‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 448 sur 552 · GUYON — GUYOT · texte numérisé non relu

GUYON — GUYOT

quence et malgré la prétendue étrangeté de sa doctnne, elle l'aurait été plus tôt, et peut-être pour toujours , si elle n’eût été un brandon de discorde jeté entre les deux hommes les plus éminents de l’Église à cette époque. E.Roux. - . GUYON (Ricxarp), général à l'époque de l’insurrection hongroise, en 1848 et 1849, deseend de l’ancienne famille des Guyon de Gei, qui au dix-septième siècle émigra de France en Angleterre. Fils d’un vice.amiral anglais , il naquit en 1812, à Bath, en Angleterre, et prit part de bonne heure aux expéditions entreprises contre dom Miguel. En 1832, étant allé faire un voyage de plaïsir à Trieste , il eut occasion d'y faire la connaissance d’un bon nombre d'officiers autrichiens ; et par suite de ces relations nouvelles il se décida alors à entrer dans le régiment des hussards de l’archiduc Jaseph avec le simple grade de cadet. Après sept ans de service, il était parveno au grade de lieutenant en premier, et remplissait les fonctions d’aide de camp auprès du général Splenyi. En 1839, ayant épousé la fille de ce général, il quitta le service pour aller faire de l’agriculture dans son domaine situé dans le comitat de Komorn. Les événements politiques de 1848 l’arrachèrent à cette paisible existence ; et il se rattacha alors de tout cœur à l'agitation politique dont sa patrie adoptive se trouva le théâtre. A la première bataille que l’armée hongroise livra, le 29 octobre 1848, à Schwechat, le major Guyon, en enlevant la grande rédoute de Mannswærth , se trouva, à bien dire, le héros du moment. Le 23 décembre suivant il fit preuve de la même bravoure ; mais fut moins heureux à l'affaire de Tirnau, où cependant il tint ferme pendant toute une journée contre des forces/évidemment supérieures. Promu au gradede colonel et attaché à l’armée de Gœr ge y pendant la campagne d'hiver, il prit d'assaut Branyisko (5 février 1849). Ce fait d'armes est incontestablement le plusbrillant de toute la guerre nationale de Hongrie. En désaccord constant avec Gæœrgey, qui était jaloux de lui et dont il suspecta de bonne heure les véritables intentions, il fut rappelé de l’armée principale et nommé commandant de place de Komorn, déjà bloqué par les Autrichiens, mais où, à la tête de 90 hussards seulement, il sut avec une audace inouïe se frayer passage (22 avril), Quand plus tard Gœrgey eut été nommé ministre de la guerre, il enleva à Guyon son commandement de place, et le fit partir pour le sud, où il combattit avec succès Jellachich, qu'il refoula jusqu’à Titel. Toutefois, vers Ja fin de juillet, il fut appelé à Szegedin, où le gouvernement révolutionnaire avait l'intention de livre: bataille. Le 29 juillet il rejoignit l’armée principale de Dembinski à la tête de dix bataillons, et prit part aux affaires de Szæveg et de Temesvar (5 et 9 août). Après l'issue malheureuse de cette dernière affaire, et lorsque déjà Gœrgey avait mis bas lesarmes, il fut avec Bem le seul chef qui insista, quoique en vain, pour la prolongation de la lutte. Richard Guyon suivit Kossuth en Turquie, où, sans être astreint à embrasser l’islamisme , il oblint, sous le nom de Kouwrchid-pacha, le grade de général de division. Nommé gouverneur de Damas, il fut chargé d'organiser l’armée qui, dans la guerre de Crimée, opéra contre Kars. Il mourutle 12 octobre 1856, à Constantinople. Assez mauvais stratégiste, il était d’une bravoure à loule épreuve et soigneux du bien-être de ses troupes.

! GUYOT DE PROVINS, vieux poëte français, né vers le milieu du douzième siècle, à Provins, ville alors floris- “sante, cultiva la poésie dès sa jeunesse, et après avoir parcouru comme troubadour les principales villes de l'Europe, entreprit le pèlerinage de Jérusalem en passant par Constantinople , puis revint se faire moine à Cluny. 11 regretta plus tard d’avoir ainsi à tout jamais aliéné sa liberté et s'en vengea en composant sous le titre de Bible, ou Armure du chrétien, un poëme rempli de verve et d'esprit, dans lequel il déplore amèrement le parti qu’il s’est trop hâté de prendre, et trace un lableau peu flatteur de la vie des cloitres. Sa satire n’épargne pas d’ailleurs les autres classes de la société, et fait rude guerre aux vices des grands et des puissants

GUYOT — GUZ

tout comme à ceux qui abrutissent les classes pauvres. La Bible-Guyot n’a pas encore été imprimée; c'est le plus ancien ouvrage connu où il soit fait mention de la boussole.

GUYOT (Tnomas), maitre ès arts de l’ancienne université de Paris, avait d’abord été, en 1646, professeur dans les petites écoles de Port-Royal. ‘Agrégé plus tard à l’université, il publia, de 1665 à 1678, diverses traductions d'œuvres détachées de Cicéron, de Virgile et de Plaute, la plupart précédées de dissertations qui ne sont pas sans mérite. Quant à ses traductions, il y a longtemps qu’elles seraient oubliées, bien que le style en soit encore pur et élégant, si elles n’avaient pas été exécutées suivant le système bizarre alors dominant dans nos écoles, lequel consistait à donner une physionomie toute française aux auteurs de l’antiquité. Si sous ce rapport les traductions du Guyot méritent plus d’être consultées que celles de ses contemporains, c’est que, non cbntent de franciser les idées des écrivains dont il reproduit le récit dans notre langue, il a eu la bizarre pensée de franciser jusqu'aux noms des personnages qui y figurent , et de les faire précéder des mots Monsieur, Madame, Mademoiselle, transformant ainsi en seigneurs de la cour de Louis XIV les personnages de la république romaine. Dans les traductions de Thomas Guyot, Trébatius devient Monsieur de Trébace; Plancius, Monsieur de Plancy; Pomponius, Monsieur de Pomponne, etc. Toutes les lettres de. Cicéron commencent par notre formule Monsieur, Madame, ou Mademoiselle. À part ce ridicule, qui tient à l’époque, c’est justice de reconnaître que dans les Avis au lecteur dont Thomas Guyot fait ordinairement précéder ses traductions on trouve de précieuses observations, et qu'il y développe d'excellentes idées sur léducation. La date de sa naissance et celle de sa mort sont restées inconnues.

GUY PATIN. Voyez PATIN (Guy).

GUXS (PIERRE-AUGUSTIN), célèbre voyageur, né à Marseille, en 1721, exerça d’abord avec distinction le commerce à Constantinople, puis à Smyrne et dans sa ville natale, dont l'académie l’admit dans son sein. En 1744 il publia , sous forme de lettres, le récit de son voyage de Constantinople à Sophie, capitale de la Bulgarie, et en 1748 celui de son voyage de Marseille à Smyrne et à Constantinople. Il doit surtout sa réputation à son Voyage littéraire de la Grèce (Paris, 1771; 3° édition, 4 vol. 1783), ouvrage dans lequel il a comparé avec autant de sagacité que d’érudition l’état de la Grèce moderne à celui des anciens Grecs. Pour donner à cette œuvre toute la perfection désirable, il visita à plusieurs reprises tout lArchipel. Quand ce travail parut, Voltaire adressa à l’écrivain des vers flatteurs ; et les Grecs, touchés des sympathies dont il y fait preuve pour leur nation, lui décernerent le titre de citoyen d'Athènes. On a encore de Guys , toujours sous la forme épistolaire : Voyage dans la Hollande et le Danemark en 1762 ; Marseille ancienne et moderne (1786). 11 mourut à Zante en 1799, au moment-où il préparait une nouvelle édition de son Voyage en Grèce.

Sonfils, Pierre-Alphonse Guys, né à Marseille, en 1755, mort consul de France Tripoli de Syrie, en 1812, est auteur d'un Æloge d'Antonin lePieux (Paris, 1786), des Lettres sur les Turcs (1776), ouvrage fort bien écrit, et de Za Maison de Molière, comédie en quatre actes, en prose, imitée de Goldoni, représentée en 1787 sur la scène de la Comédie-Française , sous le nom de S.-L. Mercier , à qui elle a été faussement attribuée,

GUYTON-MORVEAU (Lovis-BErNarD) , célèbre chimiste français, naquit à Dijon, le 4 janvier 1737. Destiné au barreau par son père, professeur de droit romain, il s’adonna d’abord aux études nécessaires à la carrière qu'il devait embrasser; à vingt et un ans il était nommé avocat général au parlement de sa ville natale. Les fonctions de la magistrature ne sont point incompatibles avec la culture des sciences : cependant, à l’époque où Guyton remplissait au parlement de Dijon celles d'avocat général, c'était un exemple rare, sinon entièrement nouveau, Entrainé par son amour |

pour la chimie, il se chargea de professer cette science à Dijon lors de la création des cours publics, que l’on dut, comme tant d’autres importantes améliorations, aux états de Bourgogne. Des difficultés qu’il éprouva de la part du corps auquel il appartenait l’ayant fait renoncer à ses fonctions de magistrat, il suivit sans réserve son penchant pour les sciences. Ce fut cependant lorsqu'il réunissait les doubles fonctions de magistrat et de professeur qu'il publia ses leçons de chimieet des traductions de divers ouvrages de Scheele, de Bergmann et de Black. Une occasion se présenta, qui lui fournit le moyen de faire profiter le public de ses connaissances scientifiques. Un caveau de la cathédrale de Dijon, dans lequel se trouvaient inhumés un grand nombre de corps, ayant été ouvert, répandit une infection telle que l’église fut désertée et qu’il était impossible d’y pénétrer; au lieu de s'arrêter à des moyens insignifiants, et trop souvent employés dans des cas semblables, Guyton fit faire des fumigations d'acide marin déphlogistiqué (chlore), dont le résultat fut tel que bientôt on put reprendre le service divin, et que tous les accidents auxquels la putréfaction avait donné lieu disparurent, Peu après , il eut occasion d'appliquer de nouveau cet important procédé à la désinfection des prisons de la ville ; et bientôt, connu et apprécié comme il méritait de l'être, ce procédé se répandit partout, sous le nom de fumigalions guytoniennes.

A l’époque où Guyton se livrait avec tant d'activité à son penchant pour la chimie, cette science, déjà si étendue par de nombreux travaux, la confusion la plus grande régnait dans son langage : la multiplicité, l’insuffisance et le ridicule d’un grand nombre de noms par lesquels on désignait les corps alors connus n'étaient pas l’une des moindres difficultés à vaincre pour étudier cette science. Guyton voulut porter de l’ordre dans ce chaos, et jeta les bases d’une nomenclature qui, changeant bientôt de but, d’après les immenses travaux de Lavoisier et l'abandon de la théorie du phlogistique, devint sans contredit l’un des moyens les plus importants dont les chimistes aient pu se servir pour répandre et faire adopter leurs découvertes. Si les travaux postérieurs ont modifié en beaucoup de points de détail la nomenclature dont les premières bases furent posées par Guyton, et que, réuni avec Lavoisier, Berthollet et plusieurs autres chimistes, il étendit plus tard d’après les besoins de la science, on peut dire avec vérité que ce monument élevé à la naissance de la chimie antiphlogistique a servi à fixer tous les regards, et permis de se diriger avec une certitude entière au milieu de la masse de faits que les chimistes ont accumulés par milliers depuis cette époque.

Les travaux de Guyton sont nombreux, plusieurs d’entre eux présentent un assez grand intérêt; on ne peut cependant pas citer de lui quelques-unes de ces découvertes brillantes qui signalèrent cette époque de la chimie. Lors de la fondation de l'École Polytechnique, Guyton y fut nommé professeur, et il remplit ces fonctions jusqu’à un âge très-avancé. 11 fut directeur de cette école en 1800. Toutes les relations des batailles de la république parlent d'un moyen employé à celle de Fleurus pour observer les mouvements de l’armée ennemie, et que l’on croyait capable de produire des résultats extrêmement importants ; il consistait en un aérostat retenu prisonnier : Guyton, alors commissaire de la Convention, l'avait mis en usage. Si ce moyen n’a pas complétement atteint le but que l’on se proposait, il était ingénieux, et mérite d’être signalé,

En 1791 Guyton fut élu député à l’Assemblée législative, qu'il présida l’année suivante; réélu à la Convention, il s’assit à la Montagne, ct fit partie de la majorité le 21 janvier 1793. Si la Restauration, si souvent calomniée, lui retira le titre d'administrateur des monnaies, elle lui en laissa letraitement, comme pension, et il put finir sa carrière à Paris, où il mourut.à soixante-dix-sept ans, en 1816.

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