‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 380 sur 552 · R TEYSSÈDRE · texte numérisé non relu

R TEYSSÈDRE

GRESIVAUDAN. Voyez GRAISIVAUDAN.

GRESSET (JEAN-BapTisre ), l’un de nos poëtes les plus

gracieux et les plus spirituels, naquit en 1709, à Amiens, où son père exerçait les fonctions d’échevin, et mourut le 16 juin 1777. Il fit ses premières études dans sa ville natale, <hez les jésuites, et alla les terminer à Paris, au collége Louis le Grand. C’est à l’âge de vingt-quatre ans qu’il composa Vert-Vert, ce chef d'œuvre de grâce, de finesses et d’esprit. Comme il portait encore l’habit de jésuite, Gresset ne confia son poème qu’à un petit nombre d'amis; mais il était impossible que le secret fût fidèlement gardé sur une production aussi originale : des copies manuscrites coururent dans tout Paris; ce joli poème fut l’objet de l’entretien général à la cour et à la ville, et bientôt on l’imprima à l'insu de l’auteur. Le poème de Gresset fut tout un événement dans le monde littéraire : chacun voulut connaître le nom de cette muse piquante et facile, qui brodait sur le canevas le plus léger tant de choses brillantes, les mieux relevées, et du meilleur goût. J.-B. Rousseau, dans sa correspondance, appelle Feré-Veré un phénomène littéraire. On fut bien surpris d'apprendre que ce phénomène était sorti de la plume d’un jeune jésuite habitant la mansarde d’un collége, où il donnait des répétitions. Cela sentait si peu la poussière et le pédantisme de collége! Gresset continua ses débuts brillants par différentes productions, qui le maiïntinrent à la hauteur où l'avait placé l’opinion publique : Le Caréme impromptu, Le Lutrin vivant, Les Ombres et La Chartreuse , que Rousseau préféra ensuite à Vert-Vert, révélèrent un poëte tout à fait nouveau, original, éloigné de toute imitation, et ne consultant que sa verve. Le succès de Vert- Vert fut si grand, qu'il valut à son auteur une sorte de disgrâce. La sœur d’un ministre, qui était supérieure d’une des maisons de la Visitation, ne pardonna pas à Gresset d’avoir tourné en plaisanterie les mœurs des couvents : elle porta plainte contre lui, et par suite Gresset, qui professait les humanités à Tours, fut transféré à la Flèche, Là il s’essaya à traduire les Æglogues de Virgile; mais ce travail ne lui réussit pas : « Cette traduction, dit La Harpe, n’est proprement que l'étude d’un commençant, qui annonce de la facilité etde l'oreille : c’est une paraphase négligée et languissante. »

Enfin, fatigué de sa vie de collége, Gresset jeta le froc aux orties, et revint à Paris : il avait alors vingt-six ans. L’accueil empressé qu’il y reçut l’encouragea à se livrer à des travaux plus sérieux : il aborda la tragédie. On peut dire qu’il échoua complétement dans cette tentative : sa tragédie d'Édouard 111, qu’il fit représenter en 1740, n’eut aucun succés. Il n’y à ni intérêt ni vraisemblance, ni entente de la scène. Sydney, autre tragédie, jouée en 1745, quoique écrite un style égal, ne put se soutenir au théâtre. Le talent gracieux et fini de Gresset s’accommodait mal des exigences dramatiques de la tragédie, et en général de toute poésie d’un genre élevé qui demande de la noblesse et de la grandeur : aussi ses odes sont très-elles-faibles. Mais il prit « glorieusement sa revanche dans la comédie. Le Méchant est sans contredit l’une des meilleures pièces comiques du se-

cond ordre que nous ayons; et Volfaire, qui lui revroche de n’être pas

Des mœurs du temps un portrait véritable,

n’a rien dans son théâtre qui approche du Méchant. Les caractères de cette comédie sont empreints de vérité; le style en est toujours égal, choisi et élégant ; un grand nombre de vers sont passés en proverbe: on prétend qu’ilen emprunta les traits les plus saillants à la Société du Cabinet vert, que présidait Me de Forcalquier. Ici s’arrêle sa carrière glorieuse; ses autres productions n’ont ni l'éclat, ni la verve, ni l'intérêt de celles que nous venons de citer.

Gresset fut reçu à l’Académie Française en 1748 ; mais quelques années après il quitta Paris pour aller se fixer à Amiens, sa ville natale, où il fonda, avec la permission du roi, une académie dont il fut élu président. Bientôt ses idées tournèrent à la dévotion : il rétracta lui-même ses ouvrages dans une lettre rendue publique, où il traitait la poésie d’art dangereux. La bile de Voltaire s’en émut violemment : dans son intolérance philosophique, il poursuivit Gresset de ses sarcasmes et de ses injures , lui refusant toute espèce de talent :

Gresset, doué du double privilège D’être au collége un bel esprit mondain, Et dans le monde un homme de collége.

Il écrivit que La Chartreuse et Vert-Vert étaient des ouvrages tombés ; enfin, il s’oublia jusqu’à écrire : « Et ce polisson de Gresset, qu’en dirons-nous? Quel fat orgueilleux ! Quel plat fanatique! » Cette conduite de Voltaire fut peu généreuse : Gresset avait été l’un des admirateurs les plus chauds de son talent ; ilavait même pris souvent sa défense, notamment à propos d’Alzire.

Dans sa retraite, Gresset ne produisit plus rien digne de lui : ses poëmes du Gazetin et du Parrain magnifique ne peuvent faire soupçonner l’auteur de Veri-Veré, et lediscours qu’il prononça en 1774 à l’Académie, comme directeur, lors de la réception de Suard, est sans contredit l’un des plus plats que le docte corps ait jamais entendus. Sur la fin de ses jours, il fut comblé des faveurs de la cour : Louis XVI lui envoya des lettres denoblesse,et Monsieur, depuis Louis XVIIE, lui donna la place d’historiographe de l’ordre de Saint- Lazare. Une statue en marbre lui a été élevée à Amiens, en 1851. JONGIÈRES.

GRETNA-GREEN, hameau du comté de Dumfries, en Écosse, qui, par suite de son voisinage de la frontière d'Angleterre, est devenu le refuge de tous ceux qui veulent contracter mariage sans le consentement préalable de leurs parents ou tuteurs. L’ancien droit canonique continue toujours à être en vigueur en Écosse. D’après les dispositions de ce droit, toute déclaration de mariage de deux individus faite en présence d’un prêtre, d’un juge de paix, d’un notaire ou autres témoins honorables, est considérée comme un mariage accompli, punissable, il est vrai, d’une longue détention, aux termes de la loi, lorsqu'il n’est pas suivi de dispenses, maïs qui n’en demeure pas moins indissoluble. Lorsque, sous le règne de Georges II, cette loi cessa d’être valable en Angleterre, tous ceux qui voulaient sans le consentement de leurs parents contracter une union consacrée en quelque sorte par la loi, se rendirent en Écosse et plus particulièrement à Gretna-Green, ou plutôt à la paroisse de Springfield, dont dépend ce hameau, attendu qu’en Angleterre ou considère comme valable tout mariage contracté à l’étranger suivant les lois du pays. Le hasard ayant voulu que le juge de paix de cet endroit, par-devant lequel eurent lieu à ce moment la plupart de ces déclarations de Mariage impromptu, exerçât la profession de maréchal ferrant, Popis nion s’est généralement accréditée, mais à tort, que le maréchal-ferrant de Greéna-Green avait le privilége de rendre légales les unions clandestines. L’un de ces juges de 10 abusivement qualifiés de forgerons, mourut en 1849 laissant une fortune considérable. IL se faisait payer de 10 à 20 guinées par mariage, selon les moyens des époux. Les de

clarations de mariage avaient souvent lieu aussi devant le euré de Springfield, lequel, pour bdcler le mariage le plus vite possible, lisait les prières ecclésiastiques dans l'auberge même de l'endroit. A l’époque du règne de Charles IL, dont nous parlons, ce curé s'appelait David Laing, et ce fut son fils qui lui succéda dans sa cure. Jusqu'en 1833 plusieurs centaines de mariages étaient contractés ainsi chaque année ; mais par suite d’une loi intervenue à cette date, et qui punit les mariages clandestins, le nombre des mariages célébrés à Gretna-Green ne va plus guère qu’à cent, bon anmalan.

[Gretna-Green est le premier hameau qui se présente sur la frontière d'Écosse, quand on suit la route de Londres à Édimbourg. Il ne se compose que de quelques maisons et n’a qu’une seule auberge, devant laquelle s'étend une petite pelouse verte, d’où le hameau a sans doute tiré l’épithète qui termine son nom. Springfield, au contraire, est un joli village, composé d’une quarantaine de maisons, toutes proprement bâties et couvertes en ardoises. Quoique placé à une très-petite distance de la route , ce village ne saurait être aperçu du voyageur : un rideau d’arbres assez épais en dérobe la vue, comme si l’on eût voulu soustraire aux recherches des parents alarmés le lieu où leur présence pût prévenir la formation de nœuds réprouvés par leurs préjugés ou leur tendresse. On ærrive à Springfield par un chemin fort raboteux. A l’entrée de la rue principale s'offre une mauvaise auberge : c’est là le temple de l’'hymen. On y entre; on est introduit dans une chambre presque nue, où il n'existe pour fout ameublement que deux chaises en bois blanc, deux tables et un vieux tapis : c’est là le sanctuaire, c’est là l’autel. La mise toute laïque du préfre de ce temple est, par sa vétusté, en parfaite harmonie avec la pauvreté du lieu. Les amants qui sont venus pour réclamer son ministère se présentent à lui ; il leur demande si leur intention est de se prendre pour époux, et sur leur réponse affirmative, il les marie par une cérémonie très-courte. Cela fait, il les invite à déclarer hautement, chacun à leur tour, en présence des témoins, qu’ils sont l'époux l’un de l’autre, et le mariage est accompli. Mais si le masage est accompli, il n’est point consommé; et comme le consécrateur croit de son devoir

de rendre l’union aussi complèle, aussi intime, aussi réelle | que possible, afin de pouvoir certifier et jurer au besoin |

qu’elle est irrévocable, il conduit les deux époux au fond de la chambre, et fait jouer un ressort qui ouvre une porte secrète, jusque là invisible, par laquelle ils entrent avec lui dans une autre pièce : cette pièceestla chambre nuptiale..…. Au bout d’un certain temps, ils sortent tous trois de ce secret réduit.

Dans ces espèces de mariages, les trois témoins sont ordinairement le prétre, la maîtresse de l’auberge et le postillon de la chaise de poste qui a amené les deux amants : ce dernier, par la place qu’il a occupée près du couple durant tout le voyage, étant plus apte que tout autre à attester qu'aucune violence ni menace n’a été employée pour contraindre la demoiselle au mariage. La seule présence des jrois témoins rend valables les unions ainsi contractées, parce que les lois écossaises n’exigent pour la validité d’un contrat qu’un nombre suffisant de témoins. De retour en Angleterre, les couples anglais unis à Springfield consacrent ordinairement de nouveau leur union par un mariage en forme. En France, cette formalité n’est même pas nécessaire lorsque le mariage y à été précédé des publications exigées par la loi civile, notre loi reconnaissant comme valables les mariages contractés en pays étranger lorsqu'ils ont été célébrés suivant les formes usitées dans ce pays.

Des noms célèbres figurent sur le registre de Gretna- Green. Nous citerons entre autres ceux de lord Erskine et de lord Eldon, anciens présidents de la chambre des lords; de Shéridän, du comte Westmoreland, de l'honorable Charles Law, fils de lord Ellenborough ; de sir Thomas Lethbridge et de John Lethbridge, son fils, jaloux dans cette circonstance de marcher sar les traces de son père; de Charles-Ferdinand de Bou*hon, prince de Capoue, fils de

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