflet. Enfin, le 25 mars, une des filles de Bancal, la jeune Madeleine, a fait voir à la fille Monteil les trous du rideau par lesquels elle a tout vu. Elle demande du pain; et comme la fille Monteil s’apprète à en couper : « Non pas avec ce couteau ! dit-elle; c’est avec celui-là qu'on a tué le monsieur! »

Bientôt une lueur nouvelle va se répandre sur toute cette affaire et lui donner un intérêt saisissant. On répète qu’une dame, appartenant à l’une des familles les plus considérées de l'Aveyron, s’est trouvée conduite, par un motif que chacun explique à sa manière, dans la maïson Bancal, au jour et à l'heure où l’assassinat a été commis, et qu’elle a été témoin du crime. On va même jusqu’à désigner plusieurs dames à qui leur éducation et le rang qu’elles occupent dans le monde interdisent, sous peine de déshonneur, l'entrée de la maison Bancal. Un officier, nommé Clémendot, raconte que le 28 juillet 1817, étant à se promener avec la dame Manson, il lui dit qu’on la cite comme la personne qu'un rendez-vous a appelée dans la maison Bancal au moment du crime. Pressée de questions, la dame finit par avouer le fait. Dès ce moment toute l'attention se concentre sur ce témoin presqne insaisissable. En effet, quand on s’apprète à recueillir ses paroles, elle refuse de parler ; un jour la vérité s'échappe de sa bouche , le lendemain elle s’accuse de mensonge. Elle a tout vu, dit-elle ; et bientôt elle le nie. Ce témoin, par ses continuelles tergiversations, par la lutte qui semble se livrer dans son esprit, excile, fatigue et fait renaître la curiosité ; elle tient tous les esprits en suspens, gradue l'intérêt, attire et fixe sur elle les regards de la France, de l’Europe. Enfin, M. Enjalran, son père, désolé des bruits qui courent sur sa fille, prie le comte d’Estourmel, préfet de l’Aveyron, de l’interroger, dans l'espoir qu'il en obtiendra la vérité. Après de longues tergiversations, elle avoue tout. Conduite par le préfet dans la maison Bancal : « Sortons, je vous en cenjurel! » s’écrie-t-elle avec une grande agitalion; « Emmenez-moi ! je mourrai si je reste ici. » Elle confesse de plus que ce jourlà elle était habillée en homme , et qu’elle a brûlé son pantalon parce qu’il était taché de sang par suite d’un saignement de nez.

D’autres révélations importantes se succèdent de jour en jour. Mais quels motifs ont pu déterminer un si grand crime ? Ici on n’a jamais eu que des conjectures ; voici pourtant les probabilités auxquelles l'opinion publique se fixa. On se souvint que quelques jours avant l'assassinat, Fualdès et Jausion avaient eu une querelle très-vive, dans laquelle le premier avait menacé le second de faire revivre des pièces relatives à une affaire criminelle dont il ne s'était tiré que par suite de la soustraction de documents importants. 11 s'agissait d’un enfant dont il avait rendu mère la femme d’un riche négociant, et qu’il avait jeté dans une fosse d’aisances. Peut-être ne dut-il son salut qu’à la bienveillance de Fualdès, alors procureur impérial. D'un autre côté, Jausion avait plus d’une fois eu recours à la signature de Fualdès, sous le nom duquel il empruntait pour son compte. On calcula que les effets mis ainsi en circulation s'élevaient à la somme de 100 à 150,000 fr. Il était impossible que Fualdès n’eût pas exigé une contre-lettre comme garantie de sa signature. Toutes ces circonstances expliquaient l’assassinat. Enfin, de nombreux témoins attestaient que Bastide était débiteur personnel de Fualdès, et que, pressé par ce dernier de se libérer, il avait répondu : Je cherche tous les moyens de vous faire votre comple ce soir. Trois heures après, l'infortuné Fualdès était assassiné. |

La justice était assez éclairée : les accusés furent renvoyés devant la cour d'assises de Rodez, L'accusé Baneal, qui avait fait espérer d'importantes révélations, mourut empoisonné, sans qu'on ait pu percer le mystère de ce nouveau crime. Les

FUALDES — FUENTES-DE-ONORO

débats de cette affaire s'ouvrirent devant la cour de Rodez, le 19 août 1817; mais l'arrêt qui condamnait les accusés fut cassé par la cour de cassation, et de nouveaux débats eurent Jieu devant la cour d’assises d'Albi. Alors se renouvelèrent les scènesles plus dramatiques. Le fils de Fualdès, demandant d’une voix émue à la justice de venger les mânes de son père, sut exciter tour à tour les larmes et admiration. Les hypocrites réponses de Jausion, l'assurance effrontée de Bastide, le froide impassibilité de la femme Bancal, redoublèrent l'horreur. A côté d'eux, Colard et Anne Benoît, sa maîtresse, ne se souvenaient qu'ils étaient sur le banc des accusés que pour faire éclater toutes les sollicitudes d'un amour exalté qui avait pris naissance dans les habitudes les plus honteuses ; enfin, M®° Manson, persistant dans le déplorable système qu’elle avait adopté, promenait les esprits d'émotion en émotion. Par suite de la déclaration du jury, la cour d'assises condamna la femme Bancal, Bastide , Jausion , Colard et Bach à la peine de mort, Anne Benoît aux travaux forcés à perpétuité, et Missonnier à deux ans de prison. La femme Bancal obtint une commutation de peine ; Béh mourut en prison ; Bastide, Jausion et Colard furent exécutés le 3 juin 1818. Cinquante ans se sont écoulés depuis ce procès, et il plane encore sur toute cette affaire un mystère qui n'a pu être éclairei. Il avait été démontré aux débats que quinze assassins au moins remplissaient la cuisine de la maison Bancal. La cupidité avait bien pu armer le bras de Bastide et de Jausion, mais elle n’avait pas dû être le mobile de tous. Par suite de quelques témoignages nouveaux, trois individus, les nommés Constans, Yence et Bessières-Veinac, furent traduits devant la cour d’assises; mais, malgré la déclaration de la femme Bancal et de Bach, ils réussirent à établir un alibi qui les sauva. E. be CRABROL. M°=° Manson, à la suite de l’horrible procès dont on vient de lire le récit, vint à Paris, où pour subsister elle se mit dame de comptoir. Plusieurs limonadiers exploitèrent successivement cette triste célébrité en la faisant trôner à leur comptoir. La curiosité publique une fois repue dans un quartier, M Manson allait poser dans un autre. Après avoir débuté dans un des somptueux cafés du quartier dela Bourse, elle finit par Lenir pour son propre compte un misérable estaminet-billard dans la rue Copeau, derrière le Jardin des Plantes , et mourut en 1835, à Versailles, dans une profonde misére. Le fils de Fualdès est mort en 1856.

FUCHSIA ,nom donné par Plumier à un genre de plantes de la famille des œænothérées, en l'honneur de Léonard Fuchs, célèbre médecin et botaniste allemand du seizième siècle. Ce genre renferme plus de cinquante espèces; mais qui pourrait compter leurs innombrables variétés? Depuis qu’elles ont été importées en France, ces plantes, originaires du Chili, du Mexique et du Pérou, n’ont pas cessé d’être recherchées des amateurs; grâce à leurs fleurs tubuleuses, pendantes, renflées à la gorge, ayant ordinairement leurs divisions relevées en dessus, ce qui a fait comparer leur forme à celle d’un chapeau chinois. Par des fécondations artificielles, les horticulteurs en ont obtenu de grosseurs diverses et de couleur offrant une foule de nuances

intermédiaires entre le blanc, le violet bleuâtre et le rouge vif. Cette dernière couleur est souvent celle du calice.

FUCHSINE, matière colorante d'un cramoisi magnifique, découverte en 1858 par M. Hofmann en soumettant l’aniline à l’action du chlorure de carbone. Elle est devenue l’objet, dans la teinture , d’une industrie de premier ordre; on l’a employée avec succès snr la soie, la laine, le coton, dans les vêtements, les plumes, la reliure, C'est de la fuchsine qu’on a tiré les rouges d’aniline, le rouge de Lyon, le solferino, le magenta, etc.

FUCIN (Lac), anciennement lacus Fucinus, aujourd'hui Lago di Celano, situé dans le pays des Marses, au midi de l’'Ombrie, César et Claude, ayant voulu le dessécher, employèrent trente mille hommes à percer une montagne, pour faire écouler les eaux du lac dans le Tibre et le Liris. Mais cette entreprise fut sans succès. Le prince

romain Torlonia y réussit en 1865, à l’aide d’une société d'actionnaires, et rendit à l’agriculture les 16,000 hectares qu'occupait le lac,

FUCUS, nom scientifique des goémons, varechs et autres plantes marines analogues, que Linné et autres botanistes classent parmi les algues (voyez Hyprornsres).

EFUENTES (Don Penro-HenriqQuez D'AZE VEDO, comte DE), général espagnol, né en 1560, à Valladolid, fit en 1580 sa première campagne en Portugal, sous les ordres du duc d’Albe. Vers 1591, on l’envoya dans les Pays-Bas seconder le célèbre Alexandre Farnèse, tant dans le cabinet que sur les champs de bataille. Après la mort de ce grand capitaine, il conserva les mêmes fonctions auprès de son successeur, le comte de Mansfeldt; puis auprès de l’archiduc Ernest, qu’il dissuada de faire la paix avec les Hollandais. Le zèle intelligent dont il avait fait preuve lui valut d’être chargé, en 1595, du gouvernement intérimaire des Pays-Bas, avec pleins pouvoirs pour réduire les Hollandais, soit par la diplomatie, soit par la force. Quand le cardinal archiduc Albert fut nommé, gouverneur des Pays-Bas, le comte de Fuentès alla à Milan remplir les fonctions de gouverneur et de capitaine général. Sa politique inquiète et cauteleuse inspira de vives défiances aux princes italiens, et surtout aux Vénitiens. Il acheta sur les côtes de l’État de Gènes le port de Finale, ef, en 1603, fit construire sur les confins de la Valteline, au point où l’Adda vient se jeter dans le lac de Côme, le fort de Fuentès ; entreprise qui irrita au plus haut degré les Grisons. Voyant avec une jalouse inquiétude l’essor de prospérité que la France prenait sous le gouvernement paternel de Henri IV, il conclut avec le duc de Savoie un traité dont le but secret était le démembrement de la France, et fomenta la conspiration du maréchal de Biron. A la nouvelle de l'assassinat du bon roi, Fuentès témoigna la joie la plus indécente. Quand, à la mort de Louis XIII, la France eut à soutenir de nouveau la guerre contre l'Espagne et l'Autriche, Fuentès, quoique déjà très-avancé en âge, envahit la Champagne à la tête d’une armée espagnole de 25,000 hommes d'élite, dans le but de marcher droit sur Paris. Mais attaqué avec des forces de beaucoup inférieures, le 19 mai 1643, sous les lignes de Rocroy, qu'il tenait as$iégé, par lejeune duc d’Enghien, celui qui devint ensuite le grand Condé, il essuya une déroute complète. Les Espagnols, foutre une immense quantité de prisonniers, eurent 6,000 hommes de tués, et dans ce nombre leur général en chef; la perte des Français ne s’éleva pas à plus de 2,000 hommes. Fuentès, homme d’une activité et d’une audace peu communes, en revanche dur, égoïste et insubordonné, nous offre le type exact de ce qu'était alors la noblesse espagnole.

FUENTES-DE-ONORO ( Bataille de ), livrée en Espagne à 23 kilomètres ouest de Ciudad-Rodrigo, près du village ainsi nommé, dans le royaume de Léon, entre les Français d’une part et une armée d’Anglais, de Portugais et d’Espagnols de l’autre, du 3 au 5 mai, 1811. Après un infructueuse tentative en Portugal, Masséna avait repassé la frontière et laissé dans Almeida une garnison de 1,100 hommes, qui n'avait que nour un mois de vivres et que vingt mille ennemis bloquèrent bientôt étroitement. Il songea à la ravitailler à la tête de 30,000 fantassins et de 5,000 chevaux, sans tenir compte de l'approche de Wellington avec 50,000 soldats et des nuées de guerilleros, qui avaient pris position sur un coteau, d’actès difficile, près du ruisseau de Las dos Casas, la droite appuyée sur Fuentès-de-Onoro et Navar-de-Avel, le centre sur l’Alameda, la gauche sur les ruines du fort de la Conception.

Le 3 au matin les Français poussèrent en avant. Le général Ferey prit et perdit plusieurs fois le village de Fuentès-de-Onoro, et à la nuit nous étions maîtres de l’Alameda. Le 4, Masséna, voulant percer H ligne de Wellington, appuyé sur le lit de la Coa, qui offre pañftout d’affreux précipices, crut avoir trouvé un point accessible entre Paso- Bello et Navar-de-Avel. Il manœuvra toute la soirée et toute la nuit pour être ;e lendemain en mesure d'attaquer

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ces deux villages. Le 5, au point du jour, la brigade Maucune enlève de vive force le premier et les bois environ nants qui foisonnent de tirailleurs. L’ennemi développait en arrière vingt escadrons, une nombreuse infanterie et douze pièces de canon. Montbrun, s'étendant par la gauche, sabre celte cavalerie, enfonce deux carrés de la meilleure infantcrie anglaise, et fait 1,200 prisonniers. L’aile droite de Wellington , contrainte à rétrograder, a pendant près de 5 kilomètres notre cavalerie et notre artillerie légère à ses trousses. D'autre part, la fusillade est engagée sur toute la ligne ennemie. On remarque déjà dans ses colonnes cette incertitude, cette confusion, prélude ordinaire d’une déroute. Ferey est maître de Fuentès-de-Onoro, et tout semble promettre une nouvelle palme au vainqueur de Zurich,

Malheureusement, par une inconcevable fatalité, les divisions françaises qui se trouvent en avant de Paso-Bello, infanterie et cavalerie, s'arrêtent faute d'ordres. En l’absence de Masséna, le général Loiseau n'ose prendre sur lui de se jeter sur ces masses ébranlées, et la victoire nous échappe. L'armée ennemie a le temps de se raffermir. Wellington effectue à propos un changement de front sur son centre, la droite en arrière, et après avoir rétabli son ordre de bataille, rentre dans Fuentès-de-Onoro, et sy tient sur la défensive. Masséna, cédant à une prudence exagérée, croit ne pas devoir attaquer une seconde fois, et le feu cesse de partet d'autre à deux heures après midi. Les Français restèrent maîtres d’une grande partie de champ de bataille; mais l'ennemi, se fortifiant, rendit sa position inabordable, et Masséna, désespérant de ravitailler Almeïda, envoya quatre hommes de bonne volonté porter au général Brenier, commandant cette place, l’ordre de détruire le matériel et de se frayer ensuite, à la tête de la garnison, un passage l’épée à la main. Trois de ces hommes restèrent en chemin, A arrivée du quatrième, une grande explosion se fit entendre; c’étaient les fortifications d’Almeïda qui sautaient. Les 1,100 assiégés, sortis de ces ruines à dix heures et demie du soir, favorisés par les ténèbres, et suppléant par la bravoure à l’infériorité du nombre, traversèrent les cantonnements anglais sans éprouver trop de pertes et rejoignirent au point du jour la division Reynier.

FUERSS, mot espagnol, dérivé du latin forum, et qui désignait jadis tout à la fois le siége d’un tribunal et sa juridiction. Dans cette seconde acception, on s’en est servi en Espagne pour désigner certains recueils de lois, comme le Fuero juzgo, ancienne loi des Visigohis (Lex Visigothorum ), appropriée aux mœurs et aux besoins de certaines villes. On disait en ce sens le fuero de Léon, le fuero de Najera, pour ne citer que les deux plus célèbres corps du droit communal espagnol. Ces droits communaux consistant le plus souvent en exemptions, imraunités et priviléges, le mot fuero prit insensiblement cette signification complexe, et fut particulièrement employé pour désigner l’ensemble des droits, priviléges et chartes formant les constitutions particulières de la Navarreet des trois provinces basques : la Biscaye, l'Alava et le Guipuzcoa. C’est presque exelusivement seus cette dernière acception qu’il est resté en usage, acquérant dans ces dernières années une nouvelle importance historique et politique par suite de la lutte acharnée que les Basques ont soutenue pour la défense de leurs priviléges. En effet, la Navarre, qui porte le titre de royaume, et les autres trois petits États qui se décorent de celui de seigneuries, ne furent jamais considérés comme parties intégrantes de la monarchie espagnole. Dès qu'ils parviennent, de temps à autre, à secouer un peu le joug, ils redeviennent des espèces de républiques, placées sous la protection de la couronne de Castille, qui est tenue de guardar sus fueros, de respecter et faire respecter leurs

* constitutions, La difficulté d’un terrain accidenté, hérissé de rochers, creusé de ravins, a protégé dès la plus haute antiquité l'indépendance des habitants de ce pays contre la domination étrangère. Les Phéniciens et les Carthaginois ne s'en occupèrent point, Rome ne les soumit jamais entière.

ment. Les Goths, les Vandales, les Alains, sentant que leur conquête coûterait cher, ne tentèrent pas de les réduire, et finirent par s’allier avec leurs petits États fédératifs, dont l’ensemble formait dès lors une constitution assez régulière. Il en advint que lors de l'invasion des Arabes, le danger commun réunissant ce qui restait de Goths ariens aux chrétiens des versants septentrionaux de la chaine pyrénaïque, les uns et les autres, vivant d'accord, entreprirent conjointement de résister au croissant sous la bannière de la Croix. Les Maures commirent la grande faute de ne pas les soumettre, ou de ne point les exterminer. Tandis que ces rapides conquérants débordaient sur la France méridionale, les montagnards du nord de l'Espagne se soulevèrent et se donnèrent des chefs, dont l'élection eut lieu à la pluralité des suffrages ; mais, dans cette souveraineté établie du consentement de tous à certaines condilions, il fut bien entendu que le pacte serait synallagmatique, sans que le droit divin y intervint en quoi que ce soit.

De ces temps héroïques datent les fucros de Navarre, Biscaye, Alava et Guipuzcoa. Les premiers furent reconnus par Ferdinand le Catholique lorsqu'il unit la Navarre à la Castille. 11 en fut de même pour ceux de Biscaye quand Charles-Quint rangea cette province sous sa domination. Quant aux fueros d’Alava et de Guipuzcoa, leur acceptation par l'Espagne date des rois de Castille Jean II et Charles I. Ils furent en grande partie supprimés lors de la première régence d’Espartero ; mais la reine Isabelle les rendit à ces quatre provinces en juillet 1844. Le royaume de Valence, la Catalogne et surtout l’Aragon ont eu aussi jadis leurs fueros très-indépendants, mais depuis des siècles ils n'existent plus. Ceux qui restent encore sur pied sont

tellement exorbitants, qu’ils ne pourraient s’accorder avec: »

les charges que le gouvernement espagnol, régularisé et porté au niveau des autres États constitutionnels, voudrait imposer à ses administrés : ils consistent en une démocratie pure, où les masses délèguent, par l'élection la plus libre, l'exercice du pouvoir à des chefs qu’elles renouvellent annuellement, ou de deux en deux ans, selon la nature des fonctions. Le souverain d’Espagne n’est que seigneur du pays, et ne prend pas d’autre titre dans ses relations avec lui. Les pays de fueros ont leurs tribunaux indépendants. Ils ne payent aucun impôt, si ce n’est ceux que votent leurs assemblées nationales, sous le titre de don gratuit. On n'y connait pas de douanes, et ils commercent avec qui bon leur semble, recevant les denrées de toutes les parties de l'Europe, et n’acquittant pour les marchandises étrangères qu’un droit très-modique, On n’y souffrit jamais de gabelles : le sel, le combustible, l’eau et l'air, considérés comme la propriété imprescriptible de chaque individu, n’y payèrent jamais la moindre redevance, et ces montagnards ne conçoivent pas qu'il y ait des pays où des hommes se disant libres consentent à laisser taxer ces choses. Ils n’admirent jamais d'intendant ; les gens de guerre n’y doivent jamais séjourner. Le commandant militaire doit être un enfant du pays. Nul n’y est sujet à la milice, ni à la levée des matelots, le pays devant se défendre lui-même en temps de guerre, et ses défenseurs n'étant point tenus de poursuivre la victoire ou de marcher sous des généraux du souverain hors de leurs limites. Non-seulement chaque ville ou bourg a ses magistrats, mais les hameaux et les maisons isolées épars dans quelque vallon écarté et formant le plus petit district, ont les leurs, qui réfèrent des différends survenus de canton à canton ou de village à village aux assemblées générales. Chacun s'impose et se gouverne; on ne s’'aperçoit nulle part ni des impositions ni du gouvernement , etc.

Cet état de choses, qui n’a pas varié depuis deux raille ans, au milieu de tant de vicissitudes historiques, peut convenir à une surface restreinte, que ses anfractuosités sourcilleuses et profondes isolent au milieu d’un eentinent. 11 a été celui de toutes ces petites républiques grecques, où ies ciloyens étaient également protégés par la nature du terrain. Mais l'Espagne constitutionnelle ne pourra conserver à ces

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