GUIMARD — GUIMOND DE LA TOUCHE
fitte, etc. Mile Guimard y avait fait construire un théâtre, rendez-vous des courtisanes les plus recherchées et de tous les hommes frivoles de l’époque. Les acteurs et actrices n’étaient autres que la propriétaire de l’hôtel et ses camarades de l'Opéra. Dans la maison de campagne qu’elle possédait à Pantin, elle avait également fait élever une salle de spectacle, qui réunissait dans la belle saison la même compagnie; on ÿ joua, en juillet 1772, une parade intitulée Madame Engueulle, dont le titre seul indique legenre poissard mis à la mode par les Vadé et les Colle. L’inauguration solennelle du petit théâtre de l'hôtel de la rue de la Chaussée-d’Antin se fit par la première représentation de La Partie de Chasse de Henri IV de Collé, qui avait en outre composé pour la circonstance une petite pièce grivoise intitulée : La Vérité dans le Vin. L’archevêque de Paris crut devoir se plaindre à l'autorité de la facilité avec laquelle elle laissait s'ouvrir ces foyers de démoralisation et de pestilence, et surtout des tendances de Zu Vérité dans le Vin, pièce à laquelle on substitua une pantomime intitulée Pygmalion. Ajoutons , pour en finir avec le théâtre de M"° Guimard, que les représentations en étaient dirigées par Laborde, premier valet de chambre de Louis XV, et que c’est pour cette scène que Collé composa les pièces contenues dans son Théâtre de Société, et Carmontelle ses Proverbes.
On prétend que, malgré le scandale de ses mœurs, Me Guimard fut souvent appelée par la reine Marie-Antoinette à faire partie, avec sa modiste M'° Bertin, et avec Vactrice M! Montansier, de graves conférences où l’on délibérait sur le pli à donner à une dentelle, sur la pose d’un bouquet de fleurs, sur d’autres questions tout aussi importantes de haute toilette. En 1789, parvenue à l’âge de quarante-six ans, elle songea à échapper à sa trop grande notoriété et à se marier, pour avoir le droit de changer de nom. Quelque vingt ans plus tôt, elle eût trouvé un ancien ofjicier de cavalerie; de nos jours, elle n’aurait qu’à choisir parmi les gens de lettres ; elle jeta le mouchoir à un sieur Despréaux, chorégraphe, qui ne mavquait pas, dit-on, d’an certain talent. Trois années auparavant, obligée de diminuer son train, elle avait mis son somptueux hôtel en loterie, au capital de 300,000 francs, sans se soucier d’en obtenir préalablement l’autorisation de la police. Sous le Directoire, elle donna des soirées dansantes, qui réunirent la fine fleur des incroyables de l'un et dt l’autre sexe.
GUIMAUVE, genre de plantes de la famille des malvacées : il se compose d’une dixaine d’espèces ; la plus importante de toutes est la guimauve officinale (althæa officinalis, Linné). Deux ou trois de ces espèces sont cultivées dans les jardins comme plantes d'ornement : telle est l’azthœu rosea, vulgairement rose trémière, rose d'outremer, rose de mer, rose de Damas, passerose, dont les variétés sont recherchées par les amateurs, et dont le type est origipaire de Syrie. La guimauve à feuilles de chanvre (althæa cannabina, Linné) et la quimauve de Narbonne, qui pourraient aussi être placées dans les jardins paysagers, fournissent de leur tige rouie une filasse qui sert à faire d’assez belle toile dans quelques cantons de l’Espagne. Jl serait avantageux en beaucoup de localités de cultiver ces deux plantes, qui, étant vivaces toutes les deux, durent sept, huit ans, et même plus.
La guimauve officinale vivace, à tige de { mèt. à 1°,30, cylindrique et velue, à feuilles alternes, arrondies, douces au toncher , extérieures, porte des fleurs à calice double , à neuf divisions, à corolle composée de cinq pétales rose pâle ou blanches : elles sont réunies en bouquets sessiles, ou presque sessiles, dans les aisselles des feuilles supérieures, Sa racine est pivotante, longue et charnue. Toutes les parties de cette plante, et surtout ses racines, contiennent un mucilage abondant, qui leur donne au plus haut degré les propriétés émollientes et adoucissantes. Les fleurs servent à préparer des infusions pectorales. On fait de la racine mondée un commerce assez considérable. Elle
est la base des préparations médicales connues sous le nom de péte et de sürop de quimauve. Cependant la décoction de racine de guimauve peut avoir quelques inconvénients ; cette racine renferme un principe très-actif, nommé asparagine, parce qu’il existe surtout dans l’asperge, et qui peut occasionner des vomissements. P. GAugERT.
GUIMBARDE, instrument sonore de laiton ou de fer, fort commun en Europe, notamment dans les Pays-Bas et dans le Tyrol, et composé de deux branches entre lesquelles est une languette d'acier, qui vibre d’une manière assez harmonieuse quand on la touche convenablement, et qui constitué l’âme de l'instrument. Son origine se perd dans la nuit des temps; dans l'Asie Mineure, il fait le charme des familles pauvres , et le nom de jewsharp (harpe des Juifs), que lui donnent los Anglais, semble indiquer qu'il était particulier aux Israélites. Les enfants, à qui cet instrument est particulier, le placent ordinairement dans la bouche, entre les dents, pour en jouer. L’attraction et la répulsion de l'air dont la colonne se trouve interceptée par l’âme de l’instrument, sert avec la pression des lèvres à déterminer le degré de gravitéet d’acuité. Lorsque l’âme est mise en mouvement, elle produit à peu près l'effet des vibrations d’un diapason; circonstance qui rend la guimbarde l’un des instruments fatiguant le plus la poitrine. Cet instrument, si insignifiant en apparence, n’en possède pas moins toutes les qualités des corps sonores les plus parfaits ; et prise isolément, une guimbarde donne un ton grave quelconque, portant avec lui ses aliquotes, sa septième et plusieurs notes diatoniques dans la troisième octave. Singularité remarquable ailleurs, la guimbarde a trois timbres différents, dont la nature semble fort éloignée de celle de l’instrument qui les produit : les sons de la première octave ayant du rapport avec ceux du chalumeau de la clarinette , ceux du medium et du haut avec la voix humaine de certains orgues, enfin les sons harmoniques étant en tout semblables à ceux de FREE ie exécuter des airs sur la guimbarde, il faut avoir au moins deux de ces instruments ; mais du moment où l’on veut jouer des morceaux compliqués, il faut en avoir au moins une douzaine. L’exécutant peut alors pratiquer tous les intervalles diatoniques et chromatiques, et passer ainsi dans fous les tons en changeant successivement de guimbarde. Plusieurs artistes allemands , entre autres Kock, Eulenstein et Kunert, mais surtont Scheibler, ont excellé dans le maniement de la guimbarde, et se sont fait admirer dans des concerts. Scheibler avait composé avec douze guimbardes un instrument particulier, dont il jouait avec beaucoup de charme et de dextérité, et auquel il avait donné le nom d’aura.
On appelle aussi quimbarde nn outil de menuiserie qui sert à égaliser le fond des rainures, quand le guillaume et le bouvet ne peuvent y afteindre.
GUIMOND DE LA TOUCHE ( Craure), auteur dramatique, né en 1729, à Châteauroux, fut élevé par les jésuites, et entra même de bonne heure dans leur ordre; mais dégoûté, comme Gresset, des pratiques étroites de la vie religieuse , il ne tarda pas à rompre avec eux, et rentra dans le monde. Il se livra dès lors au théâtre ; et sa tragédie d’Iphigénie en Tauride, la seule qu’il ait eu le temps (à faire représenter, car il mourut en 1760, obtint un légitime succès. Le public, enthousiasmé, demanda l’auteur à grands cris , hommage beaucoup trop prodigué depuis, mais dont jusque alors Voltaire seul avait été l’objet. C’est en effet, sans contredit, de tout le répertoire de second ordre la pièce qui reproduit le mieux la mâle simplicité du théâtre grec; et ce mérite doit bien compenser aux yeux de la critique les déclamations philosophiques qui de temps à autre y usurpent la place du sentiment, ainsi qu'un trop grand nombre de vers faibles ou durs. Guimond de La Touche avait sur le chantier une tragédie de Régulus, que sa mort prématurée ne lui permit pas d'achever. On a aussi de lui une épitre intitulée Les Soupirs du Cloître, ou le Triomphe du fanatisme, pièce composée au noviciat même par les
fants de Loyola, et qui témoigne de l’antipathie qu'avait provoquée dans son esprit le jésuitisme vu de près. GUINARD (Aucusre-Josern), ancien colonel de l’artillerie de la garde nationale de la Seine, est né à Paris, le 28 décembre 1799. Son père, qui fut successivement membre du Conseil des Cinq Cents et du Tribunat, lui laissa des opinions libérales et une fortune indépendante. Avec ces avantages, M. Guinard pouvait devenir un heureux artiste ou un littérateur choyé; il préféra les hasards de la politique, scène sur laquelle il ne joua jamais du reste qu’un rôle bien secondaire. Élève de Sainte-Barbe, où il s’était rencontré avec Godefroid Cavaignac et Charles Thomas, il fut un des fondateurs de la charbonnerie française et l'un de ses plus chaleureux soutiens. C’est à ce titre qu’il se trouva engagé, sous la Restauration, dans la conspiration de Nantes ainsi que dans celles de Béfo rt et du général Berton. En juillet 1830, il prit encore les armes, et cette fois le gouvernement fut vaincu. M. Guinard fut alors appelé dans la commission dite des récompenses nationales, et y laissa de bons souvenirs. Lorsque les réunions politiques furent interdites, il se réfugia, comme Godefroid Cavaignac, dans l'artillerie parisienne, où il devint capitaine, et se fit remarquer dans les insurrections qui amenèrent la dissolution de ce corps spécial. La part qu’il prit aux événements d'avril 1834 lui valut un emprisonnement. Il parvint à s’échapper de Sainte-Pélagie avec ses coaccusés , et eut à passer dix années en exil. Au 24 février 1848 il se retrouva dans les rangs des combattants, et, à la tête de quelques hommes du peuple, il prit possession de la caserne des Minimes, puis, avec la huitième légion de la garde nationale, il marcha sur Phôtel de ville, où il proclama le premier Ja république, rêve de toute sa vie. Aussitôt le gouvernement provisoire institué, il fut nommé adjoint au maire de Paris, puis, préfet de police, place qu’il refusa, et enfin chef d’étatmajor de la garde nationale. La légion d'artillerie ayant été reconstituée, il en fut élu colonel hais il préféra garder son poste à l'état-major. Après le 15 mai il donna sa démission, et fut rappelé au commandement de la légion d'artillerie. Élu à l’Assemblée constituante par plus de 106,000 voix, dans le département de la Seine, il s’y ft peu remarquer, et ne fut pas réélu à la législative. Le 43 juin 1849 il reçut l’ordre de réunir sa iégion au Palais-National, puis bientôt celui de la congédier. 51 réunit alors ses hommes autour de Ini, et leur dit qu'il allait marcher vers le Conservatoire des Arts et Métiers, invitant ceux quine partageaient passes opinions à se retirer. On sait ce qui arriva au Conservatoire. L’artillerie de la garde nationale essaya en vain de protéger les délibérations des quelques représentants assemblés en ce lieu sous la présidence de M. Ledru-R ollin; il fallut céder la place à l’armée et à la garde nationale, Accusé d’avoir pris part à cette échauffourée, M. Guinard fit insérer au Nalional une lettre dans laquelle il explique sa conduite. Il y dit qu’il renvoyait sa légion, lorsque des gardes nationaux sans ares vinrent à passer en criant à l’assassinat ; des représentants lui demandèrent protection ; il crut la constitution en danger, et courut où il pensait pouvoir la défendre. Du reste, il ne fit rien pour s'échapper, et le 8 juillet il réunissait encore 94,634 voix aux élections complémentaires pour la législative, dans le département de la Seine. Un mois après, M. Guinard élait mis en accusation pour complot et attentat, et renvoyé devant la haute cour de Versailles : il y fut condamné à la déportation. Transféré de Doullens à Belle-Jsle au mois d'octobre 1850, il fut rendu à la liberté en 1854, et vécut depuis lors dans la retraite. Son fils, Auguste Guinarp, né en 1836, à Londres, fut lève de l'École polytechnique, Admis dans le service des ponls-et-chaussées, il était ingénieur à Chambéry lorsque les électeurs de la Savoie le nommèrent à l’Assemblée nationale (8 fév. 1871). 11 y vola avec la gauche radicale. GUINÉE, pays de côtes de l'Afrique occidentale, sur les limites et l'étendue duquel les navigateurs et les géographes des diverses nations de l'Europe étaient autrefois