‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 47 sur 552 · FUNÉRAILLES — FURETIÈRE · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES — FURETIÈRE

sensiblement plus petite que le mâle, met bas deux fois par an de cmg à six petits. Il paraît qu’elle est d'une grande salacité, car si elle n’est satisfaite, elle meurt promptement. Les mouvements du furet sont fort agiles et habifuellemet saccadés, D'un naturel ordinairement assez docile, la moindreirritation lui inspire des mouvements de la colère la plus explosive et la plus singulière, 11 répand alors une odeur excessivement fétide, dont il n’est absolument dépourvu dans aucun temps. Essentiellement carnassier , il suce plutôt le sang des victimes qu’il a saisies qu’il ne déyore leur chair, Le furet est originaire d'Afrique : il a été introduit en Espagne, au rapport de Strabon, dans le but de réduire le nombre des lapins, dont, selon Buffon, cette contrée est le climat naturel. En effet, il est l’ennemi naturel du lapin, et quoique d’un volume trois ou quatre fois moindre, il l'aftaque courageusement et le défait toujours.

Les chasseurs se servent du furet pour faire déguerpir le lapin des profondeurs de son terrier ; mais si l’on ne musèle le fraqueur, ou si on ne le tient en laisse, en le lâchant dans le terrier, on court risque de le perdre : après le repas copieux dont on lui a fourni l'occasion , il fait la sieste, et la fumée même qu’on dirige dans le terrier ne suffit pas toujours pour obliger à sortir; elle s'échappe d’ailleurs par les ouvertures diverses du terrier. Le furet n’est jamais qu’à demi domestique : il accepte la nourriture qu’on lui donne et prend de l'esclavage les commodités qu’il lui fournit, mais à la moindre occasion il récupère sa liberté; liberté funeste pour lui dans nos climats, car la rigueur de l'hiver le fait périr, Il ne se propage chez nous qu’à l’aide des abris que l’homme lui fournit. On l'élève dans des tonneaux, chaudement garnis d’étoupe. Les furets dorment presque continuellement : ils ne s’éveillent que pour manger. On les nourrit de pain, de son, de lait, etc. Baupry DE BALZAC,

FURETIERE (ANTonE), auteur de fables, de satires et de plusieurs ouvrages littéraires, n’est plus connu aujourd’hui que par son procès avec l’Académie Française, qui le bannit de son sein, et qu’il poursuivit à son tour par des factums remplis de fiel et quelquefois d'esprit. IL naquit à Paris, en 1620, suivit d’abord la carrière du barreau, et devint procureur fiscal de l’abbaye de Saint-Germatn-des-Prés. Il occupa cette charge durant plusieurs années. Ayant obtenu l’abbaye de Chalivo, il y prit les ordres, ce qui ne l'empêcha pas de cultiver leslettres avec succès. L'Académie le reçut dans son sein en 1662. Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, elle commençait à exciter l'ambition des gens de lettres et à fixer l'attention publique. Chargée par ses statuts de réglementer la langue, elle crut remplir un devoir en s’occupant de la rédaction d’un dictionnaire. C'était uneœuvre longue et difficile, à laquelle concouraient tous ses membres. Furetière, en trouvant l'exécution défectueuse, et surtout incomplète, conçoit le projet de publier un lexique de sa façon. Il sollicite un privilège du graud sceau pour autoriser son entreprise, Renvoyé par le chancelier à Charpentier, l’un de ses confrères, il trompe sa bonne foi en lui persuadant que cet ouvrage sera exclusivement consacré à Ja définition des termes des sciences et des arts. Le privilégeest accordé, et l’auteur publie un premier essai, qui, en dévoilant sa ruse, soulève contre lui l'Académie, à laquelle il fait concurrence. Cité devant une assemblée extraordinaire, il y subit un interrogatoire minutieux, et Racine, Boileau, alors au nombre de ses amis les plus intimes, sont chargés de le disposer à abandonner son projet. En effet, ayant pris part à toutes les discussiuns, et soupçonné, non sans cause, d’avoir eu à sa disposition les cahiers du dictionnaire, il ne pouvait, sans manquer aux lois de l'honneur, entrer en rivalité avec sa compagnie, Il persista cependant, malgré le blâme de ses protecteurs et de ses amis, L'un d'eux, M. de Nicolaï, premier président du parlement, lui dit nettement que, comme juge et comme académicien, il ne pourrait s'empêcher de le condamner ; ce fut ce qui advint. L'Académie, impuissante à obtenir son désistement, prononça son exclusion.

Furelière en appela aux tribunaux, qui révoquèrent son

FURETIÈRE — FURFURACÉ

privilége en 1685, et au public, qui s’amusa de ses fac- ; tums, sans approuver sa conduite. Il est fächeux que les injures y tiennent trop souvent la place des raisons. La Fontaine surtout, qui avait cru devoir voter contre Furetière, y est abreuvé d’outrages calomnieux. Non content de le traiter d'dretin mitigé, il l'accuse d’être lui-même l'instrument de son déshonneur, fondant cette accusation | sur un de ses contes, où La Fontaine fait en badinant l'éloge | de linfdélité conjugale. Des attaques si violentes pro- ! duisirent des réfutations du même genre. Il parut entre | autres un dialogue en prose entre un académicien et un : avocat, dans lequel l'insulte répond à l'insulte et la c2- | lomnie à la calomnie. On ÿ raconte comment Furetière avait ! escroqué à sa mère 6,000 livres pour acheter la charge de procureur fiscal de Saint-Germain-des-Prés, puis, comment il avait abusé de sa place pour se faire résigner un bénéfice. On y dévoile l’artifice dont il usait à l’Académie pour s’approprier des jetons sans assister aux séances. Bref, on y | passe en revue toutesa vie, que l’on sème de bassesses et d’infamies. A la guerre des factums se mêla celle des épigrammes, ! dont la violence grossière dépasse toute mesure. Cette longue querelle dura jusqu’à la mort de Furetière, arrivée en 1688. Il n'avait pas eu la satisfaction de voir la fin de son procès et l'impression de son dictionnaire, qui ne fut publié en Hollande qu’en 1690. Augmenté par Basnage et d’autres sa. | vants lexicographes , cet ouvrage peut encore être consulté avec fruit. De toutes les autres productions de notre auteur, la seule qui se lise encoreest son Ronan bourgeois, peinture | assez amusante des mœurs et des ridicules de cette classe, alors si différente de celle de nos jours. Quant à ses satires rimées et à ses fables, elles sont tombées dans l'oubli, quoique l’auteur se gloriliàt d’avoir inventé les sujets de ces dernières, tandis que La Fontaine ne pouvait se glorifier que de son sfyle. Son Histoire des troubles arrivés au royaume d'éloquence est une allégorie trop obscure maintenant pour intéresser le lecteur. La prose de Furetière, plus vive et plus précise que celle de ses contemporains, mérite sous ce rapport d’être remarquée. Lié avant son procès avec Racine, Boileau, La Fontaine , Molière , il brillait dans leurs réunions par la vivacité de son esprit. Racine | lui doit, dit-on, quelques bons traits de ses Plaideurs, et il eut la plus grande part à cette débauche d’esprit, attribuée à Despréaux, dont la perruque de Chapelain est le sujet. SAINT-PROSPER jeune.

FUREUR, de xp, oufire, le feu. C'est en effet comme un feu dévorant les entrailles, qui allume la fureur dans les passions violentes, la colère, la vengeance, l’amour, la jalousie , ia haine, le désespoir , et même le fanatisme reli gieux, patriotique et militaire, poussé à l'excès. Outre ces causes morales, la fureur peut être suscitée ou déterminée par des moyens physiques : une faim rongeante ravit les carnivores, et même les animaux les plus pacifiques, jusqu’à la fureur et à une sorte de rage. L'énergie du besoin de ta propagation pendant l'époque du rut chez beaucoup d'animaux échauffe la furie belliqueuse entre les mâles rivaux. Il va des fureurs ulérines, ou nymphomaniaques dans piusieurs femelles, comme chez les filles de Prœtus, les Messaiines , etc., surtout vers certaines époques. Les tempéraments impétueux ou très-irritables , {els que les bilieux, les sanguins-nerveux ardents, éclatent souvent jusqu'à la fureur dans leurs affections les plus exaltées. Cet état d’exaspération se manifeste encore à l’occasion de l'ivresse, et sous des eieux brûülants, ou durant les saisons les plus chaudes. L'âge de la vigueur y contribue rincipalement, puisque c’est aussi l’âge des grands attentats, ie temps des plus redoutables manies. On observe parmi les constitutions hypochondriaques et hystériques que l'extrême mobilité de leur système nerveux les transporte jusqu à la fureur, même sans cause appréciable, ou par un simple malaise, par une disposition jrascible. L’historien De Thou fait remarquer que les temps froids et secs stimulaient tellement la fibre du roi Henri ILE, qu’alors il était mal monté et devenait fu-

rieux pour la moindre cause ; il fit assassiner dans cette cir-

| constance le duc de Guise.

La fureur peut être également le produit d’une fièvre a dente, du causus (de la frénésie), en faisant monter le sang au cerveau, comme dans un violent accès de délire ou de colère. Sice n’est qu'un symptôme momentané, sans doute le danger est moindre; si la fureur persiste, elle peut dégénérer en manie redoutable, contre laquelle les bains, les saignées, le régime antiphlogistique ne sont pas toujours efficaces. En effet, il se manifeste deux sortes d'état furibond : l'un, avec chaleur, rougeur de la face, pouls élevé, exhalation halitueuse, vive explosion de courroux , mais capable de se dissiper, quoiqu'il puisse en survenir une hémorrhagie, un coup de sang; l’autre pâle, concentré, morne, ou taciturne, est plus nerveux, plus profond, plus dangereux, plus capable de crimes. Celui-ci fait crever le cœur ou de gros vaisseaux ; son dépit souvent caché cause des anévrismes; il se conserve longtemps et toujours avec péril. Il y a donc beaucoup d’inconvénient à s’abandonner aux passions irascibles ; elles peuvent dégénérer en rage homicide, comme on en à vu de terribles exemples. Horace n’a-t-il pas dit :

Ira furor brevis est : animum rege, qui, nisi parét,

Imperat : hunc frenis, hunc tu compesce catenc.

Cette ardente passion tyrannise principalement les âmes surtout faibles , s’il s’y joint une profonde susceptibilité des organes, comme dans le sexe féminin. Écoutez Virgile :

Notumque furens quid femina possitæ,

Telle est la jalousie, le désespoir d’une amante abandonnée, méprisée ou trahie : la femme alors n’écoute plus rien, elle invoque sa mort ou la vengeance, comme Hermione outragée. Les âmes magnanimes ne succombent pas d’ordinaire à ces faiblesses. La raison supérieure ressaisit son empire, ou ne s’enflamme, comme Caton d’Utique, que pour de plus nobles causes. Cependant, le patriotisme poussé jusqu’au fanatisme, comme la religion, peuvent s’exalter jusqu’à la fureur dans des combats sacrés : le martyr vole au supplice, l’innocent à l'échafaud, pour la Divinité, pour la justice, noble furie qu'on respecte jusque dans ses erreurs, comme celle du guerrier s’ensevelissant, à la manière de Samson, sous les ruines mêmes de son triomphe. J.-J. VIREY.

Par exagération, on dit faire fureur en parlant d’une personne ou d’une chose qui est fort en vogue, et qui excite dans le public un grand empressement, une vive curiosité.

Fureur se prend encore chez les hommes pour une passion démesurée, pour l'habitude importune qu'a quelqu’un de faire cerlaine chose, pour un transport qui nous élève au-dessus de nous-mêmes. Les f#reurs, au pluriel , sont des transports frénétiques, des emportements, des excès de colère, d’exaltation.

Le mot latin furor étant du genre masculin, les Romains en avaient fait un dieu, dont Virgile et Pétrone décrivent les attributs : il avait l’air étincelant de rage, la figure couverte de cicatrices, le corps déchiré de blessures; il était armé d’un glaive sanglant, et avait à ses pieds un lion rugissant.

FURFURACE (en latin jurfuraceus), qui ressemble à du son, se dit : 1° de petites portions d’épiderme qui se détachent après plusieurs phlegmasies; 2° d’un genre de sédiment de l’urine qui offre l'apparence du son; 3° d’une dartre décrite avec soin par Alibert, qui consiste dans de légères exfoliations de l’épiderme, semblables à de la farine ou à du son, tantôt très-adhérentes à la peau, tantôt s’en détachant avec facilité, disposées sur les téguments par plaques irrégulières ou régulièrement arrondies, ou bien quélquefois en cercle, au centre duquel la peau reste sainel; quand elle affecte ces caractères, elle porte particulièrement le nom de dartre furfuracée arrondie. Assez souvent l'épiderme se détache.sous forme de pellicules minces et irrégulières. L’irritation se déplace avec une grande facilité : alors cette dartre est dite Jurfuracée volante. Dans tous

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Les cas, il y a du prurit, et la peau se montre d’un rose vif après la chute des lamelles épidermiques. Les dartres furfuracées paraissent pendant les chaleurs de l'été et s’effacent aux premiers froids ; elles siègent ordinairement sur le visage, la poitrine ou sur les membres. N. CLERMONT.

FURGOL E (Jean-Barnsre), jurisconsulte, avocat au parlement de Toulouse, naquit en1690, à Castel-Férus, dans le comté d’Armagnac, et mourut en 1761. Dans sa jeunesse, il consacrait dix-huit heures par jour à ses travaux, et dans ses dernières années il leur en donnait encore dix régulièrément. Aussi acquit-il une connaissance profonde des lois et de la jurisprudence françaises, des usages et des coutumes de chaque province , ainsi qu’une notion complète de cette partie de l’histoire qui se rapporte à la législation de tous les temps et de tous les pays. L’illustre d’Aguesseau faisait le plus grand cas de son savoir. Il a laissé quelques ouvrages, entre autres #n Commentaire sur l'ordonnance concernant les donations, de 1731 ; 2° un Traité des Testaments ; un Traité de la Seigneurie féodale et du francalleu, qui parut en même temps que son Commentaire des Substitutions. Ses Œuvres complèles, imprimées de 1775 à 1776, forment 8 volumes in-8°,

FURIA, nom sous lequel Linné et Gmelin désignent un petit ver dont le corps n’a pas plus d’épaisseur qu’un cheveu, et que l’on trouve dans les plaines marécageuses de la Bothnie et de la Finlande, où il vit sur les herbes des marais et sur les feuilles des arbrisseaux. Transporté au loin par le vent, lorsqu'il vient à tomber sur la peau des hommes ou des animaux, il y pénètre en peu d’instants et sa présence y est indiquée par un petit point noir suivi bientôt d’inflammation et de douleurs atroces, auxquelles la mort seule met ordinairement un terme au bout de quelques heures, d’un jour au plus, si on n’a pas soin d’extirper bien vite, au moyen d’un instrument tranchant, le parasite de l’asile qu’il s’est creusé sous l’épiderme. Depuis les illustres naturalistes sous l’autorité desquels nous avons placé ici le furia infernalis, personne n’ayant pu en observer, on est porté à penser ou que l'espèce en a fort heureusement disparu, ou que dans cette description il y a une exagération fantastique des phénomènes morbides produits par le dragonneau, helminthe commun dans les contrées marécageuses, lorsqu'il parvient à s’insinuer entre la peau et les muscles des animaux.

FURIES, divinités infernales que les Grecs appelèrent Érinnyes et Euménides; les Latins Furiæ, de furor, à cause de la fureur qu’elles versaient dans le sein de leurs victimes ; et les poëtes romains, Diræ, les Sinistres. Les Athéniens leur donnèrent le nom particulier de Manies ; celui d'Érinnyes leur vient du grec ëpux, discorde, dont le poëte Hésiode dit qu’elles sont filles, bien qu’ailleurs il leur donne pour origine les gouttes du sang de Cœlus, mutilé par son fils Saturne, sang qu’aurait fécondé la Terre. L'adjectif pluriel euménides (les très-douces), devenu subtantif, leur fut prodigué, selon quelques mythologues, à cause de l’effroi qu'elles inspiraient. Avec cette antiphrase mielleuse, disentils, les anciens étaient persuadés qu'on les flattait et apaisait, Pour cette même raison les Sicyoniens, voisins de Corinthe, les gralifièrent de l’emphatique appellation de Déesses vénérables. Eschyle, Euripide et Sophocle les font filles de la Nuit, du sein noir de laquelle elles seraient sorties armées de torches ardentes, pour exercer l'horrible office que les juges infernaux leur confiaient de tourmenter les criminels, les meurtriers et les parricides, à l'heure du sommeil, De plus, selon ces poëtes, l’Achéron( le fleuve sans joie) serait leur père. Les principales, les plus infatigables de ces tristes divinités, sont Tisiphone, Mégère et Alecto. La première était chargée de répandre sur la terre la peste; la seconde, les morts prématurées et violentes; la troisième, la guerre etses horreurs, Parmi les autres, moins occupées où moins connues, on compte Lyssa, ou la Rage, créée par Euripide, et les Harpies, ces monstres ailés de Virgile. Les Furies passaient pour être vierges ; et quel amant,

quel époux eût voulu s’unir à ces filles effroyables, auxquelles Orphée donne pour asile une caverne noire et empestée, sur les bords fangeux du Styx, et Virgile une couche de fer ?

Cependant Ménandre raconte qu’un jour l’amour se glissa au cœur de Tisiphone, Cette aînée des Furies ayant, au moment de la chaleur de midi, surpris un beau berger endormi au pied du mont Astère, en devint éprise; l'adolescent, réveillé par ses embrassements empoisonnés, la vit, frisonna et la repoussa avec horreur. Le monstre féminin, outragé, arracha de sa tête une couleuvre sifflante, et la lui lança au visage; le reptile courroucé se roula autour du cou de l’infortuné, et l’étrangla. Une montagne, voisine d'Athènes, prit de cette aventure le nom de Cythéron. Aux enfers, les Furies s’appelaient chiennes du Cocyte. Orphée les fait naître de Pluton et de Proserpine. La théogonie des poëles grecs leur assigne pour jour de naissance le cinquième de la nouvelle lune; peut-être est-ce pour cette raison que Pythagore le consacre à Thémis, la justice : car les Furies sont peintes debout autour du siége de Pluton, attendant les ordres du roi des ombres ; et Virgile les assied sur les degrés du trône de Jupiter-Tonnant , comme les ministres des jugements célestes. Ce cinquième jour est en même temps réputé funeste et stérile chez le chantre des Géorgiques. Le sage Platon réduit les Furies à une seule, Adastria ou Némésis, fille de Jupiter etd’Ananké (la Nécessité). Cependant les anciens reconnaissaient encore un certain nombre de Furies nommées Nemèses, toutes sœurs, dont la première était Némésis. Toutes ont des ailes rapides : filles de la Nuitet de l'Océan, elles sont obscures comme leur mère, et impétueuses comme leur père. -

Les Furies, ainsi que la plupart des divinités de la Grèce, sont d’origine égyptienne. Des médailles de Cyrène représentent les Furies couronnées de lotus. Dans les premiers siècles de la Grèce, la sévérité des traits, un front d’où le rire était toujours banni, distinguaient les images de ces divinités. Telles furent d’abord leurs statues dans l’Aréopage ; mais Eschyle, dans ses Zuménides, haussa leur taille, leur couvrit le visage de masques hideux, les coiffa de serpents, les arma d’un fouet de couleuvres, de torches ardentes, de poignards, leur donna des voix terribles et le plus affreux des regards, des yeux d’un bleu pâle et translucide, d’où s’échappaient des jets de flamme, d’où coulaient des larmes sanglantes ; puis il les habilla de longues robes traînantes, noires ou rousses, tachetées de sang, dont des reptiles formaient la ceinture et les broderies. A la première représentation, des femmes avortèrent de peur ; de jeunes filles moururent glacées d’effroi; des criminels prirent la fuite. Quelquefois, au lieu de robes, les Furies portaient des peaux de bêtes. Depuis, les poëtes et les sculpteurs s’efforcèrent en vain d’ajouter à leur horrible aspect en leur donnant des ailes, des pieds d'airain et des mains qu’ils multiplièrent selon leur caprice. Quelquefois ils lesarmaient d’une clef, symbole de leur puissance surnaturelle à s'introduire dans les lieux les plus secrets; ou ils les enveloppaient d’un voile, comme dans les villes et les temples de l'Asie Mineure les plus voisins de l'Égypte. On les représentait encore avec un corps unique à trois têtes, de chacune desquelles sortaient trois bras brandissants des flambeaux, et quelquefois avec trois visages coiffés de trois boisseaux et avec six bras.

Hoff de la Grèce seulement, chez ies étrangers, les Furies portaient des marteaux, des iances crochues, des épées, des haches, tous instruments de supplice et de mort ; elles avaient aussi des ailes aux épaules, un diadème sur la tête, les cheveux épars ou liés, les pieds nus ou chaussés de cothurnes, et des robes bariolées. Mais Scopas, ne voulant pas compromettre la pureté de son ciseau immortel par des images si étranges, fit présent à Athènes de deux simples statues humaines des Euménides en albâtre, Toutefois, on n’osail pas prononcer le nom redouté des Furies; Oreste même, dans Iphigénie, ne les désigne que sous l'appellation de « déesses

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