‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 405 sur 552 · GUADET · texte numérisé non relu

GUADET

Dès le 30 du même mois Guadet provoqua un décret de dissolution contre la municipalité, produit de l'insurrection, composée de tout ce qu'il y avait de plus extrême dans le

parti populaire, Robespierre, Marat, etc. ; mais celle muni- 4

cipalité brava les décrets de l’Assemblée, resta à son poste, et | ne répondit que par les massacres des 2 et 3septembre, barrière de sang dressée désormais entre la Gironde et les meneurs de Paris.

C’est dans ces circonstances que l’Assemblée législative céda la place à la Convention. Le département de la Gironde s’empressa de réélire ses députés les plus inarquants : Vergniaud, Guadet, Gensonné, etc. ; Paris, de son côté, envoya à la même assemblée les membres les plus ardents de sa municipalité, Danton, Marat, Robespierre, etc. La lutte fut dès lors transpoitée dans le sein même de la Convention. Cette assemblée s’ouvrit le 21 septembre 1792, et dès le 23 Vergniaud et quelques autres membres attaquèrent ouvertement la députation de Paris et notamment Robespierre et Marat. Guadet appuya avec vigueur cette accusation. Louvet renouvela, le 29 octobre, l'attaque contre Robespierre, et c’est encore Guadet qui, toujours prêt à combattre, se chargea de soutenir la lutte. Quand vint le procès du roi, on fut d'accord sur la culpabilité; mais la Montagne voulait porter un jugement définitif, tandis que la Gironde, refusant de prendre sur elle la responsabilité d’un pareil acte, réclamait l'appel au peuple. Cette mesure salutaire ayant été rejetée, il ne s’agit que de l'application de la peine. Guadet vota la mort; mais lorsque la question du sursis fut mise aux voix, il vota pour le sursis : ce second

tempérament fut encore écarté, et de tous les biais employés par les girondins il ne résulfa qu'une seule chose, c’est qu’il leur répugnait de conduire Louis XVI à l’échafaud, mais qu’ils n’osaient le dire. Ce fut une faute dont ils ne fardèrent pas à porter la peine; car le 9 mars suivant, au moment où Guadet se disposait à paraître à la tribune, il fut assaïlli par les plus violentes clameurs : Nous ne pouvons entendre un conspirateur, s’écrie un membre. Owi, oui, reprennent une foule d’autres, il y a ici des conspirateurs.

Le jour même Guadet et son parti furent voués aux poignards des assassins. Dans la nuit du 9 au 10 les conjurés s’armèrent, et peut-être dans cette circonstance les députés menacés ne durent-ils qu’à leur vigilance et à leur attitude imposante d'échapper à un nouvel acte de la tragédie de septembre. Du reste, Guadet ne se faisait guère illusion sur l'issue de la lutte qu’il soutenait avec un courage à toute épreuve. Au mois d'avril} Robespierre ne craignit plus d’attaquer en face les députés de la Gironde. Vergniaud et Guadet se défendirent en orateurs inspirés : Vergniaud, toujours grand, toujours beau quand il avait écrit; Guadet plus inégal, mais aussi plus sensible, plus impétueux, plus entraînant, parce qu’il improvisait toujours. Ils arrachèrent les applaudissements de l’assemblée; mais bientôt, le 15 avril, les députés de trente-cinq sections de Paris se présentent à la barre de la Convention, demandant que vingt-deux représenfants, et Guadet entre autres, fussent suspendus de leurs fonctions comme coupables du crime de félonie envers le peuple souverain. La Convention déclara la pétition calomnieuse ; et cependant, cinq jours après, la/municipalité elle-même vint en demander l'impression et l'envoi aux départements. La Conxention repoussa encore cette demande ; elle ne pouvait rien dè plus. Dans ces tristes circonstances, Bordeaux tout entier éleva une voix indignée, et, dans une adresse énergique, menaça Paris d’une éclatante vengeance s’il était porté atteinte à la vie ou à la liberté de ses mandataires. Sur la demande de Guadet, l'adresse de la Gironde fut impwimée, affichée dans Paris, et envoyée aux départe- - ments. Enhardi peut-être par ce succès, qui lui montrait Ja majorité fonjonrs acquise à ses principes, Guadet porta bientôt après à la tribune une des motions les plus hardies qui eussent encore été faites. 11 proposa de casser les autorités de Paris, de remplacer provisoirement dans les

vingt-quatre heures la commune de cette ville, et enfin la convocation et la réunion des suppléants de l’assemblée à Bourges , dans la crainte d’une dissolution prochaine de la Convention. Le succès d’une pareille mesure eût sans contredit sauvé la France, mais aussi le non-succès devait infailliblement entraîner la ruine de la Gironde. Elle échoua dans l’assemblée même ; car celte portion du centre connue sous le nom de Marais, et qui jusque ici avait voté pour les girondins, n'osa répondre au vœu de Guadet. Il fut donc livré avec ses amis à toute la fureur du peuple. De là la proscription du 31 mai, journée fatale, qui, en mutilant la Convention, livra la France à toutes les horreurs de la plus atroce anarchie.

Guadet et quelques autres proscrits, Buzot, Barbaroux, Salles, Pétion, Louvet, etc:, trouvèrent les moyens de s’éloigner de Paris et de se réfugier dans le Calvados. Obligés de fuir de nouveau , aprés avoir échoué dans le mouvement insurrectionnel des départements qui leur étaient dévoués, les proscrits s'embarquèrent à Quimper ; on sait que, pouant se réfugier à l'étranger et attendre là des temps meilleurs , ils préférèrent suivre dans le département de la Gironde leur collègue Guadet, dont l’âme confiante et généreuse leur promettait asile et sécurité. Mais leur illusion fut courte et la réalité terrible, surtout pour Guadet. Quand les proscrits mirent le pied dans le département de la Gironde, il était déjà, comme le reste de la France , au pouvoir de leurs. proscripteurs : là, comme ailleurs, tout tremblait sous les corumissaires de la Convention. Cependant Guadet conduisit secrètement ses amis jusqu’à Saint-Émilion, où était toute sa famille, et où il pouvait espérer trouver le plus de ressources. Après bien des peines et des démarches, il finit en effet par leur procurer un asile à tous, non dans les grottes de Saint-Emilion, comme on la si souvent imprimé, mais chez des amis, chez des parents, dans la maison même de son père. Toutefois, Guadet et ses collègues n’avaient pu arriver jusqu’à Saint Émilion sans être vus et reconnus. On les avait aperçus vers le Bec-d’Ambès; on savait qu'ils avaient remonté le cours de la Dordogne ; Guadet avait même été reconnu aux environs de Libourne ; il était facile de comprendre que tous s'étaient dirigés vers Saint-Émilion. Le dimanche 6 octobre 1793, vers le soir, le représentant Tallien arrive donc dans cette ville : cette première perquisition, peu sévère, à ce qu’il paraît, ne produisit aucun résultat. Saint- Émilion, toutefois, n’en continua pas moins à être surveillé avec soin ; car on était persuadé que les proscrits devaient avoir choisi ce lieu pour retraite.

Enfin, le 15 juillet 1794, au point du jour, toutes les car. rières qui entourent la ville, la vilie elle-même et les maisons de Guadet père et de sa famille, se trouvent tout à coup cernées par des bandes de forcénés, secondés par des chiens, dont ils ont l’atroce précaution de se faire accompagner : un détachement formidable de troupes révolutionnaires leur prête également appui. Guadet et Salles sont trouvés dans la maison de Guadet père, et conduits à Bordeaux devant la commission militaire, qui n’a qu’à constater l'identité , car Salles et Guadet sont depuis longtemps hors la loi. Interrogé par le président, celui-ci répond : « Je suis Guadet. Bourreaux, faites votre office ; allez, ma tête à la main, demander votre salaire aux tyrans de ma patrie. Ils ne la virent jamais sans pâlir; en la voyant abattue, ils pâliront encore. » Arrivé sur l’échafaud, il s’offre à la multitude le front calme et tranquille; il veut parler, mais on ordonne un roulement de tambour, et il ne peut faire entendre que ces mots : « Peuple, voilà luniqueressource des tyrans : ils étouffent la voix des hommes libres pour commettre leurs attentats. » Il avait trente-cinq ans, et laisait après lui une veuve et deux orphelins. Le père de Guadet, vieillard de soixante-quatorze ans, et une tante, arrêtés en même temips que lui, montèrent aussi sur l’échafaud pour lui avoir donné asile. Un jeune frère, adjudant général à l’armée de Ja Moselle, fut également entrainé dans sa perte. Un seul raembre de la famille échappa à cette boucherie : il était

lieutenant-colonel d’un régiment, alors à Saint-Domingue; c’est le père de l’auteur de cet article, J. GUADET neveu,

GUADIANA, de l'arabe Ouad Ana, c’est-à-dire Fleuve Ana, l’un de principanx cours d’eau de l'Espagne, prend sa source dans le marais de Ruidera, non loin d’Alcaraz (Manche), disparaît à quelques kilomètres de là, au milieu des roseaux et des jones, et après avoir coulé souterrainement pendant l’espace de plus de 30 kilomètres, reparaît à un endroit appelé Los Ojos (les yeux) de Guadiana, et continue à couler ensuite dans la direction de l’ouest à travers la Manche et l’Estramadure jusqu’à Badajoz, où il atteint la frontière de Portugal, et où il se dirige alors au sud-ouest, puis à l’ouest. Après avoir tantôt coulé à travers le sol portugais, et tantôt formé les limites de la province portugaise d’Algarve et de la province espagnole de Séville, il vient se Jeter dans l'Atlantique , entre Apamonte et Castro-Marin, après un parcours d'environ 64 kilomètres. Ses affluents les plus considérables sont la Zangara, la Giguela, la Guadasira, l’Ardila et la Chanza.

GUALTIERI (Giovanni). Voyez CIMABUE.

GUANAXUATO, l’un des moins étendus, mais Pun des départements les plus peuplés du Mexique, sur le plateau d’Anahuac, entre les États de Queretaro, de Méchoacan, de Xalisco et de San-Luis de Potosi, dépendait antrefois du royaume de Mechoacan. Les Espagnols l’enlevèrent aux Chichimèques, peuples nomades et chasseurs, le peuplèrent avec des colonies d’Aztéques, et en firent une intendance de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne.

Sa superficie est évaluée à 294 myriamètres carrés, et on y compte 601,880 habitants (1865), letiers d'origine indienne. La Sierra de Guanaxuato, qui traverse ce plateau dans la direction du sud-est au nord-ouest, atteint au Cerro de Villapando une altitude de 3,150 mètres, au Cerro de San- Rafael de 3,025, et sur d’autres crêtes d’environ 3,000 mètres. Elle est célèbre par ses richesses minérales, surtout par les gîtes argentifères de son versant sud-ouest, regardés autrefois comme les plus riches de la terre, et dont le produit annuel au commencement de ce siècle ne s'élevait pas à moins de 251,000 marcs d’argent fin. La révolntion porta un coup fatal à l'exploitation de ces mines, qui ne fut guère reprise avec quelque activité qu’en 1823. Mais en dépit du concours prêté, en 1825, par diverses compagnies anglaises possédant tous les capitaux nécesaires, cette exploitation n'a plus donné depuis les mêmes profits qu'autrefois. Grâce à l'extrême fécoudité du sol et à la beauté du climat, l'État de Guanaxuato, malgré l’état déplorable de son agriculture , produit encore assez pour les besoins de sa population. Les plantes tropicales réussissent sur quelques points, et partout les céréales et les légumes d'Europe y viennent à souhaïit. Dans les fermes on élève beaucoup de gros bétail, de chevaux, de mulets, de porcs et de chèvres. Les manufactures de laïnages et de cotonnades ne.produisent que des étoffes grossières ; en revanche on fabrique beaucoup d’objets d’assez bon goût en cuir, d'articles de sellerie et de carrosserie, d'excellents chapeaux, et au chef-lieu on trouve

d'importants ateliers d’orfévrerie,

GUANAXUATOou Santa-Fé de Guanaxuato, chef-lieu de l'État, ville bâtie à près de 2,300 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, dans une étroite baie, appelée Canado do Marfil, fut fondée en 1544, érigée en villa en 1619, et en ciudad en 1741. Elle doit son origine aux mines qui l’avoisinent, est frès-irrégulièrement construite ef entourée de montagnes escarpées à base de porphyre. On y trouve un grand nombre de monuments qui témoignent de la richesse des mineurs, une espece d'université pour l’enseignement de la théologie, de la jurisprudence et de la métallurgie, un gymnase, un collége, un théâtre, plusieurs églises et couvents, et un hôtel des monnaies, fondé en 1612. Avant la révolution, qui ne sévit nulle part avec autant de fureur que dans le Guanaxuato, on comptait dans cette ville et dans

les mines des environs plus de 100,000 âmes; il yen a 63,398 (1860). La plus célèbre de ces mines, celle de Va-

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