HARPIE — HARPON
ayant les bords dilatés; narines ovalaires , transversales ; tarses très-gros, réticulés, à moitié emplumés ; ongles longs; ailes très-courtes. Leur bec et leurs serres ont une force extraordinaire. Les harpies sont d’une grande ferocité ; elles vivent solitaires dans les lieux les plus retirés et les plus obscurs des forêts, où elles nichent sur les grands arbres La grande harpie d'Amérique est d’une taille supérieure à celle de l’aigle royal. Des voyageurs prétendent qu’elle attaque des mammifères d’une grande taille, qu’elle enlève des faons, et qu’elle peut fendre à coups de bec le crâne d’un homme.
HARPIES ou HARPYES ( du grec “Aprute, dérivé de dprdëw, ravir), monstres fabuleux, dont le nombre est inconnu. Leurs noms varient dans les divers auteurs qui en ont parlé. Hésiode, qui leur donne Thaumas pour père et Électre, fille de l'Océan, pour mère, ne les appelle qu'eüxéwous ( aux beaux cheveux). Iris est leur sœur, et le poëte les nomme “AsXa (la tempête) et Qxumérn (au vol rapide ). Tout ce qu’il en dit, c’est que les vents et les oiseaux n'ont pas plus de rapidité que leurs aîles, et que l’air est leur domaine. Dans Homère, Podarge, l’une d'elles, est l’épouse de Zéphyre, ce qui ne l’empêche pas de les qualifier toutes de chiennes de Jupiter et de les accuser d'enlever ceux que les dieux veulent faire disparaître.
Lorsqueles Argonautesarrivèrent chez le vieux Phinée, roi de Thrace, ils le trouvèrent tourmenté par les harpies, monstres aîlés, couverts d’écailles, avec des bras puissants, munis de redoutables serres, terminées en queue de dragon; le front armé de cornes menaçantes, avec les traits et le sein d’une femme horrible. Ces monstres infestaient Le pays, et troublaient les festins du bon roi. La présence des guerriers alliés les repoussa dans leurs repaires.
Les harpies ne représentent-elles pas mythologiquement ces brigands que le langage moderne nomme forbans, corsaires, pirates, ou écumeurs de mer ? Leurs ailes ne seraient-elles pas des voiles? Leursécailles de poisson et la queue qui leur sert de gouvernail n'indiqueraient-elles pas que les vents et les eaux favorisaient leurs incursions? Leur face et leur sein ne font-ils point allusion à ces figures qui couronnent la poupe des embarcations de guerre? Enfin, leurs cornes ef leurs griffes, aux moyens d'attaque et de rapine usités par les brigands qu'amenaient des flottes poétiquement représentées ? C’est l’avis de Banier, qui nous semble plus conforme à la vraisemblance que celui de Leclerc, de Vossius et du bonhomme Pluche, lesquels prennent les harpies pour des sauterelles.
La fable ajoute que Zétès et Calaïs, beaux Hellènes, fils de Borée et d'Orythie, lesquels avaient également des ailes, ce qui indique qu’ils voyageaient aussi à l’aide des vents dont ils étaient provenus , poursuivirent les harpies jusque dans les îles Strophades, où elles se réfugiaient, et sur lesquelles plus tard Énée et ses Troyens fugitifs les renconirèrent avec des troupeaux qui leur appartenaient. Virgile leur donne des traits de vierges ailées, un flux de matières fétides, des mains erochues, et des fronts toujours pâles de faim. Elles ravissent ou infectentles mets des Troyens ; et Célèno, l’une d'elles, fait entendre, du haut d’un rocher, des prédictions sinistres.
Harpie se dit figurément de tout ravisseur du bien d’autrui, et plus souvent encore, familièrement, d’une femme acariätre et criarde,
Bory DE SAiNT- VINCENT, de l’Académie des Sciences.
HARPOCRATE, divinité égyptienne, qui sur la Table isiaque ne figure que comme un tout petit enfant nouveauné, ayant les mains rapprochées vers la bouche, ainsi qu’il devait être physiologiquement au sein de sa mère, qui le mit au jour avant terme; son maillot est un filet, symbole sous lequel les hiérophantes représentaient le soleil naissant et faible à l'époque du solstice d'hiver. Les prêtres d'Osiris avaient donné à cet enfant, à peine né viable, le nom symbolique d'Arphochrat (en cophte, celui qui boite du pied), Les vainqueurs, sous le règne de Ptolémée ITI, se hâtèrent
de l’ajouter à la foule de leurs dieux, et l’hellénisèrent sous l’heureux nom d’Harpocrate. Ils en firent le dieu du silence, trompés qu’ils furent par la figure de ce mystérieux enfant, dont les doigts étaient appliqués sur ses lèvres, qu'ils te naient closes, signe muet de la discrétion chez presque tous les peuples. Ils lappelèrent encore Sigalion, d'un mot de leur idiome (sigän, se taire).
L’Arphochrat égyptien était fils d’Osiris et d’Isis, et frère d’Horus le Superbe, du soleil dans sa force, de l’astre solsticial d'été, l’'Hypérion des Hellènes. Les Égyptiens représentaient encore Harpocrate, débile, assis sur des lotus en fleur. Les lugubres cénobites des hypogées de Memphis le peignaient la tête rasée, à l'exception du côté droit, derrière l’oreille duquel sortait une tresse de cheveux. La ligne de démarcation que faisait sur le crâne cette bizarre coiffure, était l'emblème de l'équateur, la partie rasée celui de l’hémisphère non alors éclairé par le soleil, et la partie chevelue celui de l'hémisphère qu’éclairait alors cet astre. Les Grecs se hâtèrent d’embellir de leurs riants emblèmes cette tête bizarre ; ils firent éclore sous leur ciseau poétique un jeune homme, beau, nu, la tête ornée de la mitre égyptienne; ils mirent dans une de ses mains une corne d’abondance versant fruits et fleurs, et, comme au Soleil, dont il était aussi l’image , ils lui donnèrent le carquois d’or et les flèches bzillantes. De plus, ils placèrent à ses talons la chouette, qu'il laisse derrière lui dans les ténèbres. Les prémices des légumes lui étaient offertes. Quelquefois aussi il porte les attributs qu’il a pris dans son berceau oriental, une robe asiatique longue et flottante, une couronne de feuilles et de fruits de pêcher, arbre dû aux adorateurs du feu, aux mages, Du temps de Varron et de Pline l’ancien, son culte, comme dieu du silence, était très-connu à Rome. Ses statues, l'index sur les lèvres, étaient placées aux portes des tempies ; elles indiquaient qu’un religieux recueillement était plus agréable à la Divinité que des paroles. La mode romaine était de porter au doigt une bague ou sceau, sur lequel était gravé un petit Harpocrate imposant aux hommes par sa simple image le secret des lettres. DENNE-BARON.
HARPOCRATION(Vazerivs ), rhéteur d'Alexandrie, habile grammairien, auteur d’un lexique grec des mots employés par les dix grands orateurs d'Athènes, Oratores Attici, sorti pour la première fois des presses aldines en 1503 , avec les scolies d’Ulpien sur Démosthène, et dont la dernière édition a vu le jour à Berlin en 1833. Il aurait vécu suivant les uns cent-soixante ans après J.-C., sous l’empereur Verus, dont il aurait été l’un des précepteurs ; selon d’autres , il auraitété, en l’an 350 de notre ère, contemporain de Libanius le Sophiste, qui dans une de ses lettres parle en effet d’un grammairien de ce nom. Le fabuliste espagnol Iriarte, ayant découvert dans la bibliothèque de Madrid un ouvrage de médecine superstitieuse portant son nom, lui en a fait honneur, parce que l’auteur du livre y dit qu'après avoir cultivé avec succès la grammaire en Asie, il est allé se fixer à Alexandrie. Du reste, aucune autre parlicularité de sa vie n’est connue.
HARPON, HARPONNEUR. L'arme qui, lancée par un vigoureux et habile matelot, assure la prise d’une baleine, aussi volumineuse qu’un navire, fut d’abord appelée Xarpeau, et s'appelle aujourd’hui Larpon, deux nomsempruntés du grec: un large ferde flèche, dont la pointe, triangulaire, est bien acérée, attaché à un manche de bois de deux mètres environ, auquel tient une longue corde, voilà ce qui compose cet instrument de destruction. Le karponneur qui fait son apprentissage doit connaître les parties du corps de l'animal où le harpon fait une blessure mortelle, et dont il ne pent être arraché durant les secousses violentes du blessé, fuyant etentrainant avec lui la corde fatale et lachaloupe qui porte ses meurtriers. La distance à laquelle il lance son arme est à peu près celle où le soldat romain faisait usage de son javelot (pilum) contre l'ennemi; mais le poids du bärpon surpasse d’un'kilogramme et demi à üeux kilogrammes celui du pium; son fer est très-large, et il faut l’enfoncer à une grande profon-
deur dans les chairs du cétacé ; de plus, la corde, entraînée par le projectile , ralentit la vitesse du jet, et le harponneur mançquerait toutes ses captures si ses forces n'étaient pas très-supérieures à celles du soldat romain. Maintenant l’art da pêcheur baleinier a fait de grands progrès, et ses succès ne dépendent plus de la force d’un seul homme : le harpon est lancé par la poudre à canon à une distance beaucoup plus grande , et dirigé, plus sûrement par une bouche à feu dont la forme et les dimensions sont appropriées à cet usage. FERRY.
HARRA CH (Famille de). Le mariage morganatique contracté par le feu roi de Prusse Frédéric-Guillaume JII avec une comtesse de Harrach, en 1824, appela dans ces dernières années l'attention publique sur cette famille autrichienne et catholique. Réduite à l'obscurité et à la médiocrité , elle ne laissait pas que de pouvoir faire preuve d’une noblesse aussi ancienne et aussi avérée que pas une des maisons de la haute aristocratie de la monarchie. C’est en l’an 1616 que Charles ne Harracn, favori de Ferdinand If, obtint le titre de comte pour lui et ses descendants. Son fils aîné, £rnest-Albert, né en 1598, mort en 1667, fut cardinal et archevêque, d’abord de Prague et plus tard de Trente, et joua un rôle important dans les troubles de la Bohême. Wallenstein, duc de Friedland, avait épousé une comtesse de Harrach.
Les frères d’'Ernest-Albert, Charles-Léonard et O{hon- Frédéric, devinrent la tige, l’un de la branche aînée, celle des comtes de Harrach-Rohrau, Vautre de la branche cadette, celle de Harrach-Bruck, celle à laquelle appartient l'épouse morganatique du feu roi de Prusse.
Ferdinand-Bonaventure ne Harrack-BRuCk, né en 1627, mort en 1706, longtemps ambassadeur près la cour de Madrid, a laissé sous le titre de Mémoires et négociations secrètes (2 vol.; La Haye 1720),des souvenirs curieux. L'un de ses fils, nommé, en 1709, archevêque de Salzbourg, mourut en 1727 ; un autre fut promu, en 1723, à la dignité de felämaréchal-général, et mourut en 1764 président du conseil aulique de guerre; le troisième, Aloys-Raymond, succéda à son père dans le poste d’ambassadeur à Madrid, fut nommé en 1728 vice-roi de Naples, et mourut en 1742 avec le titre de ministre de conférences. De ses trois petitsfils, l'aîné, Népomucène-Ernest, hérita du majorat de la branche dont il était le représentant ; le cadet, Charles -Borromée, étudia la médecine, fut reçu docteur, et exerça cette profession avec autant de distinction que de succès pendant plusdetrente ans à Vienne, oùilmourut, en 1829, Le troisième, Ferdinand-Joseph, néen 1763, qui avait épousé une demoiselle de Rayski, se remaria en 1833, avec la fille d’un jardinier de Berlin, et est mort à Dresde, en 1841. De son premier mariage il avait eu plusieurs enfants, entre autres Augus{a, née à Vienne, le 30 août 1800, que le roi de Prusse rencontra aux eaux de Tœplitz. Frappé de la beauté de la comtesse de Harrach , le vieux Frédéric-Guillaume s’en éprit vivement, et, après l'avoir créée princesse de Liegnitz, l’'épousa morganatiquement à Charlottenbourg, le 9 novembre 1824, en lui assurant un douaire considérable. Dans une position si difficile, la princesse de Liegnitz, par sa conduite pleine de modestie, sut mériter l'estime et l'affection des membres de la famille royale ainsi que du peuple de Prusse, Dès le 25 mai 1826 elle avait compris la nécessité politique que lui faisait sa position de renoncer au catholicisme pour embrasser la religion protestante.
Le représentant actuel de.la branche aînée, celle de Harrach-Rohrau, Antoine DE Harracn, né le 16 juin 1815, prend le titre de grand-écuyer héréditaire de la province d’Autriche.
HARRINGTON (Jawes), célèbre publiciste anglais, né en 1611, à Upton, dans le comté de Northumberland. Après avoir quitté les bancs de l'université d'Oxford, il alla voyager en France, en Italie, en Allemagne, en Danemark et en Hollande, et de cette longue tournée, entreprise dans un but philosophique, rapporta en Angleterre des sentiments