‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 37 sur 552 · FUEROS — FUGGER · texte numérisé non relu

FUEROS — FUGGER

provincés leurs fueros, reliques vénérables des temps primitifs de leur liberté. Bory DE SAINT-VINCENT.

Les privilèges des fueros ont été supprimés par la conslitution du 1er juin 1869. Cette suppression à servi de prétexte à l'insurrection du parti carliste en 1871.

FUERTAVENTURA, Voyez CANARIES.

FUGGER. Ce nom, qu’il faut prononcer Foucher, est celui d’une famille de comtes et de princes de la Souabe, qui descendent d'un simple tisserand, Jean Fuccer, établi à Graben, village voisin d’Augsbourg, et marié à Anne Meisner, de Kirckheim. Son fils aîné, qui portait le même nom,

ef qui fut tisserand comme lui, acquit, en 1370, par son mariage avec Clara Widolph, le droit de bourgeoisie à Augsbourg, où, tout en continuant à exercer son industrie de tisserand , il entreprit aussi le commerce des toiles. Devenu veuf, en 1332, il épousa, en secondes noces, Élisabeth Gfattermann, fille d'un échevin, dont il eut deux fils et deux filles. Il avait été élu l’un des douze syndics dela corporation des tisserands, et mourut en 1409, laissant une fortune évaluée à 3,000 florins, somme considérable à cette époque. Son fils aîné, André Fuccer, sut si bien faire profiter la part qui lui échut dans l'héritage paternel, que bientôt on ne l’appela plus que Fugger le Riche. C'est de lui et de sa femme, Barbara, de l’ancienne maison des Stammler d’Ast, que descendait la ligne noble des Fugger vom Reh (du Chevreuil), ainsi nommée à cause des armes parlantes que lui avait accordées l’empereur Frédéric IIL, laquelle s’éteignit en 1583.

Le fils cadet de Jean Fugger, Jacques Fuccer, fut le premier de sa famille qui posséda une maison à Augsbourg, et il fit le commerce sur une échelle déjà très-large pour lépoque où il vivait. Il mourut en 1469. De ses sept fils, il y en euttrois, Ulrich, Georges et Jacques, qui par leur activité, leur intelligence et leur probité, agrandirent considérablement le cercle de leurs affaires; ils furent les créateurs de la merveilleuse prospérité qui devait rendre leurs descendants si célèbres. Tous trois se marièrent à des filles appartenant aux familles les plus illustres, et furent anoblis par l’empereur Maximilien, qui leur engagea la seigneurie de Weissenhorn pour 70,000 florins d’or, et à qui plus tard ils avancèrent, pour le compte du pape Jules IT, une somme de 170,000 ducats, à titre de subsides, pour faire la guerre à la république de Venise. Ulrich Fugger, né en 1441, mort en 1510, s'était spécialement consacré aux relations commerciales que sa maison avait ouvertes avec l'Autriche, et il n’y avail pas de si minces détails des affaires qui ne lui passassent par les mains. Ainsi, c’est lui qui se chargeait de faire passer en Italie les tableaux d’Albert Durer. 11 aïda de ses deniers Henri II Estienne, qui prit le titre d'imprimeur de Fugger. Jacques, né en 1459, mort en 1525, comte palatin de Latran et conseiller de l’empereur, s’occupait à peu près exclusivement de l'exploitation des mines. Il avait pris à ferme celles du Tirol, et cette industrie devint pour lui la source d’une fortune immense. Il prêta aux archiducs d'Autriche 150,000 florins, et fit construire le magnifique château de Fuggerau en Tirol.

C’est ainsi que le commerce d’une part et de l’autre l’industrie minière exploitée sur une large échelle augmenfaient sans cesse les richesses des Fugger. Ils expédiaient des marchandises dans toutes les parties du monde; et il n’y avait pas de mer qui ne fût sillonnée par leurs navires, pas de grandes routes que ne couvrissent leurs convois. Mais c’est sous le règne de Charles-Quint que ces Rothschile: du seizième siècle parviurent à l'apogée de leurs grandeurs et de leurs prospérités.

La postérité de Jacques et d'Ulrich Fugger étant venue à s’éteindre, en 1536, Antoine et Raymond FUGGER, fils de Georges Fugger et de Régina Imhof, se trouvèrent les seuls représentants du nom et de l'éclat de cette famille ; l'une et l'autre devinrent les souclies des deux branches encore aujourd’hui existantes. Ces deux frères étaient d’ardents £abotiques; par leurs secours en argent, ils contribuèrent puis-

BICT, DE LA CONVERS, — , x,

samment à entretenir ,'animosité d'Ec k contre Luther et les Wittenbergeois. Quand, en 1530, Charles-Quint sen vint à Augsbourg présider la diète de l'Empire, il logea dans la magnifique maison que possédait Antoine Fugger, sur la place du Marché aux Vins de cette ville. Le 14 novembre 1530 il éleva les deux frères, Antoine et Raymond, à la dignité de comtes de l’Empire, avec droit de bannière, et leur abandonna en toute propriété les domaines engagés de Kirchberg et de Weissenhorn. Il les fit en outre admettre parmi les princes de l'Empire, au banc des comtes de Souabe, et leur délivra des lettres patentes contenant loctroi des priviléges et immunités attribués à la dignité de prince. En reconnaissance de l'assistance qu’ils lui prétèrent pour l'expédition qu’il entreprit en 1535 contre Alger, il leur accorda le droit de battre des monnaies d’or et d’argent, droit dont leurs descendants firent encore usage en 1621, 1624 et même 1694. A sa mort, Antoine Fugger laissa six millions d’écus d’or en espèces, sans compter une quantité infinie de joyaux, d’objets précieux et de propriétés situées dans toutes les contrées de l'Europe , et même dans les deux Indes. Quand Charles-Quint, venu à Paris, alla visiter le trésor royal, on raconte qu'il dit aux seigneurs chargés de Jui en faire les honneurs : « Nous avons à Augsbourg un simple tisserand assez riche pour acheter tout cela. »

L'empereur Ferdinand IJ ajouta encore à la splendeur du nom des Fugger, en confirmant tous les priviléges que Charles-Quint avait octroyés à cette maison, et en en accordant de plus considérables encore aux deux chefs de la famille, les comtes Jean et Jérôme Fuccer, qui eurent le bon sens de continuer le commerce, source première de lillustration de leur nom, et qui par là ajoutèrent encore aux richesses immenses de leur famille. Les plus hautes dignités de l’Empire leur furent accordées , et plusieurs familles souveraines se vantaient hautement de leur être alliées Ils possédaient de précieuses collections de tableaux, de statues et de livres, favorisaient les sciences et les arts avec une noble libéralifé et faisaient des pensions à un grand nombre d’artistes, peintres ou musiciens. Leurs demeures, leurs jardins, réunissaient toutes les merveilles du luxe d'alors; et les écrivains contemporains s’extasient à les décrire. Jean de Schweinichen, dans ses Mémoires, si instructifs pour ceux qui veulent connaître l’état moral et politique de PAIlemagne à la fin du seizième siècle, raconte avec une charmante naïveté combien il se sentit déplacé , lui rustre gentilhomme campagnard, n’ayant auparavant jamais connu d'autre magnificence que les oripeaux de la misérable petite cour de son duc de Silésie-Liegnitz, lorsque les aventures de ce vagabond couronné et en guenilles l’amenèrent à Augsbourg, où les Fugger lui firent les honneurs de leur table et de leur maison. A cette occasion, Schweinichen, en sa qualité de gentilhomme du duc, servit son prince à table, et dans sa vieillesse il gémit encore en songeant à la mortification qu’il éprouva , ainsi qu'à la bruyante hilarité qu'il provoqua parmi les convives, en se laissant choir tout de son long, sur le pavé en mosaique de la somptueuse salle à manger de l'opulent marchand, avec le lourd plat d’or massif ct chargé de viandes qu’il tenait de ses deux mains. Au dessert, Fugger, en homme bien appris, consentit à faire, sous forme de prêt, au duc de Silésie, à un prince du saint empire, l’aumône de quelques milliers de florins.

Ce luxe, cette magnificence, ces richesses immenses, donnent de la vraisemblance à une anecdote suivant laquelle Charles-Quint, au retour de son expédition d’Alger, étant descendu à Augsbourg chez Antoine Fugger, celui-ci mit le feu au tas de bois de cannellier placé dans la cheminée de la chambre réservée à l'empereur, avec l'obligation que ce prince lui avait souscrite. Mais ce qui assure une longue durée à la mémoire des frères Fugger, c’est le bien qu’ils firent, ce sont les institutions charitables qu'ils fondèrent en diverses contrées et plus particulièrement à Augsbourg, où subsiste encore de nos jours!, dans le faubourg Saint-

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