GUIMOND DE LA TOUCHE — GUINÉE
singulièrement en désaccord, mais qui, d’après les données généralement admises aujourd'hui, s’étend depuis le cap Verga ou Tagrin, sur la frontière sud de la Senégambie, jusqu’au cap Négro, ou du 11° au 16° de latitude méridionale, et qu’on divise en haute Guinée ou Guinée septentrionale, et en basse Guinée ou Guinée méridionale, dont l’équateur, ou pour mieux dire le cap Lopez, par 1° de lat. Sud, forme la limite, La Guinée méridionale est connue aussi sous le nom de Congo ( voyez CoNGo, ANGOLA, BEN- GUELA), tandis qu’on réserve plus spécialement le nom de Guinée pour la Guinée septentrionale. Elle a pour limites au nord, sur une étendue de plus de 350 myriamètres, le grand golfe de Guinée, qui à son extrémité nord-est forme les golfes de Benin et de Biafra, C’est à l’entrée de ce dernier golfe que sont situées les quatre {les de Guinée, dont lune, Fernando Po, appartient aux Anglais; les deux autres, l’{le des Princes et Saint-Thomas, aux Portugais ; et la dernière, Annobon, aux Espagnols. Sauf à l’est , où se déploie le vaste delta du Niger, la lisière des côtes est fort étroite, généralement plate, et d’un accès des plus difficiles, tant à cause de l’abscence de bons ports que par suite des nombreux brisants qu’on y rencontre ; quelquefois sablonneuse ou bien marécageuse, elle est au total ri chement arrosée, et offre la luxuriante végétation de l’Afrique tropicale. Par suite du voisinage de l'équateur, la chaleur y est extrême pendant toute l’année, et ne diminue quelque peu que dans la saison &es pluies, qui en général va de juin à octobre, maïs qui sur certains points du pays se reproduit deux fois chaque année, et alors dure peu et est accompagnée d'ordinaire de tempêtes el d’orages effroyables. L'harmattan, qui y souffle du nord, et pendant plusieurs mois de l’année, dessèche tout et fait beaucoup souffrir les habitants eux-mêmes. Mais si sur une côte sablonneuse , rendue extrêmement malsaine par la chaleur et les exhalaisous marécageuses qui y règnent, le climat est souvent mortel pour l'étranger, en revanche, dans les ravissantes contrées montagneuses qu’on rencontre un peu plus loin, et qui sont comme les premiers contre-forts du Kong, ou montagne du Soudan supérieur, règne à peu près le même climat qu’en Italie, avec un air pur et sain. Ces contrées sont en outre richement boisées, douées d’une fertilité extrême et extraordinairement peuplées.
La population de la Guinée se compose d’un grand nombre de tribus nègres idolâtres, mais parmi lesquelles on à lieu de remarquer les différences les plus prononcées entre les nègres de la côte et les nègres de la montagne. Les premiers ont été profondément démoralisés et énervés par la traite des esclaves et par suite de leurs rapports nombreux et fréquents avec les Européens; les seconds , en général plus civilisés et doués de plus de moralité, sont aussi quelquefois plus belliqueux, plus sauvages et plus cruels. Les plus importants et les plus puissants des nombreux royaumes nègres qu'on y trouve sont l'empire de Dahom eh, l'empire des Ashantis et le royaume de Benin, qui de nos jours a cessé d’en dépendre.
Parmi les diverses régions que forme la côte, on tronve en allant de l’ouest à l’est: Sierra Leone, établissement colonial anglais, s'étendant du cap Verga au cap Mesurado ; la Côte du Poivre où de Malaguette, s'étendant jusqu'aux cap Palmas, ainsi appelée à cause du poivre long, ou graine de Paradis, ou encore malaguelte, qui y croit en quantité et qui donne lieu à d'importantes exportations, célèbre aussi par la colonie de Liberia, que les Américains du Nord y ont fondée en 1821, dans le pays de Sangoum, pour les esclaves nègres affranchis; la Côte des Dents ou Côte d'Ivoire, s'élendant jusqu'au cap Apollonia, ainsi appelée à cause de son principal objet d'exportation , et qu'on divise en Pays des Bonnes Gens, silué à l’est, et Pays des Méchantes Gens, à l'ouest, mais où il n'existe point d’établissement européen; la Côte d'Or, s'étendant jusqu'au Rio-Volla, contrée extrêmement peuplée, et où se trou-. vent le plus grand nombre des établissements européens ,
GUINXÉE — GUIRAUD
notamment ceux des Anglais, dont la possession la plus importante dans ces parages est la forteresse de Cape-Coast- Castle, laquelle a donné son nom à toute cette partie du terriloire colonial; ceux des Hollandais, et même autrefois des Brandebourgeois; enfin, jusqu’en 1849, les Danois y eurent aussi un établissement ; la Côte des Esclaves, s'étendant jusqu'au Rio-Lagos, où les Anglais possèdent Whidab, avec le fort William, et où jusqu’en 1849 également les Danois possédèrent la factorerie de Quita, défendue par le fort de Prinzenstein, jadis l’un des grands entrepôts de la traite des nègres, mais qui aujourd’hui est de la part des croiseurs anglais l’objet d’une surveillance toute particulière; la Cle de Benin, la plus étendue et la plus riche en cours d’eau, où l’on trouve l'immense contrée marécageuse et boisée que forment dans leurs deltas le Niger, le Bonny, etc., ainsi que lo royaume du Benin; enfin, au sud de ce dernier, le plateau de l’Amboser, où le Kamaroun atteint, dit-on, une altitude de 4,666 mètres, ainsi que les côtes encore peu connues de Gabon et de Biafra, jusqu’au cap Lopez. Les essais tentés pour pénétrer des côles de la Guinée dans l’intérieur du haut Soudan, dans les contrées montagneuses du Kong, dans la vallée supérieure du Nil ov dans lAfrique centrale, ont déjà coûté la vie à un grand nombre de voyageurs. La jalousie extrême avec laquelle les Aschantis surveillent tout ce qui touche aux intérêts de leur commerce explique comment le commerce extrêmement important qui se fait au moyen de la grande voie commerciale conduisant du pays des Aschantis par le Kong jusqu’à la vallée du Nil n’ait pas eu pour résultat de fournir plus de renseignements géographiques qu’on n’en possède encore sur les pays qui se trouvent au nord de cette côte. Consultez Walker, Missions in Western-Africa (1844); Duncan, Travels in Western Africa in 1845 and 1846 (2 vol.; Londres, 1847); Halleur, Das Leben der Neger in Westafrika mit Rüchsicht auf den Sklavenhandel (Berlin, 1851).
GUINÉE, en anglais Guinea (prononcez Guiny), monnaie d’or anglaise, et qui fut frappée pour la première fois vers le milieu du dix-septième siècle. Ce nom lui vient, dit-on, de ce que l'or avec lequel on frappa les premières pièces provenait de la Guinée. Sous Charles IT la valeur des guinées varia beaucoup. Elle était comparativement à l'argent de France un peu plus forte que celle de nos vieux louis d’or, c’est-à-dire de 26 francs 47 centimes. Mais depuis 1816 on a cessé d’en frapper en Angleterre, et la guinée y a été remplacée par le souverain ou livre sterling d’or valant 20 shillings, ou 25 francs de notre monnate.
GUINEÉE (Nouvelle). Voyez NouvELLE-GUINÉE.
GUINEGATTE, village du département du Pas-de- Calais, près de Térouanne, est célèbre par deux batailles, La première eut lieu le 7 août 1479, entre l’armée de Leuis XI et celle de Maximilien. La seconde est la fameuse journée des Éperons.
En 1513, les habitants de Térouanne, assiégés par Henri VIII, roi d'Angleterre, et par l’empereur Maximilien ler, avaient fait avertir Louis XII, roi de France, qu'ils étaient à bout de leurs vivres, et celui-ci, tout en ordonnant à ses généraux de continuer à éviter une bataille, les chargea de faire passer quelques secours à la garnison. Le sire de Piennes et le duc de Longueville résolurent donc de poster, le 16 août, quatorze cents gendarmes sur les hauteurs de Guinegatte, pour attirer de ce coté l'attention des ennemis’, tandis que Fontrailles, avec ses chevau-légers albanais, s'approcherait rapidement par un autre côté des fossés de la ville, dans lesquels chaque cavalier jetterait la chärge qu'il portait sur le cou de son cheval, consistant en porc salé et en barils de poudre. Les Albanais réussirent à jeter leurs munitions dans les fossés; mais les gendarmes qui s'étaient dirigés sur Guinegatte, en arrivant sur la hauteur, virent derrière eux dix mille archers anglais, quatre mille lansquenets, et huit pièces d'artillerie. Maximilien avait été averti de leur marche par des espions, et les avait prive-
DICT, DE LA CONVERS. == T, X
! nus. Les soldats français savaient qu’ils étaient venus pour | attirer l'attention de l'ennemi, non pour combattre. D'ailleurs, leurs capitaines commandèrent aussitôt la retraite. Or, un mouvement rétrograde en présence de l'ennemi trouble presque toujours les soldats : ils doublèrent le pas, bientôt ils prirent le galop, et se jetèrent en désordre sur une arrièregarde de cavalerie que commandait Longueville et La Palisse, Malgré les efforts de ceux-ci, ils la renversèrent, et continuèrent à fuir jusqu'à Blangy, où était linfanterie, Peu s’en fallut que celle-ci ne fût à son tour entraînée tout entière dans la déroute, Quelques capitaines firent têle avec une poignée de soldats à la cavalerie allemande, qui poursuivait les fuyards. Leur vaillance sauva l’armée française, mais ce fut à leurs dépens, car presque tous furent faits prisonniers, entre autres Longueville, La Palisse, Bayard, Lafayette, Clermont d'Anjou et Bussy d’Amboise.
Telle fut la triste journée qwon nomma des éperons,
parce que ce fut la see arme qu’y employa la gendarmerie française; elle laissa à peine quarante morts sur la place. Térouanne, n’espérant plus désormais d’être secourue, se rendit le 22 août à Maximilien, qui fil raser les murailles et ensuite la ville même,
GUINES, ville de France, chef-lieu de canton du Pas-de-Calais, à 27 kil. de Boulogne, avec 4,247 hab. (1872), fut durant le moyen âge le siége d’un comté. Elle subit des siéges nombreux, fut prise plusieurs fois et vit ses remparts ruinés, en 1673, par les Espagnols. Le blanchissage des tulles est sa principale industrie.
GUINGAMP, ville de France, chef-lieu d’arrondissement, dans le département des Côtes-du-Nord, sur le Trieu, avec 7,045 habitants (1872), un collége, une bibliothèque publique, un musée, une fabrication de fil. C'était jadis la capitale du duché de Penthièvre, et elle était entourée de murailles, dont une partie subsiste encore. Guingamp fut prise plusieurs fois au moyen âge et sous la ligue. On y voit une belle cathédrale du douzième siècle avec deux tours élevées; un château, dont l’ensemble offre un aspect imposant; un hôtel-Dieu à façade italienne; et un gracieux monument appelé Za Pompe.
GUINGUETTE, cabaret hors de la ville, par delà les barrières, dans la banlieue, où le peuple va boire les dimanches et les jours de fête.
Guinguelte se dit aussi familièrement d’une petite maison de campagne, d’un riant vide-bouteille.
Il y à aussi une espèce de jeu de cartes que l’on appelle le jeu de la quinguette.
GUIPUZCOA, l’une destrois provinces basques d’Espagne, confinant à la France et à l’océan Atlantique, a pour chef-lieu Saint-Sébastien , et compte, en y comprepant le comté d’Oñate, sur une superficie de 372 kilomètres carrés, 164,991 habitants (1864), qui, favorisés par plusieurs bons ports, tels que Saint-Sébastien, les Passages, Fontarabie et cinq autres encore, font avec l'étranger un commerce assez considérable. Cette province est traversée par les monts Cantabres, l’un des rameaux des Pyrénées ; elle est très-boisée et abonde en riches pâturages; mais la cuiture des céréales s’y fait sur une très-faible écnelle. Quoiqu’elle ne manque pas de métaux, l’industrie minière y est négligée.
GUIRAUD (ALEXANDRE), de l’Académie Française, né à Limoux, le 25 déeembre 1788, créé baron en 1828, et mort à Paris, le 24 février 1847, était fils d’un riche fabricant de draps. A la mort de son père, il prit la direction des élablissements considérables qu'il lui laissait, en attendant qu'il pût s’en défaire sans trop de désavantage, afin de se livrer uniquement à la culture des lettres, pour lesquelles il se sentit de bonne heure une irrésistible vocation, encouragé qu'il était d’ailleurs par l’accueil flatteur fait à ses premiersessais poétiques par l’Académiedes Jeux Floraux. I vint à Paris en 1813; il avait déjà écrit beaucoup de vers, les premiers vers d’un jeune homme qui avait été reçu à Coppet, dans ce salon, ou plutôt dans celte académie, que
présidait M de Staël. Il venait de Toulouse, où il avait essayé de faire son droit, et où il avait rencontré des amitiés jeunes et sincères. Tout comme son aîné, Alexandre So umet, Guiraud obéissait à une certaine vocation dramatique, passagère vocation, mal définie et qui ne sut jamais à quoi s'arrêter. Ils étaient faits l’un et l’autre pour écrire sur les vieux patrons de vieilles tragédies ; ils voulurent marcher en avant, mais la force leur manqua et le courage ; alors ce ne fut plus qu’une déroute , ou, ce qui revient au même, une hésitation perpétuelle entre le vieux chemin qui menait au vieux succès et les nobles sentiers qui conduisaient à ces chutes brillantes dont on se relève froissé, populaire et glorieux.
La première tragédie d'Alexandre Guiraud, Frédégonde et Brunehaut, fut arrêtée encore en germe, par la Frédégonde de Népomucène Lemercier. Alfieri lui inspira un drame, Myrrha, espèce de Phèdre virginale, qui manqua d'interprète. Pélage n’a pas été représenté, non plus que Frédégonde et Myrrha. X est fâcheux que la censure ait mis obstacle à la représentation de cette tragédie de Pélage, que les salons avaient approuvée. Mais le moyen, en 1820, de tolérer sur la scène un archevêque de Tolède ! 11 fallut renoncer à cette gloire décevante et tenter une autre composition moins vaste, moins fière, moins romantique, comme on disait alors, et Guiraud fit représenter à l'Odéon Les Machabées ! Les Machabées, un instant compromis par le brancard d’hôpital sur lequel se faisait apporter Joanny au sortir de la torture, se relevèrent bientôt de ces murmures, grâce au cinquième acte, qui fut applaudi à outrance. M. de Bona 1 d assistait à cette première représentation à côté d’un saint évêque, et ces deux spectateurs ne furent pas les moins émus. Il faut dire aussi que cette mère au désespoir et retenant le dernier de ses fils sur son cœur brisé, était une héroïne d’un grandeffet. Après Les Machabées vint Lecomte Julien. Le comte Julien avait été emprunté par le poëte à sa tragédie de Pélage ; la pièce est bien faite : elle ne manque ni de mouvement, ni de passion, ni de terreur; elle réussit. Mais ce fut un de ces succès pénibles, qui laissent le public froid et mécontent. La mort de Talma, qui devait jouer le rôle de Pirginius dans une tragédie classique du même auteur, empêcha de jouer cette pièce.
En 1820, c'était la mode de lire dans les salons, non pas seulement les tragédies, mais encore les élégies, les stances, les poëmes : on aimait les vers, on les aimait beaucoup. Soumet brillait dans ces lectures presque officielles. Alexandre Guiraud suivait d’un pas hardi les traces de son frère en poésie. Que d’élégies ! que de stances! de dithyrambes, de poëmes, ils ont faits à eux deux et chacun de son côté! Dans ces vers bien faits, enfants d’une muse chevaleresque et chrétienne, il faut chercher Alexandre Guiraud : là il est beaucoup plus que dans ses tragédies, parce que là seulement il est à l'aise. L'Église joue un grand rôle dans les poésies de ce temps-là! Le prêtre, le cloître, la chapelle, la première communion, le refuge, la semaine sainte, émotions du moment mélées d’une façon intime aux émotions toutes personnelles, vous les retrouvez à peu près les mêmes dans tous les recueils de cette époque, mais jamais elles n’ont été plus vraies que dans les vers d'Alexandre Guiraud. Ce cloître dont il vous parle, lui-même il en a ramassé les matériaux épars , et il l’a fait reconstruire à grands frais dans son parc de Ville-Martin. Cette chapelle, il l’a rétablie; ces pays qu’il raconte, i! les a parcourus. Avant d'écrire Césaire , il avait étudié à fond la Catalogne; avant d'écrire son poëme en prose, Flavien, ou l’homme au aeserc, t avait étudié toute l'antiquité profane et chrétienne.
A tout prendre, la vie de ce poëte, si calme dans son travail, si recueilli dans son succès, si modeste dans son triomphe, fut une vie heureuse, facile, abondante, entourée d'estime, de bienveillance, d’amitié, Comme il n’était sur le chemin de personne, personne ne se trouva sur son che:
min; à l'heure où il croyait donner le signal d’une révolution poétique, nul ne s’en inquiéla, car il avait donné