‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 498 sur 552 · HARDENBERG · texte numérisé non relu

HARDENBERG

&es modifications essentielles apportées dans la constitution de son armée, qui lui permirent de prendre sa revanche des désastreuses journées d’Iéna et de Friedland ; et c’est par son influence toute puissante que furent opérées dans le mécanisme administratif intérieur de la monarchie des réformes qui doublèrent ses forces. Au nombre de ces réformes accomplies d’une main ferme et hardie, en dépit des clameurs égoistes des classes privilégiées, il faut signaler notamment la mesure qui abolit les exemptions dont les membres de la noblesse avaient jusque alors joui en matière d'impôt personnel ; celle qui mit à la charge des domaines du clergé le remboursement d’une partie de la dette publique, celle qui supprima toutes les corporations d’arts et de métiers et proclama la liberté illimitée en matière d'industrie, celle qui fit disparaître les dernières traces de la féodalité, en abolissant les corvées et en rendant les paysans libres propriétaires du sol qu’ils fécondaient de leurs sueurs, celle qui proclama légalité des citoyens devant la loi, quels que fussent leurs dignités et‘leurs rangs. Il laissait en mourant des Mémoires manuscrits sur les événements survenus depuis l’année 1801 jusqu’à la paix de Lilsitt, et les avait confiés au conseiller d'État Schœll. Le feu roi Frédéric-Guillaume IV les a fait déposer aux archives du royaume, en défendant qu’ils vissent le jour avant année 1850. II n’en a jusqu’à ce jour rien paru. C’est à tort qu’on lui a attribué une assez mauvaise compilation publiée à Paris sous le titre de Mémoires d’un homme d'État:

HARDENBERG ( FrénÉéric, baron pE), connu comme écrivain sous le nom de Novalis, naquit en 1772, au château de Wiederstedt, dans le comté de Mansfeld (Saxe), et reçut dans la maison paternelle une excellente éducation première, Plus tard, il étudia la philosophie à Iéna, le droit à Leipzig et à. Wittenberg; puis fut attaché, en 1795, à l’administration des salines de Weissenfels. La mort lui ayant inopinément enlevé, en 1797, une femme qu’il aimait tendrement, et avec laquelle il s'était fiancé, il alla à Freiberg entreprendre le perfectionnement pratique de ses études minéralogiques et métallurgiques. Dans l’été de l’année 1799, il revint à Weissenfels, et y fut adjoint comme assesseur à la direction des salines. C’est à cette époque qu’il fit la connaissance des deux frères Schlegel et de Louis Tieck, avec qui il ne tarda pas à se lier d’une étroite amitié. Il venait d’être nommé grand-bailli, lorsqu'il mourut chez ses parents, le 25 mars 1801, dans les bras de son ami F. Schleuel.

Hardenberg était sans contredit poëte dans l’acception sainte de ce nom. Le sentiment mystique dominait en lui, et son intelligence, si profondément sagace, s’y subordonnait quelquefois complétement. Il entrait tout à fait dans la nature de son esprit de ne point terminer son Henri d'Ofterdingen, roman conçu avec originalité et riche surtout en figures créées par l'imagination la plus tendre, mais qu’il aima mieux léguer à la postérité sous forme de torse énigmatique. Le mystère chrétien est le fond de la plupart de ses poésies ; aussi ses canfiques, qu’il destinait à entrer dans un livre de prières à l’usage de l'Église réformée, appartiennentils aux plus belles créations qu’on possède en ce genre. De toutes ses œuvres poétiques, ses Hymnes à la nuit étaient celles qu’il prisait le plus sous le rapport de l'exécution. Sa vie fut tout à fait la vie pure et sans tache du poëte; L. Tieck et Fr. Schlegel ont publié ses œuvres complètes (2 vol., 1802, 5° édit.; Berlin, 1838).

HARDES, en termes de vénerie. Voyez CERF;

HARDI, poëête dramatique. Voyez Harpy.

HARDIESSE. L'Académie la définit la qualité de celui qui est entréprenant, assuré. Elle lui donne quelquefois pour synonymes (émérité, insolence, impudence , licence. Le hardi est suivant elle l’homme qui se hasarde courageusement, qui ose beaucoup, l’homme ferme, intrépide, assuré, insolent, impudent, effronté, etc. A ces définitions Laveaux répond : Le hardi n’est pas précisément un homme courageux, assuré. La hardiesse est une confiance de l'âme qui uous présente comme faciles des entreprises qui étonnent les

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hommes ordinaires et les arrêtent. La différence de la témérité et de la hardiesse consiste dans le rapport qu'il y a entre la difliculté de la chose et les ressources de celui qui la tente ; d’où il suit que tel homme ne se montre hardi que dans une conjoncture où un autre mériterait le nom de téméraire. »

La plupart des étymelogistes font dériver lemot Aardiesse de l’ancien mot tudesque kart, qui signilie dur, et qui se retrouve en allemand avec la même acception. La hardiesse est toujours opposée à la timidité. Or, comme on peut être timide de plusieurs façons, ou quand on a une entreprise dangereuse à tenter, ou quand il s’agit de faire bonne contenance devant certaines personnes, ou quand, dans les sciences et les arts, on songe à quitter les sentiers battus pour tenter des voies nouvelles, la hardiesse a également à s'exercer dans ces trois catégories distinctes. Dans la première, elle ressemble au courage; mais celui-ci est opposé à la crainte, la hardiessene l’est qu’à la timidité: L'homme hardi a confiance en lui l’homme courageux brave le péril, sans le mesurer ; avec trop de hardiesse on s'expose, avec trop de courage on se livre; sans hardiesse on hésite, sans courage on recule. Dans ses trois sphères d’action, la hardiesse peut devenir au dace; elle s'élance , se précipite et sauve parfois de grands malheurs.

La hardiesse irréfléchie ethautaine devient del'eff r onterie quand elle supprime toute pudeur et viole les mœurs et les devoirs. L’excès de la hardiesse est un vice, fruit d’une éducation mauvaise, compagnon ordinaire d’une présomption insupportable, ou d’une odieuse déprayation. La hardiesse peut faire valoir certaines qualités ; l'audace et l’effronterie surtout, par leur suffisance et leur insolence, les annihilent souvent toutes.

HARDING (Cnarres-Louis), célèhre astronome, né à Brême, vers 1775, mort en 1834, était en 1803 inspecteur à l'observatoire de Lilienthal, lorsqu'il découvrit la planèle Junon. On n'était pas encore blasé comme de nos jours sur ces découvertes de planètes télescopiques, et Harding vit s'ouvrir devant lui les portes d’un grand nombre d’académies. L'Institut de France lui décerna , en 1805, le prix d'astronomie fondé par Lalande. En même temps il était appelé à la direction de l'observatoire de Gœttingue. On trouve quelques mémoires de Harding sur des questions de mathématiques dans les Mémoires de la Société royale des Sciences de Gættinque.

HARDINGE (Henri, vicomte), général anglais, est né le 30 octobre 1785, à Stanhope, où son père remplissait des fonctions ecclésiastiques. Entré dans l’armée dès l’âge de treize ans, il netarda pas à se distinguer età s'élever en grades ; et en 1808 il fut attaché à l'état-major général de la nouvelle armée qu’on organisa en Portugal. Les campagnes de la péninsule lui fournirent l’occasion d’accompiir de nombreuses actions d'éclat ; il franchit les Pyrénées en 1814 avec l’armée de Wellington, et contribua à la victoire que celui-ci remporta sous les murs d’Orthez. Dans la campagne de 1815, il fut promu au grade de lieutenant-colonel et attaché au corps d'armée de Blücher ; et à Ligny il eut le bras gauche emporté. À quelque temps de là il passait colonel. Cinq ans plus tard, à la recommandation des tories, avec lesquels il était entré en d’étroites relations par suite de son mariage avec une sœur de Castlereagh, il fut élu membre de la chambre des communes pour le comté de Durham ; et en 1823 on le nomma secrétaire général du dépôt de la guerre (clerk of the ordnance ). Quand, en 1828, Wellington devint premier ministre, il lui donna dans son cabinet le poste de ministre de la guerre ; et en 1830 il passa généralmajor, Ladissolution du ministère Wellington lui fit perdre son portefeuille, qu'il reprit ercore sous l'administration Peel, de décembre 1834 à avril 1835, et pour la troisième fois en 1841. En 1842 il passa lieutenant général ; et en 1846 il alla remplacer lord Ellenborough en qualité de gouverneur général dans les Indes, où il arriva au moraent où éclatait la guerre du Pendjab. 11 assista à la bataille de Sobraon

10 février 1846), et quoique le commandement en chef

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sur le Nouveau Testament, qui ne fut imprimé qu’en 1741.

fût exercé par sir Hugh Gough, en sa qualité de plus an- : Il y prétend que les apôtres préchaient en latin, et, selon

cien en grade, on ne lui en attribua pas moins généralement le mérite de la victoire qui ce jour-là couronna les armes anglaises. La conclusion du traité de Lahore montra en lui le négociateur modéré; et lors de la ratification de ce traité, il fut créé pair, vicomte Hardinge de Lahore, en même temps que la Compagnie des Indes lui votait une pension de 5,000 livres sterling. En 1848 il revint en Europe, et reprit son siége à la chambre haute. À la mort du duc de Wellington, ce fut lui qui luisuccéda dans le commandement supérieur de l’armée anglaise. En 1855 il fut élevé au grade de feld maréchal et prit sa retraite. Il est mort le 24 septembre 1856, dans le comté de Kent.

HARDOUIN (Jean), célèbre philologue et numismate, naquit à Quimper, en 1646. Fils d’un libraire, il se voua de bonne heure à l'étude, et entra fort jeune chezles jésuites, dont il devait porter la robe pendant soixante-sept ans. Il faut bien qu'il aiteu un mérite des plus distingués, puisqueles paradoxes qu'ilsoulevait ne l’ont point couvert de ridicule, et que l’on vénère toujours en lui l'éditeur de Pline et de Themistius. Dans sa Chronologie restituée d'après les médailles, et dans ses Prolégomènes sur la critique des anciens auteurs, deux écrits publiés en très-bon latin, Hardouin soutient que nonseulement la plupart des médailles que nous tenons pour anciennes sont de fabrique récente, mais encore que les moines du treizième siècle ont forgé tous les ouvrages des auteurs sacrés et profanes de l’antiquité, à l'exception des œuvres d’Homère, d'Hérodote , de Cicéron , de Pline l’ancien, des Géorgiques de Virgile, des satires et des épitres d’Horace. C’est un bénédictin qui a composé l’Énéide , laquelle n’a d’autre signification qu’une allégorie sur le voyage de saint Pierre à Rome, où il n’est jamais allé; l'incendie de Troie, c’est la destruction de Jérusalem , c’est la victoire du christianisme sur le judaïsme. Les odes d'Horace ont le même sort aux yeux du père Hardouin, Lalagé aux doux sourires, c’est encore la religion chrétienne. On s’est beaucoup moqué de lui à raison de tant d’extravagances; et comme il prétendait un jour que toutes les médailles étaient récentes, un savant très-spirituel lui répondit qu’on pourrait même soutenir que les bénédictins les avaient toutes frappées, et qu’au lieu d'interpréter l'inscription Con. o8. par les mots Constantinopoli obsignatum (marquée à Constantinople), il convenait de prendre chaque lettre pour une initiale, et de lire : Cusi omnes nummi officina benedicta, c’est-àdire, Toutes les médailles ont élé frappées dans l'atelier des bénédictins. Hardouin ne respectait pas plus le moyen âge : il contestait jusqu’à l'existence de Philippe-Auguste, et ne voyait dans la bataille de Bouvines qu’une allégorie aux traductions de la Bible, Quelqu'un lui disant un jour que le public était fort blessé de ses rêves oiseux, il s’écria : « Eh ! croyez-vous donc que je me serai levé toute ma vie à quatre heures du matin pour ne dire que ce que d’autres avaient dit avant moi? »

Hardouin , qui recherchaïit tant la singularité en matière d’érudition, était respectable par la simplicité de ses mœurs. Il faisait, nous l’avons dit, un grand abus de sa science; mais elle était si vaste, si solide, que, selon l'expression du docte Huet, « il a travaillé quarante ans à ruiner sa réputation, sans en pouvoir venir à bout ». L'édition de Pline fait encore la base de tous les travaux dont cet auteur a été l'objet. Outre les ouvrages et les éditions que nous avons cités, le père Hardouin avait été pensionné par le clergé pour publier une édition des Conciles; ce qui est d’autant plus surprenant, qu’il prétendait qu’il fallait regarder comme autant de chimères tous les conciles antérieurs à celui de Trente, On lui demandait un jour comment cela se faisait : « Il n’y a que Dieu et moi qui le sachions, » répondit-il, L'édition , imprimée à grands frais, fut arrêtée par le parlement, comme contenant des atteintes aux libertés de l'Église gallicane, On a du père Hardouin des Opuscules publiés après sa mort, plus an ouvrage intitulé Commextaire

son habitude, il s’'abandonne à une foule d'autres paradoxes. 11 mourut le 3 septembre 1729, au collége Louis-le-Grand, à Paris, âgé de quatre-vingt-trois ans. P. ne Gornény, HARDY (ALExaANDRE), Parisien, ainsi qu'il s'est luimême intitulé au frontispice de ses drames, fleurit sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII; mais l’époque de sa naissance est ignorée, comme celle de sa mort, qui a dû néanmoins arriver entre les années 1628 et 1632. Ce poëte, d’une immense fécondité, suivait une troupe de comédiens ambulants , et s'était obligé à lui fournir six drames chaque année. Il s’engageait à moins qu’il ne pouvait tenir, car deux tragédies ou deux comédies à composer lui coûtaient à peine un mois. Il eut le titre de poète du roi, et fut le premier des dramaturges qui reçut des honoraires pour ses ouvrages. Cependant, la vélocité de sa plume, réunie à ces avantages, ne réussit jamais à le retirer d’une profonde misère. Aussi, en dédiant ses Amours de Théagène et de Chariclée, écxivait-il dans son épitre: « Entre cinq cents poëmes dramatiques, tout ne peut marcher d’un pas égal : la nature humaine y contredit, jointe que ma fortune se peut apparier l'emblème d’Alciat, où les fers de la pauvreté empéchent l'esprit de voler dans les cieux. » Il ne s'arrêta point là, et porta le nombre de ses œuvres à huit cents ; mais il fit modestement un choix, et mit à part pour l'impression cinquante-quatre pièces, qu’il édita lui-même en 6 gros volumes in-8° (Paris , Jacques Quesnel , 1623). Marianne est la meilleure de ses tragédies; peut-être a-t-elle servi de modèle à la Marianne de Tristan, dont le succès balança dans son temps les triomphes de Corneille. Cette fécondité, merveilleuse au premier aspect, semblera moins étonnante si l’on observe que la rime et la mesure étaient alors les senles entraves du vers, et que l’hiatus n'avait pas encore été proscrit de la poésie. Le goût n'avait pas distingué non plus jusque là en diverses tribus les idées et les mots, renié les uns, parce qu'ils sont bas ou communs, adopté les autres comme élégants ou nobles. L’intrigue n'avait pas alors ces mille combinaisons ingénieuses qui sont dans cet art le point difficile à gaisir, L'unité de lieu était foulée aux pieds avec l’unité de temps. Ainsi, dans sa tragi-comédie ,;empruntée de l’espagnol, La Force du Sang, Léocadie, victime de la violence, ressent au premier acte les symptômes de Ja grossesse; et l'enfant, devenu jeune homme, reconnaît son père au dénouement, Cependant, à défaut des richesses, les éloges n’ont pas man-

qué au poëte Hardy : jamais Corneille et Racine n’excitèrent

plus d’enthousiasme : il fut célébré en vers français, latins et grecs. Là il est dit un nouvel Orphée, ici Apollon français , ailleurs Je premier des tragiques. Ce n’est pas encore assez; on lit dans une ode de Lamy, avocat au parlement, à sa gloire :

On laisse ces vieux monuments D'Eschyle, Sophocle, Euripide ;

Mason rs . AE

Et l’on permettra que tu dies Qu'à peive ils ont fait tant de vers Que tu as fait de tragédies,

Hippolyte Favone.

HARELLE, vieux mot français, synonyme de rassemblement, révolte. Sous le nom de Aarelle de Rouen, on a conservé le souvenir d'une sanglante sédition qui éclata dans la capitale de la Normandie au mois d’octobre 1381, et qui coïncida avee celle des maillotins à Paris. L’augmentation desimpôts, suite des dilapidations du trésor publie, leur donnèrent naissance à toutes deux. A Rouen on proclama roi, dérisoirement et malgré qu’il en eût, un riche marchand de draps, surnommé le Gras à cause de son excessif embonpoint. On fit rendre à ce mannequin des semblants d'ordonnances et d'arrêts, en vertu desquels la populace se livra aux derniers excès et n'oublia pas dans sa fureur de se venger des collecteurs de taxes non plus que des religieux de certaines abbayes. Cette révolte n'eut

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é'autre résultat que de provoquer de la part de l'autorité royale de cruelles répressions, et ne valut au pauvre peuple qu’un surcroît d’exactions. Dès le mois de février 1382, le roi Charles VI, accompagné de ses oncles et d’une escorte imposante, fit son entrée à Rouen, dont les hommes les plus compromis dans le mouvement d'octobre avaient un instant essayé de lui fermer les portes. En passant près du beffroi de la ville, il fit enlever la cloche qui servait à réunir la commune, et enjoignit à tous les bourgeois de porter en personne leurs armes au château royal; ce qu’ils firent avec mécontentement et regret, ajoute la Chronique de Saint- Denis. Le lendemain, les principaux coupables, condamnés a mort par arrêt du conseil, subirent leur peine en vue du peuple. Ces supplices ne parurent pas suffisants pour effacer la faute des habitants de Rouen, et plus de trois cents d’entre eux furent encore arrêtés quelque temps après la victoire remportée à Rosebecque sur les Flamands par les troupes du roi, Les uns furent condamnés à mort, les autres n'évitèrent le dernier supplice que par le sacrifice de tout ce qu'ils possédaient.

HAREM. Les Orientaux désignent par ce mot, d’origine arabe, et qui signifie dans cette langue sacré ou inviolable, l'appartement séparé des femmes, où nul autre ne pénètre que l’époux. On le nomme encore odalik, par opposition au selamlik (appartement des hommes). Ce dernier, ouvert à tout venant, offre toujours la plus grande simplicité; les musulmans réservent pour le harem l’ameublement somptneux et tout le luxe de leur intérieur. La vie des femmes dans ces mystérieuses retraites n’est pas aussi misérable et pleine d’ennuis qu’on se l’imagine généralement. Toutes les Européennes qui ont pénétré dans les harems s’accordent à vanter le sort fait par l’Islamisme à la plus belle moitié du genre humain. « Je suis persuadée, dit lady Montague, que les femmes seules sont libres en Turquie, » Ceci , bien entendu, ne doit pas s’appliquer aux femmes esclaves , mais seulement aux femmes libres, à celles qui ont le titre d’épouses (kadines). Elles sortent quand elles veulent, accompagnées de leurs eunuques noirs ou de vieilles matrones, seules même parfois, mais toujours voiiées d’une mousseline épaisse, qui laisse voir seulement leurs yeux; elles reçoivent, quand il leur plaît, les visites de leurs amies. Quand un harem en visite un autre, ces dames passent toute la journée à manger des confitures ou des pâtisseries, à fumer le narguilé parfumé, à boire du café ou des sorbets; elles babillent, se montrent leurs atours, leurs parures, et cela suffit à leur amusement. Le maître du logis lui-même ne peut alors entrer dans l’odalik, à moins d’une affaire trèspressante; et dans ce cas1l doit se faire annoncer, afin que les étrangères aient le temps de se voiler. W.-A. Duckerr.

HAREN ( Wizem van ), poëte hollandais, né en 1710, à Leeuwarden, dans la Frise, mourut en 1758, après avoir rempli divers emplois supérieurs. Quand, en 1742, on agita en Hollande la question de savoir si, aux termes des traités, il fallait prêter secours à l’impératrice Marie-Thérèse contre ses ennemis, il composa, tout entier à son enthousiasme pour la liberté, un poëme lyrique intitulé Zéonidas, dont le succès fut grand, et qui ne laissa pas que d’influer sur la politique adoptée par con pays. Ses odes sont une production encore plus distinguée; dans le nombre, on remarque surtout l'Ode à La Fortune et l’Ode sur la vie humaine. Malgré ses nombreuses imperfections, son grand poëme épique, Friso (1741), est demeuré son principal titre de gloire.

Son frère, Onno Swier van HAREN, né en 1713, à Leeuwarden, plus estimé comme poëte lyrique que comme homme d’État, fut ainsi que lui partisan zélé de la maison d'Orange, et remplit plusieurs fonctions éminentes. Mais à la mort d'Anne, veuve de Guillanme IV d'Orange, il quitta la cour (1759) pour se retirer dans ses terres, 1l'mourut en 1779. Son principal poëme, Les Gueux, où il célèbre l'origine de l'indépendance et de la liberté de la Hollande, parut pour la première fois en 1767, sous le titre de La Patrie.

Dans la 4° édition (2 vol.; Amsterdam, 1765 }, publiée par Bilderdyk et Feith, les éditeurs ont fait subir au texte original des modifications beaucoup trop arbitraires.

HARENG. Tout le monde connaît la physionomie du hareng : qui n'a pas remarqué ses flancs aplatis, sa tête mince, son nez-pointu, et la couleur bleu-noirâtre de son dos, et les écailles argentées de son ventre? Les glaces du pôle sont sa patrie; mais chaque année il les abandonne par bandes innombrables, et vient parcourir les rivages de l'Europe. C’est vers le commencement de l’année que ces peuplades voyageuses se mettent en marche : au mois de mars, leurs têtes de colonne apparaissent sur les côtes de l'Islande, qu’elles enveloppent de toutes parts ; d’autres myriades descendent la mer du Nord, le long des côtes de Norvège, pénètrent dans la Baltique, et couvrent pour ainsi dire toutes les plages de la Hollande, de l'Angleterre et de la France. La Manche semble être leur rendez-vous de départ ; de là elles plongent dans l'Océan, et sans doute regagnent leurs contrées glacées , car ces poissons, qui pendant une saison affluent en bancs pressés comme les sables de la mer, disparaissent tout à coup sans qu’on en trouve la moindre trace, Quel instinct les appelle donc ainsi chaque année dans nos mers ? Sans doute celui de la conservation de l’espèce. L'âpre climat des régions polaires arréterait le développement du germe de la vie dans leurs œufs. Ils viennent jeter leur frai sur les sables plus doux de nos rivages, puis ils repartent dès que la génération nouvelle est éclose. Ils sont remplis d'œufs quand ils arrivent dans nos parages , ils n’en ont plus quand ils nous quittent.

L'idée de pêcher ce poisson, ou plutôt de le ramasser comme une manne céleste vint de bonne heure aux peuples riverains des mers qu’ils fréquentent ; il leur offrait pendant plusieurs mois une nourriture abondante : seulement , l’art encore grossier ne savait pas le conserver sain d’année en année. Mais à l'aurore de notre civilisation , l’industrie trouva le moyen de l’expédier dans fous les marchés de l'univers ; elle en fit une riche branche de commerce : quelques villes, quelques nations même, lui ont dû leur grandeur ; car au moyen àge le hareng figura sur la table des souverains, des princes , des seigneurs ; il fut compté au nombre des approvisionnements des armées, des villes, des monastères; il constituait le mets fondamental du carême et de l’avent. Le peuple, qui dans ses traditions a toujours besoin d’individualiser les grands événements historiques, attribue à un simple pêcheur d’un petit village de Flandre, à Beuckels, né à Biervliet, vers 1340, la grande découverte de saler en caque le hareng. Sans doute cet usage était pratiqué avant lui; mais comme ce fut vers cette époque que l'esprit decommerce des Hollandais prit l’essor qui les a rendus célèbres, la tradition populaire en fit honneur au pauvre patron d’une barque. Cette découverte, qui devait réagir sur les destinées des nations, consistait à arracher les entrailles du hareng , et à se servir de saumure au lieu de sel pour le conserver (voyez ENCAQUER ).

Le hareng saur a besoin d’une saumure plus forte que ie hareng blanc : on le laisse vingt-quatre à trente heures dans la sauce; on lui passe ensuite dans la tête de menues brochettes de bois, au moyen desquelles on le pend dans des cheminées appelées roussables, où il reste exposé pendant vingt-quatre heures à un feu qui jette des torrents de fumée et peu de flammes ; ensuite, il est encaqué.

Le nom du hareng nous a été transmis par les peuples du Nord : de hering nous avons fait kérent, puis hareng. Les ichthyologistes le rangent parmi les clupes.

Théogène PAGE.

HARENGS (Roi des). Voyez CnimÈère (/chthyologie).

HARENGS (Journée des). Au mois de février 1429, pendant le siége d'Orléans par les Anglais, le duc de Bedfort fit partir de Paris un grand convoi de vivres et de munitions que les bourgeois avaient été contraints de fournir, et qu’on avait chargés sur des charrettes exigées des pauvres gens de la campagne. « Le comte de Clermont, dit M. de Barante, résolu$

d'empêcher ce convoi d'arriver aux ennemis. 11 était à Blois, et marcha, le 12 février 1438, pour lui couper la route de Paris, tandis que la garnison d’Orléans était sortie aussi de son côté pour venir se joindre à lui, Elle arriva la première pres du village de Rouvray, et peut-être aurait-elle surpris

les Anglais en marche et en mauvais ordre de défense, mais | il rallait attendre le comte de Clermont. Durant ce délai, : le convoi se disposa à soutenir l'attaque. Les charriots for- :

mèérent une ligne par derrière, et le front et les flancs furent retranchés avec ces pieux effilés que les Anglais portaient toujours avec eux. Les arbalétriers de Paris et les archers anglais, placés aux deux aïles ainsi fortifiées, étaient difficiles à entamer. Les Écossais formaient l'avant-garde du comte de Clermont. En arrivant , ils s’étonnèrent que lattaque ne fût pas encore commencée ; on avait réglé que les hommes d’armes ne descendraient point de cheval. Cet ordre ne convint pas aux Écossais; ils refusèrent de s’y soumettre, eux et leurs capitaines mirent pied à terre. Le bâtard d'Orléans, Xaintrailles, La Hire et tous ceux de la garnison suivirent cet exemple. Le combat commença avec désordre , sans nulle obéissance. Avant que le comte de Clermont fût à portée de seconder l’attaqne, avant que les coulevrines eussent suffisamment rompu le rempart de l'ennemi, les Écossais se lancèrent en toute hâte et vinrent tomber en grand nombre sous les traits serrés des archers anglais, couverts par leurs chariots et leurs pieux. Pendant ce temps, les Gascons, qui étaient restés à cheval, se lancèrent à toute course contre les arbalétriers parisiens, mais sans pouvoir pénétrer dans leur enceinte ; îls furent repoussés après un vif combat. Le trouble s'étant ainsi mis parmi l’armée de France, sir John Falstaff, capitaine des Anglais, commanda à ses gens de faire une sortie hors de leur enceinte. Alors commença le carnage. Le bâtard d'Orléans avait déjà été blessé et fut à grand’peine tiré de la presse. John Stuart, connétable des Écossais, William, son frère, furent tués lun près de l’autre, avec beaucoup de leurs gens. Les sires de Rochechouart, Guillaume d’Albret, de Chabot et d’autres vaillants chevaliers y périrent aussi, Les attaques des Gascons n’avaient pas mieux réussi; la milice de Paris, sous le commandement: de Simon Morhier , que les Anglais avaient fait prévôt, avait continué à tenir ferme , bien qu’elle fit de grandes pertes. Cependant le comte de Clermont était arrivé avec le gros de son armée. L’on s'attendait qu'il allait faire quelque prouesse pour sauver l'honneur des Français ; mais il vit sans y porter nul secours la déroute et le carnage. On avait désobéi à ses commandements. L'attaque avait commencé ayant son arrivée; on avait combattu à pied, et non point à cheval, ainsi qu’il l'avait voulu, Courroucé de ce désordre, il ne se risqua point à en réparer le triste effet. Il reprit sa route vers Orléans , où sa conduite fut jugée bien peu honorablement par tant de braves gens qui se dévouaient avec un tel courage. Il ne resta que peu de jours, et les laissa, leur promettant, pour les apaiser, des secours en vivres et en munitions, qui même n’arrivèrent pas. » Cette bataille de Rouvray, qu'on appela la journée des harengs, parce que ie convoi des Anglais était en grande partie composé de barils de poisson salé pour nourrir leur armée durant le carême, fut un nouveau sujet de honte et de désespoir pour le royaume. Une armée de 8,000 hommes s'était laissé vaincre par 1,500 Anglais et s'était dispersée devant eux,

HARFLEUR, ville de France, dans le département de la Seine-Inférieure, sur la Lezarde, à 2 kil, de son embouchure en Seine, avec 1,980 habitants (1872), un entrepôt réel des douanes , des blanchisseries, une fabrique de produits chimiques, des fours à briques et à plâtre, une hüïlerie, une raflinerie de sucre et un commerce de cabotage. Cest une station du chemin de fer de Rouen au Havre. Harfleur prenait autrefois le titre de souverain port de la Normandie; c'était une des villes les plus importantes de la pronnce, Elle fut prise en 1415 par Henri V d'Angleterre, qui en chassa les habitants. En 1440 Somerset s’en empara de nouveau; mais Dunois la rendit à Charles VII, en 1449, Pen-

ee qe mm me = =

HARENGS — HARIRI

dant les guerres de religion, elle fut prise et saccagée par los huguenots. Harfleur perdit de son importance à mesure que grandit et prospéra leHavre ; la mer, qui se retira de son port, jadis si fféquenté, est la principale cause de sa décadence.

HARIADAN. Voyez BARBEROUSSE IL (Khaïreddin).

HARICOT, genre de la famille des papilionacées de Jussieu, de la diadelphie décandrie de Linné. Le haricot est en général une plante herbacée, annuelle, volubile, à tige dressée et grimpante, mais rarement munie de vrilles : ses feuilles sont alternes, ternées, munies de stipules à la base de leurs pétioles : ses fleurs, disposées en grappes, et offrant toutes les variétés de nuances comprises entre le blanc et le rouge écarlate, sont portées sur un pédoncule commun; leur calice est monophylle et bilabié, à lèvre supérieure échancrée, à lèvre inférieure trifide; la corolle est papilionacée ; son étendard, orbiculaire, émarginé et réfléchi, est muni vers l'onglet d’un double lobule, et ses ailes, égales à l’étendard, sont adhérentes à la carène, qui se roule en spirale avec les organes de la reproduction : des dix étamines, neuf ont leurs filaments soudés ensemble : l'ovaire, presque sessile, est supère, et surmonté d’un style contourné, terminé par un stigmate simple : le fruit est une gousse oblongue, falciforme, bivalve, comprimée sur les côtés, et renfermant un nombre variable de graines, séparées l’une de l’autre par des cloisons transversales membraneuses : la graine elle-même est réniforme et marquée d’un hile oblong ou arrondi. à Le genre haricot renferme une multitude d’espèces toutes originaires de l'Amérique centrale ou des Indes occidentales ; nous citerons : 1° le Aaricol commun (phaseolus vulgaris, Lin.), dont la tige rameuse s'élève à la hauteur d’un mètre environ, et dont les graines sont aussi connues sous les noms de phaséoles, faséoles, favroles, féveroles, petites fèves, fèves peintes, fèves à visage, etc : cette espèce est originaire de l'Inde; c’est celle que l’on cultive presque exclusivement dans les vastes champs des départements de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire ; 2° le Aaricot muitliflore (phaseolus multiflorus, Lamarck), dont la tige herbacée et grimpante s'élève à nne hauteur de 5 mètres, et dont les fleurs écarlates sont disposées en grappes sur des pédoncules axillaires allongés : cette espèce est originaire de l'Amérique méridionale ; on la cultive dans le nord de la France comme plante d'agrément ; et cependant, au dire de Miller et de Rozier, sa graine est aussi saine et aussi nourrissante que celle du haricot vulgaire ; 3° le karicot d’Espagne (phaseolus coccineus, Lin. ), dont les tiges, hautes de 3 à 4 mètres, sont chargées tout l’été de belles grappes de fleurs rouge écarlate (blanches dans une variété, tricolores dans une autre), qui concourent à l’ornement des berceaux et des tonnelles; 4° le haricot caracolle (phaseolus caracolla, Lin.), de l'Amérique méridionale, propre aux mêmes usages que le précédent, mais moins rustique, etc, BELFIELD-LEFÈVRE, HARIRI, c'est-à-dire le marchand de soie, l'un des poëtes etdes grammairiens les plus célèbres qu’aient eusles Arabes, et dont le véritable nom était Abou-Mohammed-Kasem-Ben-Ali, naquit à Bassorah, en 1054, et mourut dans la mème ville, l’an 1121. Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il était fort laid de sa personne, et qu'il joua un rôle po: litique de quelque importance, tantôt sous les ordres des impuissants khalifes de Bagdad, tantôt pour le compte des sultans seldjoukides, 11 était de sang arabe, de la tribu des Beni-Harâm, et, au milieu de la révolution de mœurs qui s’opérait de son temps, resta fidèle aux habitudes de sa race. Sa manière libre ct toute profane le faisait regarder d'assez mauvais œil par les musulmans rigides. Il arriva cependant de son vivant à une immense renommée, el quand il aflait s'adosser à sa colonne de prédilection, dans la mosquée des Beni-Hardm, un cercle nombreux seréunissait autour de lui. C’est là qu'il lut successivement ses 50 Makdmdt ou Séances, . ouvrage qui à première vue peut paraître bizarre à un Européen, mais dans lequel l'auteur nous apprend lui-même

HARIRI — HARLAV

qu'il a voulu renfermer tous 1esmots de la langue, sérieu x et plaisants, les termes légers et graves, les perles et les brillants de l'ébocution, certains passages du Coran, des proverbes arabes, des questions grammaticales , des cas lexicologiques, des nouvelles qui n’avaient pas encore élé raconttes, des exhortations qui peuvent faire pleurer le pécheur, et des plaisanteries capables de faire oublier au malheureux ses chagrins. Les 50 Séances racontent la série d'aventures d’un mendiant lettré, appelé 4Abou-Zeid, deSaroug ou Sarougsch ( ville voisine d’Édesse), qui a été riche autrefois, mais dont les croisés ent pris la ville natale, pillé les biens et réduit la famille en esclavage, et qui pour subsister s’est fait grammairien nomade, rhapsode ambulant. Le récit est placé dans la bouche d’un homme honnête et sensé, Hareth-Ben-Hammam, qui, voyageant pour son instruction et ses affaires, rencontre partout sur sa route, sous un nouveau déguisement, Abou-Zeid, tour à tour boiteux, aveugle, maître d'école, improvisateur, prédicateur , faux derviche, médecin, dévot, libertin; ici transportant son auditoire et arrachant des larmes aux pécheurs; là se livrant à la débauche dans un cabaret avec les aumônes qu'il a recueillies de la piété des croyants. Une des plus bizarres Séances est la 30°, où Abou- Zeid est roi d’un peuple de vagabonds et bateleurs, et qui du haut de son trône de bohême rend au monde les mépris qu’il en a reçus. Sur la fin de sa vie, il se convertit et devient imâm.Hareth-Ben-Hammam le rencontre une dernière fois, redevenu tout à fait honnête homme. De cet étrange canevas, il est résulté 1e suile de tableaux, tantôt en vers et tantôt en prose, où, à travers des scènes piquantes, encore bien que le fond en soit fort léger, apparaissent tour à tour les expressions les plus recherchées de la langue arabe, ses tournures les plus élégantes, ses proverbes les plus estimés. Cet ouvrage fut tout aussitôt considéré comme un cours de haute littérature, et depuis ce moment il n’a pas cessé d’être dans les mains des Arabes qui veulentse mettre au courant du beau langage. Il leur tient tout à la fois lieu de dictionnaire des synonymes, de traité des tropes ; et la lecture en est souvent des plus attrayantes. Le texte, en raison de la nature du plan adopté par l’auteur, à cause de son style souvent extravagant, tout cousu d’allusions, d’énigmes, de calembours et de puérilités de versification, est hérissé de difficultés; etles indigènes eux-mêmes ont besoin d’un guide qui les fixe sur le sens de certaines expressicns. De bonne heure done il devint l’objet de nombreux commentaires de la part des critiques arabes, parmi lesquels on cite surtout Motarezzi et Chérichi.

L’admiration dont les Séances d’Hariri sont l’objet en Orient a produit de nombreuses imitations arabes, syriaques, hébraïques, dont quelques-unes ont paru de nos jours même. Le Juif espagnol AlCharizi, connu aussi sous le nom d’Harizi, auteur d’une traduction en hébreu des Séances, les prit pour modèles dans un ouvrage original auquel il donna le titre de Thahkemoni (Constantinople, 1540-78; dern. édit., Berlin, 1845 ).

La meilleure édition qu’on possède des Séances d'Hariri, est celle qu’en a donnéeSylvestre de Sacy (in-folio, 1822 }. Le préface, écrite dans l’arabe le plus pur, le commentaire, composé en grande partie, il est vrai, d’après ceux de Motarezzi et de Chérichi, enlevèrent les suffrages des lettrés les plus exigeants d'Égypte et de Syrie. Ce magnifique volime in-folio de 660 pages, tout arabe d’un bout à l’autre, devint promptement classique dans tout l'Orient; aussi, malgré son prix nécessairement élevé, fut-il bientôt épuisé. Une seconde édition du travail de M, de Sacy a été publiée, en 1853, par MM. Reinaud et Derenbourg, à l’usage des écoles européennes. Il en a paru aussi une nouvelle analyse critique, avec des commentaires arabes, au Caire (1850).

Abou-Mohammed-Kasem-Ben-Ali est en outre auteur de nombreux ouvrages relatifs à la grammaire. Sylvestre de Sacy a publié, dans son Anthologie grammaticale { Paris, 1831 ) des fragments assez étendus de son Molhatalirab, traité en vers sur la Syntaxe arabe, destiné à être

eppris par cœur dans les écoles, ainsi que de son Dourr’al ghawas, où la Perle du plongeur, recueil d'observations philologiques sur les fautes de langage qui échappent en parlant, même aux gens bien élevés.

HARISPE (JEan-Isipore), maréchal de France, sénateur, etc., naquit à Saint-Étienne de Baïgorri (Basses-Pyrénées ), le 5 novembre 1768. Volontaire en 1799, il fut nommé Capitaine d’une compagnie franche en 1793 et bientôt commandant d’un bataillon basque. En 1800 il prit part aux opérations dont le pays des Grisons fut le théâtre, puis il passa à l’armée d’Italie dans la division Moncey. Colonel en 1802 , il alla faire la campagne d’Allemagne en 1806, et se distingua à la bataille d’Iéna, où il fut blessé : le bulletin le comprit même parmi les morts. Général de brigade en 1807, ilse fit remarquer aux combats de Gutstadt, de Geilsberg et à la bataille de Friedland. 11 fut ensuite envoyé sur les frontières d'Espagne, et devint chef d'état-major du maréchal Moncey. En 1810 il fut promu général de division, et le 29 mai 1811 il commandait les troupes qui montèrent à l'assaut de Tarragone. Créé comte en 1813, il continua à servir en Espagne sous les ordres du maréchal Suchet ; en 1814 il fut envoyé à l’armée du maréchal Soult, et le 10 avril, blessé à la bataille de Toulouse, il tombait au pouvoir des Anglais. Le gouvernement royal lui donna la croix de Saint-Louis, puis le commandement de la 15° divi- Sion militaire. A l’époque des cents jours il commanda la 1re division de l’armée des Basses-Pyrénées ; pendant toute la restauration , il vécut retiré dans sa propriété de Baïgorri. Sous Louis-Philippe, il commanda presque constamment l’armée d'observation établie sur les frontières d’Espagne, et le 11 septembre 1835 il fut compris dans une promotion de pairs. Le président de la république lui confia le commandement de la {1° division militaire, dont il se démit en 1850. Le 11 décembre 1851 il fut élevé à la dignité de maréchal de France, ce qui lui donna peu de temps après son entrée au sénat. Il est mort le 26 mai 1855 à Lacarre, près Bayonne.

HARIAZI. Voyez CHarizi.

HARLAY, famille française, dont plusieurs membres ont figuré avec distinction dans les rangs de la magistrature et du clergé , depuis le quatorzième siècle jusqu’au commencement du dix-huitième.

HARLAY (ACHILLE DE), le premier qui ait attiré les regards de l’histoire, naquit en 1536. Successeur de Christophe de Thou, son beau-père, dansla dignité de premier président du parlement de Paris, il occupait ce poste lors de la fameuse journée des Barricades, le 12 mai 1588. Le duc de Guise, chef de la populace ameutée, avait jeté les yeux sur le parlement de Paris pour légaliser la révolte de cette ville, et, connaissant tout l’ascendant que Harlay exercait sur sa compagnie, il avait entrepris de le gagner ainsi que plusieurs de ses confrères, en les dérobant aux persécutions que les Seize, ces magistrats sanguinaires, menaçaient de leur faire subir. Après la fuite du roi, il vint trouver le premier président, qui s'était retiré dans son jardin, et, dans un discours respectueux et flatteur, il réclama instamment son concours pour réprimer l’anarchie et rendre aux lois la puissance qu’elles avaient perdue. Harlay l'écoute avec un flesme que faisait ressortir encore le tumulte des circonstances , et lui adresse cette réponse, demeurée si justement célèbre : « C’est grand’pitié quand le valet chasse le maitre; au reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est à mon roi, et mon corps est entre les mains des méchants; ils en feront ce qu'ils voudront. Vous me parlez d’assembler le parlement ; mais quand la majesté du prince est violée, le magistrat n’a plus d'autorité. » Tant de fermeté imposa à Guise, qui m’osa le punir. Cependant, le 1er janvier 1589, Harlay, pressé par le fougueux Lincestre de jurer vengeance du meurrre des princes lorrains, prêta le serment qui lui était dicté en présence d’une multitude furieuse , prête à tous les excès. Cet acte de condescendance ne le sauva point des proscriptions des Jigueurs. Quinze jours après, le 16 janvier, Bussv- Leclerc, procureur au parlement de Paris et gouverneur de ts

Bastille, entre dans la grande salle du parlement, et, après d’h ypocrites doléances sur la mission pénible qu’il vient remplir, il se met en devoir de lire la liste des magistrats dont il est chargé d'opérer l'arrestation. A l'appel de son nom, Harlay se lève : « Je vous suis, dit-il au chef des Seize : ce sont des mains bien viles qui m’arrêtent, mais il est toujours glorieux de souffrir pour son roi. » Bussy veut continuer : « C’est inutile, s’écrie-t-on de toutes parts dans l’assemblée, nous nous regardons tous comme portés sur la liste. » Et cinquante magistrats s’élancent intrépidement à la suite de Harlay.

Le premier président racheta plus tard sa liberté moyenpant une rançon de 10,000 écus, et se rendit à Tours auprès de Henri IV, devenu roi de France par la mort de Henri EII. J1 se dévoua à la fortune de ce prince avec une fidélité qui ne tin£ compte ni des foudres de Grégoire XIV, ni des menaces du cabinet espagnol. A son retour à Paris, le Béarnais récompensa dignement ses services. Mais Harlay ne vit dans les faveurs de ce prince que de nouveaux encouragements à son zèle, Sa fidélité s’exhalait souvent en aveux pleins d’une liberté respectueuse, mais entière. Il affectait, dit un historien, de fermer les yeux sur des indices trèsfrappants d’hérésie, acceptait comme une profession de foi formelle un désaveu équivoque; et lorsqu'il était forcé de punir, il bornait presque toujours la peine au bannissement. Il se démit de la première présidence en 1610, après trente-quatre ans d’exercice, et mourut le 23 octobre de la même année.

HARLAY DE SANCY (Nicozas), issu d’une branche colletérale de la même famille, fut successivement conseiller au parlement de Paris, ambassadeur de France en Allemagne et en Angleterre, capitaine des Cent-Suisses et surintendant des finances, emploi dans lequel il fut remplacé par Sully, dont il avait été l’antagoniste et qui dans ses Mémoires lui reproche des prodigalités. Né en 1546, mort en 1629, il changea plusieurs fois de religion, restant en politiqu toujours attaché à la cause royale. ;

HARLAY ( ACuiLLe DE ), baron DE SANCY, second fils du précédent, né à Paris, en 1581, fut tour à tour prôtre, militaire, avocat et, sous la régence de Marie de Médicis, ambassadeur à Constantinople, d’où il se fit rappeler en 1617. Après avoir rempli plusieurs missions en Angleterre et en Savoie, il devint, en 1631, évêque de Saint-Malo, et présida en cette qualité les états de Bretagne trois ans après. Son nom est mêlé aux événements politiques de cette époque. Disgracié par le cardinal de Richelieu pour s'être opposé, dans l'assemblée du clergé de 1635, aux subsides extraordinaires demandés par la cour, il se consacra dès lors exclusivement à la direction de son diocèse, où il mourut, en 1646.

HARLAY DE CHANVALON (NicoLas DE), archevêque de Paris, neveu de François de Harkay, archevêque de Rouen, né dans la capitale, en 1625, fut choisi par Louis XIV pour présider l’assemblée du clergé de 1660. Ce monarque le chargea en outre de la direction des affaires du clergé régulier, et le désigna pour la célébration de son mariage secret avec M"®° de Maintenon, Recommandable par la noblesse engageante de ses manières et la tournure conciliante de son esprit, pasteur plein de lumières et de vigilance, il était plus renommé, disent ses contemporains, pour la prudence et la régularité de sa conduite extérieure que pour l’austérité de ses mœurs privées, Mort en 1695 d’apoplexie foudroyante, il eut pour successeur le cardinal! de Noailles, évêque de Châlons. II était de l’Académie Française.

HARLAY (AGniLe DE), petit-neveu du magistrat qui s'était rendu si célèbre au temps de la Ligue, naquit à Paris, en 1639. Conseiller, pufs procureur général au parlement, il vendit sa charge en 1689, et succéda le 13 novembre de la même année au premier président Potier de Novion. Profondément versé dans l'étude de la jurisprudence et des belleslettres, il parut dans cette magistrature avec un grand éclat, Sa sévérité, au moins apparente, de mœurs n’excluait point

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