‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 4 sur 552 · FRÉRON — FRESNEL · texte numérisé non relu

FRÉRON — FRESNEL

honorable sang-froid contre Voltaire, a adressé à Fréron une lettre violentequisetermine par le mot le plus insultant, « Vous dites, Monsieur, que vous vous enveloppezdans votre vertu : je ne vous le conseille pas, vous auriez là un méchant manteau, » Et cependant, Fréron a tenu bon, et n’a pas lâché d’un pas; jusqu’à la fin il a persévéré dans la route qu’il s'était tracée. Au nombre de ses travaux il faut placer sa défense de Pancien théâtre et sa constante admiration pour Corneille et pour Racine, et son opposition constante à cette larmoyante et fade comédie par laquelle on espérait remplacer la comédie de Molière. C’est Fréron qui le premier a trouvé la critique dramatique, commeil atrouvéle style de la critique littéraire. Fréron est le plus habile analyste de ce monde. Son coup d'œil est prompt et sûr ; sa parole est rapide et vive ; il est peu facile à éblouir, et jamais homme ne s’est mieux tenu en garde contre les étincelles du faux bel-esprit et les efforts grandioses du mauvais goût. Fréron sait par cœur tous les modèles : ajoutez que c’est lui qui a formulé les droits de la critique; on écoutait, même en la maudissant, cette voix importune de Fréron, parce qu’à tout prendre, cette voix disait la vérité.

Fréron était bien malade quand on vint lui apprendre que ses ennemis l’emportaient enfin, et que le garde des sceaux, M. de Miromesnil, venait de supprimer le privilége de l'Année littéraire. A cette nouvelle, Fréron, désarmé, s’avoua vaineu pour la première fois; cependant, il ne ressentit ni indignation ni colère. « Ah! dit-il, en s’efforçant de sourire, c’est là un malheur particulier qui ne doit détourner personne de la défense de la monarchie; le salut de tous est attaché au sien. » Disant ces mots, il baissa la tête, et mourut, accablé de fatigues et d’ennuis, le 10 mars 1776. Au reste, il mourut à temps, quand la révolution allait venir avec sa grande voix imposer silence à toute parole qui n’était pas pour elle. Fréron emporta dans sa tombe le journal littéraire et la critique littéraire. Après lui le journal devint une puissance politique; il ne s’était attaqué qu’à des écriyains, il s’attaqua à tous les autres grands pouvoirs : il passa de la théorie des révolutions à la pratique des révolutions. Qu'aurait dit Fréron s’il avait pu prévoir les journaux de la Terreur, et si Marat, le père Duchesne, appuyant sur son épaule sa main chargée de sang et de barbarismes, füt venu lui dire : Salut et fraternité à mon confrère Fréront!

FRÉRON ( Louis-Sraniscas), né à Paris, en 1765, fils du précédent, eut pour parrain le roi Stanislas, Aussi, quoiqu’il n’eût guère plus de dix ans à la mort de son père, le privilége de l’Année littéraire lui fut-il rendu, et il en jouit jusqu'en 1790; mais il ne prit que fort peu de part à la rédaction , qui appartint surtout à son oncle Royou et à l'abbé Geoffroy, le futur collaborateur du Jowrnal des Débats. Jeune homme de fêtes et de plaisirs, il ne marcha pas, du reste, sur les traces de son père. Enfant ct dans Jes bras de sa mère, Fréron le fils avait pu apprendre ce qu’il en coûte pour défendre la société contre ceux qui l’oppriment, et combien c’est une triste position de défendre plus grand que soi. Il est donc pardonnable de n’avoir pas voulu continuer son père, et d’avoir pris le parti le plus facile et le plus honoré, Malheureusement, l’ancien condisciple de Robespierre à Louis-le-Grand ne fut pas un simple révolutionnaire, laissant aller la révolution, qu’on ne pouvait plus contenir ; il fut un révolutionnaire fanatique, impitoyable, sanguinaire. Qui le croirait? la gloire de Marat empéchait Fréron de dormir! Pour contre-balancer l’Ami du Peuple, Fréron publia L’Orateur du Peuple, et là il s’abandonnait à tous les horribles excès d’un homme naturellement timide, et qui ne sait pas s'arrêter dans sa cruauté, parce qu'il ne sait pas s'arrêter dans sa faiblesse. Enfin, pour tout dire, le fils de Fréron le grand critique, oubliant à la fois son père et le noble exemple qu’il lui avait donné, vota la mort du roi, son bienfaiteur, et il osa s’en vanter plus tard! Et c’est ce méme Fréron, fils de Fréron le critique, que la Convention envoya à Marseille comme un instrument de mort; et là, à Marseille, Fréron le fils, s’abandonnant de nouveau à sea

fureurs, inserivit son nom sanglant et déshonoré à côté du nom de Collot d’Herbois, qui était le Fréron de Lyon, comme Fréron élait le Collot d'Herbois de Marseille,

Qui sait si tel homme qui avait battu des mains à la représentation de ZL'Écossaise ne paya pas de sa tête, sous Fréron le proconsul de Marseille et de Toulon, les applaudissements barbares dont il avait accueilli le nom du grand critique Fréron? Au fait, qui pourrait dire ce qui se passait dans l’âme de Fréron le fils, quand enfin, après les longues années de son enfance, ces années chargées d’'humiliations et d'insultes publiques, il se vit dans sa jeunesse un nom redouté à l’égal du nom de Marat? Au fait, cet enfant, qui avait été élevé dans le cabinet de Fréron le critique, qui avait vu son père nuit et jour au travail, dévoué toute sa vie aux principes conservateurs, ne recueillir de son ouvrage que les insultes et les moqueries de ceux même qu’il défendait; au fait, Fréron le fils, qui avait vu mourir son père sous les coups de la disgrâce du garde des sceaux Miromesnil, avait dû prendre en grande pitié et en grand mépris cette société misérable, qui était si peu reconnaissante, et qui se défendait si mal. Tant d’injures accumulées pendant trente ans sur la tête du père, et quelles injures! ont dù nécessairement retomber sur le cœur du fils; et comme c'était là, pour ce jeune homme sans croyance et sans fidélité, des injures sans contre-poids, comme en ceci il n’était pas soutenu comme l'était son père par la conscience de son courage et d’un devoir noblement rempli, on s’explique à peu près comment le fils de Fréron, cet enfant qui était né si doux et si humain, soit devenu féroce par le besoin de venger son père. Ne vous étonnez donc pas de lui voir porter sur le peuple des mains violentes ; ne vous étonnez pas de le voir commander l’artillerie contre le peuple : ce jour-là il avait sous ses ordres un jeune officier d’artillerie qui avait nom Bonaparte, et qui avait pris Toulon à lui seul ; et là, au milieu du Champs-de-Mars, Fréron le fils mitraillait le peuple amoncelé.

Depuis ce temps Fréron fils eut des fortunes diverses à subir. De terroriste qu’il était, il se fit l'ennemi de Robespierre; Robespierre brisé, l'assassin de Toulon et de Marseille se trouva bientôt à la tête de la réaction antijacobine. Il était thermidorien; il avait des partisans, qu’on appelait La jeunesse dorée de Fréron; puis enfin, quand la France arriva au 5 vendémiaire, Fréron redevint ce qu’il avait toujours été, un mauvais agitateur, moins que rien. Il alla mourir en 1802, à Saint-Domingue, sous les ordres du géral Leclerc, le mari de Pauline Bo naparte, Chose élrange encore! Pauline était aimée de Fréron, et elle aimait Fréron avec l'autorisation de son frère. On a encore les correspondances de Fréron et de Pauline. Jules JANIN.

FRESENIUS (Cnarces-Rem), chimiste allemand, est né en 1818 à Francfort. D'abord élève en pharmacie il s’adonna ensuite à l'étude des sciences naturelles, et fréquenta l’université de Bonn et celle de Giessen, où Liebig le choisit pour suppléant. Reçu agrégé de chimie en 1843, il fut chargé , en 1845, d'enseigner cette science à l’institut agronomique de Wiesbaden, Sur ses instances, le gouvernement du duché de Nassau fonda dans cet établissement un laboratoire (1848), qui reçut plus tard de nofables agrandissemen ts et auquel on joignit, en 1862, une école de pharmacie. Les leçons de Fresenius l'ont rendu célèbre dans toute l'Allemagne, et ses ouvrages lui ont acquis dans le monde scientifique une autorité incontestable. Nous citerons en première ligne ses deux Traités d'analyse chimique qualitative (1841) et quantitative (1846), puis son Manuel de chimie agricole, forestière et financière (1847). Il a fondé en 1862 à Brunswick un Journal d'analyse chimique.

FRESNEL (AucusniN-JEAN), physicien célèbre par ses belles recherches sur la lumière, naquit le 10 mai 1788, à Broglie (Eure), et après avoir fait ses études à Caen, fut reçu de bonne heure à l'École polytechnique, d'où il sortit

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