GUANO — GUARINI
Éveillée par les bénéfices importants que promettait cette nouvelle branche de commerce, l’industrie se mit tout aussitôt à la découverte de parages plus rapprochés ae notre Europe où l'on trouvât la précieuse substance dont ’agriculture tirait un si admirable parti ; et on ne tarda pas à apprendre que le guane se rencontre aussi par couches auxquelles on a reconnu jusqu’à 90 mètres de profondeur, sur une étendue considérable, dans certaines parties du littoral occidental et oriental de l'Afrique, notamment aux îles du groupe d’Agra Pequenna, près du cap de Bonne-Espérance, dans l'Atlantique. L’une de ces iles, Ichaboé, restée complètement déserte jusqu’en 1843, fut visitée par plus de cent navires venus pour y charger le précieux engrais; mais il ne tarda pas à perdre ses principes ammoniacaux. C’est toujours le Pérou qui est en possession du grand approvisionnement européen : il a trouvé dans le guano la principale source de ses revenus. D’après un rapport officiel exportation de ce produit avait atteint pour les années 1869-1870 une valeur de 175 millions de francs et pour 1871-1872 celle de 225 millions. .
Aujourd'hui les principales espèces de guano sont, d’après M. Nesbit, en les classant suivant leur richesse en ammoniaque : 1° le guano d’Angamos, provenant de la côte occidentale de l'Amérique du Sud, et renfermant jusqu’à 20 et même 24 pour 100 d’ammoniaque; il est rare dans le commerce, à cause des difficultés qu'offre sa récolte sur les roches
} escarpées ou les oiseaux le déposent ; 2° le guano du Pérou, le
plus commun dans le commerce en Angleterre, et contenant 16 à 18 p. 100 d'ammoniaque; 3° le guano du Chili, quin’enrenferme que de 5 à 6 p. 100 ; 4° le guano de la Bolivie, où on n’en trouve plus que 21/2 p. 100; 5° le guano de quelques
| endroits tels que la baie de Saldanha, où , déposé sous un
climat pluvieux, il est considérablement détérioré par les eaux, et ne contient presque plus d’ammoniaque (0,76 p. 100); 6° le guano de la baie des Requius (Australie), encore plus pauvre, ainsi que ceux des Antilles, du Mexique et de Patagonie.
Le guano est moins employé en France qu’en Angleterre et en Belgique, qui en recoit six fois autant que nous; cependant l'usage s’en répand de plus en plus dans nos campagnes. L'Angleterre avait reçu, en 1864, 113,080 tonnes de guano, valant 34 millions de francs; et en 1870, 243,434 tonnes, valant plus de 81 millions. Le transport de cette matière n’est pas sans danger : le guano est en effet susceptible de fermenter pendant la navigation et d’occasionuer ainsi des incendies à bord des navires.
Le guano a été frappé en France de droits élevés, surtout quand il se présentait dans nos ports sous pavillon étranger. Aux termes d’un décret du 17 mai 1865 ce droit fut réduit, pour le guano péruvien, à 18 fr. par tonne de 1,000 kilogr. Le gouvernement reconnut bientôt qu'il n’avait satisfart qu’à demi aux intérêts agricoles : ilrendit un nouveau décret (31 janvier 1867) qui admit l'importation du guano en franchise sous tous les pavillons.
GUARINI (Grovanni-BarrisrA), poële italien, naquit à Ferrare, en 1537, d’une famille noble. Petit-fils de Varinus Guarino, il fit ses études à Padoue, à Ferrare et à Pise, Guarini avait vingt ans lorsqu'il perdit son père, auquel il succéda, comme professeur d’humanités à l’université de Ferrare. Ses premières compositions furent des odles et des sonnets, qui annonçaient un sentiment vif de l'élégance et de l'harmonie. Le duc de Ferrare s’entouraitde poëtes, de dames, de savants, d'artistes, qu’il encourageait ou
| qu'il protégeait. Guarini, invité par ce prince, vint à la cour : il
y connut le Tasse, plus jeune que lui de sept ans, et avec
| lequel il contracta une amitié intime. Le grand poëte, per-
sécuté, ne trouva pas dans la suite de plus zélé défenseur, de plus ardent panégyriste que son ami Jean-Baptiste. Guarini, propriétaire de fort beaux domaines, n'était pas, corome le Tasse, réduit à attendre toutes ses ressources de son talent et du caprice des grands. Le duc trouva bon de lemployer. 1) le nomma chevalier, le chargea de nussions
importantes, se servif de lui en plusieurs circonstances diff ciles, mais ne lui accorda pour récompense que des éloges.
Justement irrité de cette ingratitude du prince, Guarini passa au service d'Emmanuel-Plilibert, duc de Savoie, qui le traita avec la même distinction et, la même parcimonie; puis à celui de Vincent, duc de Mantoue, dont la conduite fut semblable à celle des deux autres princes. Tous ces petits souverains, rivaux de luxe et de gloire, se faisaient centres d’une civilisation factice et brillante, aux dépenses de laquelle ils ne pouvaient suffire, et qui obérait leur trésor. Guarini, plus indépendant et plus riche que ses maitres, se retira dans son domaine de Guarini, près de Reygio. Bientôt après il perdit sa femme, et fut sur le point d’embrasser l’état ecclésiastique ; mais à peine ce poûte, habitué au train des cours, fut-il sorti de sa retraite, l’'appat de cette vie brillante et gaie qui l'avait si longtemps bercé revint le séduire; et il s'arrêta d’abord à la cour de Ferrare, puis à celle de Florence, dont le grand-duc, Ferdipand, l’accueillit avec des égards qui le charmèrent.
La délicatesse de Guarini n'avait pas calculé toutes les chances de malheur que l'amitié des grands peut offrir. 11 avait un fils de vingt ans, qu’il aimait beaucoup. Le grandduc, voulant se débarrasser d’une maîtresse, la fit épouser au jeune homme, à l'insu de son père. Ce sanglant outrage, que Guarini apprit bientôt, l'irrita justement; il quitta la Toscane et la cour, sans même prendre congé. Après avoir passé quelques mois chez sa protectrice, la duchesse d'Urbin, il se réconcilia de nouveau avec le duc de Ferrare ; et la dernière mission qu’il remplit fut son ambassade auprès du pape Paul V, en 1603.
Pourquoi le poëte des amours et des voluptés ne pouvaitilrenoncer à ce brillant servage des ambassades et des transactions politiques? Pourquoi s’obstinait-il à cet ingrat et malheureux métier ? Sa fortune s'épuisait au milieu de ces voyages, de ces ambassades, de ces résidences dispendieuses dans les palais les plus somptueux de lEurope; et sa famille, au sein de laquelle une exacte surveillance ne présidait pas , augmentait ses chagrins ; ses trois fils réclamaient leur légitime par la voie des tribunaux ; une fille tendrement aimée, Anna, mourait assassinée par un mari jaloux. Gua-: rini, au retour d’une mission diplomatique, rentrait dans sa maison, habitée par sa fille et son gendre : au lieu de cette fille, qu’il espérait embrasser, il trouva son cadavre sanglant.
Tant d'émotions pénibles et cruelles ne purent tarir l’inspiration poétique dont la nature l'avait doté. Il partagea avec le Tasse la gloire ou le malheur de transporter l’idylle amoureuse dans le drame : création singulière, vraie par les sentiments qu’elle exprime, mensongère par le monde et les coutumes qu’elle invente, parfaitement appropriée à l’état social de l'Italie, à ses plaisirs faciles, à sa métaphysique voluptueuse. La composition de l'Aminta du Tasse et celle du Pasteur fidèle de Guarini semblent se rapporter à la même époque. Ces deux drames ont les premiers donné l'exemple de ces fictions pastorales qui ont bercé nos pères pendant deux siècles, et dont le dernier reflet est venu se jouer au pied du trône fleuri de Louis XV. C’est une vie toute d’amour : la passion seule y règne. Toutes les nécessités matérielles disparaissent ; le langage des acteurs est la plus douce des mélodies ; leurs pensées sont les plus doux rêves et les plus tendres caprices. L'Europe accueillit avec transport cette étrange création. À peiue l’Aminta et le Pastor fido furentils publiés, on en vit paraître des imitations sans nombre, en Espagne, en France, en Italie, en Angleterre. Guarini intitula sou œuvre {ragi-comédie en cinq actes et en vers, et la dédia au duc de Savoie, qui la fit imprimer à Turin, en 1585, avec une magnificence royale; une multitude de copies ou d’imitations italiennes, et quarante éditions publiées du vivant de l’auteur obtinrent un immense succès. Les premières éditions sont celles de Venise, Bonfaldin (1599, in-4° ; 1602, id). La plupart des imitations de l'4minta et dun Pastor fido sont tombées dans un oubli profond. Le Pastor fido est resté modèle et type. Le plato-
nisme du Tasse, la pureté exaltée de son âme, ont répandu sur ses œuvres une teinte plus élevée. Guarini est le véritable Italien moderne : luxe d’esprit, traits piquants, images éblouissantes, descriptions enchanteresses, abondent dans son œuvre. Sa morale est fort relâchée : deux personnages, celui d’un satyre et celui d’une femme, sont chargés de revêtir d’une lueur poétique toute cette immoralité élégante, tout ce matérialisme amoureux , toute cette sensualité érigée en système, toute cette perfidie galante qui apparut au dix-huitième siècle en France, sous des formes légèrement modifiées et beaucoup plus prosaïques. Aussi, le Pastor fido, né de l’élégante dépravation des cours italiennes, joué dans toutes les villas des princes pendant le seizième siècle, et même devant les papes, fut-il mis plusieurs fois à l'index. Les théologiens remarquèrent surtout le passage où il s’étonne que « le péché soit si doux et le non-péché si nécessaire, » Peccar è si dolce e il non peccar si necessario.
L’Idropicu, comédie en cinq actes et en prose, dont la représentation durait six heures (Rome, 1614), est d’une indécence achevée ; on la joua à Turin avec des intermèdes.
La plus jolie édition des œuvres de Guarini a paru à Ferrare (1737, 4 vol. in-4°), avec vignettes . Son Trattato della politicà Libertà, qu’il composa vers 1599, mais qui ne parut imprimé pour la première fois qu’en 1818 , à Venise, prouve que cet esp:it fin et délié n’avait pas fraversé les fonctions publiques sans en recueillir le fruit,
Comme poëte lyrique, Guarini se place très-haut : la plupart de ses sonnets et de ses odes contiennent des beautés de sentiment et d’expression. Comme homme, il eut les défauts de son temps et des qualités toutes personnelles. Il désavoua noblement, de la marière la plus positive, ceux qui lui attribuaient une part dans la composition ou la correction de la Jérusalem délivrée. Une lettre de Guarini, conservée dans les archives du duc de Modène, atteste qu’il a seulement corrigé les innombrables erreurs que les copistes avaient répandues dans l'épopée du Tasse.
Fatigué du monde, Guarini chercha une retraite à Venise, et mourut le 6 octobre 1612, à l’âge de soixantequinze ans. Philarète CHasLes.
GUARINO (Varinus), savant italien, né en 1370, à Vérone, se rendit à Constantinople, en 1388, pour y apprendre la langue grecque. A son retour, il enseigna successivement à Vérone , à Padoue et à Bologne, puis devint précepteur des enfants du prince Lionello de Ferrare. Il servit, en 1438, d’interprète aux Pères grecs et latins réunis en concile à Ferrare, et mourut en 1460. Ce savant contribua beaucoup par ses travaux au réveil des études classiques ; il traduisit les dix premiers livres de Strabon el plusieurs de Plutarque, commenta Cicéron, Perse, Juvénal, Martial et Aristote, et écrivit un Compendium Grammaticæ Gracæ, qui fut imprimé en 1509 à Ferrare.
GUARINO. Voyez FAVORINUS.
GUARNERI ou GUARNERIUS, nom d’une famille de Crémone qui, aux dix-septièmeet dix-huitièmesiècles, a fourni des luthiers justement célèbres. Il règne quelque incertitude sur la véritable orthographe de ce nom, que les uns veulent écrire Guarneiri, et dont d’autres font Guarnerio. Un fait certain , c’est que les instruments sortis des ateliers de ces artistes sont signés de leur nom latinisé, Guarnerius.
Le plus ancien membre de la famille Guarneri qui ait acquis de la réputation comme luthier fut André, contemporain de Stradivarins et comme lui élève d’Amati. On estime beaucoup plus ses basses que ses violons, auxquels on reproche de manquer de rondeur, encore bien que le timbre en soit argentin et pénétrant. Son fils et son neveu portèrent tous deux le prénom de Joseph ; mais c'est Joseph le neveu le plus célèbre de tous les luthiers du nom de Guarneri, 11 mourut à la fleur de l’âge, après une existence des plus agitées, et par suite de laquelle il passa, on ne #ait trop pour quel motif, de longues années en prison. C’est Jà qu’il exécuta, avec quelques mauvais outils, qu'il obtenait à grand’peine, les admirables instruments dits de la ser-