‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 501 sur 552 · HARMONIE · texte numérisé non relu

HARMONIE

cherche l'harmonie dans les œuvres de la nature ou danse les sciences propres. On a tout fait de nos jours pour rompre cette loi de création intellectuelle, mais elle est plus puissante que le délire des novateurs. A celui qui ne veut pas d'harmonie, c'est-à-dire qui ne veut pas d’ensemble et d'unité dans les œuvres d'art, nous demanderons pourquoi sa pensée, s’il a une pensée, s'arrête toute saisie devant un monument d’antiquité qui porte cette empeinte, malgré ses systèmes de laid et d’horrible! Qu'il porte son regard sur ces magnifiques créations d'architecture , Où l'harmonie a mis son cachet mystérieux, il sera tout confondu de ce spectacle, et sa raison se débattra vainement sous cette impression d’admiration et de respect. Cela donc est-il imaginaire? et l'harmonie n'est-ce rien, quand l’harmonie vous peut ainsi captiver malgré vos théories les plus rebelles? Le secret de notre enthousiasme à la vue de toutes les grandes œuvres de Dieu ou de l’homme , C’est toujours l’harmonie de ces œuvres, et plus cette harmonie nous apparaît, plus notre enthousiasme a d’élan et peut devenir fécond et créateur à son tour. LAURENTIE.

Les anatomistes appellent karmonie une articulation immobile, dans laquelle les enfoncements et les éminences que les surfaces osseuses présentent sont peu marqués, à tel point que l’on pourrait croire que la jonction des os a lieu par simple apposition de leur surface : on pourrait citer pour exemple larticulation des os sous-maxillaires entre eux.

En peinture , le mot harmonie signifie l'accord qu’il y a entre les couleurs d’un tableau, et dans la composition elle-même, l'accord qui peut exister entre les personnages de ce même tableau : ainsi, on dira qu’il y a une grande harmonie dans les tableaux de Raphael, parce que la peinture s’y trouve d’accord avec la composition et que les couleurs y sont disposées de telle sorte qu’elles servent à faire comprendre l’expression du tableau. Dans les tableaux de Poussin, l'harmonie des couleurs dégénère quelquefois en monotonie; et l’on pourrait lui faire ce reproche à juste titre.

Harmonie se dit encore du bon accord qui existe entre différentes personnes : ainsi, l’on dira d’une famille dont tous les membres sont bien unis : il y règne une harmonie parfaite.

HARMONIE (Musique). Les sons peuvent être entendus de deux manières, successivement ou simultanément : dans le premier cas, il forment la mélodie, en suivant différentes inflexions ou intonations; dans le second cas, ils composent l'harmonie , en obéissant aux lois naturelles de la modulation. L'harmonie est donc cette branche importante de l’art musical qui traite de la connaissance des sons, lorsqu'ils se font entendre simultanément, de leurs différentes combinaisons, de leurs rapports généraux et relatifs, et de leur enchaînement, Le but de l'harmonie est d’accompagner la mélodie, soit que celle-ci plane à l’aigu, murmure dans le medium, où gronde à la basse d'une musique quelconque. Mais il n’en faut pas moins concevoir l'harmonie, abstractioz faite de toute mélodie, de tont rhythme et de toute mesure, pour se rendre compte des nombreuses combinaisons dont elle est susceptible et bien saisir la déduction des lois qui règlent la concordance de ces mêmes combinaisons.

L'harmonie peut aussi se définir une succession d’accords. L'enchatnement des accords entre eux est soumis à des lois dont le principe, aussi simple qu'ingénieux, fut découvert par Rameau. Le système de la basse fon damentale, inventé par ce grand homme, système admis et rejeté tour à tour, fut enfin étudié et approfondi par un homme d’un talent immense, Reicha, qui, comprenant tout le parti qu’on pouvait tirer d’une aussi ingénieuse théorie , en l’appliquant aux découvertes dues aux progrès toujours croissants de l’art musical, en fit la base de son nouveau système d'harmonie, C'est sa méthode que nous suivrons dans les courtes explications que nous allons donner ici. L'enchainement des accords est calculé sur la marche de leurs notes fondamentales, exprimées ou sous-entendues ;

HARMONIE — HARMONIE CÊÉLESTE

car, au moyen du renversement, ces notes peuvent être placées à d’autres parties qu’à la basse. Elles doivent faire entre elles tels et tels intervalles prescrits par lPexpérience, l'oreille et le goût. Si donc, en faisant entendre successivement plusieurs accords, on a soin d’observer les règles données sur la marche des notes fondamentales, on est sûr que Fharmonie qui en résultera sera non-seulement agréable, mais encore exempte de vague et riche d’effets. On voit tout d'un coup l'avantage d’un système aussi simple ; et lorsqu'on saura qu’il s'applique avec un égal succès à l'enchaïinement des accords les plus compliqués et les plus dissonnants, qu’il n’y a pas un passage de nos auteurs les plus difficiles qu’on ne puisse analyser et expliquer clairement avec le secours des règles qui en émanent, on s’étonnera de ce que ce système ne soit pas adopté pour l’enseignement dans les écoles publiques, quoiqu'il le soit par la presque généralité des artistes.

11 ÿ à en harmonie des notes étrangères aux accords, sur lesquels elles ne font que glisser : ces notes se placent ordinairement sur les temps faibles de la mesure, ou entourent d’autres notes intégrantes d’un accord, en formant une espèce d'ornement, de broderie mélodiques. Ces notes sont appelées notes de passage!, petites notes ou appogiatures. Il en est d’autres encore qui se trouvent sur les temps forts, et qu'on nomme suspensions : leur nom indique assez qu’elles suspendent la note intégrante d'un accord pendant un certain temps de la mesure pour le faire entendre ensuite.

Les Grecs et les Romains n’ont jamais connu l’harmonie ; ce quin'empêéchait pas leur musique de produire quelquefois des effets sublimes, quoiqu’elle fût à l’unisson ou à l’ocfave. Après la chute de l'empire d'Occident, il ne restait de toute la musique des anciens que quelques psalmodies religieuses à l’usage des églises. L’harmonie ne fut inventée qu’au neuvième siècle. Elle se fraîna rude, inculte et stationnaire jusque vers le milieu du quinzième siècle : c'était la seule musique que nous eussions alors ; et cette musique n’était même pas de la mélodie, car on ne pouvait appeler de ce nom des chants grossiers dépourvus pour la plupart de rhythme et de mesure. A partir de cette époque l’harmonie se perfectionna rapidement, grâce aux talents de deux musiciens français, Dufay et Binchoir, et d’un anglais, Jean Dunstaple, Les élèves de tes maîtres suivirent l'impulsion qu'ils avaient reçue, et depuis lors jusqu’à nos jours l’harmonie s’est progressivement enrichie et perfectionnée sous les différents maîtres qui se sont succédé, On a longuement disserté, vivement disputé, pour savoir à quel système d’harmonie il fallait donner la préférence. Le meilleur système est celui qui facilite l'intelligence de la science et nous initie le plus promptement à ses secrets. Pour combattre le système de la basse fondamentale, Kirnberger avait imaginé je ne sais quelle théorie des prolongations. Catel s’en empara, et à son tour prétendit expliquer et enseigner l’harmonie par le calcul des intervalles; source inépuisable d'erreurs et de contradictions. Ce système, qui n’a rien d’ingénieux ni de méthodique, n’offre aucune règle précise pour la marche de la basse, seul fondement de toute bonne harmonie.

Nous aurons à parler ailleurs des modulations, partie importante de l'harmonie.

Il y a encore en musique différentes acceptions du mot harmonie. 11 s'emploie pour désigner la masse des instruments à vent qui entrent dans la composition d’un orchestre, et, par analogie, on dit concert d'harmonie, d’un con cert composé seulement d'instruments à vent, et d’intruments de percussion, auxquels on joint ordinairement quelques contre-basses , excepté dans la musique militaire. On dit : L'harmonie d'un accord ou d’une musique, pour en exprimer la douceur. Harmonie est synonyme de con tre-point. On prend aussi quelquefois le mot harmonie comme synonyme de composition, mais c’est à tort : la composition s'entend de l'invention d’une musique, avec le

secours de Ja mélodie, du rhythme, de la mesure et de l'harmonie, tandis que l'harmonie ne s'entend que de l’art de combiner les sons d'une manière agréable. Bécuem.

HARMONIE (Rhélorique). 11 faut examiner deux choses dans l'harmonie du style: d'abord l'agrément du son en lui-même, ou la mélodie en général ; ensuite le son disposé de manière à devenir l’expression du sens. Nous appelons eup honie cette douceur de son dans le langage, et cacophoniela rencontre de syllabes ou de paroles qui affectent désagréablement l’oreille. On doit éviter avec soin dans le choix et dans l’arrangement des mots le mélange des sons durs et choquants. En outre, pour être harmonieux, le style doit avoir du nombre; x a besoin d'être coupé par des repos bien placés et plus ou moins sensibles, qui partagent les phrases sans les scinder, et en rendent la lecture facile et coulante; il faut que les divers membres d’une période, plus ou moins longs, plus ou moins égaux, selon la nature des idées ou l'effet qu’on veuf produire, se balancent entre eux et s’équilibrent , de manière à former un ensemble harmonieux et cadencé.

Le son quand il est adapté au sens produit des beautés dun ordre supérieur. Il y a longtemps qu’on a remarqué qu’il existe dans les langues cultivées un accord secret, mais sensible, entre certains sons et certaines idées ou certains sentiments; que les pensées sérieuses, les affections tristes, amènent des sons graves , lents, mélancoliques; qu’au contraire la joie vive et pétulante s'exprime par des sons légers,

-rapides et brillants.

11 ya une autre sorte d'harmonie, qui appartient plus particulièrement à la poésie qu’à la prose, et qu’on appelle harmonie imitative; elle consiste dans un rapport de ressemblance entre les sons et la propriété des ohjets qu’ils expriment.

Sans doute l'harmonie est plutôt un ornement qu'une qualité générale du style; mais c’est un de ces ornements qui concourent le plus efficacement au charme du langage; et l’on peut dire que sous le rapport du nombre elle est une condition rigoureuse imposée à fous les ouvrages qui prétendent au mérite du style. Néanmoins, il faut éviter à cet égard toute espèce d’affectation, et ne pas se consumer dans le travail mécanique etpuéril de combiner des mots et des sons. Auguste Husson.

HARMONIE, HARMONIA ou HERMIONE. Les Grecs avaient personnifié l’armonie, qu'ils supposaient fille de Mars et de Vénus. Son nom Apuovia signifiait dans leur langue accord, union. Ils la donnaient pour épouse au fondateur de Thèbes, Cadmus, célèbre pour avoir apporté er Grèce l'écriture et la religion. A les en croire, tous les dieux auraient assisté à leurs noces; Minerve et Vulcain lui auraient donné, suivant Hygin, un vêtement imprégné de tous les vices et de tous crimes; Vénus, un collier d’or, qui, passant dans les mains d’Ériphile, aurait causé la mort du devin Amphiaraüs. Junon n’assista pas à ce mariage, qui fut d'abord heureux, mais dont elle troubla la paix par les désastres dont elle accabla les descendants des époux. Les noms de Sémélé, de Panthée, d’Ino, de Laïus, d'Œdipe rappellent tous les malheurs de la fatalité. Cadmus, désespéré, fuit sa patrie, erra longtemps et aborda l’Illyrie, avec son épouse Harmonie, qui ne l’abandonna jamais. Croyant voir dans ses malheurs le résultat de Ja vengeance de quelque divinité protectrice du fameux dragon qu’il avait tué, il demanda aux dieux de le changer en serpent, ce qui lui fut accordé; et Harmorie obtint de partager son sort. Un miroir étrusque la représente debout et nue, tenant la lyre et le plectrum, parée du collier que lui avait donné Vénus, placée entre Mars et Cadmus.

HARMONIE (Table d’). Voyez Harpe et PIano.

HARMONIE CELESTE ou HARMONIE DES SPHÈ- RES , espèce de musique dont il est souvent fait mention dans les ouvrages des Pères et aussi dans ceux des anciens philosophes, et qu’ils supposent produite par les mouvements mélodieusement sonores des étoiles et des planètes. Cette

harmonie, que nous n’entendons pas, parce que nous y sommes habitués dès notre naissance, et qu'on ne saurait distinguer un son que par le silence qui lui est opposé, ou bien encore parce que l'harmonie du tout ne peut être perçue par nos organes à cause de la gravité des sons ; cette harmonie, disons-nous, était attribuée aux impressions variées et proportionnelles des globes célestes les uns sur les autres, agissant à des intervalles donnés. Suivant les anciens en effet il est impossible que des corps d’une aussi prodigieuse grandeur, se mouvant avec tant de rapidité, soient silencieux ; au contraire, l'atmosphère, constamment mise en mouvement par ces corps, doit rendre une série de sons proportionnelle aux impulsions qu’elle en reçoit. Par conséquent, comme ils ne décrivent pas tous le même cercle, non plus qu'ils n’ont pas tous la même rapidité de rotation, les différents sons provenant de la diversité des mouvements, et dirigés par la main du Tout-Puissant, doivent produire la plus admirable symphonie et un ineffable concert. On snpposait donc que la lune, comme la plus basse des planètes, correspondait à la note mi, Mercure à fa, Vénus à so/, le Soleil à Za, Mars à si, Jupiter à w£, Saturne à ré; et l’orbite des étoiles fixes, comme étant le plus élevé de tous, à mi, ou à l’octave,

HARMONIE IMITATIVE. Les sons imitalifs se retrouvent dans toutes les langues, d’une manière plus ou moins marquée ; c’est ainsi que nous avons gronder, murmurer, gazouiller, siffler, bourdonner, etc. ( voyez Ono- MATOPÉE ). Un choix convenable de mots peut produire un son ou une série de sons qui aient quelque analogie avec ceux qu’on veut exprimer : comme le roulement du tonnerre, le mugissement des vents, etc. C’est l’heureux emploi de ces sons qui produit l'harmonie imitative. Elle est {rès-sensible dans cet hémistiche de Racine :

L essieu crie et se rompt.

Et dans ces vers de Victor Hugo :

J'entends des canons sourds les tpnnantes volces, Les clameurs aux clameurs mélées, Les chocs fréquents du fer, le bruit pressé des pas,

Chäteaubriand en fournit un bel exemple en prose : « La lame se lève, elle approche, elle se brise ; on entend le gouvernail tourner avec effort sur ses gonds rouillés, » Un autre poëte imite ainsi le bruit prolongé du tonnerre :

Pr

Et la foudre en grondant roule dans l’étendue,

Enfin, le son imite aussi les mouvements, en tant qu'ils sont lents ou rapides, doux ou violents, faciles ou pénibles. Auguste Hussox.

HARMONIQUE (Mathématiques). Trois nombres 4, 0, C, sont dits en proportion harmonique lorsque le premier est au troisième comme la différence des deux premiers est à la différence des deux derniers, c’est-à-dire lorsque l'on a la proportion géométrique :

a:c::a—b:b—ci(i).

Par exemple, les nombres 12,6,4, sont en proportion harmonique, puisque 12: 4:: 12—6: 6—4.

Dans la relation (1) ,b est un moyen harmonique entre a et c. On le déduit de ces deux nombres par la formule

2 ac me ‘(2 qui résulte immédiatement de la proportion. Pareillement , si on connaît a et b, l’on trouvera ab (3)

. C= Ta d .

Comme dans les autres proportions, on peut multiplier ou diviser tous les termes d’une proportion harmonique par un même nombre sans qu’elle cesse d'exister, Mais parmi les propriétés les plus remarquables des proportions harmoniques , il faut citer celle-ci : Deux nembres, leur moyen harmonique et leur moyen arithmétique forment

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