‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 401 sur 552 · GROUPE — GROUVELLE · texte numérisé non relu

GROUPE — GROUVELLE

GROUPE. Dans son expression la plus générale, ce mot s'entend d’un assemblage d'êtres ou d'objets de même ou de différentes natures, combinés en vue de l'ordre et de l’harmonie ou d’un effet voulu, utile ou artistique ; il convient donc aux choses naturelles comme aux œuvres de l’homme, mais il est plus particulièrement du domaine des beaux-arts. Dans la peinture et dans la sculpture, on appelle groupe un ensemble de figures réunies entre elles par un motif ou une action commune, et tellement rapprochées que l'œil les peut embrasser à la fois et en recevoir l'effet prémédité par Partiste. En architecture, ce mot se dit de plusieurs colonnes accouplées. En musique, les Italiens appellent gropetto l'assemblage de quatre notes rapides par degrés conjoints, et dont le premier et le troisième donnent la même intonation, On dit également un groupe d'animaux, de fruits, etc.

L'importance du groupe dans les beaux-arts est facile à comprendre. Ils ne vivent en effet que d'action; leur objet est surtout la représentation du jeu des passions humaines et des actes de notre volonté dans tout ce qu’ils ont de dramatique, en vue d’émouvoir, d’exalter et de nous pousser au bien et à la fin morale de notre espèce. Or, les passions, les actes humains, ne s'émeuvent, ne se manifestent pas solitairement. De là doncla nécessité pour l'artiste, peintre, sculpteur, poëte, historien, etc., de mettre en action plusieurs personnages dans son œuvre, de les grouper ici en rapprochant les contraires, là en comparant les semblables, partout en se servant des traits, &e l’attitude, de la conduite des uns pour mieux relever ou abaisser la physionomie, les actes ou la mémoire des autres; de là la rareté des monologues dans les pièces, la difficulté d’intéresser longtemps avec un ou deux acteurs, l’insignifiance ordinaire d’un portrait isolé.

La disposition par groupes, dans la peinture, est suggérée à l'artiste d’abord par les nécessités purement matérielles de son art. Il yales lois du clair-obscur, qui commandent la disposition par gronpes des objets quisout éclairés etdeceux qui sont dans l’ombre. II faut d’ailleurs que l'esprit puisse embrasser l’ensemble et s’en former une idée nette; que l'attention soit appelée sans effort sur l’objet principal ; que chaque figuie ait son rang et ses proportions par rapport à celles qui la précèdent ou qui la suivent dans la perspective générale ; enfin, il faut que l’ordre règne dans la composition. Or le groupe répond à toutes les exigences, et rien ne ressemble moins à l’ordre que des vbjets ou des figures dispersées sans liaison ni rapports perceptibles, tandis que le groupe est pour ainsi dire l’élément de l’ordre.

Plusieurs auteurs ont voulu établir des règles sur la quantité et sur Ja disposition de groupes qu’on doit admettre dans une composition. Mengs veut que les groupes contiennent foujours un nombre impair de figures, que chaque groupe forme une pyramide et qu’en relief il ait une forme ronde. Les masses principales devraient, suivant lui, se trouver au milieu du groupe et les moindres parties sur les bords. 11 faudrait ne jamais placer en file les figures, et toujours donner au groupe une profondeur proportionnée à la place qu’il occupe, éviter qu'une tête se rencontre jamais avec une autre, horizontalement ou perpendiculairement , que plusieurs extrémités forment ensemble une ligne droite horizontale, perpendiculaire ou oblique; que la distance entre deux raembres soit égale ou qu’il y ait répétition dans la disposition des membres. Mengs exige également le nombre impair dans la combinaison des groupes entre eux, et l'observation de la loi des contrastes dans la série des groupes, Comme dans les figures des groupes. La plupart des règles de ce genre découlent sans doute des données d'une longue et générale expérience, mais elles sont loin d’avoir un caractère d'autorité immuable et inflexible; et les génies originaux retranchent ou ajoutent chaque jour au catalogue des préceptes et des expédients par où l’art arrive à la pertection et à la vérité. 11 faut plaindre l'artiste qui croit avoir satisfait aux plus grandes difficultés et au

but de son art, lorsqu'il a classiquement combiné et distribué ses groupes.

Les beaux groupes de sculpture que l'antiquité nous a légués sont aujourd’hui naturalisés dans toute l'Europe par les imitations qu'on en a faites. Le Laocoon surtout a reçu une nouvelle popularité parmi les amateurs modernes, et toujours l’on vantera les Zutteurs de Florence, le prétendu Papirius, le Taureau Farnèse, les Dioseures , etc.

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