‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 458 sur 552 · HABITUDE — HABLEUR · texte numérisé non relu

HABITUDE — HABLEUR

habitudes, momentanément mises à l'écart, vite on redevient l’homme de son siècle et de ses faiblesses, et l’on court follement après le bonheur, qu’on a laissé loin derrière sois

L’habitude et ses influences se retrouvent dans chaque conjoncture de la vie; elles s'appliquent à tous nos besoins comme à nos facultés. On s’habitue peu à peu à de mauvais aliments et à une extrême sobriété, et même à des privations, comme à l’intempérance ; on s’habitue à un air infect et insalubre. Les habitants des lieux où règnent constamment des maladies endémiques sont préservés de celte mortelle influence par l'habitude même d'y être sans cesse exposés. De pareilles maladies épargnent presque toujours les naturels du pays. Enfin , on s’habitue aux remèdes, aux excitants et même aux poisons : Mithridate et la Brinvilliers avaient obtenu de l’habitude l’horrible privilége de s'abreuver, sans risque pour la vie, des poisons les plus violents. C’est également au-pouvoir de l’habitude que nous devons la pureté de nos mœurs ou leur dissolution, l’incontinence ou la chasteté. Pourquoi certains hommes trouvent-ils six mois d’attente moins longs et moins pénibles que d’autres vingt-quatre heures? C’est encore un effet de l'habitude, tantôt maîtrisée par la volonté! et tantôt lâchement satisfaite.

Il n’y a pas jusqu’à l'esprit qui ne subisse les effets de l'habitude : si Poisiveté rend stupide, l’exercice de l’intellect en décuple la puissance. Une heure de travail vous énerve, dites-vous? prolongez chaque jour le temps de l'étude, et dans deux ans vous pourrez, comme Boerhaave, lui donner quinze heures sur vingt-quatre. L’exemple de Milon est tout aussi applicable à l'esprit qu'aux membres. On peut voir, ne fût-ce que chez les trapistes, qu’on s’habitue même au silence. Aristote et Caligula s'étaient , pour ainsi dire, déshabitués du sommeil. L’illustre Buffon voulut faire comme eux, mais sans y réussir, C’est à cause de l’habitude que les aliments, même les plus salubres et les plus savoureux, veulent être diversifiés. Trop uniformes, l'estomac resterait indifférent à leur contact , et la nutrition en pâtirait. J’en dis autant des médicaments , il faut les varier : il faut en élever la dose, il faut en interrompre l’usage, ou en diversifier l’espèce, sous peine d’en voir manquer l'effet. L'abus du tabac conduit à l’ellébore , et la longue habitude des remèdes actifs finit par rendre les poisons mème nécessaires. Royer-Collard , pour s'être trop habitué à l’opium et à Paconit, ne trouvait plus de calmants propices à ses douleurs goutteuses. Il n’y a guère que les quatre choses suivantes dont l’usage persévérant ne nous fatigue jamais : l'air pur, l'eau potable, le vin ou le tafia, et la fécule préparée. Les différents peuples offrent entre eux, sous ce rapport, une analogie parfaite.

J'ai dit qu’on finit par s’habituer aux plus vives douleurs, et cela est vrai, même du cancer. Un calcul vésical, une sonde dans Purètre, causent d’abord de grandes souffrances ; mais l'habitude vient verser son opium salutaire sur des nerfs excédés par la douleur. C’est ainsi que l'habitude de souffrir parvient à voiler, à adoucir, à dissimuler beaucoup de maladies. On s’habitue à voir souffrir comme à souffrir : la même loi qui fait le bon malade fait aussi le bon chirurgien, le bon peuple et le mauvais prince. D' Isidore BourpoN.

HÂBLEUR , HABLERIE (de l'espagnol Aablar, parler). Chez nous Adbler, terme qui vieillit, signifie parler beaucoup, avec vanterie, avecexagération, avec ostentation, La hdblerie, qai s'est mieux conservée dans notre langage et nos habitudes , sert à désigner un discours habituellement entaché de tous ces défauts ; et le häbleur est encore, au jourd'hui comme jadis, dans notre belle France, le mortel tumultueux et content de lui, qui hâble, qui aime à débiter des mensonges. Le peuple, dans son rude jargon, stygmatise de crac, ou craque, la hâblerie de ses pareils et des gens comme il faut. Un peu plus bas, elle prend le nom de bZa= gue. A tort où à raison, on fait, de temps immémorial chez nous , honneur aux habitants des bords de la Garonne de ce penchant irrésistible à l'exagération et à l’'hyperbole, L’Irlandais est le gascon de la Grande-Bretagne, le Polonais ou le Russe celui de l'Europe orientale, le Bergamasque

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