‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 368 sur 552 · EE · texte numérisé non relu

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Grèce asiatique étaient couvertes de temples vastes et élevés, convenables à leurs horizons. Les maisons des particuliers étaient, comme encore aujourd’hui en Orient, peu ornées sur le devant, ayant quelques rares fenêtres sur la rue : elles étaient toutes ouvertes dans les combles ou sur le derrière. Là était construit le gynécée, ou appartement des femmes. A ces nobles conceptions architecturales la Grèce ajouta en outre les plus charmants et les plus réguliers ornements, dont elle est la seule inventrice : les mé topes, les triglyphes, les denticules, les oves, et tant d’autres.

Chez un peuple causeur, avide de nouvelles, curieux de ses propres affaires, il fallait des rendez-vous publics où les citoyens pussent s’assembler à l'abri d’un soleil ardent ou des injures de l'air : alors on ouvrit ces portiques célèbres, dont quelques-uns méritèrent le nom de pœcile, à cause des admirables peintures dont ils étaient décorés. Sparte, Athènes, Olympie, Delphes, furent enrichies de plusieurs de ces abris. Des marbres polis et durs formaient dans ces villes l’enceinte des jeux et des stades, et les compartiments des bains publics, qui étaient superbes. Les architectes de Corinthe opposèrent la magnificence de l’art à l'élégance d'Athènes. Enfin, l'architecture grecque laissa l’égyptienne dans ses déserts de sable, et couvrit bientôt l’Europe, l'Asie et l'Afrique de ses monuments, modifiés par les lieux, les mœurs et la religion de chaque peuple.

La sculpture, lastatuaire, la peinture, devaïent marcher de front avec ce bel art dans la Grèce; elles y furent redevables de leur perfection à cette science du grand architecte de l’univers, la géométrie, qui harmonise les parties au tout et le tout aux parties. Et dans ces trois arts, environ 498 avant J.-C., la jeune Grèce avait déjà enfanté les Scopas, les Phidias, les Praxitèle, les Myron, les Polyclète, les Polygnote : ce dernier et Pausanias, qui exécuta les peintures du pœcile de Delphes, plus tard ne furent point surpassés par Zeuxis ni Apelles, le peintre d'Alexandre. Longtemps avant l’époque de Phidias, les statuaires grecs avaient détaché les bras et les jambes des statues-momies de l'Égypte, leur avaient rendu leurs muscles, et avaient imprimé à leurs figures de morts la vie et ses passions, ou jeté sur leurs corps de graves ou voluptueuses draperies, dont les moindres plis sont restés modèles. Le marbre, l’ébène, l’ivoire, l’or, des pierreries même, concouraient à la magnificence de la statuaire sous le grand Périclès : telle était la statue de la Minerve du Parthénon, œuvre admirable de Phidias. Telle était encore la statue du Jupiter Olympien, du même sculpteur, dans le temple d’Élide. Tandis que ce colosse effrayait les regards de sa maiesté, de sa richesse, de sa hauteur, à Cnide, avec une simple Vénus de marbre, dans les proportions humaines, Praxitéle saisissait tous les cœurs d’admiration et d’amour. L’opulente Corinthe n'avait point encore fondu ce riche métal appelé pyrope, ou airain de Corinthe, mélange d’or, d'argent et d’airain, avec lequel elle forma plus tard ces jolies statuettes, ces images des dieux, ces vases sans prix, la convoitise des Verrès romains. L'art de la métallurgie, que les Curètes idéens avaient apporté en Grèce, y avança peu. La commerçante Corinthe seule, l'antique Éphyre, située entre deux ports, s’y adonna plus exclusivement que les autres villes helléniques. Dans la statuaire grecque, la grâce, l'expression douce, la majesté, la douleur, la quiétude même, la force, dominent seules : la fureur, la haine, l'amour violent, les grandes passions enfin, semblent en être exclues. Si ce n’est le groupe effrayant de Laocoon, de ses fils noués par les serpents de Ténédos, il serait difficile à Winckelmann lui-même de signaler quelques autres figures douées d'émotions un peu convulsives. Le divin Apollon du Belvédère, œuvre merveilleuse d’un auteur inconnu, porte sur son front et dans son attitude, bien que le maître de l'arc terrible qui tue au loin, une impassibilité céleste : horrible aspect du monstre Python ne l’a point ému. La statuaire grecque n’aimait à sortir que rarement du m0n0-

lithe (statue isolée), image individuelle mise en contact tout au plus avec un chien, une biche, comme Diane, ou avec un oiseau, comme Junon et Minerve. De là cette froideur de la statuaire grecque, d’ailleurs si pleine de grâce, aux proportions si belles, aux formes si pures, aux fronts si suaves ou si tranquilles. Du reste, les sculpteurs se dédommageaient amplement sur les frises des temples, sur les quatre faces des tombeaux, de cette solitude de figures : toutefois, comme leurs sujets étaient ou sacrés ou funèbres, ils étaient à la vérité admirables de distribution , de dessin, d'élégance, d'ordonnance, mais tièdes, mais entièrement paisibles ou graves comme les monuments qu’ils décoraient : telle fut la frise du Parthénon, due au ciseau de Phidias ; tel fut le tombeau de Mausole de Carie. C’était sur les boucliers que les ciseleurs sur métaux et sur l’airain particulièrement donnaient. carrière à leur imagination poétique : le bouclier d’'Hercule, dans Hésiode, celui d'Achille dans Homère, les boucliers à emblème des sept chefs devant Thèbes, le témoignent assez. Sur le premier, l’horrible Gorgone, et Persée volant dans les airs, y sont représentés en relief; non loin, on voit des moissonneurs courbés sur les bruns sillons, et des raisins noirs pendant aux ceps ; ces mêmes sillons, ces mêmes grappes colorées, se retrouvent sur le bouclier du fils de Pélée ; il fallait donc dans ces temps héroïques que l’art d’émailler fût déjà porté à un haut degré, à moins que des couleurs superficielles n’eussent été appliquées à ces armures. Les Athéniens enlevèrent aux Perses une grande quantité de boucliers d’or richement ornés, puisque les architectes les imitèrent et les sculptèrent dans les frises de l’ordre dorique. Le bouclier était donc généralement le champ où l'artiste pouvait développer à son aise les variétés de son génie. Les bois, les coteaux, les batailles, les banquets, les jeux, l'univers et ses monstres, appartenaient à son burin : l’admirable bouclier d'Achille en ‘fait foi.

Quant à la peinture,il paraît que les Grecs ne la faisaient guère entrer que dans la décoration des temples, des portiques, des tombeaux. Pline mentionne cent cinquantetrois peintres grecs ; ce nombre était bien au-dessous de celui des statuaires et sculpteurs. 11 semble que le portrait et la figure en pied n’eurent de vogue que vers le règne d’Alexandre, talent dans lequel excellèrent Zeuxis, Parrhasius et Apelles. On peignait, au temps de la jeune Grèce, sur bois, sur les murs et sur la cire : la dernière de ces peintures se nommait encaustique: Anacréon en fait mention; la précédente était ce que depuis on appela fresque.Trois couleurs y étaient à peine employées. Le célèbre peintre Pausanias avait décoré de sa main le riche pæcile ou portique de Delphes. Les belles fresques découvertes dans les ruines d’'Herculanum sont de l’école de peinture d’Athènes antique. Une peinture d’un autre genre, exécutée avec des Jaspes, des verroteries, des sables, de petits cailloux de mille couleurs, et qu'on appela depuis mosaïque, est due encore, quant à sa richesse et à sa perfection, à la Grèce dans sa maturité; car les palais assyriens avant cette époque étaient pavés avec ces riches compartiments. Ce somptueux pavage abondait, ainsi que les fresques , dans les ruines des beaux temples grecs de la Sicile,

La musique est sœur de la poésie et de la peinture (voyez Grecs [ Musique des ]); elle était déjà identifiée à l’idiome des Hellènes; elle passa nécessairement aussitôt de leur langue dans le chant et les instruments qui en sont les organes. On attribue l'invention du premier instrument, de la lyre ou chélys (écaille de tortue), à Mercure; elle fut aussi nommée éétracorde, des quatre cordes qui seules la montaient alors. Le plus grand système de la musique des Grecs fut par la suite composé de deux octaves ou quatre tétracordes. On se servit des lettres de l'alphabet pour noter la musique. Jusqu'à Guy Arélin on n’employa pas d'autres signes, Tout ignorants qu'étaient les Grecs dans la science de l'harmonie, leur simple mélodie obtenait des effets prodigieux, Le chant grégorien, dans nos

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églises, est une imitation ou plutôt un lambeau de cette musique puissante, dont il ne nous reste que le chant d’une ode de Pindare et celui d’un hymne à Némésis, Ils se chantaient à une voix s0/0, qne soutenait ensuite le chœur, riche invention de l’art naissant que les Eschyle et les Sophocle adaptèrent à leurs drames, que la scène moderne a scindée en deux, par la distinction du grand opéra el de la haute comédie et tragédie. On appelait Aomophonie l'action de chanter à l’unisson, par opposition à l’'antiphonie, qui s’exécutait à l’octave,

Quant aux instruments de musique, ils étaient peu variés chez les Hellènes, auxquels l'Asie et l'Orient n’avaient légué que leurs harpes ou kinnors, qu'ils nommérent par imitation cythares, et dont ils pinçaient la plupart du temps les cordes non avec l'extrémité des doigts, mais avec un plectron, espèce d’archet crochu. Une preuve de l’origine asiatique de la musique des Grecs est le nom de deux de leurs principaux modes, le pArygien et le lydien, dont le dorien grec est le complément : le premier exprimait l’héroïsme, les sentiments tendres et religieux ; le second, la tristesse, le désespoir ; et le troisième, le courage et le respect envers les dieux. La seule flûte, qu'inventa Minerve, reçut avec la lyre beaucoup de modifications. Les Grecs avaient des flûtes de formes différentes pour la plupart des cérémonies religieuses, pour les festins, les mariages, les funérailles , les danses, les jeux, les plaintes des bergers amoureux, et la salpinx ou trompette pour exciter le soldat au carnage, Enfin , le système de Pythagore était que la musique ne consiste que dans le calcul et les nombres; celui d’un autre philosophe célèbre est qu’elle n’existe que par les sons,

La danse est l'expression de la joie, elle est donc née dans le cœur de l’homme et avec l’homme. Les Grecs lui donnèrent une si grande extension, qu’ils l’unirent à la tragédie et à la comédie, mais seulement comme accessoire et repos. Les Hellènes comptaient un grand nombre de dauses diverses, dont les principales étaient la danse armée, la danse des festins, des funérailles , de l’hymen, des Lacédémoniem:, et les danses lascives. La première et la plus ancienne, la danse militaire, ou la pyrrhique, qu’inventa le fils d'Aclille au siége de Troie, fut encore celle que dansèrent de nalheureux Grecs avec leurs femmes et leurs filles dans cette Scio où le cimeterre musulman en fit une si sanglante moisson. La danse des festins, quant à son ordonnance et à «on invention, était mythologiquement attribuée à Comus ou à Terpsichore. La danse des Lacédémoniens fut instituée par Lycurgue : elle s'exécutait par des groupes de jeunes Spartiates nus, le bouclier au bras, épée à la main : elle était grave comme le législateur qui l’avail prescrite. Le mode phrygien Ini convenait. Les danses lascives n’osèrent jamais entrer à Sparte, mais elles furent accueillies avec fureur à Athènes et à Corinthe, où elles se réfugièrent sous la protection de Bacchus. Pour se former, elles attendaient la nuit, de peur de faire honte à la lumière. Sans doute l’art de la danse avait été primitivement apporté dans la Grèce par les eurètes de Crète et les corybantes de l'Asie Nineure. Dans son origine, il fut inventé pour honorer les dieux, On voit que la danse dut être la mère de la gymnastique, ainsi nommée parce que c’était nu qu'on se livrait à cet execice, 11 formait les corps, développait les muscles et les formes, et donnait des défenseurs vigoureux à la Grèce, Plabn fut un zélé partisan de cet art : à son école il recevait te préférence ceux qui s’y étaient distingués. La jeune Hélène, la plus belle des Lacédémoniennes, descendit nue dans l’artne, et y lulta avec ses frères, La gymnastique athlélique était le goût dominant de la Grèce.

Pour protégér ces beaux temples, ces théâtres splendides, ces gymnases magnifiques, ces statues sans prix, et surtout leur liberté contre les nations barbares qui les environnaient, une stratégie savante, une marine particulière à la Polynésie de l'archipel , étaient indispensables aux Grecs. Aussi, paix où guerre , les Athéniens élisaient dix stratéges

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eu généraux. Cette élection se faisait dans le Pnyce, place d'Athènes, presqu'au pied de la citadelle. Dans l’armée grecque, il y avait des divisions depuis 5 jusqu’à 16,584 soldats : cette dernière s'appelait phalange. La nécessité où ils étaient d’opposer de très-petites armées aux coues des barbares (c'est l'expression de Napoléon), exerçant leur tactique, faisait que leurs lignes de bataille étaient si variées ; qu elles offraient l’image d’une carte de figures géométriques. k

Les armes des Grecs étaient de bronze , mélange de cuivre et d’étain, et non de fer ; ils les tenaient des Phéniciens ; mais leur vanité en attribuait l’origine à leur dieu Mars, à Bacchus même, dont leur Vulcain était le forgeron. Chez eux la perte du bouclier emportait l’infamie : « avec ou dessus, » dit une Lacédémonienne à son fils, en lui présentant cette arme, sur laquelle on rapportait les morts. Leurs armes défensives consistaient en un casque, une Cuirasse, un ceinturon, un bouclier, des bottines, des brassarts et gantelets; les armes offensives étaient la massue, qui appartint particulièrement aux temps héroïques, la lance, l'épée, la Aarpé ( épée-faulx) , la hache, Parc, les fèches ; les javelots, les pierres et la fronde. En temps de paix, crainte d’émeutes populaires, si fréquentes à Athènes surtout, on émoussait la pointe des flèches et le tranchant des épées, et l’on détachait les anneaux des boucliers.

Le premier des navires qui fut construit dans laGrèce fut Ja nef 4rgo (La Rapide), faite d’un seul pin fatidique du Pélion, en Thessalie. Elle porta les Argonautes, dans leur expédition aux bouches du Phase. Nul navire ne fut depuis encombré à lui seul de tant de héros. Cette construction remonte aux temps des mythes historiques. Quarante années après, à la descente de la Grèce conjurée sur les rives de Troie, son armement monta à vingt-huit flottes, ou plutôt flottilles ; car Thucydide assure que les navires d’alors n’avaient point de pont, et qu’ils étaient construits comme de simples bateaux. Les Phocéens d'Asie, qui fondèrent Marseille plus tard , avaient déjà traversé la Méditerranéeavec un navire à cinquante rames. Sous Thémistocle, la flotte athénienne avait trois rangs de rames : ces agiles navires, quoique sans pont, décidèrent du gain de la bataille/de Salamine. Le progrès des Grecs dans l’art de la navigation fut très-lent, car ils n'avaient de boussole que l’éoile polaire, et leurs principanx pilotes étaient quelques oiseaux qu'ils embarquaient avec eux, et qui, étant lâchés leur servaient de guide vers des îles ou un continent./Les Argonautes avaient emmené dans leur expédition un colombe. On côtoyait les rivages, les rochers; chaque ie, chaque crique était un port contre la fempête. Les Voyages des Phéniciens mêmes dans l'Océan n'étaient qu'une circumnavigation de plusieurs années. A cette époque, nul navire, d’un pôle à l’autre, n’avait encore sillonné ses immenses solitudes.

Les Grecs, ce peuple à part sur le globe, devaient avoir aussi un costume accort et élégant comme leur esprit. Ils | laissèrent à l'Asie les longs flots de ses opulentes étoffes , prirent la chlamyde où manteau court, sous lequel le reste de leurs belles formes, dont la gymnastique avait/développé les muscles, se montrait nu. Agamemnon, Sur Vn vase antique, porte la tunique détachée de l’épaule fauche. Dans les combats, les Grecs endossaient ordinairement une cuirasse sur une tunique courte, pour être plus agiles. Leur luxe était une tunique d'une étoffe légère pour les riches, dont les manches allaient à peine au coule, et qui ne dépassait pas le genou, même pour les femnes, les Lacédémoniennes surtout, qui affectaient de faire admirer leurs hanches vigoureuses, Les tuniques sns manches étaient abandonnées aux gens de basse condAion : cepen-

dant, un joli Amphion et un Zéthus en portait chacun une

de ce genre. La longue tunique, dite ionienme, était réservée \

aux rois, bien que les seuls Thessaliens [FL portassent lon- , gue aussi, à cause des intempéries de leut froid climat. Si ce n’est à la guerre, les Grecs avaient la Lète nue, bien que de jeunes Spartiates la portassent ainsi aux combats. En

voyage seulement, ils la couvraient du pétase , ou bonnet thessalien. Ils portaient les cheveux tant soit peu courts, les Lacédémoniens exceptés, qui les portaient longs et flottants; ainsi l'avait voulu le sévère Lycurgue : il pensait que la chevelure était l’ornement de la figure humaine. Fidèles à ses lois, les Spartiates en prenaient un soin particulier; ils la bouclaientet la parfumaient avant de marcher au combat, Lorsque Léonidas dit à ses trois cents Spartiates : « Ce soir, nous irons souper chez Pluton, » plusieurs d’entre eux la couronnèrent de roses , pour s’asseoir glorieux et riants au banquet infernal. Les voluptueux d'Athènes mettaient dans leurs cheveux une cigale d’or. Les uns se rasaient la barbe , d’autres la laissaient demi-longue. Les femmes grecques étaient à peu près vêtues comme nous voyons dans nos jardins la Diane chasseresse ; tout leur luxe était dans leurs brodequins, plus ou moins ornés d'ivoire, d’or ou de pierreries. Du reste, la beauté et la noblesse de leurs formes, une allure gracieuse et fière en même temps, que nul pli superflu n’embarrassait, achevaient leur parure. Souvent encore, particulièrement dans les cérémonies religieuses, comme Iphigénie, elles s’habillaïient avec la tunique ionienne , longue et trainante, les courtisanes même.

Dans notre Paris, dont le génie des arts et des sciences, les monuments superbes, le luxe des théâtres et surtout linconstance incessamment flottante du peuple, et son délire funeste pour tout ce qui est nouveau, ont fait une seconde Athènes, mais une Athènes de boue, de fumée et de brume, le costume grec, quant aux femmes seulement, domina longtemps durant la première révolution. Quelques muscadins (c’était le nom qu’on donnait alors aux fashiorables), succédant aux sans-culottes, se firent couper les cheveux à l’athénienne, à la spartiate, et depuis eux cette mode devint universelle dans les quatre parties du monde.

Clore par des détails relatifs au costume un tableau des arts chez un peuple célèbre semble en apparence chose légère; mais il n’en est point ainsi : la manière de se vêtir d’une nation tient à ses mœurs, et ses mœurs tiennent à son histoire : ce complément était nécessaire.

Nous avons vu la Grèce, couverte de l'égide de Minerve, imposer ses lois et son joug aimable et léger aux nations antiques, puis bientôt cetteenchanteresseremplir deses merveilles l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Presque aussitôt après la mort d'Alexandre, qui lui avait enlevé sa liberté, sa gloire militaire et sa gloire d’artiste déclinèrent, jusqu’à ce que, sous Sylla, elles se perdirent dans la domination romaine, Cependant, docte qu’elle était, la Grèce asservie (car, à honte ! les Romains tiraient leurs esclaves de cette illustre contrée) tint toujours école, et ses écoles étaient toujours célèbres. Comme un météore qui, un instant avant de s’éteindre, répand au loin son éclat d'horizon en horizon, elles vinrent, jusqu'au commencement du moyen âge, jeter leurs dernières, mais vives splendeurs sur les Pères de l'Église. Ils recueillirent , agenouillés devant le Dieu des chrétiens, ces célestes paroles de Platon : « L'âme est une vie immortelle enfermée dans une prison périssable; la mort est une résurrection! » Feu sacré qu'ils emportèrent sous leur robe, d’entre les décombres de la Grèce, et qu’ils sauvèrent du souffle de l’athée, Depuis lors , il ne resta de la Grèce que l'éclat de son nom. DENNE-BARON.

GRECS (Musique des). L'état de la musique chez les Grecs anciens a été pendant des siècles l'objet de savantes: recherches. À la renaissance des arts et des lettres, vers la fin du moyen âge, Ü se manifesta un tel respect pour tout ce qui était grec ancien, qu’on voulut alors tout devoir aux Grecs, peut-être bien parce qu’on leur devait beaucoup. On avait trouvé divers fragments d’anciens écrivains sur la musique, fragments insuffisants à la vérité pour en donner un aperçu complet, mais qui n'en excitaient que davantage la curiosité et ouvraient un large champ à l'imagination. Tout en avouant que les documents parvenus jusqu'à nous, même en tenant compte des graves lacunes qu’ils présentent,

prouvent que là musique grecque était encore quelque chose de très-borné et de très-incomplet, n'ayant dans ses éléments et ses bases rien qui permit d'arriver à constituer un art véritable; qu’esclave de la poésie, elle n’était guère autre chose qu’une espèce de déclamation harmoniquement réglée, on ne voulait pas cependant convenir que les Grecs, arrivés à un si haut degré de perfection dans les autres arts et dans les sciences, fussent restés complétement arriérés dans celui-ci, A cet égard on arguait de l'éloge enthousiaste que les anciens écrivains font des effets magiques de Ja musique ; mais il convient de ne pas oublier que chez les anciens le mot musique n'avait nullement la signification restreinte que nous lui donnons ; que c’était un terme générique servant à désigner l’ensemble des dons des muses, et que lorsqu'il est question de la puissance civilisatrice et moralisante de la musique , il faut entendre par cette expression cette culture harmonieuse et générale résultant de l'influence des arts et dela littérature. On peut admettre toutefois que sous de nombreux rapports la pratique avait été beaucoup plus loin quela théorie spéculative, et qu'elle avait produit quelque chose de plus utile que l’on ne serait en droit d’en conclure des débris qui nous restent de quelques dissertations philosophiques. On pourrait dire aussi que le même fait s’est produit chez les Grecs qu’à une époque postérieure, c’est-à-dire dans la période de développement de notre musique moderne, où pendant des siècles la théorie s’efforça d'élever un édifice.qui, même dans son état de plus grand achèvement, fut toujours fort incomplet et sans spontanéité, tandis que le peuple possédait depuis longtemps déjà , dans l’art de ses ménestrels et de ses troubadours, quelque chose de plus naturel, tout inculte qu'il fût. Ainsi s’explique facilement cette apparente contradition que, lorsque le peuple applaudissait à ses joueurs de flute et à ses chanteurs ambulants, la philosophie de l’art s’en éloignait pour représenter quelque chose qui pouvait bien être ingénieux et profond, mais qui ne répondait nullement à ce que nous entendons par musique.

La musique des Grecs, à en juger par les ouvrages parvenus jusqu'à nous, et comme d’ailleurs on l’exécutait dans les temples et les théâtres, différait de notre système, d’abord en ce que sa division n’était point basée sur l’octave, mais sur la quarte. Toute la série des tons se réduisait à cinq tétracordes (série de quatre tons), dont le quatrième ton était toujours en même temps le premier du tétracorde suivant, excepté deux de ses tétracordes qui avaient plusieurs tons de communs, mais avec des appellations différentes. Dans la méthode d'exposition actuelle, il en résulterait à peu près la série suivante : si ut ré mi, mi fa sol la, la si bémol ut ré, si ut ré mi, mi fa sol la. On nommait cette série le genre diatonique; on avait en outre le chromatique, dont les tétracordes avaient la forme suivante : si ut ré dièse mi, mi fa sol dièse la, et l’enkarmonique, dont les tétracordes se composaient de deux quartes (dièse), et d’une grande tierce, qu’on ne pourrait donc représenter avec notre syslème de notation, Que dans un tel système, et avec une notation des plus compliquées, dont Alybius évalue le nombre de signes à 1620, il ne pût pas être question d’une gamme proprement dite, et encore moins d'harmonie dans le sens actuel de ce mot, c’est ce qui est fort naturel, et ce qu’on devrait admettre lors même que dans la pratique, le genre enharmonique, par exemple, n'aurait eu qu’une application restreinte, ou semblable à ces fausses tierces que, dans leurs rapports contre nature, on comprenait avec raison parmi les dissonnances , ou bien quand même il n’aurait eu aucune application. Que si l’on répugne à croire qu’une nalion si civilisée , si ingénieuse, dont les œuvres, surtout dans la poésie et la sculpture, passent encore après deux mille ans pour des modèles de perfection, ait pu se contenter de quelque chose de si incomplet ; et si, en l’absence de ce qui pourrait jeter quelque lumière sur l'exécution pratique, en l'absence surtout de tous fragments de musique écrite (car la notation de quelques hymnes et d’une ode de Pindare a été reconnue

GRECS — GRECS MODERNES

pour apocryphe), on en concluait qu’il a dù exister dans la pratiqne une habileté beaucoup plus grande que ne le font soupçonner les fragments théoriques existants, ce serait là un jugement quelque peu téméraire, car il n’est guère admissible qu’un art eût pu tellement déchoir et même à peu près disparaître, si sa culture avait en quelque sorte répondu à celle des autres arts. ,

GRECS MODERNES. C'est ainsi qu’on désigne les populations diverses parlant la langue grecque moderne, qu’on trouve répandues d'abord et surtout dans ce qui forme aujourd’hui le royaume de Grèce, dans les provinces du sud et de l’est de la Turquie, dans les îles Ioniennes, lArchipel grec, à Candie et à Chypre, ainsi que sur le littoral de l'Asie Mineure et de la Syrie, et dans quelques grandes villes maritimes de la Méditerranée et de la mer Noire. L'origine de ces populations esttrès-mélée. C'est dans les îles grecques que se rencontre encore de nos jours le plus pur sang grec ancien; ce sont elles qui ont reçu le moins d'éléments étrangers, encore bien que les éléments francs et vénitiens et plus tard aussi les éléments albanais (par exemple, à Hydra et à Spezzia) ne soient pas restés sans influence sur elles. On peut placer sur la même ligne, en ce qui est de la plus grande pureté du sang grec ancien, les habitants de quelques districts de montagnes, tels que les Maïnotes, les Grecs de l'Olympe, les montagnards d’Agrapha et de Valtos dans l’ouest de la Grèce, de Sphakia à Candie, etc. Les Grecs de l’Asie Mineure et de Constantinople, où à proprement parlerles Grecs byzantins, sont de sang beaucoup plus mêlé; ce qui s'explique naturellement par les rapports nombreux qu'ils eurent déjà à une époque reculée avec des éléments barbares. Quant aux Grecs du continent européen, et particulièrement du royaume actuel de Grèce, il est historiquement prouvé qu'ils proviennent d’un mélange de Grecs anciens ou plutôt de Grecs byzantins avec desenvahisseurs slaves, et plus tard albanais, qui se grécisèrent peu à peu, encore bien qu’il faille considérer comme hyperbolique l’assertion de Fallmerayer, qui prétend que l’ancien élément grec fut complétement anéanti en Morée et dars la Hellade proprement dite, à l’époque des invasions slaves qui eurent lieu du sixième au dixième siècle. Le caractète et le degré de civilisation des Grecs modernes sont partout les mêmes (voyez Grèce). En général ils ont plus de dispositions pour les professions qui exigent du mouvenrant et de l'agitation, que pour les métiers tranquilles. Aussi les voit-on s’adonner bien moins à l’agriculture et aux professions manuelles, qu’à la navigation, au commerce, à la vie errante du pâtre; et dans un grand nombre d’iles, de même que dans quelques villes des côtes, ils ne s’occupent que de commerce et de navigation. A l’exception d’un petit nombre de descendants des envahisseurs francs et vénitiens, et des convertis qu’ils ont faits dans les îles de la mer Égée, par exemple à Naxos, où l’on compte 15,000 catholiques, tous les Grecs modernes se rattachent à l'Église orthodoxe d'Orient, qu'on appelle aussi pour cette raison Église grecque.

Onévalue à environ 6,600,000 âmes la population grecque moderne répandue dans les États du sultan, où elle se diviseen deux races ou nationalités bien distinctes : les Grecs tu, comme ils s'appellent eux-mêmes, les Romaiques ; et les Saves, formés de Serbes, de Bulgares, de Bosniaques, eb.; car en Turquie le nom de Grecs ne s’applique pas exclüsivement aux populations d’origine hellénique, mais indisinctement à tous les sujets chrétiens de la Porte qui recontaissent la juridiction religieuse et civile du patriarche deConstantinople, à quelque race qu'ils appartiennent d’ailleurs. La race grecque, nous apprend M. Ubicini, qui a longtemps habité le Levant et qui a publié un remarquable ouvrage sur la Turquie, la race grecque est répandue par tou! l'empire, mais d’une manière inégale ; dans la Turquie d'Europe, elle forme environ un onzième de la population totale; dans l'Asie Mineure et la Syrie, elle atteint à peine à un vingtcinquième; dans les îles de l'archipel

GRECS MODERNES

Ottoman, à Métélin, à Chio, à Rhodes, à Candie, elle peut être calculée hardiment aux trois quarts. Le total des populations grecques romaïques est évalué à 2 millions d’âmes. Parmi les populations grecques modernes de race slave, sujettes immédiates de la Porte, on distingue en premier lieu les Bulgares, dont le nombre est évalué à 3 millions, disséminés sur toute l’étendue de la Turquie d'Europe. Puis viennent les Serbes de la Bulgarie, de la Bosnie, de l'Herzégovine, évalués approximativement à 900,000; les Zinzares, race de métis, sortie du mélange continu des Slaves et des Grecs, au nombre d’à peu près 400,000 ; enfin, les tribus guerrières et semi-indépendantes qui avoisinent le Montenegro, dont le chiffre atteint 300,000, en tout 4,600,000 Grecs-Slaves, qui joints aux 2 millions de Grecs romaïiques forment un total de 6,600,000 âmes. En retranchant de ce chiffre à peu près 600,000 catholiques grecs, bosniaques, serbes, etce., le reste, soit six millions, représentera assez exactement l'effectif de la communauté grecque placée sous la souveraineté politique du grand-seigneur et reconnaissant la juridiction religieuse et civile du patriarche de Constantinople ( voyez TURQUIE).

GRECS MODERNES (Langue et littérature des).

C’est à tort qu’on regarde généralement le grec moderne comme une langue nouvelle , ayant bien quelques rapports avec l’ancienne langue grecque, mais qui avec le temps est arrivée à en différer si complétement et à prendreune forme qui lui est tellement particulière, que force est de la coneidérer comme une langue tout à fait à part et d’ailleurs ne valant guère la peine qu’on s’en occupe. Nous dirons, au contraire, que la différence qu’on ne saurait nier exister entre le grec ancien et le grec moderne, n’est pas aussi essentielle, aussi tranchée, qu’on serait en droit de l’attendre en réfléchissant aux complets bouleversements opérés dins les rapports intérieurs de la Grèce ancienne avec la Grèce moderne , et en les appréciant d’après ce qui est arrivé en d’autres pays et à d’autres peuples, par exemple d’après les rapports de la langue italienne avec la latine. Cette différence incontestable s'explique, d’un côté par les effets du temps, et de l’autre par lesinfluences politiques si diverses auxquelles les Grecs ont été soumis depuis la perte @ leur antique indépendance, ainsi que par les immigrations et le passage des hordes barbares à travers leur sol. Enco'e bien qu’il soit vrai de dire que souvent l'élément grec'antien est devenu tout à fait méconnaissable dans le grec mé@derne, il est manifeste que des éléments grecs anciens s’y font conservés d'une manière tout à fait frappante, tant dans l’ensemble que dans les détails. C’est là ce qui justif l'opinion suivant laquelle le grec moderne, au lieu d’être hne langue nouvelle, serait toujours l’ancienne langue grerque populaire, seulement plus corrompue encore; et qui veut que, malgré sa corruption actuelle, elle soit toujours la sœur de l’ancienne langue grecque, avec laquelle il faut encore la regarder comme ayant de communes origines. Pour faire l'histoire de la langue grecque moderne et de ses origines, il faut remonter à l’époque florissante de la langue et de la littérature des anciens Grecs, et peut-être même plus loin. On doit cependant distinguer, surtout s’il est question du grec moderne actuel, entre la langue populaire propremert dite (â xafou£)ouuévn, ou yvôata, ou xoivh, où äxÀd, ou &xlo-é)1n Vt4, Où veo-Énvtxf, OÙ fwpaïxh y}&coa), celle queparlent dans les relations de la vie ordinaire l’homme di commun, le paysan, le pâtre, le matelot, par exemple, ft la langue écrite. La première, produit original et nature/ du génie populaire, simple parole transmise sans aucune espèce d’art des pères aux fils, langue des habitudes journafères, est le grec moderne proprement dit, parce qu’elle na rien d’artificiel ni de fait à dessein; et c’est d’elle uniguement qu'il aété question dans tout ce que nous venon de dire. Ce grec moderne, qui a la même origine que l’aicienne langue grecque populaire, a également continué à 4e former après la dégénération de l’ancienne langue grecqe écrite, c’està-dire s'est de plus en plus éloigné du point où l’ancienne

littérature grecque jetait son plus vif éclat; et à partir du onzième siècle, il devint à peu près exclusivement la langue dans laquelle écrivirent et versifièrent quelques hommes ayant pourtant reçu une éducation scientifique. Il n’a jamais manqué de ces hommes-là, même aux époques des plus épaisses ténèbres et du plus avilissant esclavage. S'ils employèrent la langue grecque moderne, c’est que c’était la langue populaire de leur temps, la seule dans laquelle ils sussent et pussent écrire et versifier, encore bien qu'ils connussent une langue grecque plus noble et plus pure. Mais en l'absence de classes éclairées et polies, il était naturel qu'ils n’écrivissent et ne versifiassent que pour le peuple en général; dès lors ils étaient bien forcés d’employer son idiome propre, alors même que d’autres employaientencore le grec ancien, devenu incompréhensible au vulgaire. Il en fut ainsi à peu près jusqu’au dix-huitième siècle, alors que, avec le cours des temps et en l’absence de tous moyens d’instruction pour le peuple ainsi que d’une littérature particulière, la langue fut tombée dans un état de plus en plus inculte; état qui ne pouvait aboutir qu’à une complète confusion, quand le grec moderne commença à être écrit d’après des systèmes variant à l'infini et non d’après des règles précises, et au moment où une nouvelle langue grecque moderne écrite essaya de se former. Il faut en effet savoir tenir compte des conséquences décisives qu’eut dès la première moitié du dix-huitième siècle l’élévation des Fanariotes à uneinfluence particulière et à une action manifeste sur le divan, par suite de la gestion de certains emplois publics qui leur fut exclusivement confiée, notamment après qu’Alexandre Maurocordatos fut devenu interprète près de la Porte, et son fils, Nicolas, hospodar de Valachie. Il y avait dans ce seul fait la preuve la plus manifeste de la valeur qu'ont l'instruction et les lumières, puisque c’est uniquement à ces avantages que cette classe particulière de Grecs était redevable de son élévation et de son influence; aussi en résulta-t-il bientôt parmi les autres Grecs une vive émulation à aller se former dans les universités de l'Occident, d’où ils rapportèrent ensuite dans feur patrie non-seulement des connaissances plus étendues, mais encore le besoin d’une civilisation plus avancée. L'attribution aux Fanariotes de l'administration dela Valachie et de la Moldavie eut encore pour résultat de provoquer parmi les Grecs un vif désir d'activité littéraire et politique. Jusque alors les savants avaient écrit leur langue sans trop se soucier de savoir comment il fallait l’employer, dans quels rapports notamment la langue parlée par le peuple devait se trouver avec l’idée d’une langue écrite, et une langue grecque moderne écrite avec l’ancien grec; ou encore, jusqu’à quel point la formation d’une langue grecque moderne écrite devait dépendre de la langue populaire et se rattacher à la langue actuelle, même dans son état d’abâtardissement. A ce moment, au contraire, on vit plusieurs systèmes se présenter à la fois dans la pratique pour répondre à ces questions, devenues bientôt à l’ordre du jour. Les uns, ne s’attachant qu’au passé, absolument comme si les Grecs modernes n’eussent pas parlé une langue particulière, écrivaient la langue morte des Grecs anciens (par exemple Stephanos Kommitas); les autres, regardant la voie tracée par le temps présent comme la seule bonne et convenable, pensaient ne devoir écrire le grec que comme le parlaient le peuple (par exemple Dan. Philippidis, Katartschis et Christopoulos). D’autres encore, reconnaissant que cette langue du peuple dérivait d’une langue beaucoup pius belle et beaucoup mieux formée, s’attachaient à l’idée de l'améliorer, et croyaient amener cette amélioration en empruntant de nombreux lambeaux au riche vêtement de l’ancienne langue grecque pour en orner la langue du peuple ( ce qu’on appelait le MiË064p6apov [mélange barbare], qui était la langue des Fanariotes en particulier, mélange de grec ancien, de turc et de français). D’un autre côté, Corais, pour améliorer la langue grecque moderne (qu’il ne désignait avec raison que par le nom de ouybetx, comme langue des relations de

la vie commune}, et tenant également compte de son affinité avec le grec ancien ainsi que du génie originel du grec moderne, insistait sur l'indispensable nécessité d’une étude comparative des deux langues, signalant en même temps leurs différences de forme et de syntaxe, et recommandant de n’emprunter au grec ancien pour le grec moderne que ce qui manquait à celui-ci, afin que le peuple pôt toujours le comprendre , et aussi afin de l’ennoblir et de le purifier en l'améliorant et en l’enrichissant d’éléments tirés du grec ancien, mais sans pour cela le rendre méconnaissable. Quant à la différence du grec moderne et du grec ancien, elle consiste dans l'addition d’éléments étrangers, que le grec moderne a souvent empruntés aux autres langues, mais que l’on a commencé d’écarter et de remplacer par de nouvelles créations ou à l’aide des richesses du grec ancien, et dans les changements de signification qu’on a fait subir à beaucoup de mots du grec ancien, en même temps qu’une grande partie d’entre eux tombaient tout à fait en oubli. Cette différence tient aussi à la création de formes nouvelles, et surtout à la diminution considérable des antiques formes, si riches, de la déclinaison et de la conjugaison grecques. L’une a perdu en effet le datif, remplacé tantôt par le génitif ou l’accusatif , tantôt par une préposition ; et l’autre le moyen, l’infinitif et l’optatif, le parfait, le plus-que-parfait et le futur; et toutes deux le duel. Ce n’est d’ailleurs que dans quelques idiotismes et dans certains tours de phrases dérivant du grec ancien que se sont conservées, même parmi le peuple, un grand nombre des anciennes formes grecques. Mais c’est dans la syntaxe surtout, et par suite de cette diversité dans les formes, qu'a dû se manifester une différence considérable entre les deux langues, attenda que, par suite de la perte qu'elle a subie de cette richesse de particules qu’on sait être propre au grec ancien, une certaine lenteur maladroite a remplacé la construction de la phrase grecque, si expressive, si concise, si savante, malgré toute sa simplicité. Nous n’avons pas à entrer ici dans les détails, par exemple à dire comment la langue nouvelle a remplacé les diverses formes de temps de la langue ancienne qu’elle a perdues; à cet égard, c’est aux ouvrages spéciaux, et notamment aux grammaires, que le lecteur devra recourir.

Nombreux sont les dictionnaires que possède déjà la langue grecque moderne. Les plus récents sont Asktxè/ èmitouoy rc xa0 huäc Énvxñs Guhéxrou de Skarlatus Byzantios (Athènes, 1835) et Astidv miropov tic ÉAANVXAS YAWOGAS (Athènes, 1839 ; 2° édition 1852).

Quant à la Littérature grecque moderne, qui se bornait autrefois plus qu'aujourd'hui à de simples traductions, mais qui paraît maintenant vouioir prendre une direction plus indépendante, et qui y réussirait incontestablement si toute la force littéraire qui existe dans la nation ne continuait pas à l'avenir à être gaspillée et perdne, comme elle l'a été jusqu’à ce jour, dans le journalisme politique, ce n’est pas ici qu'il convient d'essayer de pénétrer trop avant dans un tel sujet, qui ne saurait être facilement épuisé. Nous renverrons donc ceux de nos lecteurs qui auraient besoin à cet égard de détails plus circonstanciés, aux sources que dans ce but nous indiquerons plus bas. Les écoles, les gymnases, les lycées dont la fondation et l'entretien furent dus tantôt à quelques Fanariotes ou à quelques autres riches particuliers isolés, tantôt aux efforts communs de diverses localités, fleurirent au commencement du dix-neuvième siècle, particulièrement à Iassy, à Bucharest, à Constantinople (ÆKouroutschesmé), à Cydonie (dans l'Asie Mineure), à Smyrne, à Chios, à Athènes, à Janina et à Missolonghi; institutions auxquelles vint s’ajouter plus tard l’université greco-ionienne fondée en 1824 à Corfou, par les soins de lord Guilford. L'influence de ces écoles sur le réveil et l'instruction de la nation grecque ne saurait être assez hautement reconnue ; elles produisirent toute une génération d'hommes éclairés et lettrés, parmi lesquels il s’en trouva un grand nombre d'assez heu:

GRECS MODERNES

reusement doués pour pouvoir cultiver eux-mêmes avec fruit les sciences et les lettres. Sous ce rapport, c’est un fait digne de remarque assurément, et qui en tout cas témoigne de la grande souplesse du génie grec, que la plupart de ces hommes aient enseigné simultanément dans les établissements d'instruction publique de leur patrie les sciences les plus différentes, de même qu'ils traitaient dans leurs écrits les objets et les questions scientifiques les plus variés, éloge mérité par d’autres Grecs encore, comme Corais, Dan. Philippidis, Neophytos Dukas, Darbaris, Risos-Neroulos, etc. Il ne faut pas d’ailleurs juger l’activité littéraire des savants grecs uniquement par ce qui a été imprimé d'eux ; car une grande partie de leurs traveaux scientifiques sont restés manuscrits. Après les écoles et les journaux , dont la publication remonte à la même époque, il faut encore mentionner le théâtre grec qui à partir de l’année 1818 exista à Odessa, à Bucharest et encore dans d’autres localités, et où on représenta tantôt de nouvelles traductions des antiques tragédies grecques, tantôt de nouveaux drames grecs originaux ; Ce qui d’ailleurs arriva aussi plus tard, après 1821, dans diverses localités de la Grèce. Il est vrai de dire que la lutte engagée en 1821 par les Grecs eut tout aussitôt les conséquences les plus déplorables pour les institutions destinées à favoriser le développement de l'instruction parmi le peuple et le réveil de la vie scientifique, attendu qu’elle amenà leur ruine ou que tout au moins elle affaiblit ou entrava complétement leur action. Cependant cette lutte elle-même produira ses fruits; elle aura en définitive accéléré avec le développement de la vie politique celui de la vie scientifique des Grecs modernes. Beaucoup a été fait dans ce but, tant après 1821 et jusqu’en 1833, autant que ctla a été possible alors, que depuis cette époque, d’où dite le royaume de Grèce, jusque dans ces derniers temps. C’est ainsi que la fondation de l’université d’Athènes a doté la Grèce d’une institution qui promet d’exercer sur la vie scientifique et l’instruction des Grecs d'autant plus d’influence que cette influence ne peut pas seulement se borner au royaume de Grèce, mais devra, au contraire, s'étendre bien au delà de ses frontières. L'université d'Athènes est en effet un fanal élevé en Orient par la civilisation et l’humanilé, fanal dont les rayons finiront par pénétrer jusque dans les phs profondes ténèbres de l'Orient, qu'ils sont appelés à dissiper,

On rgarde comme le plus ancien monument de la littératuregrecque moderne une chronique de Siméon Séthos, qui remylissait à la cour d’Alexis Comnène i°* (1070-1080) les fonctbns de protovestiaire; chronique dans laquelle le dialecte populaire apparaît pour la première fois comme langue écrite. D’un autre côté, il faut considérer comme le plus ancien poëte grec moderne Théodore Prodromos ou Ptochoprodromos, qui vivait vers le milieu du douzième siècle, et dans les poésies duquel nous trouvons les premiers essais de la muse grecque moderne.

Au seizième siècle on peut citer les œuvres de grammare de Chrysoloras et de Lascaris, qui ont formé les preniers et les plus illustres hellénistes de l'Europe; les Anmles universelles de Dosithée, le Thucydide de la Grèc: moderne ; un grand nombre de traités de controverse relighuse; une Jliade en grec vulgaire ; les ouvrages imprimé à Venise par les Cypriotes sur leurs annales partieulières & sur les beautés de leur île chrétienne encore, pendant qu les réfugiés de Constantinople publiaient à Rome les mantserits échappés comme eux à l’inondation turque.

Au dix-septième siècle, l'Érotocrite, roman de chevalerie de \incent Cornaro, qui continue à jouir en Grèce d’une grande popularilé; l'Erophile, tragédie de Georges Chortatzi; ls homélies et les mandements des patriarches ; où l’on retroive encore le dernier retentissement de l'idiome si pur et si harmonieux de saint Grégoire de Nazianze.

Au dix-huitième siècle, les dissertations scientifiques se sont multipliées, de même que les emprunts aux littératures étrangères, De celte époque datent les traductions de

GRECS MODERNES

l'Histoire ancienne de Rollin, de Télémaque, de Fénelon : un Plularque mis en dialecte vulgaire, et dès lors à la portée de toutes les intelligences; les six livres du Zroit civil d’Arménopole, juge à Thessalonique, répandu cher les Grecs par les soins de Gérasime, métropolitain d'Héraclée; les œuvres de Mélétios, archevêque d'Athènes, le naïf collecteur des légendes de l’Archipel, et en même temps le continuateur de Strabon. Les provinces moldo-valaques, tout étonnées d’être aujourd’hui pour l’Europe l’occasion ou le prétexte d’une lutte dont il serait bien difficile de prédire dès à présent l'issue, partitipaient, elles aussi, pendant le cours du dix-huitième siècle, à ce mouvement de rénovation et de régénération. C’est alors que parurent l'Histoire de la Thrace et de la Transylvanie, par Photinos; la Biographie des Patriarches de Jérusalem depuis Papôtre saint Jacques jusqu'à Chrysanthe, patriarche occupant alors le siége, par le moine Grégoire de Dodone; le Miroir des Femmes ; les Géorgiques de Virgile, traduites en grec moderne et imprimées à Saint-Pétersbourg aux frais du prince Potemkin; enfin l’Énéide, œuvre du même traducteur, le célèbre Eugène Bulgaris, archevêque de Cherson.

Au dix-neuvième siècle et jusqu'au moment où nous écrivons, mentionnons les traités de rhétorique et de phi- 10sophie d'Œkonomos et de Vambas; les livres de morale ct d'éducation traduits pour le plus grand nombre de Pialien, du français, de l’anglais ou de l’allemand par des James fanariotes; une Jérusalem délivrée du Tasse, ‘raduite en vers grecs vulgaires héroïques; les Annales de Parga, et une traduction de l’Atala de Châteaubriand, par Avramiotti.

Dans le domaine de la théologie, Théoclitos Parmakidÿ s’est posé en défenseur du principe rationnel, et Constantn Vikonomos , orateur sacré très-remarquable, a pris En main la défense de l’orthodoxie ecclésiastique (1835, 1838 et suiv.). On doit à Kontogonisune Histoirede l’Église(1866), et à l’archimandrite Dimitrakopoulos une savante Zibliothèque ecclésiastique (Leipzig, 1867 et suiv.).

Les sciences philosophiques ont été, depuis la fin du dix-huitième siècle, l’objet de traités originaux; et fous rencontrons ici les noms de Dan. Philippidis, Benimin Lesbios, Stéphanos Dukas, Vardalachos, Néophytos Dikas, Kumas et Kaïris. On a un excellent Traité de Géogréphie, par D. Philippidis et Constantas , puis une Géogfaphie de la Grèce ancienne et moderne (1851), par Vabtas, et les mélanges de statistique, d'histoire el de gégraphie sous le titre d’H elléniques (1853 et suiv., 3 vél.), par Rhangabé. Citons aussi l’intéressant Rapport sur l’état de la Statis'ique en Grèce( 1872), par Mansolas, et l’ouvrage anglais de Koulouriotès : Greece (Londres, 1853).

Dans le domaine de l’histoire, le même Philippidis (1816) a publié une Histoire de la Roumanie; Sourmélis, une Histoire d'Athènes à l’époque de la querre de l'irdépendance (1834), Philimon, un ouvrage sur l'Hétairle (1834), Perraebos, une Histoire de Souli (1815) et ds Mémoires sur la querre de l'indépendance (1836). L'xchevêque Germa nos (1837), Mamoukas (1839-1852), Ticoupis (1853), Kutsonikas (1863 et suiv.), ont également écrit l’histoire de cette lutte. Risos Néroulos avait précèdemment fait paraître une Histoire de la Grèce/moderne (1898); et A. Soutzos, une Histoire de la févolution grécque (1829). Constantin Paparrigopoulos qui a fait paraître une Histoire du peuple grec, en 1460, et Levkias, professeur de mé decine, ontécrit confe Fall: merayer sur l’origine des Grecs actuels (1843)/ Schinas a donné une Histoire des anciens peuples (1845); Araventinos, les Annales de lÉpire (1856, 2 vol.). Citois aussi les Souvenirs historiques ou les Mémoires de Maoulis, de Kolokotronis, de Spiliadis et de Phokiaxis. /

Dans le domaine de l'archéologie, on possfdait dès 1796 un ouvrag: sur les antiquités grecques, pir G. Sakellarios. Plus rèceminent on cite : Athènes evses antiquités

(1835), de Pittakis; les Antiquités helléniques (1842), de Rhangabé, l'Histoire de l’art ancien (1863),du nêmr; les ouvrages de Koumanoudis et de Lamprossur l'esthétique et la numismatique.

Dans la philologie on doit, indépendamment de Coraïs» mentionner surtout Néophytos Dukas, Darbaris et Asopios à cause de leurs travaux sur les anciens critiques. On est redevable à Coraïs de précieuses dissertations relatives à la lexicographie grecque ancienne, Néophytos Dukas a écrit une grammaire plus méthodique de la langue grecque ancienne, sous le titre de Terpsithea (1804), et souventréimprimée depuis; Vanv as (1828) et Asopios (1841) se sont occupés de la syntaxe. Zénobios Pop avait déjà depuis longtemps traité de la versification des anciens, et après lui Benthylos(1851) et Rhangabé (1862). Ce dernier a aussi publié une Chrestom atie du grec ancien (1863, 6e édit., 5 vol.). On doit à Byzantios un bon Diclionnaire grec moderne (1835). La grammaire des autres langues a aussi été l’objet des travaux de quelques savants grecs.

En ce qui touche la poésie grecque moderne, il convient d'établir une distinction entre la poésie populaire et la poésie savante ou d'art.

Dans la poésie populaire se manifestent toute l’élasticité, toute la mobilité de l’impérissable génie @u peuple grec, toute la richesse du sens poétique et du caractère national dans sa naïveté et avec son énergie. Il serait superflu de s'étendre davantage sur le caractère et l’essence de la poésie populaire grecque moderne, puisque des traductions nombreuses ont permis d’en reconnaître la haute valeur. Les chants des klephtes, notamment, et les chants populaires qui se rattachent à l’histoire de la guerre de l'indépendance, ressemblent à l’or natif de la montagne , et sont en outre de vraies pages d’histoire. Il faudrait se hâter de réunir tous ces chants; car le temps les emporte avec lui, et ils pourraient sans cela disparaître avec la génération qui en faisait retentir les airs quand elle combattait pour sa liberté. Les autres chants populaires, ayant pour sujets tantôt de gracieux incidents de la vie de famille, tantôt des scènes de la nature ou encore de la société, sont aussi quelquefois le pro duit d’un romantisme élevé, et par leur touchante délicatesse de sentiment ainsi que par la grâce et le pittoresque: de l’expression, rappellent les fleurs fraîchement écloses du printemps et les suaves modulations des hôtes harmonieux de la forêt. Tous ces chants comprennent et expriment le : monde intérieur des joies et des douleurs du peuple grec, qui savait trouver dans la poésie un dédommagement à l'absence de vie politique et conserver au milieu de ses angoisses l’aspiration à un meilleur avenir.

La poésie savante ou d’art des Grecs modernes ne porte pas moins l'empreinte du génie et du sentiment poétique de ce peuple, qui déjà s’est essayé avec bonheur dans différents genres de poésie, quoiqu'il lui, ait fallu commencer par créer d’abord en grande partie sa langue poétique.

Dès les premieres années de ce siècle, Rigas avait composé ses célèbres hymnes de guerre et de liberté, et la nation les avait accueillis et les répétait avec enthousiasme. Quand plus tard, en 1821, le peuple grec se souleva contre ses oppresseurs, Panagos et Alex. Soutzos Polysoidès, Kalvos, Salomos, Rizos Néroulos et Angelica Pali, composèrent des hymnes, des odes et des élégies en l'honneur de la liberté, déplorant les malheurs de leurs concitoyens, et célébrant les hauts faits de la lutte pour l’indépendance. Plus réceniment, Karatchoutskas, Typaldos et Valaoritis ont suivi avec succès la même direction. En même temps, les deux Soutzos sacrifiaient à la satire dans leurs chants patriotiques, nommément contre le président Capo d’Istria et son parti (1830), et plus tard Orphanidis a suivi la même voie. Comme poëtes lyriques, nous devons encore mentionner Perdikaris , qui a aussi écrit quelques satires ; Christopoulos, l’Anacréon des temps modernes, poëte aimable *1$racleux, qui célèbre alternativement dans ses vers l'amour

tt Bacchus et Sakellarios. Panegos, Soutzos et Tantalidi

imitèrent plus tard l'exemple de Christopoulos , dont les chants sont bien vite devenus populaires. Dans la poésie dramatique, nous citerons les essais de Risos Néroulos, à qui on est redevable de quelques tragédies, par exemple, Polyxène et Aspasie , ainsi que de quelques poèmes comiques et saliriques ; Pikkolos, auteur d’une Mort de Démosthène ; Zampelios, auteur de Timoléon, de Constantin Palcologue et de Rigas; Rhangabé, écrivain homme d’Esat, à qui sont familières diverses langues étrangères, auteur d’un drame patriotique, La Veille; Panagos-Soutz0s, auteurs du Voyageur et de quelques tragédies historiques , dont les sujets sont empruntés aux annales récentes de la Grèce, par exemple, celle de Xaraiskaki; ainsi qu’Alexandre Soutzos, auteur d’un Marc Botzaris. La muse de Risos Néroulos est pleine de gaieté et de verve; et des deux frères, Panagos et Alexandre Soutzos, tous deux regardés à bon droit comme les poêtes les plus remarquables et les plus originaux de la Grèce moderne , Panagos est celui qui a le plus de profondeur et de gravité. On a aussi de lui un poëme épique et didactique, Le Messie, traité en partie d’une manière dramatique, œuvre pleine de pensées élevées et profondes. Dans son épopée comique, L'Enlèvement de la Truthenne, Risos Néroulos nous a tracé un piquant et spirituel tableau des mœurs et du caractère intrigant des Fanariotes, auxquels il appartient par sa naissance, mais parmi lesquels il forme une honorable exception. Cependant, l'épopée grecque inoderne la plus considérable est Le Séducteur des Peuples, de Rhangabé, dont le sujet est l’histoire du moine monténégrin Stéphanos, l’un des faux Pierre III qui parurent sous Catherine II. On peut aussi rattacher au genre épico-lyrique ou épico-romantique Le Vagabond d’Alexandre Soutzos, poëme dans lequel il pleure les malheurs de sa patrie et célèbre la gloire de la Grèce, et dont font grand cas ses compatriotes, surtout à cause de l'harmonie et de la vigueur toutes particulières de son style. En 1850, Alex. Soutzos a fait paraître les quatre premiers chants d’une nouvelle Épopée historique : ‘H Tovpxouayos EG; ; Zalakostas a donné en 1851 un poeme sur la catastrophe de Missolonghi et en 1853 un poëme ntilulé Armatoles et Klephtes. Consultez Villemain, Lascaris (1825): Risos Néroulos, Cours de Littérature grecque moderne (1827); Chants.gopulaires de la &Grèce moderne, par Fauriel (2 vol. 1825); de Marcellus, Chants du peuple en Grèce (1851); Kind, Anthologie de la Grèce moderne (Leipzig, 1861); enfin la. Bibliographie hellénique(1845) et la Philo!ogie grecque moderne(1854 1857, 2 vol.), ouvrages de P. Vretos, où figurent plus de mille articles et indiquant tout ce que, à défaut de presses nationales, firent pour le grec moderne, les presses hospitalières de Rome, Venise, Londres et Vienne depuis la prise de Constantinople jusqu’à la guerre de l'indépendance. GRECS UNIS. On appelle ainsi les chrétiens grecs qui se sont réunis à l’Église catholique romaine touten conservant leur antique constitution ecclésiastique intérieure (voyez erEcQuE | Église ]), de même que les dénominations particulières aux dignités ecclésiastiques, le mariage des prêtres et l’usage où sont ceux-ci de porter de longues barbes et des bonnets; qui emploient la langue grecque dans leur liturgie, observent desjeûnes plus rigoureux etcontinuent à communier sous les deux espèces; mais qui ont adopté le dogme que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, le dogme du purgatoire, celui de l'efficacité des messes pour le repos des âmes des trépassés, et enfin la suprématie spirituelle du pape. Depuis la scission survenue entre les Églises de Rome et de Constantinople, la première avait toujours fait des tentatives pour déterminer la seconde à se réunir à elle ou mieux pour la soumettre. L'empereur Manuel Comnène penchait pour une réunion ; mais le clergé et le peuple la repoussalent énergiquement. L'empereur Jean I Vatatzès Dukas pensait comme Comnène , et fit continuer les néguciations entamées en 1232 par quelques moines franciscains ; mais elles demeurèrent infructueuses, à cause du

GRECS MODERNES — GRÊÉEMENT

manque de condescendance dont fit preuve la cour de Rome. Des motifs politiques déterminèrent encore l’empereur Michel Paléologue à renouer avec Rome des négociations pour la réunion des deux Églises ; il contraignit ses évêques à céder, et opéra effectivement cette réunion dans le concile tenu à Lyon en 1274. Mais c’était Là un arrange= ment de cour ; et le peuple ne l’apprit qu'avec indignation, Ainsi l’union fut-elle révoquée par l’empereur Andronic IL. Mû toujours par les mêmes motifs politiques, son successeur ouvrit de nouvelles négociations, mais fort inutilement; et Manuel If, son fils, écrivit même un livre contre l’Église de Rome. Plus les empereurs grecs se virent pressés par les Turcs, et plus ils crurent qu’une réunion avec Rome les mettrait à l'abri du péril. Enfin, l’empereur Jean IIL Paléologue se rendit lui-même en Italie avec un grand nombre d’évêques de son Église; et, dans un synode ouvert à Ferrare, puis transferé à Florence, lui et sa suite tombèrent d'accord sur la formule d'union proposie par le pape Eugène IV. Mais les Grecs qui habitaient des conirées au pouvoir des Turcs se prononcèrent alors contre toute réunion, en se rattachant plus fermement que jamais aux doctrines de leur Église; et aujourd’hui encore on appelle Grecs non unis tous ceux qui partagent leurs idées. Ils considèrent les Grecs unis comme des apostats. De-

puis 1772 les souverains de la Russie on fait de grands

efforts pour ramener à l’Église nationale les Grecs unis-

On en compte au total environ deux millions, dispersés

en Italie, en Sicile, en Pologne et dans les pays slaves.

GREDIN. Voyez ÉPAGNEUL.

GREDIN. Du nom de ce chien on a, dit-on, formé le terme gredinerie, pour signifier misère, gueuserie, mesquinerie. Le mot gredin s'emploie aussi comme synonyme de coquin.

GREELEY (Horace), homme politique, né le 3 féviier 1811, à Amherst (New-Hampshire), était fls d'un cultivateur, et reçut une instruction tout élémentaire. L’abord apprenti dans l'imprimerie d’un journal du Vermont, il continua d’exercer son état à New-York. De com- P&iteur il se fit journaliste. Dans le but de propager parmi'e peuple les doctrines politiques du parti avancé auque, il appartenait, il créa plnsieurs journaux, dont le dertier, inlitulé New-York Tribune (11 avril 1841), devintun des organes les plus populaires des États-Unis. Cetlepublication, ainsi que le talent de ses rédacteurs, mireniM. Greeley en évidence : il fut élu en 1848 député au Congrès. Quoique ardemment opposé à l'esclavage il conseilk, après la dernière guerre civile, de pratiquer la plus larçe modération vis-à-vis des vaincus. Porté comme candidat à la présidence en 1872, il ne réunit qu’un petit nombre de voix et se vit préférer son rival, le général Grant, avec lequel toutefois il n'avait cessé d’être en communauté d'idées. Il mourut le 27 novembre 1872, à New- York, où l’on lui fit des funérailles magnifiques.

GRÉEMENT où GRÉMENT. C’est la totalité des maneuvres courantes ou dormantes d’un navire, poulies, avic leurs estropes, garnitures de vecgues, de mâts, en un mo, l'ensemble äe toutes les cordes qui se croisent ou se suivent dans un bôtiment, pour assurer le maintien de la mâlure et la manœuvre des voiles, Cette définition sufira à faire comprendre toute son importance dars un navire, et conbien la bonté et la durée sont nécessaires à cette partie de l'armement. Le gréement, qui a reçu poétiquement de quelques écrivains excentriques le nom aventureux de chevdure du vaisseau, serait peut-être tout aussi bien nommé hs nerfset les {endons qui transmettent à, ses aïles les mouvements et les dispositions nécessaires à sa vitesse. Dans cet inmense pêle-mêle de cordages , roides ou souples, gros ou mirces, il ne s'en trouve pas un seul qui n’ait son importance ipéciale et sa dénomination particulière dans le système unitäre qui les rassemble.

Le nombre des manœuvres et des cordages employés dans le gréement dun vaisseau est prodigieux. L'art de bien

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