GROUVELLE — GRUE
parée du grain ; on réduit ensuile cette avoine ainsi mondée en gruau dans un moulin ordinaire, après quoi on le dessèche à une température plus onu moins élevée, suivant que l’on veut avoir du gruau blanc ou légèrement torréfié. Ce gruau est de beaucoup préférable au gruau de Normandie, à cause de sa légèreté comme aliment. Dans la Normandie, on se contente de faire sécher l’avoine blanche au four, de la vanner ensuite pour la nettoyer, et de la porter sous des meules fraichement piquées, en ayant soin de prendre les mêmes précautions que dans le procédé irlandais, On obtient par ce procédé la moitié du poids primitif de l’'avoine avant de la soumettre aux meules. La cuisson du gruau d’avoine exige quelques précautions : il faut avoir soin de le délayer dans l’eau d’abord, puis de le soumettre peu à peu à l’action d’une douce chaleur.
Les gruaux de froment et d’orge se préparent de la même manière, si ce n’est que pour le gruau d'orge, il faut faire préalablement détremper l'orge à froid dans un cuvier, puis le faire sécher, afin que la pellicule puisse s’en détacher facilement.
On désigne fréquemment sous le nom de gruau l'orge dépouillée de son enveloppe, et arrondie en petits globules que l’on nomme orge perlé. Le gruau d’orge est également employé dans les usages culinaires.
On a étendu également le nom de gruau à la pomme de terre réduite en pâte, puis en petits grains dans un moulin à meules espacées, de manière à lui donner l’aspect du sagou.
ge: C. FAVROT.
GRUBER (JEan-Goperroy), professeur de philosophie à Halle, né en 1774, à Naumbourg-sur-Saale, a attaché son nom à un recueil encyclopédique qui a été déjà apprécié à l’article consacré à Ær sch, son collaborateur. Après avoir étudié à Leipzig, il accepta, en 1797, une éducation particulière en Russie; mais l’ukase rendu à qnelque temps de là par l’empereur Paul I*° contre les étrangers l’obligea de revenir en Allemagne, où il s’occupa alors de travaux littéraires dans les genres les plus variés. Ses principaux ouvrages sont relatifs à l’anthropologie ; et son Essai sur La Destinée de l'Homme ( Leipzig, 1800 ; 2° édition, 1809), notamment, obtint un grand succès, quoique venant après les livres déjà écrits sur ce sujet par Spalding et par Fichte. Après s'être établi à Jéna comme professeur particulier, il fut, en 1803, chargé avec Augusti de la rédaction de la Gazette littéraire, fondée en cette ville par Eichstædt, et en 1811 il fut nommé professeur à l’université de Wittenberg. Depuis lors sa vie ne cessa point d’appartenir à l’enseignement , soit oral, soit écrit.
Grüber, qui mourut le 7 août 1851, est rangé à bon droit parmi les savants qui honorèrent le plus leur pays par
. l'étendue et la variété de leurs connaissances. Indépendam-
nent de la part importante qu’il prit à la rédaction de la grande encyclopédie allemande connue sous le nom d’£ncyclopédie d’Ersch et Grüber, il fut aussi l’un des collaborateurs les plus actifs du Conversation's Lexicon de Brockhaus.
GRUE ( Ornithologie), genre d'oiseaux de l'ordre des échâssiers. La grandeur de ces oiseaux, la longueur de leur cou, de leur bec et de leurs pattes, auraïent suffi à les signaler à l'attention des naturalistes de l'antiquité, si leur organisation par troupes et l'espèce de hiérarchie qu’elles semblent conserver pendant leurs migrations ne les araient déjà fait observer par eux avec un étonnement mêlé d’admiration, Les grues aiment en effet un climat tempéré : de là leurs migrations régulières dès que le froid ou la chaleur commencent à se faire sentir d’une manière excessive dans les régions du Nord ou de l'Orient qu’elles habitent. Alors elles se réunissent par troupes pour entreprendre les courses les plus lointaines et les plus hardies ; elles choisissent un chef quiles conduit, et dont le cri les avertit de la route qu'elles
doivent suivre : pour fendre l'air plus aisément, elles se
forment en triangle, et si le vent est trop violent, en rond,
.et même, sil faut en croire ce qu'a rapporté Pline, elles
GRUE — GRUMBACH
valent du sable et des cailloux, afin de mieux résister à son effet : c’est dans ce dernier ordre qu’elles se défendent contre l'aigle ou les autres oiseaux de proie qui teutent de les attaquer. A terre, elles ont des sentinelles qui veillent à la sûreté de la troupe pendant son sommeil, et qui, pour éviter d’y succomber elles-mêmes, tiennent en l’air une patte dans laquelle est une pierre dont le choc les réveillerait si la fatigue venait à les endormir et à la leur faire lâcher. De là l’expression figurée faire le pied de grue pour indiquer une longue attente sur les pieds. Comme la cigogne, la grue est une trèsgrande destructrice des reptiles, des vers, des insectes, dont elle se nourrit, ainsi que de grenouilles et de petits poissons. La ponte des grues est de deux œufs; leur nid est placé sur de petites éminences de terre ou de gazon, dans les marais et les roseaux : elles l’élèvent à leur hauteur, le composent d'herbes douces et fines, et couvent debout, de manière que leur corps pose dessus. Sauvages à un pointextraordinaire dans certains pays, les grues ne s’y laissent approcher qu’à l'époque dela ponte; car l'amour de leur progéniture leur fait alors tout braver. On compte diverses espèces de grues, dont les unes dans l’ancien continent , les autres dans le nouveau. Leur longueur varie de 1,30 à 2 mètres, de l'extrémité du bec, qui a de 0,10 à 07,15, jusqu’à celle de leurs pattes; leur cou est dépouillé de plumes, ainsi que leur crâne; leur plumage est cendré.
GRUE ( Mécanique). A cause de quelque ressemblance qu’elle a avec le port de l’oiseau de ce nom, on appelle ainsi une machine dont on se sert pour enlever des fardeaux, décharger des bateaux, etc. La grue, dans toute sa simplicité, est une sorte de potence, dont le bras horizontal est muni d'une poulie sur laquelle passe et coule la chaîne ou la corde à laquelle est fixé l’objet à soulever; l’autre bout de la corde se roule sur un cylindre que l'on fait tourner au moyen de leviers, de roues d’engrenage, de manivelles, etc. Il y a des grues qui pivotent sur elles-mêmes ; alors elles procurent l'avantage d’enlever le fardeau, de le transporter et de le placer immédiatement ailleurs : c'est une machine de cette espèce qui, placée sur le bord d’ane rivière, enlèvera un objet placé sur un bateau, puis ira le déposer sur une voiture destinée à le porter ailleurs. Ordinairement, ce sont des hommes qui impriment aux grues les divers mouvements dont elles sont susceptibles, soit au moyen de manivelles et de rouages, soit en marchant dans l’intérieur de grandes roues, ou en saisissant avec leurs mains des chevilles dont les circonférences de celles-ci sont armées. Mais on remplace quelquefois les hommes par d’autres moteurs. TEYSSÈDRE.
GRUERIES. On appelait autrefois ainsi des juridictions qui connaissaient en première instance de toutes les contestations qui pouvaient s'élever en matière d’eau x et forêts, dans les limites de leur ressort. Les officiers de ces juridictions s’appelaient gruyers.
GRUITHUISEN (François DE PAULE), astronome et paturaliste allemand, naquit le 19 mars 1774, au château d'Haltenberg, sur le Lech. Son père, fauconnier de l'électeur de Bavière, ne put pas faire beaucoup de sacrifices pour son éducation ; il lui fit cependant étudier les premiers éléments de la médecine; et en 1788 il entra comme chirurgien militaire dans l’armée autrichieune envoyée contre les Turcs. Plus tard, il répara à force de travail ce que son éducation première avait eu d'incomplet , et alla, en 1801, étudier à l’université de Landshut la philosophie et la médecine. Peu de temps après avoir été reçu docteur, il fut nommé professeur d'histoire naturelle à l’école secondaire de médecine de Munich; et après avoir successivement refusé les chaires analogues qu’on lui offrait à Fribourg et à Breslau , il fut , en 1896, appelé à remplir la chaire d’astronomie dans la nouvelle université fondée à Munich.
Parmi les nombreux ouvrages qu’on a de lui, nous citerons : Recherches d'histoire naturelle sur La différence existant entre le pus et le mucus (1809); Anthropologie (1810); Organozoomie (1811 ); De La Nature des coméres (1811); Essais de Physiognosie et dEautognosie
(1812); Histoire naturelle du Ciel étoilé (1837); Critiques des plus récentes théories de la Terre (1838); Méthode trigonométrique simple el nouvelle pour mesurer l'élévation des montagnes , sans Les gravir (1842). II a publié aussi de 1828 à 1832 un recueil intitulé : Analectes pour la Géographie et l'Astronomie, et le continua plus tard sous le titre de Nouveaux Analectes, etc. Depuis 1838 il fit aussi paraître chaque année un Almanach d’Astronomieet d'Histoire naturelle.
De tous ses ouvrages celui qui a le plus contribué à populariser le nom de cet astronome est incontestablement la dissertation qu’il publia dans les Archives de Kastner sur la Découverte de nombreuses traces d'habitants dans la Lune et notamment d'un monument architectural de grandeur colossale, construit par eux. La sensation qu’elle produisit fut extrême. Gruithuisen, mort le 21 juin 1852, eut aussi la gloire d'imaginer un instrument lithotriteur ; et plus tard l’Académie des Sciences de Paris l’en récompensa en lui décernant une médaille d’or de 1,000 fr. Les premiers travaux de physiologie et surtout les recherches microscopiques de ce savant ne sont pas sans mérite. Il est fâcheux que ses travaux astronomiques pèchent beaucoup par le défaut d’une sévère méthode mathématique.
GRUMBACH ou GRUMPACH ( GUILLAUME DE), gentilhomme de Franconie, issu d’une ancienne famille qui s’est éteinte au dix-septième siècle, naquit en 1503, et dans les guerres de l’empereur Charles-Quint acquit du renom coinme brave capitaine de reîtres. En 1544 il entra au service de l'électeur de Brandebourg-Kulmbach, qui le nomma gouverneur de ses États. Dans l’exercice de ces fonctions, Grumbach mérita toute la confiance de son maître et exerça une grande influence sur ses diverses entreprises guerrières, notamment sur celle qui est connue dans l’histoire d’Allemagne sous la désignation de guerre du margrave, et qui eut pour résultat la mise au ban de l’Empire et la ruine de l'électeur de Brandcbourg Kulmbach. Grumbach écheppa au mandat de proscription lancé contre lui, et couçut alors des plans aussi hardis qu’étendus, et dont l'exécution eût complétement changé l’état politique de l'Empire. Il se mit en relation avec la noblesse de divers cercles, notamment avec celle de Franconie, et s’efforsa de lui inspirer la pensée de briser la puissance des grands souverains territoriaux et de rétablir sur tous les points, les armes à la main, la souveraineté immédiate de la noblesse. Mais il n’y eut que quelques gentilshommes déjà compromis dans la guerre du margrave et di. vers autres aventuriers qui osèrent faire cause commune avec lui, encore que dans toute l'Allemagne les sentiments de la noblesse fussent assez favorables à ses projets. Grumpach se mit en rapport avec les ducs de Saxe de la ligne Ernestine, et surtout avec le duc Jean-Frédéric, qui ne pouvait se consuler de la perte de la dignité électorale et de l’abaissement de sa maison. I] se rendit avec ses adhérents à Gotha, et s’efforça de gagner le due à l’exécution de ses plans de bouleversement. D'intelligence avecle chancelier de ce prince, appelé Christian Bruck, et appuyé par la cour de France, de laquelle Grumbach avait obtenu le titre de colonel de cavalerie, il lui fit entrevoir la possibilité non-seulement de regagner la dignité d’électeur, mais encore d'obtenir la couronne impériale. Les machinations dirigées par les conjurés contre la personne de l'électeur Auguste de Saxe semblent avoir déterminé ce prince à prendre enfin un parti décisif. Après avoir inutilement invité le duc Jean-Frédéric à éloigner de sa cour ces perturbateurs du repos public, ji s’adressa à l'empereur Maximilien IL, qui lors de la diète de 1566 ajouta encore aux rigueurs de l'arrêt de proscription rendu contre Grumbach et ses adhérents, et intima au duc Jean- Frédéric l’ordre d’avoir à forcer les proscrits de s'éloigner.
Le duc n’ayant pas plus voulu obéir à l’empereur qu’écouter les instances de ses amis, et ayant bien au contraire manifesté toujours plus ouvertement son intention de récupérer de vive force la dignité d'électeur fut également mis
au ban de l’Empire, le 12 décembre 1566; et l'exécution de l'arrêt fut commise au duc Auguste. Celui-ci vint, avant les fêtes de Noël 1566, investir la ville de Gotha, qui après avoir soutenu un siége aussi long qu'opiniâtre se rendit enfin, le 13 avril 1567, par capitulation conclue avec les bourgeois, qui venaient de s'emparer de l’autorité à la suite d'une insurrection et avaient fait prisonniers tous les adhérents de Grumbach. Tandis que le duc Jean-Auguste était conduit prisonnier à Vienne, Grumbach et le chancelier Christian Bruck étaient condamnés, dès le 17 avril, en vertu d’un jugement rendu par l'électeur Auguste, à être écartelés vivants, et les autres chefs principaux de l’entreprise à être décapités. Grumbach subit son sort avec courage; les tortures cruelles qu’on lui fit éprouver ne purent lui arracher la révélation de ses plans non plus que de ses nombreux complices.
GRUME. On appelle bois en grume celui qui n’a pas été équarri après avoir été coupé, et auquel on a conservé son écorce. La flexibilité naturelle aux jeunes branches d’arbre permet de les employer en grume à la construction de meubles de jardin, de fabriques, de volières, de clôtures, etc.
GRUN ( ANaAsTASIUS). Voyez AUERSPERG.
GRUNDTVIG (Nicoras-FRÉDÉRIC-SÉVERIN), l’un des plus remarquables écrivains qu’il y ait aujourd’hui en Danemark, est né le 8 septembre 1783, à Udby, petit village de Séelande , où son père était pasteur, et fut de bonne heure destiné à la carrière ecclésiastique. 11 débuta dans celle des lettres par la publication de sa Mythologie du Nord (1808; 2° édition , 1832), ouvrage où pour la première fois ce sujet si vaste et si intéressant était traité d’une manière ingénieuse et saisissante, et bientôt après comme poëte dans ses Optrin af Kæmpelivets Undergang à Nord (2 vol. 1809). Les œuvres lyriques qu'il publia à la même époque, d’abord dans différents recueils et ensuite réunis sous le titre de Kvædlinger (1816), sont surtout remarquables par la perfection du style, et respirent le plus vif patriotisme. C’est ce sentiment qui lui fit choisir pour sujet d’un autre poëême, Roskilde Riim (1814), la période la plus brillante de l’histoire de son pays, d’après les Sagas et la chronique de Saxon le Grammairien, et traduire les deux plus remarquables historiens du Nord au moyen âge, Saxon le Grammairien et Snorro,
Grundivig n’aborda pas à beaucoup près sous d'aussi favorables auspices la carrière évangélique. Le premier sermon qu’il prononça en chaire, sur ce thème : « Pourquoi la parole du Seigneur at-elle disparu de sa maison? » souleva dans le clergé de Copenhague des critiques tellement animées, qu’on en vint jusqu’à le rayer de la liste des candidats susceptibles d’être placés. Cependant, de 1811 à 1813 Grundtvig remplit dans la cure dont son père était titulaire les fonctions de vicaire. C’est vers ce temps que parut de lui un sermon sur cette pensée : « Pourquoi nous aypellet-on luthériens? » (1812), qui produisit une sentation ex- {raordinaire. Pendant les deux années qui suivirem, il prêcha de plus en plus fréquemment à Copenhague, aux grands applaudissements dé la foule, tandis que les dispositions du clergé à son égard devenaient toujours plus hostiles. En 1821 il fut nommé à la cure de Præstæ, puis l’année d’après le roi Frédéric VI, malgré l'opposition du clergé, l'attacha avec le titre de second prédicateur à Véglise de la Rédemption, à Copenhague. Comme théolouien, Grundtvig appartient au luthéranisme le plus rigide ; ét par suite de la polémique qu’il engagea avec divers collègues plus disposés que lui à faire la part du temps et du progrès, même dans les affaires de culte et de religion, il dut donner sa démission. Les loisirs forcés qui en résultèrent pour lui le mirént à même de se livrer de nouveau à l'étude de l'histoire et à la poésie. Son Sangværk tilden danske Kirke (1817) est un choix très-remarquable de chants religieux; et dans ses Nordiske Smaadigte (1838) il à réuni tout ce qui chez les auteurs anciens et modernes
GRUMBACH — GUACHARO
a trait à la vie dés héros et des poëtes du Nord. Le cours d'histoire moderne qu’il fit en 1838 fut suivi par de nombreux auditeurs et n’oblint pas moins de succès en 1843, lorsqu'il le fit dans le sein de la Réunion Scandinave, qu celte année-là le nomma son président.
Grundtvig, élu en 1848 et 1849 membre de l’Assemblée constituante de Danemark , s’y fit remarquer par l’emportement de son zèle ultra-danois dans la fameuse questior des duchés de Schleswig-Holstein. Toutes ses motions , fous ses discours, n'avaient d'autre but que de recommander emploi des moyens les plus énergiques pour Châlier et réduire à l’obéissance ces révoltés allemands. C'était évidemment du patriotisme de la part de Grundtvig; reste à savoir s’il était éclairé. Grundtvig est mort à la fin de septembre 1872, à Copenhague.
GRUSIE. Voyez GEonGie,
GRUTLI, plateau adossé aux montagnes d’Unterwald, en Suisse, et qui n’est accessible que par eau; il n'est pas éloigné d’Altorf. C’est sur le Grutli que se réunirent trois habitants des vallées, Stauffacher, Furst et Melchtal, accompagnés chacun de dix de leurs amis, et qu'ils prononcèrent le serment de chasser les maîtres nouveaux que l’Autriche leur avait imposés, On sait que leur entreprise réussit (1308), et que de cette époque date l'alliance des cantons helvétiques.
GRUYERE (Fromage de). Voyez Fnowace.
GRYPIIÉE, genre de mollusques. Animal inconnu, contenu dans une coquille bivalve, adhérente, très-inéquivalve, presque symétrique ou équilatérale : la valve inférieure est concave et terminée par un crochet saïllant en dessus, et courbée en spire involute; la valve supérieure est beaucoup plus petite et operculée; la charnière est sans dents ; la fossette cardinale est oblongue et arquée ; une seule impression musculaire existe sur chaque valve. Lamarck a développé les caractères de ce genre sur une coquille marine unique dans les collections de Paris ; car ces coquilles récentes sont rares à l'extrême, et il est même fort douteux que le mollusque dont elles forment l’enveloppe existe dans notre époque géologique actuelle; mais la gryphée fossile (gryphile) est aussi abondante que l’espèce récente est rare. Les gryphées paraissent avoir été intermédiaires entre les huîtres et les térébratules, et probablement elles étaient contemporaines des ammonites, des bélemnites, des peignes, des térébratules, etc., car leurs dépouilles se trouvent continuellement mêlées aux dépouilles testacées de ces malacozoaires. Leur forme les rapproche des huîtres, et, comme celles-ci, elles paraissent avoir vécu en familles nombreuses, car leurs coquilles se rencontrent souvent étalées en couches étendues, et qui comptent parfois jnsqu’à trois mètres de puissance. Les gryphites abondent surtout dans le calcaire argileux qui avoisine les grès rouges et bigarrés : ce calcaire particulier que l’on désigne sous le nom de calcaire à gryphites, et qui semble en effet tout pétri des dépouilles testacées de ces mollusques, accompagne assez fréquemment les couches houillères, et paraît être de formation contemporaine,
On distingue parmi les gryphites un assez grand nombre d'espèces ou de variétés : la plus abondante, sans contredit, dans les couches de la terre, c’est la gryphée arquée ; nous nommerons encore la gryphée colombe, la gryphée plissée, la gryphée géante, etc. BELFIELD-LEFÈVRE,
GRYPHITE. Voyez GRYPuÉE.
GUACHARO, genre d'oiseaux de l’ordre des passereaux, de la famille des caprimulgidées, établi par M. de Humboldt sous le nom de s{eatornis. Il ne renferme qu'une seule espèce, le guacharo de Caripe(steatornis caripensis, H.), qui est propre au continent de l'Amérique méridionale et à quelques îles des Indes occidentales. Le guacharo réunit à la taille d'une poule ordinaire la forme et le bec d’un oiseau de proie. Cependant, il ne se nourrit que de fruits et de. graines dures, Il à en horreur la lumière du jour, et on ie rencontre sous le pont naturel de Pandi, près de Bogota, dans
GUACHARO — GUADELOUPE
la Nouvelle:Grenade et dans les grottes de la Guadeloupe et de la Trinité, mais surtout en quantités incroyables dans l’obscure grotte située dans la vallée de Caripe, près de Cumana, dans l'État de Venezuéla, et appelée de son nom grotte du Guacharo. L'entrée de cette remarquable grotte, haute de 24 mètres, reçoit de la nature majestueuse de la végétation tropicale un caractère tout particulier. A l'intérieur, et à une hauteur de 18 à 20 mètres, nichent des milliers de guacharos, qui ne sortent de la grotte qu’à l’entrée de la nuit, et surtout par le clair de lune, pour s’en aller chercher des graines. On ne peut se faire un idée de l’effroyable vacarme que font ces oiseaux dans la partie la plus obscure de la grotte, lorsque l'apparition de la lumière d’une torche vient les effrayer, vacarme que double encore la répercussion des sons par les parois de la grotte. Chaque année, à l’époque de la Saint-Jean, les Indiens ont l’habitude de faire tomber la plupart de ces nids à l’aide de grandes gaules, et de tuer alors des milliers de guacharos. Les jeunes qui tombent à terre sont aussitôt vidés. On fait fondre ensuite la graisse qu’ils ont sur la poitrine, et on s’en sert généralement en guise de beurre pour l’assaisonnement des mets et d'huile pour l’éclairage. De là le nom scientifique du genre, séeatornis, formé de otéæp, otéatos, suif, graisse, et dpt, oiseau. ; GUADALAXARA, province du royaume d’Espagne comprise dans la Nsuvelle-Castille, d’une superficie de 64 myriamètres carrés, traversée au nord par les chaînes de la Somo-Sierra, mais n'offrant partout ailleurs qu’une plaine pierreuse, aride et presque entièrement dépourvue d'arbres, arrosée par le Tage, le Manzanarès et l’Hénarès, compte 209,973 habitants qui se livrent à l'éducation des moutons, au tissage des laines et à la culture du chanvre, du lin et de l’esparto. Elle a pour chef-lieu la ville du même nom, bâtie sur le Hénarès , antique et sale cité, où l’on trouve force ruines de couvents et autres édifices, les tombeaux des ducs de l’Infantado dans l’église des Franciscains, des hôpitaux, une manufacture de draps et 6,533 habitants. Elle s’appelait autrefois Arriaca, et fut prise en 711 aux Goths par les Arabes, qui l’appelèrent Ouadil- Hascharah. En 1131 le roi de Castille Alphonsé Ier la leur reprit. Un chemin de fer l’unit à Madrii et à Saragosse. GUADALAXAR A, chef-lieu de l’État de Xalisco au Mexique, et de l’a ncienne intendance de Guadalaxara, l’une des plus belles villes de l'Amérique, fondée en 1542 et située dans la vallée d’Altemaxac, au voisinage de nom breuses mines d'argent, est le siège du gouvernement provinéial et d’un évêché, et compte une population éva- Jluée (1865) à 70,000 âmes. Sesrues, larges, régulières et bien pavées, ses quatorze places symétriquement tracées sont arrosées par douze grandes fontaines jaillissantes qu’alimente un aqueduc long d'environ 3 myriamètres. Ses maisons, en général grandes et d’un bon style, lui donnent tout à fait l’apparence d’une de nos riches cités d'Europe. On y voit plusieurs beaux hôtels, une cathédrale et de magnifiques églises, onze couvents, deux hôpitaux, un séminaire, une université et un hôtel des monnaies, qui date de 1814. L’orfévrerie,
la fabrication des articles de bois, de fer, d’écaille et de cuir, |
des chapeaux et de la corroierie, le tissage et l'impression sur coton sont les principales industries de la population. C’est près de Guadalaxara, au pont de Caldéron, que Calleja battit, le 17 janvier 1811, les insurgés commandés par Hidalgo.
GUADALQUIVIR , de l'arabe Ouad al Kebir, c’està-dire le grand fleuve, le Bætis des anciens, l’un des cours d’eau les plus considérables qu’il ‘y ait en Espagne, prend'sa, source à l’est de la Sierra Cazorla, dans la province de Jaen, coule d’abord du sud au nord, puis à l’ouest, et enfin dans la direction du sud-ouest, presque parallèlement avec la . Guadiana. Il reçoit les eaux de la Petite-Guadiana, du Guadalimar et du Xenil, traverse depuis Cordoue jusqu’à Séville les plus belles et les plus riches contrées de l'Espagne, et après un parcours d’environ -450 kilomètres vient se jeter dans l’Alantique. à San-Lucar. Il est navigable
DICT, DE LA CONVERS, — T, X
jusqu’à Séville pour les navires d’un fort tonnage, et jusqu’à Cordoue pour des bâtiments de moindres dimensions. GUADELOUPE, lle découverte en 1493, par Christophe Colomb, qui lui donna ce nom à cause de la ressemblance qu’offrent ses montagnes avec une chaîne appelée de même et située en Espagne, sur les confins de la Nouvelle- Castille et de l’Estramadure. Elle était alors habitée par les Caraïbes. Les Européens laissèrent écouler près d’un siècle et demi sans chercher à s’y établir. Mais vers le milieu de 1635, 550 Français, conduits par deux gentilshommes , nommés de l’Olive et Duplessis, vinrent jeter dans Pile les fondements de la colonie actuelle. La guerre avec les Caraïbes ne tarda pas à éclater ; eile dura environ quatre ans, au bout desquels la paix fut conclue avec les naturels, qui du reste avaient été précédemment forcés d'abandonner l'ile. Les Français commencèrent alors à cultiver la terre, et la colonie se peupla de quelques nouveaux Européens et de plusieurs colons de Saint-Christophe. Les compagnies auxquelles le privilége exclusif du commerce des îles de l'Amérique avait été successivement accordé s'étant vues contraintes de renoncer à ce privilégé, plus onéreux que profitable, la Guadeloupe fut vendue en 1649, avec Marie- Galande, la Désirade et les Saintes, au marquis de Boisseret, qui les acheta au prix de 60,000 livres tournois et de 600 livres pesant de sucre fin par an; celui-ci céda la moitié de son marché à Houel, son beau-frère. La domination de ces seigneurs propriétaires dura quinze années, pendant lesquelles quatre marquisats, un comté et plusieurs autres fiefs se formèrent dans l’île. En 1664 Louis XIV acheta, pour la somme de 125,000 livres, la Guadeloupe et ses dépendances, et les céda à la Compagnie des Indes occi- Jentales. Cette compagnie n’ayant pas mieux réussi dans ses spéculations que les précédentes, le roi se chargea d’acquitter ses dettes, et la Guadeloupe fut définitivement réunie ‘au domaine de l'État. En 1666, 1691 et 1703, les habitants de l’île la défendirent avec la plus éclatante bravoure contre les attaques des Anglais,et parvinrent à les repousser. Mais er 1759 la Guadeloupe tomba au pouvoir de ces derniers, qui l’occupèrent à trois reprises différentes, de 1759 à 1763, en 1794, de 1810 à 1814. En 1813, par suite du traité sigué le 3 mars à Stockholm entre l’Angleterre et la Suède, la première céda la Guadeloupe à la seconde; mais la paix de Paris la restitua à la France.
La Guadeloupe est après la Trinité la plus considérable des Petites-Antilles , et le chiffre total de sa population est (1868) de 134,710 habitants. Elle est situte dans l’océan Atlantique, par les 15° 59! et 16° 40/ de latitude nord, et par les 635 20’ et 64° 9 de longitude ouest, à environ 10 myriamètres de la Martinique, et à 500 myriamètres de France. Cette île, qui a 169,233 hectares de superficie, dont 34,069 en cultures, 16,643 en savanes, 28,511 en bois, et 71,547 en terres incultes, se compose de deux parties presque égales, séparées l’une de l’autre par un détroitnommé la Rivière-Salée, de 8 kilomètres de longueur, sur 30 à 120 mètres de largeur, navigable seulement pour les embarcations non pontées, et communiquant des deux côtés avec la mer. La partie occidentale est la Guadeloupe proprement dite; elle présente à peu près la forme d’une ellipse. Une chaîne Je montagnes, boisées et volcaniques, d’une hauteur moyenne de 1,000 mètres, la traverse du nord au sud. Un volcan, encore en activité, nommé la Soufrière, la domine, et s’élève à 1,484 mètres au-dessus du niveau de la mer. La ville de la Basse-Terre (9,480 hab.), chef-lieu de la colonie et siége du gouvernement, se trouve au sud-ouest, sur le littoral. La partie orientale, nommée Grande-Terre, a une forme qui se rapproche de celle d’un triangle; son territoire est plat, sans bois et presque sans eau, mais fertile. Le séjour de la Grande-Terre ne réunit pas les mêmes conditions desalubrité que celui de la Guadeloupe proprement dite. C'est dans cette partie qu'est située la Pointe-à-Pitre, ville et port de commerce très-important, avec une population de 15,172 habitants,
La Guadeloupe compte dans sa dépendance quatre autres petites Îles, qui sont :
1° Marie-Galande, située à une distance de 27 kilomètres : cette île a 66 kilomètres de tour, et produit les mêmes denrées que l'ile principale; 2° le groupe d’ilots nommé les Saintes, situé à 19 kilomètres, et qui produit beaucoup de café et de vivres; 3° l'ile de la Désirade; 4° enfin, la moitié de l’île Saint-Martin, comprenant sa partie nord : cette île, située à environ 15 myriamètres de la Guadeloupe, est possédée dans sa partie sud par les Hollandaïis. La portion qui relève du gouvernement de la Guadeloupe peut avoir 28 kilomètres de tour ; elle produit principalement du sucfe ét du coton. La température moyenne de la Guadeloupe est de 27° centigrades. On ne trouve point dans l'ile les serpents et insectes venirseux qui infestent plusieurs des îles voisines; mais la colonie n’est pas moins exposée que celles-ci aux ravages affreux des ouragans. Ce fléau, souvent accompagné de raz de marée et de tremblements de terre, l’a déjà frappée onze fois depuis le commencement du siècle; et l'ouragan du 8 janvier 1843, ce terrible désastre, qui dévasta toute l’île, détruisit la plus grande partie de la Pointe-à-Pitre, la plus belle ville des Antilles, coûta la vie à plusieurs milliers d'hommes et causa une perte totale de plus de 70 millions de francs, restera longtemps présent à la mémoire des habitants.
La Guadeloupe avec ses dépendances est la plus importante des colonies françaises de l’Amérique. Ses produits principaux sont le sucre, le café, le coton, le rhum et le tafia, le roucou préparé, le cacao, la vanille. Dans le ! principe on ne cultivait à la Guadeloupe que le tabac. Ce ne fut qu’en 1653 que l’on commença à y faire du sucre sous la direction d’une cinquantaine de cclons hollandais , qui, forcés de fuir le Brésil, vinrent s'établir à la Guadeloupe, avec 1,200 esclaves environ. L'espèce de canne à sucre cultivée alors dans la colonie provenait de Madère et des îles Canaries : on la remplaça en 1657 par des plants de canne du Brésil, et peu de temps avant la révolution de 1789 cette dernière espèce fut elle-même remplacée par la canne d’Otahiti, que l’on cultive encore aujourd’hui dans la colonie. Un juif, nommé Benjamin d’Acosta, introduisit la culture du cacao à la Guadeloupe et dans les autres Antilles en 1660, et les premiers plants de café y furent apportés en 1726 par le chevalier Desclieux.
En 1868 la valeur totale des exportations s'élevait à 22,465,050 fr. et celle des importations à 18,887,346 fr, Le commerce avec la France a doublé depuis trente ans; il était, en 1868, de 32 millions 1/2. L’abolition de l’esclavage à un moment.arrêté l’essor de la prospérité coloniale, mais elle n'a pas fardé à s’accroitre par l'immigration. On compte à la Guadeloupe (1868) 5,891 habitations rurales, représentant une valeur approximative de 95 millions.
Au mois de mai 1850 un etlroyable incendie réduisit en cendres une partie de la ville de la Pointe-à-Pitre, déjà si cruellement éprouvée en 1842; ce sinistre fut attribué avec beaucoup de vraisemblance, aux nègres émancipés, parmi lesquels fermentait à ce moment une extrême irritation contre leurs anciens maîtres, et qui n’avaient pas craint de se révolter ouvertement. Le gouverneur déclara la ville en état de siége, fit venir en toute hâte du renfort de la Martinique et réussit à comprimer cette tentative d’insurrection, Le 16 mai 1851 on ressentit à la Guadeloupe une secouss € de tremblement de terre qui causa de grands désastres à la Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre, Cctle dernière ville a été à moitié détruite par le feu en 1871.
D'aprésun sénatus-consulte du 7 avril 1854, promulgué le 3 mai, le commandement supérieur et la haute administration de la colonie sont confiés à un gouverneur, sous l'autorité du ministre de la marine et des colonies ; un conseil privé consultatif est placé près du gouverneur, avec Padjonction de deux magistrats désignés par le gouverneurs ce conseil connait du contentieux administratif, Le terri-