HARLEM — HARMONICA
renomiée pour ses blanchisseries, ses tissus de laine et de soie , ses tapis et ses velours, ses savonneries et ses fonderies de caractères typographiques. La {ulipomanie (voyez FLEURS [Commerce des]) n’a pas médiocrement ajouté à sa célébrité, et l'on se souvient de ces vers de Delile :
Je sais que dans Harlem plus d’un triste amateur Au fond de ses jardins s'enferme avec sa fleur, Pour voir sa renoncule avant l’aube s’éveille, D'une anémone unique adore la merveille,
Ou, d’un rival heureux enviant le secret,
Achète au poids de l'or les taches d’un æillet.......
En 1779 l’auteur de La Hollande au dix-haitième siècle portait la population de Hariem à 45,000 habitants. En 1870 elle était de 31,282 âmes.
On a de Théodore Schrevelius un ouvrageintitulé : Harlemumm (Lugd. Bat., 1647; in-4°). La relation du siége de cette ville pendant les années 1572 et 1573 y a été imprimée en hollandais (1739, in-8°). DE REIFFENBERG.
HARLEM (Mer de). On appelle ou plutôt on appelait
ainsi autrefois un grand lac d'environ six myriamètres de long sur trois de large, situé dans la province de la Hollande septentrionale (Pays-Bas), entre les villes de Harlem, de Leyde et d'Amsterdam. Il existait Ià jadis quatre lacs différents, et de grandeur bien moindre, dont à la fin du seizième siècle une violente invasion de la mer du Nord, en détruisant tout sur son passage, ne fit plus qu’une seule et même masse d’eau, d’unesuperficied'environ 33,000 arpents. Elle avait 14 pieds de profondeur, dont 8 pieds de vase, qu’on utilisait pour la fabrication des briques servant à la construction des maisons et au pavage de la voie publique. Malgré son peu de profondeur, il arrivait souvent, à la suite de violentes tempêtes, que cette masse d’eau, mise par le bras de mer appelé Het Y en communication avec le Zuiderzée , s’élevât à une grande hauteur ; et ce n'était qu'au moyen d’un coûteux système de digues et d’écluses qu'on parvenait à l'empêcher d'empiéter encore sur les contrées qu’elle baiguait. Pour prévenir de nouvelles dévastations et en même temps pour gagner du terrain propre à la culture, on entreprit en 1840 la gigantesque opération du d:sséchement de la mer de Harlem, terminée à la fin de 1865. A cet effet, on l’entoura de digues flanquées de fossés profonds , dans lesquels on conduisit de petits cours d’eau qui vont se déverser dans le Zuiderzée, en même lemps qu’on les ulilise pour les besoins de la navigation. Le fond de la mer de Harlem s’est treuvé de la sorte peu à peu transformé en polders, et on a rendu à l'agriculture une superficie d'environ 20 000 arpents de terre. si
HARLEM (ConneLius DE). Voyez CORNELIS.
HARMATTAN. On appelle ainsi un vent singulier, très-violent et très-chaud, qui souffle périodiquement, d’ordinaire pendant sept à huit jours, des contrées intérieures de l'Afrique, entre l’est et le nord-est, vers l'océan Atlantique. Il règne en décembre, janvier et février, et est généralement accompagné d’un brouillard ou d’une brume qui cache souvent le soleil pendant des jours entiers. Une sécheresse et une chaleur extrêmes sont les résultats caractéristiques de ce vent. Tout le règne végétal en est flétri, et les fruits mûrissent immédiatement, La sécheresse est si extrême, que les meub'es des habitations en reçoivent de graves dommages, et que les boiseries des appartements éclatent. Le corps de l'homme aussi en souffre assez pour provoquer l’écaillement de la peau aux mains et au visage; mais à d’autres égards on regarde en général les effets de ce vent comme salutaires, lorsqu'il ne passe pas au-dessus de contrées marécageuses, parce qu’il arrête les progrès de toute espèce d'infection, et qu’il guérit la plupart des affections cutanées, les fièvres intermittentes et les diarrhées, Aussitôt qu'il cesse de souffler, un froid des plus piquants lui succède. L'harmattan ressemble beaucoup au samoum ou simoun;:etil n'ya que les nègres de la côte occidentale du désert de Sahara Qui lui donnent ce nom,
BICT,. DE LA CONVERS, — T, x,
HARMENSEN. Voyez ARMmINIUS.
HARMODIUS et ARISTOGITON étaient deux jeunes Athéniens unis par la plus étroite amitié. Ils vivaient sous le règne des pisistratides Hipparque et Hippias. Le voluptueux Hipparque séduisit la sœur d'Harmodius; et, loin de cacher la faiblesse de sa victime, en révéla toute la honte dans une procession de vierges en lui interdisant l'entrée du Parthénon. Cette injure privée mit les armes aux mains d'Harmodius. Bientôt les deux amis associent un grand nombre de citoyens à leur complot; des femmes trempent même dans la conjuration. Le jour de l'exécution est fixé aux Panathénées ; car cette fête réunit une foule de citoyens au temple, et la coutume permet d’y porter des armes. Au jour dit, ils se rendent au Parthénon, tenant à la main des branches de myrte, au milicu desquelles un poignard est caché. Ils voient l’un d’eux parler bas à Hipparque : serait-ce le complot qu’il révèle au (yran? 11 est temps de frapper. Ils s’approchent : Hipparque tombe sous leurs coups; mais il est aussitôt vengé, et le sang d’Harmodius se mêle au sien (l’an 513 avant J.-C.). Aristogiton est réservé pour la torture. Interrogé sur le chevalet, il désigne comme ses complices les plus fidèles amis d’Hippias, et celui-ci les fait à l'instant conduire au supplice. « Eh bien , lui dit le tyran à la fin, te reste-t-il encore des scélérats à nommer? — Il ne reste que toi, répondit le martyr de la liberté et de l'amitié. Mais je meurs content; car j'ai fait servir tes mains à détruire fes amis. » Quiconque fut soupçonné d’avoir pris part à la conspiration fut traité avec une extrême rigueur. La courtisane Léna se distingua par sa constance à supporter les tortures : dans la crainte qu’un aveu ne lui fût arraché par la douleur, elle se coupa la langue avec les dents, et la cracha à la face de ses bour« reaux. Quand, trois années plus tard, Clisthène eut délivré son pays du tyran, l'énergie et le nom de la courtisane furent consacrés sous l’image d’une lionne sans langue. On dressa sur la place publique une statue à la mémoire d’Harmodius et d’Aristogiton, honneur jusque alors sans exemple. Il fut défendu de donner leurs noms à des esclaves, et ordonné qu'ils seraient célébrés à perpétuité dans toutes les Panathénées. Enfin, longtemps après la mort de ces jeunes citoyens, on chantait à leur gloire un hymne patriotique conservé dans Athénée. Hippolyte FAUGHE.
HARMONIA. Voyez HARMONIE,
HARMONICA. Cet instrument de musique, d’origine allemande, a subi différentes modifications avant d’arriver au degré de perfectionnement où il est aujourd’hui; il consistait d’abord en une certaine quantité de verres inégalement remplis d’eau, qui étaient placés par demi-tons dans une caisse longue d’un mètre. Après avoir humecté le bord de ces verres avec une éponge mouilée, on tre’npait les doigts dans l’eau, et en les passant légèrement sur les bords des verres, il résultait de ce frottement des sons mélodieux. Le célèbre Franklin remit cet instrument en vogue en {760 ; lui-même y apporta des changements notables ; il fit fixer de petites coupes contenant une quantité différente d’eau dans un cylindre, ou axe commun, placé horizontalement sur deux pieds, que faisait tourner une roue mise en mouvement par une corde attachée au pied du joueur. On bnmectait les bords des petites coupes avant de jouer en faisant tourner le cylindre, et en appuyant après légèrement les doigts sur les verres on obtenait des sons vibrants et sonores, ayant quelque analogie avec la voix humaine. Mile Davies, la première, fit connaître cet harmonica à Paris en 1765; depuis, on a beaucoup perfectionné cet instrument. La meilleure invention paraît être celle de M. Lenormand : elle consiste à placer parallèlement des lames de verre de différentes dimensions par demi-tons, et sur lesquelles on frappe avec un petit marteau de liége enveloppé de taffetas. Le clavi-cylindre de Chladni et le mélodion de M. Dielz sont des harmonicas perfectionnés. Ces instruments produisent généralement eur les sens un effet fagnétique. Ils sont très-peu répandus,
HARMONIE. C'est l'expression de l’ordre entendu dans le sens Le plus élevé et le plus complet : l’'Azrmonie dans les œuvres de Dieu, l’Aarmonie dans les œuvres de lhomme, C’est ce qui en fait la perfection ; de sorte que ce grand mot d'harmonie représente, à bien dire, ce qu'il y a de réel dans la création. Toute œuvre sans harmonie est un accident de la nature ou de l’art. Et aussi la science la plus réelle est celle qui embrasse le monde dans ses rapports d'ensemble et de détail pour en montrer l’unité. L'unité n’est que l’harmonie. La philosophie et les lettres, la morale et la politique, la nature et Part, tout va à l’harmonie, et sans l’harmonie le génie même n’est qu’un grand désordre. Bernardinde Saint- Pierre, avec sa pensée un peu superficielle, mais avec sa parole pleine de grâce, à indiqué les harmonies secondaires de-la nature, c’est-à-dire les rapports extérieurs des êtres entre eux; mais, quel que soit le charme de cette poésie , ce n’est point encore l'harmonie telle que l'étudie la philosophie véritable. Les harmonies parlent aux yeux, l’harmonie parle à l'intelligence. Celui qui, par une puissance surhumaine de conception, se donnerait la vue intime de la création dans son ensemble, avec ses soleils et ses mondes, avec leurs mouvements réguliers et variés tout à la fois, avec l’immensité pour limites, depuis l’atome jusqu’à l'être infini, celui-là aurait une idée de l'harmonie; mais cette idée suppose une intelligence qui n’est pas celle de l’homme. L’harmonie, telle que nous la concevons, est à peine un reflet de l’harmonie telle que Dieu la réalise. C’est pourquoi il est vrai de dire philosophiquement que la suprême perfection de l'intelligence serait de concevoir cette harmonie universelle , qui de tous les points de l’infini aboutit à Dieu, créateur des êtres. Ainsi, par des considérations de philosophie, on arrive à la foi chrétienne, qui montre le ciel comme la dernière révélation des mystères du monde, et fait de cette claire vue de Dieu le bonheur infini. Or, la vue de Dieu, c’est la possession complète de l’harmonie universelle.
Sous ce rapport, la philosophie des anciens était plus baute et plus religieuse que la nôtre. L'étude de la nature était pour eux l’étude de l'harmonie des êtres. Il est possible que cette généralité de leurs idées ait nui longtemps à l'observation des faits isolés, et par conséquent au progrès des sciences proprement dites. Mais l'intelligence humaine en était agrandie, et la raison des philosophes en recevait une empreinte poétique, qui ne s’est plus retrouvée dans les œuvres analytiques de la philosophie moderne. Tel était le penchant de ces génies méditatifs pour la contemplation des lois générales, que ce mot même d'harmonie, appliqué à l’ordre du monde, représentait réellement à leur esprit une idée de musique; et réciproquement la musique s’expliquait pour eux par des lois numériques , empruntées aux rapports des corps célestes. Philosophes plus disposés , ce semble, que nous ne le sommes à recevoir et à garder les impressions primitives de la nature, ils expliquaient le monde comme une œuvre de la création admirable, et dans cette œuvre ils voyaient toujours la présence du génie créateur. La physique, c'était donc pour eux une poésie; et c’est pourquoi l'harmonie était le premier ohjet de leur contemplation. Puis cette disposition de leurs idées se faisait sentir dans toutes les sciences humaines, et surtout dans celle qui étudie l’homme, non-seulement l’homme physique, mais l’homme moral, l’homme vivant et intelligent, cette autre création merveilleuse, où se réalise l’harmonie-par le mélange des passions et des idées, des penchants mauvais et des combats vertueux. Et c'est ainsi que Platon, le philosophe de l'harmonie, était conduit à montrer l’homme toujours fidèle à lui-même dans ses paroles et dans sa vie, comme un instrument de mélodie, qui rend des sons dignes des cieux.
Le mot harmonie conservera toujours un sens mystique, qui ne saurait pas plus disparaitre du langage des sciences que du langage de la poésie. Malgré lui , l'homme