‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 445 sur 552 · GUTENBERG — GUTTURAL · texte numérisé non relu

GUTENBERG — GUTTURAL

time fut pour la première fois imprimée. Mais au bout de quelques années cette association se trouva également rompue. Faust avait fait de fortes avances, que Gutenberg devait lui rembourser, et comme il ne le pouvait ou nele voulait pas, l'affaire vint devant la justice. Ce procès se termina par un compromis aux termes duquel Faust garda pour son compte l'imprimerie, qu'il continua de faire marcher avec l'aide de Schæffer de Gernersheim, et qu’il perfectionna. Cependant, grâce à l'appui d’un échevin de Mayence, Conrad Hummer, Gutenberg se trouva de nouveau en état d'établir l’année suivante une officine dans laquelle fut vraisemblablement imprimé l'ouvrage intitulé : Hermanni de Saldis Speculum Sacerdotum (in-4°, sans date ni nom d’imprimeur ). Quelques bibliographes prétendent qu’il en sortit en outre quatre éditions différentes de Donat; mais d’autres les attribuent aux presses de Faust et de Schæffer. Dès 1457 parut le Psalterium latin, puis un Breviarium contenantun choix de psaumes, d’antiennes et de collectes, etc., coordonné à l’usage des chœurs pour les dimanches et les jours de fête. Ce premier monument de l'imprimerie, si remarquable par la désignation du nom de l’imprimeur et du lieu où il fut imprimé, ainsi que par indication de l’année et du jour (14 août) où ilfut terminé, et que les bibliomanes anglais n’estiment pas valoir moins de 10,000 livres st. (250,000 fr.), était imprimé avec une élégance typographique qui prouve surabondamment combien rapides avaient été les progrès du nouvel art, et avec quelle glorieuse ardeur on s'était mis à le cultiver (voyez IMPRIMERIE).

L’imprimerie de Gutenberg exista à Mayence jusqu’en 1465. Vers ce temps-là, il fut anobli. Il mourut le 24 février 1468. Consultez : Essai d’annales de la vie de Gutenberg, par Oberlin (Strasbourg, 1801); et Éloge historique de Jean Gutenberg, par Née de La Rochelle (Paris, 1811). Une statue de marbre avait déjà été érigée à Gutenberg, dans la cour de la maison du Casino à Mayence : en 1837 une statue en bronze lui a été élevée sur la place de cette ville, nommée en son honneur place Gutenberg. La quatrième fêle séculaire de l'invention de imprimerie, célébrée en 1840 avec autant d'éclat que d’enthousiasme en Allemagne, et à Strasbourg, où on lui érigea une statue en bronze due au ciseau de David ( d'Angers), provoqua la publication d’un grand nombre décrits relatifs à la naissance de cet art merveilleux et à son inventeur; sujet qui comporterait déjà à lui seul une bibliographie extrêmement étendue.

GUTTA-PERCHA. On donne ce nom au résidu de Vévaporation du suc laiteux qui s’écoule d’incisions faites dans le fronc d’un arbre de la famille des sapotacées , et du genre isonandra, arbre qui croît dans toutes les îles de la Malaisie. Cette substance, que ses propriétés rapprochent du caoutchouc, offre de grands avantages sur celui-ci, en ce qu'elle est plus dure à froid, plus molle à chaud, et bien moins élastique à toutes les températures. Elle est d’un blanc jaunâtre, opaque, douée d’une faible odeur, qui semble tenir aux corps étrangers qu’elle renferme et dont on la débarrasse en la purifiant. Sa texture est soyeuse, fibreuse ; elle est douce au toucher; sa ténacité est très-grande. Comme le caoutchouc, la gutta-percha est soluble dans les huiles volatiles, dans le sulfure de carbone et dans le chloroforme. La plupart des autres agents chimiques sont sans action sur elle; l’éther lui enlève une résine à laquelle paraît ienir son odeur.

La gutta-percha nous arrive en larmes minces, roulées, mais non adhérentes ; on les ramollit dans l’eau chaude, et en les malaxant on en compose des masses de toutes les dimensions. La gutta-percha peut servir à faire des tubes d’une longueur indéfinie. Ses solutions donnent d'excellents vernis ; son emploi a même précédé celui du collodion pour le pansement des plaies. Unie aves le caoutchouc, elle donne un mélange qui possède les propriétés intermédiaires entre celles des deux substances qui le composent, et qui paut trouver d’utiles applications. Mais c’est surtout la télégraphie électrique qui tire un grand parti de l’imper-

méabilité de la gutta-percha ; elle en enveloppe ses fils métal. liques et les soustrait ainsi aux influences extérieures : pour cela, il suffit de faire passer ces fils à travers une masse de gutta-percha maintenue molle à 100° et comprimée, puis à leur faire traverser, au sortir de ce bain, une filière plus grande que le diamètre du fil. On fait encore en gutta percha des cordes, des tuyaux, des seaux à incendie, des semelles, des fouets, des cannes, des tuyaux de pipe; on en fait des bougies et des sondes pour la chirurgie, enfin une foale d’autres objets, tels que manches de couteau, tabatières, cadres pour estampes, pots à fleurs, assiettes, tasses, etc., avec des ornements imprimés. La gutta-percha recoit les couleurs et les marbrages que l’on désire ; il suffit de mêler à cette substance amollie par la chaleur des poudres colorantes.

Le fruit de arbre à gutta-percha, de la grosseur d’une figue et de forme conique, est très-savonneux, et les noyaux broyés donnent une très-bonne huile à brûler. Dans le district de Sockadana , on trouve deux variétés de cet arbre, dont l’une produit une gomme blanchâtre , tandis que le sue de la seconde a une couleur foncée. Cette dernière est {a plus estimée ; dans le commerce, elle vaut presque le double de l’autre.

GUTTIER, nom commun à plusieurs espèces de guttifères produisant la matière colorante et drastique qu’on appelle gomme-gutte. Les guttiers font partie du genre stalagmitis.

GUTTIFERES , famille de plantes dicotylédones polypétaes hypogynes, ainsi appelées parce que la plupart contiennent un suc gommo-résineux qui découle en larmes de l'écorce, et qui jouit de propriétés âcres et purgatives. Cesont des arbres élevés ou de grands arbrisseaux parasites, exclusivement propres à la zone équatoriale , à feuilles communément opposées, coriaces et persistantes, et auxquels les botanistes assignent les caractères suivants : Calice non adhérent, persistant, à 2, 4, 6, 8 sépales imbriqués, opposés, libres ou soudés par leur base; corolle non persistante; pétales alternes avec les sépales et en même nombre ; étamines indéfinies, à filets libres ou soudés en 1-5 faisceaux ; anthères immobiles, à deux bourses, s’ouvrant chacune par une fente longitudinale; ovaire uni ou multiloculaire, uni ou pluriovulé; style nul ou très-court et indivisé, avec un stigmate terminal ; le fruit est une baie, un drupe ou une capsule. Les graines offrent dans beaucoup &’espèces une enveloppe pulpeuse. L’embryon est droit, la radicule très-petite, les cotylédons gros, épais, sondés ensemble. Il est beaucoup d'espèces remarquables par la beauté de leur feuillage et de leurs corolles, semblables à la rose, et qui répandent un suaye parfum. On ne cultive dans nos jardins que le elusier jaune (clusia flava), originaire de la Jamaïque , et une es pèce de mammea, le mammea d'Amérique , dont le sue sert à détruire l’insecte nommé chique, qui s’introduit sous les ongles. La gomme-gutte employée en médecine et en peinture se tire aussi de l'écorce de plusieurs guttifères des genres garcinia et stalagmitis. Quelques espèces fournissent des fruits acidules et très-agréables au goût; tel est ke mangoustan (garcinia mangoustana) , labricolier des Antilles, espèce de mammea. Ce qu’on appelle vulgairement l'arbre à beurre dans la Sierra-Leone est une guttifère, dont le fruit, rempli d’un suc gras, est usité par les nègres comme assaisonnement (pentadesma butyraceu ); enfin, la cannelle blanche à fausse écorce de Winter (winteranea canella) vient d’une espèce indigène aux Antilles.

Cette famille a été divisée en plusieurs sections : les cZusices , les carciniées, les calophyllées, les moronobées, et les margyraviacées. D' SAUCEROTTE.

GUTTURAL (en latin gutturalis, de guttur, gosier), qui appartient où qui a rapport au gosier. Les anatomistes désignent sous le nom de fosse gutturale l'enfoacement qui se trouve à la base du crâne, entre le grand trou occipital et l'ouverture postérieure des fosses nasales. Chaussier

j donne le nom de conduit guttural du tympan au canal

de communication de l'oreille avec le pharynx, appelé communément /rompe d’' Eustache. Quelques pathologistes ont mal à propos désigné le goitre sous le nom de hernie quiturale.

On appelle gutturale, une sorte de toux qui est occasionnée par une irritation du larynx ou de la trachée-artère. L’épithète de gutturale a été également employée pour indiquer une artère dépendant d’une branche de la carotide externe et se distribuant principalement à la partie supérieure de la glande thyroïde et du gosier.

Enfin, les grammairiens et les physiologistes désignent sous le nom de gutturales les lettres représentant des sons qui, comme le g, le # et le g, se prononcent du gosier.

CocomBar (de l'Isère).

GUTZKOW (Cnarces), journaliste et poëte dramatique allemand, est né en 1811, à Berlin. I1 y étudiait la théologie, et venait d’y remporter le prix d’une question mise au concours De Diis fatalibus, quand la révolution de juillet et les idées qu’elle éveilla dans les jeunes générations vinrent l’arracher à ses études pour le jeter dans une autre direction. Le Forum de la critique fut son début dans cette donnée nouvelle , et il fit ensuite paraître sous le voile de l’anonyme ses Lettres d'un Fou à une Folle (Hambourg, 1832), ouvrage dans lequel il développait les idées sociales déjà préconisées par J.-J. Rousseau. Il obtint plus de succès dans son Maha Guru, histoire d’un dieu, roman écrit avec une mordante ironie. Menzel l’associa ensuite à la rédaction de sa Gazette liltéraire. I1 fit alors successivement paraître ses Nouvelles (2 vol., 1834); Soirées (2 vol., 1835); Caractères publics (1835), esquisses bien écrites, sans doute, mais peu profondes ; puis Néron (1835), drame dans lequel il persifle avec infiniment d'esprit et d'originalité les travers du siècle, IL se sépara plus tard de Menzel pour accepter la direction de la féuille littéraire Ze Phéniæ. C’est alors qu’il écrivit sa fameuse préface aux Lettres sur la Lucinde de Fr. Schlegel, par Schleiermacher, etson Wally (Manheim, 1835), livre sans importance au point de vue de © Part, maïs où il s’attaquait avec une grande audace au dogme de la révélation, et qui fit par conséquent beaucoup plus de bruit qu’il ne valait. La publication de cet ouvrage eut pour résultat de provoquer de la part de Menzel contre son ancien collaborateur les critiques les plus passionnées et les plus implacables; critiques qui dégénérèrent même en dénonciations formelles, enveloppant et écrivain et la Jeune Allemagne à laquelle il faisait profession d’appartenir. Les dénonciations de Menzel portèrent leurs fruits ; tous les ouvrages de la Jeune Allemagne devinrent l'objet des plus sévères prohibitions, et Gutzkow, traduit devant le tribunal aulique de Baden, fut condamné à trois mois d’emprisonnement.

Pendant qu'il subissait sa peine à Manheim, il y composa son Essai sur la Philosophie de l'Histoire (1836 ). 11 écrivit ensuite, en opposition à la Lit{érature allemande de Menzel, ses Essais sur l'Histoire de la Littérature moderne (2 vol., 1836), ouvrage qui, bien que remarquable à beaucoup d’égards, manque cependant de ces aperçus généralisateurs et de cette habile méthode d’exposition qui ont rendu le talent de Menzel si populaire parmi ses compatriotes. C’est à cette période si active de la vie de Ch. Gutzkow qu’appartiennent son Gæthe au point de vue de eux siècles (1836), son roman Séraphine (1838 ); Dieux, Héros et Don Quixotle (1838), suite d’articles critiques; Le Bonnet rouge et le capuchon (1838) ; Le Roi Saül, poëme dramatique (1839) ; Blasedow et ses fils, roman comique (1839).

Après avoir été l’un des détracteurs les plus opiniâtres et les plus systématiques du mariage, Ch. Gutzkow a fini, Comme tant d'autres, par donner lui-même le plus éclatant démenti à ses arrogantes théories , en se mariant. La po- Pularité qu'il a vainement cherchée dans la polémique de la critique, il semble maintenant la demander au théâtre, genre auquel il s’est voué de préférence dans ces dernières

GUTTURAL — GUTZLAFF

années. Ses travaux en ce genre ont paru sous le titre d'Œuvres dramatiques (1862-1863, 20 vol.). On y remarque les beaux drames de Richard Savage, Werner, Patkul, le 13 novembre, une Feuille blanche, Pougatscheff, Ottfried, les Filles du peuple, Philippe II et Perez, Ella Rose ; et plusieurs comédies, l'Ecole des riches entre autres. À ce bagage littéraire, déjà bien con- Sidérable , on ajoute ses Lettres de Paris (2 vol., 1842) et ses Œuvres mélées (2 vol., 1842), qui ne contiennent toutefois que des articles déjà publiés dans Le Télégraphe, journal fondé par lui à Hambourg, enfin de grands romans, %s Chevaliers de l'Esprit (9 vol., 1850-1852), l’'Enchanteur de Rome (1859-1861, 8 vol.), le Fils de Pestalozzi (1870, 3 vol.)et Fritz Ellrodt (1872). Nommé en 1859 secrétaire de la Société de Schiller, Gulzkow alla s'établir à Weimar. La réaction qui se produisit en Prusse en 1863 devait lui être falale. Les tracasseries sans nombre que lui suscita le parti aristocratique l’exaltèrent au point de lui déranger l'esprit pendant quelque temps. Si on est en droit de lui reprocher de fréquentes ineonséquences, une certaine vanité et beaucoup trop d’irritabilité, on doit avouer qu’il rachète ces défauts par beaucoup d'esprit et de, sagacité, qualités d’autant plus précieuses chez cet écrivais qu’il n’est point d'événement contemporain qui ne lui fournisse de piquantes observations. GUTZLAW (Cnances), missionnaire protestant , né le 8 juillet 1803, à Piritz, en Poméranie, avait élé placé par ses parents en apprentissage à Stettin chez un gantier. Il adressa, en 1821, une pièce de vers au roi, qui exauça son vœu d’être admis dans un établissement des missions, existant dans la capitale. Deux ans plus tard, Gutzlaff avait fait assez de progrès pour qu’on pût l’envoyer à la Société des Missions hollandaises à Rotterdam, On l'y destina à une mission chez les Battas, peuplade indigène de l’île de Sumatra ; mais ce ne fut qu’au mois d'août 1826 qu’il lui fut possible de partir pour sa destination. Retenu à Java par la guerre qui avait éclaté à Sumatra, il se fixa à Batavia, où le missionnaire anglais Medhurst le mit en rapport avec les Chinois établis dans cette ville. I1 s’y livra à l'étude du chinois, et s’y maria bientôt après avec une riche Anglaise. Après avoir consacfè deux années à l'étude de la langue et des mœurs des Chinois et être parvenu à se les rendre tellement familières qu’il fut accueilli par des Chinois sous le nom de Schih-Li dans la famille Kuo de la province de Fo-Kien, il rompit avec la Société desMessionnaires hollandais pour consacrer désormais à la Chine toute son activité. Il se lia alors avec le missionnaire anglais Tomlin, et, dans l'été de 1828, entreprit avec lui un voyage à Siam. Nous avons de cette tournée et de leur séjour à Bankok deux journaux, dont l’un, celui de Tomlin, commence en août 1828 et va jusqu’en mai 1829; l’autre, celui de Gutzlaff, embrasse une période de plus de trois années. Indépendamment des efforts qu’il fit dans ce pays pour la propagation de l'Évangile, il y composa une grammaire siamoise, et y entreprit avec Tomlin une traduction du Nouveau Testament en siamois. Les conseils d'un Chinois de ses amis l'ayant engagé à entreprendre un voyage en Chine pour y rétablir sa santé délabrée, il résolut de faire pénétrer l'Évangile jusqu'au cœur de ce pays. Macao devint dès lors sa station principale, et il s’y lia étroitement avec l'Anglais Robert Morrisson, 11 y fonda des écoles, répandit de nombreux petits traités relatifs aux doctrines du christianisme écrits en chinois, créa avec Morisson une société pour la propagation des connaissances utiles en Chine, publia un magasin mensuel en chinois, tout en ne négligeant pas pendant ce temps-là les moindres occasions de tâcher de faire pénétrer en Chine les lumières de l'Évangile, Aussi a-t-on trouvé assez étrange que ce moralisateur profitât pour communiquer avec les Chinois des relations organisées par la contrebande anglaise pour la vente de l'opium. Il pensait sans doute que la . fin sanctifie les moyens, Consultez à cet égard son Jowrnal of'lhrec voyages along the coast of China in 1831,

GUTZLAFF — GUYANE

1832 and 1533, with notice of Siam, Corea and the Loochoo-Islands, publié par W. Ellis (Londres, 1834).

Tout alla bien tant que l’activité de Ch. Gutzlaff ne devint pas suspecte aux Chinois de servir les plans égoïstes et ambitieux des Anglais. Une tentative qu’il fit en mai 1835 pour pénétrer dans l’intérieur de la province de Fo-Kien échoua complétement. Vers le même temps survint la défense absolue d'imprimer en chinois des livres relatifs au christianisme. {! fallut donc transporter l’imprimerie de Gutzlaff de Macao à Singapore, et la distribution, même gratuite, de semblables ouvrages dut cesser à Canton. Entravé dès lors dans sa carrière apostolique, Ch. Gutzlaff ne s’en trouva que plus libre pour rendre d'importants services à l’expédition anglaise en Chine, grâce à la connaissance approfondie qu’il possédait des usages, des mœurs, des lois et de la langue du pays; et il contribua efficacement à la conclusion de la paix signée en 1842 entre les deux parties belligérantes.

En {1844 Gutzlaff fonda une Association Chinoise composée de Chinois chrétiens, et ayant pour but de faire pénétrer, par l'intermédiaire de ses membres, les lumières de VÉvangile au cœur même du Céleste Empire. Ce projet, accueilli avec de vives sympathies dans le monde protestant, provoqua d'importantes souscriptions, à la suite desquelles on découvrit de nombreuses SN et les versions les plus favorables à Gutzlaff le représentèrent comme ayant été la dupe de quelques Chinois rusés et intrigants. Les fondg manquant à l'appel, Gutzlaff entreprit en 1849 un voyage en Europe, dans l'espoir d'y réveiller le zèle des fidèles ; et pendant le séjour qu’il fit alors en Angleterre, il s'y maria pour la troisième fois; puis il repartit pour la Chine avec sa nouvelle femme. En janvier 1851 il débarquait à Hong-Kong, mais il mourut subitement, le 9 août de la même année, à Vittoria , laissant une fortune de 450,000 francs; circonstance qui, à {ort ou à raison, l’a fait accuser de n'avoir pas assez dédaigné les biens de ce monde et d’avoir été plutôt un spéeculateur habile qu’un missionnaire convaincu. Quoi qu'il en ait été, on ne saurait nier que les divers ouvrages publiés par lui sur la Chine n'aient contribué beaucoup à mieux faire connaître ce pays. Nous citerons notamment sa China Opened (2 vol.; Londres, 1838); The Life of Tao- Kuang (1851); et enfin son Histoire de la Chine depui: les temps les plus reculés jusqu'à la paix de Nankinç (1847). 3

GUYX (Marine). Vogez Gur.

GUYANE ou GUIANE (en espagnol Guayana, en portugais Guianna), vaste contrée de l'Amérique méridionale, bornée à l’est par l’océan Atlantique, au nord par le même océan et par l’Orénoque, à l’ouest par l’'Orénoque et l'Yapura, et au sud par l’Amazone. Cette contrée s’étend entre 4° de latitude sud et 8° 40’ de latitude nord, et entre 52° 15 et 74° 30° de longitude ouest; elle forme un iramense plafeau, dont on évalue la longueur de l’est à l’ouest à plus de 200 myriamètres, la plus grande largeur du nord au sud à 120 myriamètres environ, et la superficie à près de 45,000 myriamètres carrés. Le sol du littoral est en général bas et marécageux. A quatre où huit kilomètres de la mers’élèvent de pelites montagnes, qui courent parallèlement au rivage; dans l’intérieur des terres, la disposition des montagnes change: elles s’y présentent par groupes irréguliers, voupés de plaines, de savanes, de marécages et d’immenses forêts. Leur élévation ne dépasse pas 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. De ces hauteurs sourdent une multitude de fleuves et de rivières, dont le cours sinueux sillonne la Guyane dans tous les sens. Parmi les plus considérables, nous citerons le Maroni, PEssequebo, le Surinam, la Mana et l’Oÿapock. Dans la saison des pluies, ces fleuves, dont les bords sont généralement plats, épandent leurs flots grossis sur les plaines voisines, et couvrent de près d’un mètre d’eau des espaces dont l'œil ne peut mesurer l’étendue. Leur cours, lent, mais irrésistible, entraine tout ce qui se rencontre sur son passage. Le beau temps revenu, les eaux rentrent graduellement dans leur lit, et les terres

DICT. DE LA CONVERS. — T, X

qu’elles abandonnent, fertilisées par cette submersion, se parent d’une vigoureuse végétation qui, selon les lieux, tantôt vient accroître l'épaisseur et l’impénétrabilité des forêts, tantôt forme ces immenses savanes dont les excellents pâturages pourraient sans s’épuiser nourrir d'innombrables troupeaux.

Ainsi que toutes les parties du Nouveau-Monde situées entre les tropiques, la Guyane ne connaît que deux saisons, l’une sèche, l’autre pluvieuse ; elles y règnent alternativement deux fois dans le cours d’une même année. À quelques variations près, dépendantes des localités, la saison sèche dure depuis la fin de juillet jusqu’en novembre, et de la mi février jusqu’à la mi-avril. Les intervalles sont remplis par la saison des pluies , dont l’abondance devient vraiment diluviale dans la période d’avril à juillet, et cause des inondations dont nous venons de parler.

Le climat de la Guyane n'est point aussi malsain qu’on le croit généralement. La chaleur et l'humidité y donnent aux Européens des fièvres assez fatigantes, mais qui n’offrent aucun danger. Les épidémies sont rares dans le pays, et la petite vérole a presque entièrement disparu. La température de la Guyane est assez douce. Le thermomètre n’y monte guère au delà de 35° centigrades dans la saison sèche, et de 30° dans la saison pluvieuse. 11 n’est pas rare de le voir descendre à 25°. L’ardeur du jour se trouve d’ailleurs tempérée par les vents du nord dans la saison pluvieuse, et par ceux de l’est et du sud-est dans la saison sèche. Durant la nuit la température devient même si fraîche, par l'effet de la brise, qu'on est souvent obligé d'allumer du feu pour se réchauffer. 4

Les minéraux de la Guyane sont peu connus; ses végétaux le sont un peu plus. Il est difficile de se faire une idée, sans lavoir vu, du luxe prodigieux de végétation que déploie la nature sur cette terre riche et fertile. L'aspect des forêts vierges, qui couvrent la plus grande partie du sol, ne saurait se décrire. Qu'on se figure d'énormes arbres séculaires, hauts fort souvent de 25 à 33 mètres, entremélant leurs branches touffues les uns avec les autres, et l'intervalle existant entre leurs troncs rempli et croisé dans tous les sens par un réseau formé d’une multitude de lianes et de plantes grimpantes s’enlaçant à ces troncs, escaladant les branches, et retombant ensuite pour s’enlacer de nouveau, soit entre elles, soit avec les arbres voisins, et l’on n’aura qu'une idée très-faible et très-imparfaite du mélange confus, varié et brillant qu'offre une forêt vierge de la Guyane. Les arbres qui y croissent fournissent jusqu’à 259 espèces de bois précieux pour l’ébénisterie, pour la teinture, pour les constructions, pour la matière médicale, etc.; plusieurs sont remarquables par la beauté et le parfum de leurs fleurs. La partie du sol qui a été mise en culture donne du café, du coton, du cacao, du sucre, du tabac, de lindiso et tous les produits tropicaux. En ce qui touche le règne animal, on retrouve à la Guyane les quadrupèdes du Brésil et du Pa- Taguay.

L'un des traits saillants du caractère des naturels de la Guyane est l’indolence. Quoique adroits et intelligents, leur activité se borne à se procurer les choses indispensables à la vie, et lorsqu'ils ont satisfait, par la chasse, la pêche ou la culture de quelques plantes, aux premiers besoins de l’homme, ils se replongent avec délices dans leur apathie, tantôt se balançant moliement dans leurs hamacs, en fumant le cowrimari, tantôt se laissant aller à l'ivresse léthargique que leur cause le vicou, le cachiri et autres liqueurs fermentées, dont ils boivent avec excès. Les ornements dont ils se parent sont en harmonie avec la vie sauvage qu'ils mènent. Quelques-uns se tatouent le corps; le plus grand nombre se le barbouillent tout simplement de rocou. Des dents de tigre et de caïman polies et quelques graines aux vives couleurs forment la parure de leurs femmes. Les toits quiles abritent sont extrêmement simples. Poussés sans cesse d'un lieu à l’autre par leur humeur nomade et vagabonde, ces Indiens ne se construi-

sent que des aemeures éphémères, qu'ils quittent sans regret quand l’envie leur en prend. Leur religion repose sur la croyance à un bon et à un mauvais principe, régnant simultanément sur la nature, Ils appellent le premier Cachtmana ; le second, nommé Jolokiamo, est moins puissant, mais plus actif et plus rusé. Chaque tribu est commandée par un chef qui tient son pouvoir de lélection populaire, Parmi les tribus, les principales sont celles des Caraïbes, des Galibis, des Toupis, des Roucouyènes, des Poupourouis, des Varraous, des Acaouas, des Arouaks et des Oyampis. Les naturels de Ja Guyane étaient fort nombreux autrefois, mais de jour en jour leur nombre diminue,

La découverte de la Guyane est attribuée par les uns à Colomb, qui l'aurait vue pour la première fois en 1498, par les autres à Vasco-Nunez, qui ne laurait reconnue qu’en 1504. Une petite rivière, tributaire de l’Orénoque, a, dit-on, donné son nom au pays. Quoique pendant la première moitié du seizième siècle les efforts des navigateurs espagnols pour explorer l’intérieur eussent été totalement infructueux, la renommée répandit qu’il y existait sur les bords du fabuleux lac Parima, une terre ou l’or était très-commun, et bientôt plusieurs expéditions partirent pour aller recornaître celte contrée merveilleuse, qu’on baptisa du beau nom de Æ/ Dorado. Gonzalès Pizarre, frère du conquérant du Pérou, l’Allemand Philippe de Hutten (1541 et 1545), et l'Anglais Walter Raleigh (1595) se succédèrent dans cette recherche : ce dernier remonta même l’Orénoque jusqu’à 800 kilomètres de son embouchure ; mais les seuls trésors qu'ils rapportèrefñt furent quelques notions plus précises sur le pays.

Les Français furent les premiers Européens qui cherchèrent à fonder des étabiissements de culture et de commerce à la Guyane. Les Anglais, les Hollandais et les Portugais vinrent s'emparer aussi d’une partie de la Guyane. Plusieurs guerres sanglantes éclatèrent entre ces différents possesseurs de cette partie du sol américain, et les établissements qu’ils y formèrent passèrent tour à tour dans les mains les uns des autres; mais à la fin chaque peuple se renferma dans les limites tracées par les traités, et la Guyane demeura divisée en cinq parties, qui furent appelées, du nom des puissances auxquelles elles appartenaient, Guyane anglaise, Guyane hollandaise, Guyane espagnole, Guyane portugaise (actuellement réunie au Brésil, où elle forme une province à peu près déserte, fort peu connue par conséquent, et dont la superficie est évaluée à 20,000 myriamètres carrés), et Guyane française.

GUYANE ANGLAISE. C’est la moins étendue de toutes. Elle a pour limites à l’est l'océan Atlantique et la Guyane hollandaise; au sud, la même Guyane et la Guyane espagnole; à l’ouest et au nord, l’océan Atlantique et la Guyane espagnole, dont l’Essequebo la sépare. On évalue sa longueur du nord au sud à plus de 40 myriamètres : sa largeur de l’est à l’ouest, à 31 ou 32 myriamètres, etsa superficie ‘à 19,000 myriamètres carrés. Elle est diviséeen trois districts, qui prennent leurs noms des trois principaux fleuves qui l’arrosent, l'Essequebo, le Demerari, et le Berbice; ces districts depuis le 21 juillet 1831 ne forment qu'un même gouvernement; Georges- Town, autrefois S/abræk, en est le chef-lieu. C’est une ville de 25,000 âmes et un port important. La population totale de la Guyane anglaise s'élevait, d’après le recensement officiel de 1871, à 193,491 habitants. Sous le rapport des races, cette population se divisait comme suit : 113,570 nègres ou indigènes, et 42,681 coulies amenés en majorité de l'Inde, puis des Antilles et de la Chine, Le nombre des Européens était alors seulement de 1,444; l’insalubrité du climat écartait de cette colonie le courant de l’émigration. Les nèges forment donc la grande majorité, et quand leur émancipation fut proclamée en 1838, leur nombre s'élevait à 82,800. Depuis cette époque jusqu’en avril 1850, il avait été introduit dans la colonie 39,000 Lravailleurs libres, tirés soit de Sierra-Leone, soit des Gran-

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