‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 434 sur 552 · GUILLON — GUILLOTIN · texte numérisé non relu

GUILLON — GUILLOTIN

non sans quelque succès ; fait qui prouve la vaste étendue !

de ses études premières. Un mémoire sur les maladies nerveuses, qu'il inséra en 1801 dans le Journal encyclopédique, émnoigne des travaux sérieux auxquels il se livra dans cette nouvelle carrière, considérée par lui avec raison comme un autre sacerdoce.

Une fois la terreur passée, l'abbé Guillon rentra dans les rangs de l'Église militante, et reprit la guerre active que dès 1791 il avait déclarée à la constitution civile du clergé, dont il fut constamment l’implacable adversaire ; ce qui ne l’empécha pas cependant, au grand scandale du clergé placé sous la férule de Pultramontain de Quélen, qui censura publiquement sa conduite, d'accorder à ses der-

uiers moments les secours de l’Église à l'abbé Grégoire, |

mort dans l’impénitence finale à l'endroit de cette fameuse

constitution. Un mémoire de l’abbé Guillon, intitulé : Paral- | lèle des révolutions sous le rapport des hérésies quiont |

désolé l’Église, inséré dans le quatrième volume d’une col-

lection qu’il avait entreprise de tous les écrits, soit critiques , |

soit apologétiques, provoqués par la constitution civile, produisit une vive sensation, et fut plusieurs fois réimprimé depuis. Sous le cunsulat, il fut attaché comme auditeur théologien à l'ambassade du cardinal Fesch à Rome. Revenu à Paris en 1804, il commença par se livrer aux travaux de la prédication; puis il rentra dans l'instruction publique, et lors de la création de l’université impériale, fut nommé, par Fontanes , professeur de rhétorique au lycée Bonaparte. Quand une faculté de théologie fut ajoutée, en 1810, aux facultés des lettres , des sciences, de médecine et de droit que possédait déjà l'académie de Paris, l’abbé Guillon y obtint la chaire d’éloquence sacrée.

Seus la Restauration, il devint, en 1826, aumônier de M”° la duchesse d'Orléans, qui lui confia l’éducation religieuse de ses nombreux cnfants. Ses relations avec le Palais-Royal et ses opinions franchement gallicanes le mirent en mauvaise odeur dans le clergé de cette époque, et les efforts tentés par Louis-Philippe, lorsqu'il eut été appelé au trône, pour faire accepter par le saint-siége le directeur de la conscience de sa femme, Marie-Amélie, comme évêque de Cambrai d’abord, puis de Beauvais, échouèrent contre les sourdes intrigues que firent jouer à Rome les rancunes implacables des ultramontains. Force fut donc à Louis-Philippe, qui tenait absolument à faire de son protégé un évêque, de se contenter pour lui, en 1833, du titre d’évêque de Maroc.

Polygraphe distingué et infatigable, l’abbé Guillon commuença, en 1822, une Bibliothèque choisie des Pères de l'Église ( 26 vol. in-8°), qui est un beau monument élevé à Ja gloire de la religion et des lettres. Il combattit avec les armes du bon sens et de l’érudition les monstrueuses doctrines de l'abbé de Lamennais dans un ouvrage intitulé : Histoire de la nouvelle Hérésie du dix neuvième siècle, ou réfutation complète des ouvrages de M. de Lamennuis (3 vol. in-8°, 1835). On a aussi de lui : Promenade savante au jardin des Tuileries , ou description de ses monuments (1779); Du respect dû aux tombeaux, et de Vindécence des inhumations actuelles (an vu); La Fontaine et tous les fabulistes, ou commentaire critique, historique et littéraire (2 vol., 1803); Modèles d’Éloquence

chrétienne (2 vol., 1837); Œuvres complètes de saint Cy-.

prien , trad. nouv. (2 vol.); Oraison funèbre de la princesse Marie (1839), etc.

GUILLOT-GORGU (BERTRAND HARDOUIN ou HAU- DOUIN »ESAINT-JACQUES, dit), célèbre farceur qui succéda à Gautier-Garguille. Selon Guy-Patin, il avait été doyen d’une faculté de médecine. 11 est du moins certain qu’il exerça pendant quelque temps la profession d’apothicaire à Montpellier. Ensuite il voyagea en compagnie d’un charlatan, et vint enfin débuter, en 1654, à l'hôtel de Bourgogne. I1contrefaisait les médecins avec une verve extraordinaire ; doué d'une excellente mémoire, il énumérait avec une incroyable volubilité les drogues ctles simples des apothicaires et les nombreux outils de la chirurgie. Aprés avoir été applaudi pen-

dant huit ans , il quitta le théâtre, et alla s'établir médecin à Melun ; mais la mélancolie le prit, et il revint mourir à Paris, à l’âge de cinquante ans, en 1648. Sauval fait ainsi son portrait : « C’était un grand homme noir, fort laid ; il avait les yeux enfoncés, et quoiqu’il ne ressemblât pas mal à un singe et qu’il n’eût que faire.d’avoir un masque sur le théâtre, 1l ne laissait pas d’en avoir toujours un, »

GUILLOTIN (Josspu-IGNAGE) , célèbre médecin, re gardé à tort comme l'inventeur de l'instrument de supplice qui porte son nom, naquit à Saintes, en 1738. Il professa d’abord, en qualité de père jésuite, au collége des Irlandais de Bordeaux ; puis, se sentant une vocation impérieuse pour l’art de guérir, il vint étudier la médecine à Paris. Au moment où la révolution éclata, Guillotin s'était déjà fait connaître par des travaux assez importants. Lors de la convocation des états généraux, il publia une brochure sous le titre de Pélilion des habilants domi: ciliés à Paris et des six corps. Dans cette brochure il demandait que la représentation du tiers état aux assemblées des états géneraux fût au moins égale à celle des deux autres ordres privilégiés pris ensemble. Surpris de la hardiesse et de la nouveauté de ces idées, le parlement manda à sa barre l’auteur de la pétition, moins pour lui faire faire amende honorable, que pour l'entendre inotiver et développer les propositions qu’elle contenait. Guillotin se tira de cette épreuve avec honneur et bonheur. Aussi, le peu. ple, qui l’attendait à la porte du parlement, courut-ilen fouleà sa rencontre, et lui décerna-t-il les honneurs d’une ovation improvisée. Cette popularité ouvrit dès lors au docteur la carrière politique. Nommé par le tiers état de Paris l’un des électeurs qui devaient désigner les membres des états généraux , il fut choisi pour secrétaire de sa réunion électorale, et ensuite élu député. Il concourut bientôt à la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme, fit partie de la commission sanitaire chargée de proposer les réformes que nécessitait l’état statistique et sanitaire de Paris, et devint membre du comité ayant pour mission d'organiser les écoles de médecine, de chirurgie et de pharmacie.

Une circonstance vint lui donner bientôt une célébrité plus grande : l’assemblée nationale s’occupait de refondre nôtre ancien système pénal ; elle venait de proclamer comme principales bases de son travail l'égalité des ‘peines pour toutes les classes de citoyens, la personnalité du crime, dont la honte ne devait plus rejaillir sur la famille, l’abolition des tortures et des supplices inutiles. Dans cette circonstance, Guillotin, mû par les sentiments les plus louables de phiianthropie et par des motifs de haute politique, proposa de substituer aux différents supplices jusque alors usités pour les condamnés à la peine de mort la décapitation, réservée autrefois pour les nobles : on brûlait, on pendait et l’on écartelait les vilains. Cette proposition fut reçue avec acclamation. 11 indiqua alors, comme moyen d'exécution le plus sûr et le moins douloureux, l’emploi d’une machine très-peu compliquée, connue depuis longtemps en Italie sous le nom mannaia, dont il avait probablement lu la description dans le Voyage en Italie du jésuite Labat. Le docteur Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de Chirurgie, fut chargé de faire sur cet instrument un rapport, qui fut soumis à l’approbation de l’Assen blée, laquelle, après avoir entendu le citoyen Carlier, député de l'Oise, convertit en décret la proposition de Guillotin. Il fallait un nom à ce nouvel instrument de supplice. Ce furent les mauvais plaisants qui se chargèrentde lebaptiser. On l’appela d’abord La petite Louison, du nom du chirurgien rapporteur, ensuite et définitivement guillotine, du nom de notre bon docteur Guïillotin. La tradition populaire a toujours voulu et veut encore, bien que le contraire ait été prouvé jusqu’à satiété, que Guillotinaitété l'inventeur et la victime de cette fatale machine. La première fut fabriquée par un mécanicien allemand , nommé Schmidt, facteur de clavecins ; mais Guillotin faillit seulement en faire l'épreuve : elle devait, d’après le rapport du docteur Louis, avoir lieu . d’abord sur des

moutons vivants, On jeta le docteur dans les prisons, qui regorgeaient de patriotes, et qui étaient alors le vestibule de la mort. Il y languit longtemps, et attendait son sort avec courage et résignation, quand la révolution du 9 thermidor vint le rendre à ses amis et à la liberté. Dégoûté pour toujours des affaires publiques, il reprit modestement ’exercice de sa profession, s’y consacra fout entier, et lrouva dans l'estime de ses concitoyens, dans l'affection de ses amis, quelques compensations à ses tribulations politiques. Il jeta les bases d’une association des médecins les plus distingués, qui existe encore sous le nom d’Académie de Médecine. I fut l’un des plus actifs propagateurs de la vaccine, comme autrefois il avait été un de ceux de l’inoculation, et mérita, par une vie toute consacrée au soulagement de ses semblables, d’être mis au nombre des bienfaiteurs de l'humanité. Il mourut le 26 mai 1814, âgé de soixante-seize ans, F. Dumier.

GUILLOTINE. Ce n'est pas au docteur Guillotin, membre de l’Assemblée constituante, qu'est due l'invention

de la guillotine, quoiqu’elle porte son nom. Le Code pénal |

de 1791 portait (article 2) que tout condamné aurait la tête tranchée. Il ne s'agissait plus, d’après le vœn de la loi et de l'humanité , que de trouver une machine propre à faire

tomber la têle du patient promptement , sans douleur pro- |

longée, en n’employant que le moins possible l'intervention de l’exécuteur. Mais avant les docteurs Guillotin et Louis, avant le mécanicien Schmidt, on s'était servi de machines à décapiter dans diverses contrées de l’Europe, et l’on faisait même honneur de la première aux anciens Perses. La guillotine ne fut donc pas une invention, mais un perfectionnement. En effet, on décollait les nobles en Écosse au moyen d’un tranchoir, dit Robertson, arrêté dans un cadre, et qui, glissant sur deux coulisses, tombait sur le col du patient. Dans son Voyageur françuis, l'abbé de La Porte parle avec quelques détails de cet instrument. Deux anciennes gravures allemandes offrent aussi une machine qui a dû donner l’idée de notre guillotine : l’une est de Pentz, l’autre de H. Aldegrever. C’est toujours un couperet suspendu et contenu dans sa chute. Au commencement du seizième

siècle, Lucas de Cranach, peintre et graveur en bois à !

Wittemberg, nous a laissé une gravure qui représente un supplice. du temps et du pays : le patient est à genoux ; le fer est suspendu par une corde, que lâche un exécuteur.

L'Italie aussi pourrait revendiquer linvention de l’instru- |

ment qui a pour objet d’abréger les douleurs des suppliciés : Achille Bocchi, en 1555, dans ses Symbolicæ Quæstiones de universo genere, fit graver la figure d’une machine à décapiter : l'appareil est dressé sur un échafaud ; la hache est placée au haut de deux coulisses ; comme dans les machines allemandes, le bourreau est debout, à gauche des spectateurs, prêt à lâcher de la main le fer meurtrier suspendu. Tous ces instruments ne sont autre chose que la mannaia des Italiens, définie par les lexicographes : hache à trancher la tête.

C’est sans doute de cette mannaia que l’on fit usage à Gênes, le 13 mai 1507, pour le supplice du conspirateur Giustiniani, dont parie ainsi Jean d’Authon, dans ses Chroniques : « Le condamné étendit le col sur le chappus (la pièce de charpente, le billot) : le bourreau print une corde, à laquelle était attaché un gros bloc; à tout une doulouère tranchante, hantée dedans, venant d’amont entre deux poteaux, et tira ladite corde en manière que le tranchant tomba entre la teste et les épaules, si que la teste s’en alla d’un costé et le corps tomba de l’autre. » En France même, une machine à décoller, quoique sans nul doute fort peu usitée , n’était pourtant pas chose tout à fait nouvelle, On lit dans les Mémoires de Puységur, édition de 1690, que le maréchal de Montmorency fut ainsi décapité à Toulouse, en 1632 : « En ce pays-là, on se sert d’une doloire, qui est entre deux morceaux de hois ; el quand on a la tête posée sur le bloc, en lâche la corde, et cela descend et sépare la tête du corps, » C’est toujours la mannaia.

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