HARCOURT — HARDENBERG
HARDENBERG (CHARLES-AUGUSTE, prince DE), homme d’État prussien, était né le 31 mai 1750 à Essenroda, dans l'électorat de Hanovre. En 1778 il obtint un emploi dans l'administration de l’électorat, et fut créé comte. Marié à une femme aussi distinguée par sa naissance que par sa beauté, il eut le désagrément de la surprendre un jour en flagrant délit d’adultère avec le prince de Galles, fils du roi Georges IIL. qui était venu étudier à Gættingue, et témoigna à cette occasion d’une suceptibilité par trop démonstrative. Après avoir vengé sans façons et en galant homme l’affront fait à son honneur, il quitta le service de Hanovre pour celui du due de Brunswick. Déjà, lors de la mort de Frédéric le Grand, chargé de remettre à son successeur le testament de ce prince, déposé entre les mains du duc de Brunswick, il avait attiré l’attention du roide Prusse, Frédéric-Guillaume II, qui plus tard le désigna au choix du margrave de Baireuth et d’Anspach pour ministre. Les principautés d’Anspach et de Baireuth ayant été réunies l’année suivante à la Prusse, Hardenberg conserva sa position, et eut même siége au conseil. En 1795 il fut envoyé à Bâle, où, à la mort du comte de Goltz, il fut chargé de conduire les négociations ouvertes pour la paix avec le gouvernement français. En 1797, à l’avénement au trône de Frédéric-Guillaume III, il fut rappelé à Berlin et placé à la tête des affaires de Franconie, tant intérieures qu’extérieures. Quand M. de Haugwitz, ministre dont les dispositions étaient toutes favorables à la France, vit son système compromis à la suite de l'occupation du Hanovre par les armées françaises et dut en conséquence donner sa démission, ce fut Hardenberg qui, en août 1804, fut appelé à le remplacer. Quoique sous son influence le cabinet de Berlin cherchât à se rapprocher davantage de l’Angleterre, il ne s’en efforça pas moins pendant longtemps de maintenir la plus stricte neutralité, et ne changea de système que lorsque les troupes françaises eurent violé le territoire d’Anspach. La Prusse se préparait donc à la guerre, lorsque la victoire d'Austeriitz vint la forcer à suspendre ses armements, et Hardenberg dut alors céder son portefeuille à Haugwitz.
Des événements imprévus ne tardèrent pas à entraîner de nouveau la Prusse dans le parti de la guerre, et Hardenberg assista, en 1806, à Charlottenbourg, aux conférences qui précédèrent la déclaration des hostilités. A la paix de Tilsitt, il abandonna de nouveau le ministère, et se retira pendant quelque temps sur les frontières de Russie. Puis il revint se fixer dans son domaine de Tempelhof, près de Berlin; et à la rentrée de Stein aux affaires, le roi lui conféra le titre de chancelier d'État. C’est de cette époque que date l'influence décisive exercée par Hardenberg sur les affaires de l'Europe et les destinées du monde.
Après avoir dû graviter pendant quelque temps dans l'or bite de la politique française, il saisit l'occasion favorable qui se présenta à la suite de la campagne de Russie, pour dès les premiers jours de 1813 embrasser la politique opposée. 11 fut l’un des signataires de la paix de Paris, et son souverain, par une ordonnance datée de Paris, 3 juin 1814, l'éleva à la dignité de prince de Hardenberg. Après avoir accompagné les souverains alliés à Londres, il prit une part importante aux actes du congrès de Vienne, el figura encore dans les négociations qui précédèrent les nouveaux traités conclus à Paris en 1815. En 1817 le roi de Prusse le chargea de l'organisation du conseil d’État, dont il fut nommé en outre président. Il assista ensuite aux congrès d’Aix-la-Chapelle et de Carlsbad, puis organisa le nouveau système d'impôts de la Prusse ainsi que l’administration de ses archives. Dans les dernières années de sa vie, il prit part avec le ministre comte de Bernstorff aux congrès de Troppau, de Laybach et de Vérone, De Vérone, il entreprit de traverser le nord de PItalie, tomba malade à Pavie, puis s'en vint mourir à Gênes, le 26 novembre 1822. Ses restes mortels furent transférés au château de Lietzen.
Hardenberg rendit de grands et incontestables services à la Prusse, C’est en partie à ses efforts qu’elle fut redevable