‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 5 sur 552 · FRESNEL — FRESQUE · texte numérisé non relu

FRESNEL — FRESQUE

pour entrer à l’École des Ponts et Chaussées, qu'il ne quitta que pour être envoyé avec le titre d'ingénieur dans le département de la Vendée. Destitué pendant les cent jours, à cause du zèle royaliste qu’il avait témuigné, il résolut de se livrer à l'étude des Sciences physiques et mathématiques pour lesquelles il s’était toujours senti une vocation marquée ; et un premier mémoire sur la diffraction de la lumière, soumis à l’Académie des Sciences au mois d'octobre 1815, le signala à l'attention du monde savant. Les matières traitées dans ce mémoire devinrent le sujet d’un prix mis au concours par PAcadémie en 1517; et Fresnel , reprenant et complétant ses expériences précédentes, adressa à ce grand jury scientifique un second mémoire, qui obtint, en 1819 le prix proposé, Dans ce beau travail, il avait trouvé, à l’aide de la théorie des ondulations et du principe des interférences, des formules représentant avec la plus grande exactitude toutes les circonstances du phénomène de la diffraction de la lumière , la largeur des franges colorées, la inarche curviligne de leurs bandes obscures et brillantes , et l'intensité de la lumière infléchie dans l'ombre. A la seconde restauration, il avait été réintégré dans ses fonctions d’ingénieur des ponts et chaussées, et bientôt après chargé d’un service à Paris, qui lui permettait de se livrer en même temps avec facilité kux études objet de sa prédilection spéciale. Plusieurs ménoires, publiés à l'appui d’une théorie nouvelle qui renversait les idées émises par les plus célèbres physiciens, et qui a été le point de départ des savantes recherches de MM. Jamin et Cauchy, achevèrent d'illustrer le nom du jeune savant, qui dès 1823 était élu à l'unanimité membre de l’Académie des Sciences, et à qui en 1825 la Société royale de Londres conférait le même honneur. Nommé membre de la commission des phares, Fresnel eut bientôt justifié cette marque de confiance sympathique du pouvoir par l’invention du système des phares lenticulaires, admirable création, qui équivalait à une révolution dans cette partie si importante des services publics, et qui lui assure à jamais la reconnaissance des marins de tous les pays. IL mourut à Ville-d’Avray, le 14 juillet 1827.

FRESQUE , peinture faite avec des couleurs terreuses détrempées dans de l’eau pure et appliquées sur un mur nouvellement enduit d’un mortier composé de chaux et de sable, conditions toutes nécessaires pour donner à la fresque une longue durée, En eflet, le mélange de chaux et de sable devient, avec le temps, aussi dur que la pierre, avec laquelle il s’unit beaucoup mieux que le plâtre, qui finit souvent par se détacher; puis la couleur s’incorpore parfaitement dans l'épaisseur de l’enduit, sur lequel on ne l'applique que tandis qu'il est frais, c’est-à-dire assez chargé d'humidité lui-même pour que l’eau colorée s’inprègne dans tous les pores de l’enduit. C’est pour cette raison que cette manière de peindre a reçu le nom de fresque ( de l'italien fresco ). Autrefois on écrivait en français fraisque, afin de mieux faire sentir son analogie avec le mot frais.

Pour que l’enduit ait la fraicheur convenable , on ne doit couvrir chaque matin que la portion de mur qui peut être peinte dans la journée ; et si quelque chose retarde ou suspend le travail de Partiste, il doit faire abattre l’enduit pour le refaire de nouveau. Dans cetle manière de peindre, un artiste doit travailler vite et toujours au premier coup, car la fresque ne permet pas de retouches. Une grande composition ne peut donc être exécutée que par fragments, et chaque partie doit être totalement terminée avant que la Partie voisine puisse être même tracée, Ce genre de peinture exige des artistes fort exercés , dont la main soit aussi sûre qu'habile, Un tel travail ne convient non plus que pour de vastes compositions, placées à une assez grande distance du spectateur, comme sont les coupoles, les voûtes et les grands glafonds,

é Afin de pouvoir travailler avec sécurité, l'artiste a soin

avoir des dessins où tous les contours sulent bien arrêtés, st sur lesquels il à également soin d'indiquer la place des clairs et des ombres, Il calque alors ces dessins avec une

pointe , qui les empreint facilement sur l’enduit, et acquiert ainsi la certitude de ne pas faire d’erreurs. Afin d’avoir un guide plus certain, ces dessins, nommés Cartons, sont ordinairement coloriés ; cependant, quelquefois ils n’offrent qu’un simple trait de la grandeur de l'exécution : pour le reste du travail , Partiste se contente d’un petit tableau , sur lequel il retrouve l'effet et la couleur.

La méthode de la peinture à fresque paraît être la plus ancienne de toutes : aussi ne peut-on fixer son origine. Les grandes peintures dont parle Pausanias, faites par Polygnote dans le Pœcile d'Athènes et le Léché de Delphes , ainsi que d’autres peintures antiques, pourraient bien avoir été exécutées à fresque. Celles que l’on retrouve dans les temples d'Égypte, à Herculanum et à Pompéi, sont aussi faites dans des manières semblables à la fresque. Nous ne pensons pas devoir entrer ici dans aucun détail sur toutes ces anciennes peintures ; une grande partie d’entre elles sont maintenant détruites , et on ne les connaît plus que par les descriptions qu’en ont données différents auteurs , tant anciens que modernes, Pausanias, Philostrate, Pline, Caylus, Bellori, Norden, Pocockeet Winckelmann. Mais il sera peut-être bon de donner une idée succincte des fresques modernes les plus remarquables : nous citerons d’abord celles qui ont été faites par Giotto et Cimabué à Assise, celles qui décorent les murs du Cam po-S a n to de Pise : elles ont été faites par Buffalmaco, Orcagna, Simon Memmi, Spinello d’Arezzo et Benozzo Gozzoli; celles qui ont été peintes en 1440 par Dominique de Bartolo dans l'hôpital de la Scala à Sienne. Nous citerons aussi les célèbres fresques peintes par R aphael daus plusieurs des chambres du Vatican, les arabesques peintes dans les loges, l’histoire de Psyché et de l’Amour, ainsi que Le Triomphe de Galathée, dans le palais de Chigi ; puis Les Sibylles, dans l’église de Sainte-Marie de la Paix à Rome. Ces fresques sont toutes des compositions de Raphael. Nous rappellerons encore celles qui ont été faites par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, et dont la plus importante est cette vaste composition du Jugement dernier, qui occupe en entier le fond de cette chapelle; le dôme de Parme, dans lequel le Corrége a représenté le paradis dans la coupole, et les quatre Pères de l'Église sur les pendentifs; la célèbre galerie Farnèse, où se voient les plus Leaux témoignages du grand talent d’Annibal Carrache; les fresques peintes par Dominique Zamypieri dans la chapelle de la Grotta-Ferrata, où sont représentés plusieurs traits de la vie de saint Barthélemy et de saint Nil ; puis les fresques relatives à sainte Cécile, qui se voient à Rome dans l'église de Saint-Louis des Français, également peintes par le Dominiquin, ainsi que l’histoire d’Apoilon, peinte à Frascati dans le palais Aldobrandini ; la coupole de Saint- André della Valle à Rome, par Lanfranc; les voûies et soffites du palais Barberini, où se trouvent des compositions allégoriques à la gloire de cette illustre maison , par Pierre Berettini; l’histoire de la maison Farnèse, peinte dans le palais de Caprarole, par les frères Thaddée et Frédéric Zucchero ; enfin, nombre d’autres grandes et vastes compositions peintes à Naples, à Rome , à Bologne et à Gênes , par Charles Marotti, Ciro Ferri, Joseph d’Arpino, Luc Giordano et François Solimène, ainsi que par François Salviati, Cignaniet Bibienna. Nous citerons encore deux peintres italiens : Grimaldi, dit Bolognèse, et Romanelli, qui tous deux vinrent à Paris, où ils ont fait plusieurs peintures à fresque, soit dans diverses salles du Louvre, soit dans le palais Mazarin. Plusieurs d’entre elles ont déjà été détruites depuis longtemps.

Nous terminerons cet article en citant encore les fresques faites à Paris par plusieurs artistes français : la plus ancienne est celle de la coupole du Val-de-Grâce, peinte par Mignard et célébrée par Molière ; la coupole et les pendenlifs du dôme des Invalides, peints par Jouvenet et Deiafosse ; la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice, par Pierre; puis, dans la même église, deux chapelles peintes de 1820 à 1822, l'une par M. Vinchon et l’autre par M. Abel

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