GULISTAN — GUSTAVE
fluent du Kour et de l’Araxe, dans le Karah-Bakh (Jardin noir), contrée montagneuse et boisée de la Perse, où se réunirent les diplomates chargés de négocier le traité dont nous venons de rapporter les clauses essentielles. C est aussi le titre d’un des ouvrages les plus connus de Saadi.
GUNDWANA. Voyez GOUNDOUANA.
GUNTER ( Evwoo), célèbre mathématicien anglais du dix-septième siècle, naquit dans le Hertfordshire , en 1581, d'une famille originaire du Brecknocshire. Ses travaux le mirent en rapport avec les savants les plus distingués de son sièele, et on lui confia, en 1619, la chaire d'astronomie au collége de Gresham. Trois ans auparavant il était entré dans les ordres. On lui doit l'invention de plusieurs instruments de mathématiques, dont le principal est connu sous le nom de règle à calcul (voyez Carcucer [Instruments à |). En 1622, il fit l’importante découverte que la variation de l'aiguille aimantée varie. Il fut amené à reconnaitre ce fait par les travaux préalables du cours qu’il fit à Deptford au sujet de ces variations, et à l’occasion desquels il remarqua que la déclinaison de l’aiguille avait changé de près de 5° dans l’espace de quarante-deux années. La vérité de cette découverte fut plus tard démontrée et confirmé par Gellibrand, san successeur dans la chaire d’astronomie du collége de Gresham. Gunter fut enlevé aux sciences à l’âge de quarantecinq ans, en 1626. Ses ouvrages ont eu de nombreuses éditions.
GUNTHER , comte de Schwartzhourg, né en 1304, roi d'Allemagne en 1349, avait fait preuve de capacité dans Vadministration de son petit État, et s'était aussi distingué, en 1344, dans la guerre dite des comtes de Thuringe. Lors
de la mort de Louis de Bavière (1347), le roi Édouard |
d'Angleterre et le margrave Frédéric de Misnie ayant refusé la couronne impériale, Gunther, qui repoussa d’abord avec force les propositions qui lui furent faites à ce sujet, fut élu empereur le 30 janvier 1349, à Francfort, par les électeurs de Mayence, de Brandebourg, et de Bavière, et opposé à Charles IV, qui déjà était monté sur le trône, grâce à l’appui du pape et de la France. Charles IV eut recours aux ruses et aux intrigues de la diplomatie, et réussit à gagner à sa cause le landgrave Frédéric et ses fils, pris le comte palatin Rodolphe, et enfin le margrave de Bi %idebourg lui-même. Le roi Gunther persista, et se prépara à la guerre. Au moment où il allait se mettre en campagne, dans les premiers jours de mai 1349, il fut tout à coup saisi d’une indisposition, contre laquelle il eut recours à un médecin de Francfort, qui vraisemblement l’empoisonna. Aussitôt en effet qu’il eut pris les remèdes prescrits, sa fai- . blesse augmenta visiblement d’heure en heure. A la prière des princes ses amis, Gunther, qui avait le pressentiment de sa fin prochaine et qui songeait à ses enfants et à ses créanciers, consentit enfin à abdiquer la couronne impériale moyennant une indemnité de 20,000 marcs d’argent. Il mourut deux jours après, le 14 juin 1349, et fut enterré dans l’église cathédrale de Francfort, où on éleya un monument à sa mémoire en 1352,
GURDISTAN ou GURGISTAN. C’est ainsi que les Turcs et les Arabes appellent la Géorgie.
GUROWSKI (ADam, comte), émigré polonais de 1831, l’un des publicistes qui se sont chargés de populariser les théories du panslavisme russe, est né au commencement de ce siècle, au château Rusocice, dans la woiwodie de Kalisch, en Pologne, et l’ainé de cinq frères ; doué des plus heureuses facultés intellectuelles, il alla étudier en Allemagne, aux universités de Leipzig, de Gaœttingue et de Heïdelberg, où il se fit une réputation de mauvaise tête et de bretteur, et où il se trouva compromis dans l’affaire des menées démagogiques de 1820. N’osant plus retourner en Pologne, il habifa alors pendant longtemps le grand-duché de Posen; mais ayant enfin obtenu un saufconduit, ilrentra dans son pays, où, par suite de l’inquiétude naturelle de son esprit, il ne tarda point à s'occuper de po-
litique constitutionnelle, de crédit agricole ct de littérature
romantique. Se voyant méconnu et systématiquement repoussé de toutes parts, il finit par se rapprocher des hautes sphères du pouvoir et du grand-duc Constantin. Mais la révolution de novembre 1830 n’eut pas plus tôt éclaté à Varsovie, qu'il se montra clubiste ardent ; et le gouvernement national le chargea alors d’une mission à l'étranger. Arrivé à Paris avec une foule d’émigrés polonais, après la compressien de l'insurrection, et complétement dévoué à son pays tant qu'il crut à la révolution, ainsi qu’il nous apprend tui-même, il devint l’un des membres du comité national polonais de Paris; et quand cette assemblée eut été dissoute, il déploya une ardeur extréme pour fonder la Société démocratique, qui devait plus tard prendre un caractère tout autre. La fougue de son esprit ne lui permit pas de rester longtemps d'accord avec les démocrates organisateurs, et pendant plusieurs années il mena alors une vie passablement accidentée. Réduit à la pauvreté par la révolution, mais conservant toute son énergie morale, il sonda d’une main ferme etsûre la profondeur des misères sociales actuelles, et se fit publiciste, employant pour rendre ses idées tantôt la langue allemande, tantôt la langue française. Bientôt le démagogue se transforma en insolent aristocrate, en ennemi acharné de la bourgeoisie, le républicain en absolutiste, le catholique en défenseur de l’Église grecque, le Polonais en Russe, l’Européen en Panslaviste. C'était là un moyen infaillible de se faire rouvrir à deux baftants les portes de la Russie; toutefois, on ne lui rendit pas ses biens confisqués, et on se borna à lui donner la position très-subordonnée de gouverneur civil dans l’intérieur de la Russie. Ennuyé de semblables fonctions, il gagna encore une fois l'étranger en 1845, et publia alors différents écrits panslavistes , tant en Allemagne qu’en France. Pris au dépourvu par les événements de 1848, il jugea prudent de disparaître du théâtre de la politique, et se rendit en 1849 à Boston, où, avec un autre émigré polonais, il fit valoir son passé démocratique pour solliciter unechaire de professeur, qu’on ne jugea pas à propos de lui accorder. Ses principaux ouvrages sont : La Vérité sur la Russie (Paris 1840); La Russie et la Civilisation (en allemand; Leipsig, 1841 ); Pensées sur l’avenir: des Polonais (Berlin, 1841); Extraits de mon livre de Pensées (en allemand ; Breslau, 1843) ; un tour en Belgique (en allemand ; Heidelberg, 1845); Impressions et souvenirs (Lausaune, 1846); Les derniers Événements dans les trois parties de l’ancienne Pologne (en allemand ; Munich, 1846).
GUSTATION. Voyez DÉGUSTATION.
GUSTA VE. Quatre rois de Suède ont porté ce nom.
GUSTAVE I*° ou GUSTAVE WASA, roi de Suède de 1523 à 1560, né Le 12 mars 1496, à Lindholm, dans la province d’Upland (Suède), s’appelait originairement Gustave Erickson, et était le fils aîné du sénateur Erick Johansson, lequel du côté paternel descendait de la maison de Wasa, et du côté maternel de la maison de Sture, deux familles proches parentes des anciens rois de Suède. Ses cousins, les Sture, qui étaient alors administrateurs du royaume de Suède , lui inspirèrent de bonne heure l’amour de la patrie,
! veillèrent sur son éducation, et l’envoyèrent en 1509 à l’école
d’'Upsal. A son retour, en 1512, Sten Sture le jeune le prit à sa cour , et chargea le savant évêque de Linkœæping, Hemming Gadd , de l’initier à la politique. Gustave commença sa carrière militaire en 1517, à l’occasion d’une guerre que Sten Sture le jeune eut à soutenir contre l'archevêque Gusfave Trolle, qui, ennemi des Sture, conspirait ouvertement contre eux. Il repoussa bravement les Danois venus au secours de l'archevêque, assiégé dans le château de Stoke, et contraignit le prélat lui-même à capituler. Il prit également une parf glorieuse aux victoires:remportées sur les troupes da< noises de Christiern !I par Sten Sture, en 1518. Lors des négociations qui s’ouvrirent bientôt pour la paix, il fut un des six otages envoyés à bord de la flotte danoïse qui croisait devant Stockholm , #t dont Christiern s’empara traîtreusement pour les retentr prisonniers de guerre en Danemark,
C’est là que, vers la fin de l’année 1519, Gustave apprit que Christiern avait presque complétement subjugué la Suède. Il réussit alors à s'évader de prison, déguisé en paysan, et parvint le même jour, non sans courir de grands dangers, à Flensbourg, où il se mit au service de marchands de bœufs jutlandais, avec lesquels il put, sans être découvert, gagner Lubeck. Le sénat de cette ville, qui n’était rien moins que satisfait de voir la Suède au pouvoir du roi de Danemark, prit le fugitif sous sa protection, et f?".orisa son départ pour la Suède. Gustave y débarqua au cap Stensæ, non loin de Calmar , que les Danois, à ce moment même, bloquaient étroitement par mer. Il se rendit aussitôt dans cette ville, etexcita les habitants à faire une brave résistance;
is on craignit de se compromettre en écoutant un banni, et la garnison allemande, dont les dispositions étaient déjà très-incertaines, en vint même à menacer ses jours, de sorte qu'il lui fallut prendre la fuite. Il se réfugia d’abord dans la .… de Somoland, parmi les paysans de son père, puis, lorsqu'il ne s’y crut plus en sûreté, chez son beaufrère, et de là dans son domaine de Refsnæs, et enfin en Dalécarlie, où, poursuivi par les satellites de Christiern II, il servit d’abord comme batteur en grange. Rélancé encore dans cet asile, il alla se cacher dans une cave, puis dans des forêts inaccessibles, et parvint à s'échapper caché dans une voiture de paille. Gustave avait inutilement appelé à diverses reprises les Dalécarliens aux armes contre les Danois, Ce fut seulement lorsqu'on apprit dans ces contrées les scènes de carnage qui avaient ensanglanté la capitale, et qui sont connues dans l’histoire sous le nom de massacres de Stockholm, en mème temps que le bruit s’y répandait de l'intention manifestée par Christiern d'établir un nouvel impôt sur les paysans , que les populations élurent Gustave pour chef. Le château fort du gouverneur de la province fut pris d'assaut, et enhardis par ce premier succès de l’insurrection, les Dalécarliens accoururent chaque jour en plus grand nombre se ranger sous ses drapeaux. Un corps de 6,000 hommes, commandé par l’archevêque Trolle, ayant été battu par les insurgés, Gustave n’hésita point à sortir de Ja Dalécarlie. Il s’empara de Westeræs, puis d’Upsal, et marcha de là sur Stockholm, mais sans pouvoir se rendre maitre de cette ville, parce qu'il manquait de navires pour l'investir par mer. Pendant ce temps-là une diète convoquéeà Wadstena, en Ostrogothie, avait proclamé, le 24 août 1521, Gustave administrateur et capitaine général du royaume de Suède.
Jnvesti par là d’une autorité légale, il s’occupa aussitôt de la réorganisation du pays, confiant les gouvernements principaux à ses intimes, faisant élire pour évêques des hommes en qui il pouvait avoir toute confiance, et augmentant autant que possible l'effectif de son armée, En même temps il se mettait de nouveau en marche sur Stockholm, qu’il bloqua bientôt de la manière la plus étroite. Quoique les Danoïs eussent réussi pendant son absence à détruire son camp à la suite de sorties vigoureuses faites dans es journées des 7, 8 et 13 avril 1522, Gustave, grâce à la puissante diversion qu’opérèrent en sa faveur les querelles dynastiques auxquelles le Danemark se trouva en proie et qui amenèrent la déposition de Christiern IT, grâce aussi à un secours de dix bâtiments de guerre que lui envoya la ville de Lubeck, parvint à se rendre maître des villes de Calmar et de Stockholm en mai et juin 1523. Toutefois, avant que Stockholm fût tombée en son pouvoir, il avait convoqué pour les fêtes de Pâques (1523) la diète de Suède à Strengnæs; et il sut déterminer cette assemblée à lui déférer la couronne, qu’il accepta après de feintes hésitations. Stockholm ayant capitulé, il fit son entrée solennelle en cette villes mais il différa jusqu’en 1528 la cérémonie de son courennement, pour ne point se trouver forcé de jurer le maintiun des priviléges du clergé et d'accepter d’autres conditions humiliantes, Peu de temps après qu'il se fut rendu maître de Stockholm, il conquit la Finlande, et régna de la sorte sur tout le territoire de la Suède, En même temps il
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contraignait le roi de Danemark, Frédéric I, à renoncer à toutes pretentions à la couronne de Suède, ainsi qu’à le reconnaître lui-même en qualité de souverain légitime dece pays ; et il signait avec ce prince un traité d’alliance contre leur ennemi commun, Christiern 11. D’après les conseils de son chancelier Lars Anderson, il conçut le hardi projet d'introduire en Suède la réformation, dont les doctrines lui furent expliquées par deux Suédois, disciples de Luther, Olaüs et Lorentz Petri. Toutefois, au lieu d’apporter de la précipitation dans la réalisation de ce grand projet, il ne l’exécuta que petit à petit. Ce fut seulement lorsque la majorité des populations eut embrassé le protestantisme, qu'il fit lui-même profession publique du nouveau culte, en 1530; et une décision de la diète tenue à Westeræs, proclæma enfin, le 13 janvier 1544, le luthéranisme religion de l'État. C’est dans la même diète qu’il fut également décidé que le trône de Suède cesserait à l’avenir d’être électif, et que le fils aîné de Gustave, Erik, fut déclaré héritier de la couronne.
Tout le règne de Gustave fut d’ailleurs pour la Suède une époque de remarquable prospérité. Ce prince rétablit dans le royaume l’ordre et la tranquillité que la domination danoise y avait anéantis; il adoucit les mœurs, encouragea l'industrie, notamment l’exploitation des mines, favorisa le commerce, la navigation et les sciences. Pour affermir sa puissance, il s’efforça de diminuer l'influence de la noblesse et celle du clergé. En conséquence, il confisqua la plus grande partie des biens appartenant aux églises et aux couvents, soumil le clergé à l'impôt , et fixa le maximum de ses revenus. Il procéda d’abord avec plus de ménagements à l'égard de la noblesse, qu’il admit au partage des biens ecclésiastiques; mais plus tard il lui reprit une bonne partie de ce qu’il lui avait donné, et mit des bornes à la toutepuissance que cet ordre avait exercée jusque alors, en faisant accorder siége et voix délibérative dans la diète à l’ordre des paysans et à celui des bourgeois. Les diverses conspirations provoquées par l'énergie avec laquelle ïk maniait le pouvoir furent toutes découvertes par sa vigilance et déjouées par son habileté, Son conseiller intime, Conrad Peutninger ou de Pyhy, comme il se faisail appeler, eut une part importante dans l’exécution de ses divers plans ; mais ce ministre finit cependant par être disgracié, en {543. Pour s'affranchir de l’oppression commerciale exercée par la Hanse, Gustave fit pendant six ans avec succès la guerre à Lubeck, et conclut des traités de commerce avec l’Angleterre et les Pays-Bas. Pour conserver la Finlande, il soutint une guerre heureuse contre la Russie, de 1555 à 1557.
11 désigna pour lui succéder sur le trône le fils issu de son premier mariage, Erick XIV, en décidant toutefois que parmi ses fils du second lit, qu’il aimait beaucoup, il y en aurait trois qui partageraient le pouvoir avec lui, mais sans souveraineté, Jean en Finlande, Magnus en Ostrogothie, et Charles en Sudermannland , Néricie et Wermland,
Gustave Wasa mourut le 29 septempre 1560. Il avait constamment déployé l’activité la plus heureuse pour le bien de ses États. J1 améliora l'administration de la justice, les mines, les monnaies, les douanes ; créa sous le nom de colléges cinq départements ou ministères, pour la justice, la guerre, la marine, la chancellerie et l’intérieur, et favorisa le commerce de la Suède en lui créant des débouchés et des relations en Hollande, en organisant une compagnie commerciale des Indes.Il fonda en outre beaucoup d'églises et d'écoles, ainsi que l'université d’Abo en Finlande, et attira en Suède un grand nombre de savants étrangers, Grotius entre autres.
[GUSTAVE IE ou GUSTAVÉ-ADOLPIIE, le plus grand prince qu’ait eu la Suède, né le 9 décembre 1594, était fils de Charles IX, parvint au trône le 8 novembre 1611, et meurut le 6 novembre 1632. Héros de la guerre de trente ans, il fut le champion du parti protestant et des libertés germaniques, alors que l’œuvre de Luther était menacée par l'ambition de la maison d'Autriche, Eu nu ntant à seize aux
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sur un trône disputé par le Danemark, qui mavait pas encore renoncé à la brillante chimère de l’union de Calmar, Gustave héritait en même temps de trois guerres dangereuses, contre les Danois, les Russes etles Polonais, Il achète des premiers la paix de Siæræd (1613), enlève au ezar Romanow l’Ingrie, la Carélie, une partie de la Livonie, et fond sur la Pologne, où deux victoires, à Walhost (1626) et à Stum (1628), annoncent à l’Allemagne son futur libérateur. Sigismond, battu, chassé de la Prusse et de la Livonie, malgré les secours de l’empereur, signe une trêve de six ans, qui permet à Gustave d'exécuter ses grands projets en Allemagne. La ruine du roi de Danemark Christian IV était loin d’avoir terminé la guerre de trente ans. Les menaces et les vengeances de l'empereur Ferdinand IT inquiéfaient la France et la Suède. Richelieu trompe l’empereur, soulève les princes, arme Gustave, lui fournit des subsides, lui en promet plus encore, et le précipite sur l’Allemagne. Gustave s’embarque le 20 mai 1630, confiant son royaume à Dieu et à la sagesse du sénat de Stockholm. Le même jour l’empereur destituait le généralissime de ses armées, l’habile et orgueilleux Waldstein, qui en parlant de Gustave avait promis de chasser cet écolier avec des verges. Ferdinand II se laissait dire par ses courtisans que ce roide neige allait fondre au soleil du midi. Oui, sans doute, mais après avoir marqué son passage par de bien cruelles avalanches. Gustave a touché le sol de l'Allemagne : Wallin, Stettin, Stargart, sont emportés. Il se précipite en avant, prodigue d'hommes, avare de temps, déconcertant par sa promplitude merveilleuse la vieille routine allemande. Il s'élance de la Poméranie dans la Marche, de la Marche dans la Silésie, au milieu des frimats de l'hiver le plus rigoureux. Le général Torquato Conti lui demande une trêve : « Les Suédois ne connaissent pas l’hiver, ln répond Gusfave. » Le vieux général baravois Tilly vient le premier s'opposer au torrent. Mais les mercenaires de la Bavière, avec les femmes impures qui suivent leurs camps, avec leurs orgies et leurs cris de pillage, que pouvaient-ils contre cette forte armée suédoise, où un jurement appelait le bâton du caporal, où chaque matin et chaque soir un armée entière s’agenouillait pour entonner les psaumes sacrés, pour entendre dans un silence religieux les exhortations du ministre et les sermons à cheval du héros suédois ? Pendant que la politique menaçante et armée de Gustave emporte lalliance du duc de Saxe et de l'électeur de Brandebourg, l’armée de Tilly se déshonore par un triomphe digne des barbares d’Attila, le pillage, l'incendie et la ruine de la riche Magdebourg. Gustave, à qui l’on reproche de ne lavoir pas secourue, répond aux plaintes des protestants par la sanglante victoire de Leipzig (1631), remportée sur Tilly. Tandis que les Saxons se préparent à envahir la Bohême, il bat le duc de Lorraine, pénètre en Alsace, soumet les électorats de Trèves, de Mayence et du Rhin, auxquels Richelieu aurait voulu permettre la neutralité. Enfin, il court envahir la Bohème. Tilly, qui essaye vainement de l'arrêter au passage du Lech, est blessé mortellement. L’Autriche était ouverte de tous côtés; l’empereur, consterné, s’humnilie devant Waldstein, et le rappelle pour lopposer au vainqueur suédois. La Bohême est sauvée, comme Waldstein l’avait promis, et les deux rivaux se rencontrent sous les murs de Nuremberg. L'Europe les vit avec étonnement s’observer pendant trois mois. Enfin la bataille s'engage à Lutzen, le 6 novembre 1622; Gustave est frappé d’un coup mortel au milieu du combat. Ses soldats le vengent par la défaite des Impériaux. Le lendemain, on retrouva son corps nu, sanglant, et tout défiguré; le chapeau et le justaucorps que portait le héros furent envoyés à Vienne. On accusa de sa mort le duc de Saxe-Lauenhourg, qui venait de passer aux Suédois, et qui revint aux Jmpériaux après la bataille. «L'Europe pleura Gustave, mais pourquoi? dit un historien, peut-être mourut-il à temps pour sa gloire. Il avait sauvé Allemagne, ét n'avait pas eu le temps de l'opprimer ; il n'avait point rendu le palatinat à l'électeur Frédéric V dé-
pouillé ; il destinait Mayence à son chancelier Oxenstiern ! il avait témoigné du goût pour la résidence d’Augsbourg, qui serait devenu le siége d’un nouvel empire (Michelet). » Quoi qu’il en soit, la Suède perdit en lui un grand roi. Zélé pour la justice, il protégea le commerce et l’industrie, et donna le premier à la Suède une armée permanente et un code militaire, Il changea l’art de la guerre en substituant au choc des masses l’habileté et la promptitude des manœuvres. Ses funérailles furent sanglantes, comme celles d’Alexandre. Jusqu'à la fin de la guerre de trente ans, les généraux qu’avail formés Gustave (Banner, Torstenson, Weimar), en couvrant l'Allemagne de deuil et des ruines, soutinrent l'honneur desarmes de la Suède, qui au traité de West-
; atre : # phalie recueillit le prix du sang et des efforts de ce héros. De sa femme, Marie-Éléonore de Brandebourg, il ne laissait en mourant qu’une fille, qui fut la célèbre Christine.
GUSTAVE III, roi de Suède (1771-1792), fils genes seur d’Adolphe-Frédéric, né le 24 janvier 1746, périt assassiné dans la nuit du 15 au {6 mars 1792.
Depuis la mort de Charles XIT, la noblesse et le sénat de Suède avaient usurpé sur la couronne les pouvoirs législatif et exécutif. Pour comble de maux, la diète du royaume était partagée entre deux factions, celle des bonnets, vendue à la Russie, et celle des chapeaux, dévouée à la France. Le roi régnant, Adolphe-Frédéric, fut obligé d’opter. Son fils Gustave, qu’il envoya en France pour se concerter avec le ministre Choiseul, y apprit la mort de son père. Il se hâta revenir dans ses États, où le sénat lui fit signer une capitulation plus dure encore que celle qui avait été imposée à ses prédécesseurs : on s’arrogeait jusqu'au droit de fixer la quantité de vin qui devait être servie à sa table. Un pareil joug ne pouvait convenir au grand caractére du nouveau roi ; appuyé de ambassadeur français Y ergennes, soutenu de quelques nobles fidèles, il gagne les troupes, et promulgue une constitution nouvelle, qui rend à la couronne de Suède son ancienne autorité. Cette révolution s'opère sans qu’une seule goutte de sang soit répandue; « et leroi, dit Sheridan, qui le matin se leva le prince le moins absolu de l’Europe, se trouva dans l’espace de deux heures aussi absolu à Stockholm que le roi de France à Versailles, et le grand sultan à Constantinople. » Toutes les cours applaudirent, excepté la Russie. Gustave remit en honneur les sciences et les arts; mais la Suède, avec sa pauvreté, n’était guère en éfat de payer le luxe et les spectacles d’un roi du Nord qui voulait trancher du Louis XIV, La diète de 1778 avait adopté toutes les demandes de Gustave; celle de 1786 les refusa toutes. Le mauvais succès de la guerre contre la Russie ne lui rendit pas sa popularité, bien qu’on ne dût imputer qu’à la trahison des ofliciers nobles la destruction de la flotte suédoise à Hogland. Une paix onérease fut signée à Wérélæ, le 14 août 1790. Gustave, incapable de plier, n’en força pas moins la diète d’accep: ter l’acte d'union et de sûreté, qui investissait exclusivement le roi du droit de paix et de guerre. La noblese résiste : Gustave en fait justice par la prison et les supplices. Dès lors sa perte est jurée : trois gentilshommes s’en rapportent au sort pour la mission de lui porter le coup mortel. Ankarstræm, qui est désigné, se rend dans la nuit du {5 au {6 août 1792 au bal masqué de la cour : il blesse à la mort le roi d’un coup de pistolet. On a voulu attribuer ce meurtre aux jacobins de France. Alors en effet existait à Paris la société des {ueurs de rois. Quoi qu'il en soit, le crime d’Ankarstræm fut célébré comme une action sublime par les révolutionnaires français , et son auteur assimilé aux héros des républiques anciennes. Gustave, qui survécut quatorze jours à sa blessure, nomma régent son frère le duc de Sudermanie, pendant la minorité de son fils Gustave IV. Jusqu'au dernier moment, malgré les cruelles douleurs de sa blessure, il conserva le plus grand calme d’esprit, el pourvut au sort de ses amis. Son assassin avait déjà été jugé et exécuté, Gustave III doit être mis au nombre des rois qui cultivèrent jes lettres avec succès : il possédait 1e
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français et la plupart des langues de l’Eurape. Ses discours, ses lettres, et ses pièces de théâtre en suédois sont très-estimés de ses compatriotes. Dans ses voyages, il visita la France sous le nom de comte de Haga, et se fit remarquer par la justesse et le brillant de son esprit. Il refusa de voir Franklin « parce que, dit-il, il n’était pas prudent aux rois de voir de pareils hommes. »
GUSTAYE IV ADOLPHE, roi &e Suède de 1792 à 1809, fils et successeur du précédent, né le 1° novembre 1778, descendit du trône en 1810,et, sous le nom de colonel Gustavson, alla grossir lenombre, de nos jours assez considérable en Europe, des majestés déchues. Loin de nous la pensée d’insulter au malheur! Mais pour expliquer quelques-uns des actes de la vie publique ou privée de ce prince il faut admettre chez lui l'alliance déplorable de l’âme la plus élevée avec une raison quelquefois chancelante. En montant sur le trône à l’âge de quatorze ans, il s’éprit de la gloire de Charles XII, et voulut le copier en tout; mais la copie ne valait pas l'original : il n’avait de Charles XII que les défauts, et point les talents ; il le surpassait même en opiniâtreté. On le vit, pour mieux ressembler à son modèle, porter un habit bleu attaché jusqu’au menton avec de gros boutons de cuivre, relever ses cheveux sur la racine; et l'épée du héros de Bender, trop longue pour sa petite taille, trop lourde pour son faible bras, fut raccourcie de moitié, et suspendue à son côté. Sa politique fut à l'avenant de ce bizarre travestissement. I] s'était rendu à Saint-Pétershourg pour épouser la grande-duchesse Alexandra Paulowna ; et au moment de la bénédiction nuptiale, il resta confiné dans son appartement, ne voulant pas, disait-il, lui, luthérien, épouser une princesse élevée dans la communion grecque. La vieille impératrice Catherine supporta cet affront, qui aurait pu donner lieu à une bonne guerre. Gustave parcourut ensuite l'Allemagne, cherchant une épouse, et fixa son choix sur Frédérique-Dorothée, princesse de Bade. A la mort de Catherine JE, il fit une étroite alliance avec Paul I£", dont il partageait les sentiments d'opposition chevaleresque aux doctrines et aux résultats de la révolution française. Paul I°* mourut; Alexandre, son successeur, subit l'influence du cabinet britannique, qui abandonna la Suède à l’ambition envahissante de la Russie. Déjà les Russes avaient conquis une partie de la Finlande. Gustave, hors d’état de faire la guerre, crut se venger d’Alexandre en donnant à son fils le titre de duc de Finlande. Ami et admirateur du brave et infortuné duc d'E n ghi en, il entreprit de venger sa mort; et quand l’Europe tremblait devant Napoléon, seul il refusa d’accéder au traité de Tilsitt. Comme si ce n'eût pas été assez d’avoir pour ennemies la France et la Russie, Gustave vit le roi de Danemark, son oncle maternel, se mettre contre lui, sous prétexte qu’en livrant le passage du Sund aux Anglais, il avait connivé au bombardement de Copenhague. On sait quels furent les résultats désastreux de cette guerre. Gustave, dépouillé par les Français de Stralsnnd et de Rugen, vaincu partout par les Russes, walgré l’incontestable valeur des Suédois, s’en prit injustement à son régiment des gardes, et cassa ce corps d'élite et de noblesse, La Suède avait supporté tous les malheurs : cet outrage la révolte, et Gustave, à la suite d’une scène dans laquelle il a voulu répondre à coups d’épée aux sages observations du vieux feldmaréchal Klingsporr, est saisi, porté dns une chambre et gardé à vue. Le duc de Sudermanie, son oncle, reprend, non sans répugnance, le fardeau de la régence : une diète s'assemble, et Gustave-Adolphe envoie à cette assemblée l'acte de son abdication, rédigé dans les termes les plus nobles (1810). Le régent fut proclamé roi sous le nom de Charles XIII, et Gustave exclu pour jamais du trône, lui et sa descendance,
Tandis que le nouveau roi adopte pour prince royal d'abord un prince de la maison d'Augustenburg, dont une mort mystérieuse et soudaine ne tarde pas à priver la Suède, puis un heureux soldat français (voyez BunNanorre), Guslave-Adolphe quitte la Suède, 11 parcourt l'Allemagne et la
GUYENBERG
Russie, puis passe en Angleterre; revenu sur le continent, il séjourne successivement à Altona, à Hambourg, et vient se fixer à Bâle, sous le nom de comte de Gottorp. C’est de à qu'il annonça à l'Europe par la voie des journaux un projet de croisade en Terre Sainte, et cette annonce n’eut d’autre résultat que de donner des doutes sur l'état normal d’une tête qui avait conçu une pareille idée, au moment de ce qu’on a appelé la croisade européenne contre Napoléon. Depuis 1815, le colonel Gustavson, c’est le nom qu’il prit à ce moment, devint pour les journaux suisses et allemande un sujet inépuisable d’anecdotes plus ou moins véridiques. Il fatiguait alors les congrès diplomatiques de ses réclamations pour ressaisir sa couronne; mais ses prétentions ne furent jamais prises au sérieux par les puissances même les plus hostiles à l’heureux parvenu Charles-Jean. Enfin Gustave IV, investi du titre de bourgeois de Bâle, parut, à partir de 1818, résigné à son sort ; du moins la plume des gazetiers cessa alors de venir le troubler dans son obscure condition d'existence. Charles pu Rozom. ]
A la suite de son abdication, la diète de Suède lui avait voté une pension de 66,666 rixdales (environ 300,000 fr, ); mais l’ex-roi ne voulut jamais en rien toucher : aussi lui arriva-f-il plus d’une fois, dans ses incessantes pérégrinations, de se trouver en proie à la détresse la plus poignante. De 1827 à 1829 il habita Leipzig. De là il alla s'établir en Hollande, et plus tard à Aix-la-Chapelle, et en dernier lieu à Saint Gall, où il mourut, le 7 février 1837. On ade lui la Réfutation d'unarticle diffamatoire de la Biographie Michaud, et une Réponse à des attaques dont il est l’objet dans l’AHistoire de la Grande Armée du comte de Ségur ; le Memorial du colonel Gustavson (Leipzig, 1839); Nouvelles Considérations sur la liberté illimitée delapresse (Aix-la-Chapelle, 1833) ; La Journée du 13 mars 1809 (Saint-Gall, 1835).
Son fils Gustave, né le 9 novembre 1799, felämaréchallieutenant au service d’Autriche, porte depuis le 5 mai 1829 le titre de prince Wasa. Des trois filles de Gustave IV, qui toutes furent parfaitement élevées par leur mère (morte à Lausanne, le 25 septembre 1826), l’ainée, Sophie Wilhelmine, épousa, en 1819, le grand-duc Léopold de Bade ; la cadette, Cécile, morte le 27 janvier 1844, avait épousé le grand-duc d’Oldenbourg. La fille unique du prince Wasa, Caroline, est née le 6 août 1833.
GUTENBERG (Jean ou HEnne), dit Gensfleisch, l'inventeur de l’art de composer des livres avec des caractères mobiles, par conséquent de l'imprimerie proprement dite, naquit à Mayence, de 1395 à 1400, et descendait d’une famille noble qui portait les noms de Gutenberg ou Gudenberg et de Gensfleisch , d’après deux de ses terres, et non pas, comme on le dit souvent, de la famille Gensfleiss, dite de Sorgenloch ou Sulgeloch. On manque de renseignements sur les circonstances antérieures de la vie de Gutenberg; mais il est vraisemblable qu’il s'occupa de bonne heure de travaux mécaniques. Des collisious qui éclatèrent entre la bourgeoisie et la noblesse le décidèrent à aller s’établir, en 1424, à Strasbourg. Il y passa, en 1436, avecAndré Dryzehn ou Dritzehn et autres, un acte en vertu duquel il s’engageait à leur enseigner tous ses arts secrets et merveilleux, et à les faire servir au profit commun. La mort de Dryzebn, survenue à peu de temps de là, fit échouer l’entreprise, qui vraisemblablement comprenait les premiers essais de Part typographique, d’autant plus que Georges Dryzehn, frère du défunt, entama aussitôt contre Gutenberg un procès que celui-ci perdit, On ne saurait dire avec précision où et quand eurent lieu les premiers essais de l’art typographique, attendu que Gutenberg ne mit ni son nom ni de dates aux choses imprimées par lui. Ce qui paraît certain toutefois, c’est que vers l'an 1438 il fit la première application des types mobiles en bois. En 1443, il quitta Strasbourg, où il avait continué de résider jusque alors, pour s’en revenir à Mayence, où, en 1440, il forma une société avec Jean Faust où Fust, riche orfèvre, qui s'engagea à lui fournir les fonds nécessaires pour créer une imprimerie dans laquelle la Bible Lan