HAUDRIETTES — HAUSER
HAUDRIETTES, nom ‘donné aux religieuses d’un hôpital fondé en 1306 par Étienne Haudri, panetier du roi Philippe le Bel, au Marais, daps la rue qui porta depuis le nom de rue des Haudriettes, pour y recueillir un cerfain nombre de femmes pauvres et veuves. Sous Clément VII, en 1396, l'hôpital contenait trente deux pensionnaires, qualifiées de bonnes femmes de la chapelle d'Étienne Haudri. En 1414 elles portent le nom de femmes hospitalières, et sont présidées par une maîtresse. Il arriva dans cet hôpital ce qui arrive dans beaucoup d’autres : les administrateurs s’emparèrent insensiblement des biens des administrés, et au commencement du dix-septième siècle il n'existait déjà plus d'hôpital. Ces bonnes femmes prenaient toujours le titre d’hospitalières, et leur
maîtresse celui de supérieure, mais on n’y voyait plus de |
pauvres veuves. Ce n’était qu’un couvent, dont les religieuses furent, en 1622, transférées dans celui de l’Assomption, rue Saint-Honoré. Leur conduite n’était pas des plus régulières ; et on avait tenté vainement, à diverses reprises, d'établir une réforme dans leur maison. C’est le cardinal de La Rochefoucauld qui réussit le premier à les soumettre à une règle, en les transportant dans leur nouvel asile, ancien hôtei qui lui avait appartenu, qu’il avait vendu plus tard aux jésuites, et que ceux-ci revendirent aux Haudriettes. Elles y étaient établies depuis six mois, lorsque ce dernier nom leur fut enlevé et leur revenu réuni à celui du monastère de la rue Saint-Honoré, qui n’eut plus que le titre de l’Assomption. Ce couvent fut supprimé en 1790.
HAUSEN ou HUSO. Voyez ESTURGEON.
HAUSER (Gasparp). Certain passant rencontre, le 26 mars 1828, dans les rues de Nuremberg un jeune homme qui paraissait avoir de quinze à seize ans. Ce malheureux pouvait à peine se mouvoir ; éclat du jour semblait blesser sa vue; il ne savait répondre à aucune question, quoiqu'il prononçât très-distinctement quelques mots auxquels rien n’annonçait pourtant qu'il attachât le moindre sens. Il offrait dans ses traits, nullement rebutants, tout le caractère de l'enfance, quoique parvenu à cet âge où l’on est près de devenir homme, et montrait presque machinalement une lettre dont la suscription désignait une personne connue, au logis de laquelle on le conduisit. Là il refuse avec dégoût toute autre nourriture que du pain et de l’eau, se laisse tomber sur de la paille, et s’y endort d’un sommeil aussi calme que profond. A son réveil, il regarde tout avec la curiosité d’un être pour qui tout est nouveau et l’insensibilité stupide de celui qui ne conçoit rien, qui ne s’intéresse à rien. La lettre dont il était porteur ne jetait aucure lumière sur son origine, son nom, sa vie précédente, les lieux où il vécut, en un mot sur son obscure destinée. Ceux entre les mains desquels il tomba ne savaient s'ils devaient le considérer comme un véritable imbécille ou un rusé fripon; car bien qu’il semblât dénué de toute éducation, il écrivit néanmoins avec facilité et correction le nom de Gaspard Hauser, et parvint à faire comprendre que c’était le sien. Dans le doute, ses hôtes le firent jeter en prison, et là on s’aperçut bientôt qu’il n’y avait rien que de vrai dans la profonde ignorance, que de candide dans le caractère du malheureux enfant. De minutieuses remarques, faites sur fout ce qui avait trait à sa personne, convainquirent qu’il ne dut faire que rarement usage de ses jambes , car la peau de la plante de ses pieds était douce, sensible, fraiche comme celle du plus beau teint; et nullement usage de ses forces, car tous ses mouvements prouvaient qu’il n’en connaissait pas la portée. J1 parut clair qu'il n’avait jamais rien vu, rien appris; qu’il était étranger à la vie commune ; qw’il ignorait l’essence et les devoirs de notre espèce, la nature et l'existence même de la société civile; qu'il sembiait avoir vécu, ou plutôt végété, dans un
- isolement presque absolu, dans une constante obseurité; car chez lui l'organe de la vue était si faible, que le moindre trait de lumière lui causait de vives souffrances. 1 n'avait aucune idée des distances et pouvait à peine se tenir de-
bout, preuve qu'il n'habita qu'un réduit étroit el bas; n'ayant probablement jamais connu l’allernative des nuits et des jours, il ne savait point mesurer le temps. Il résultait de tout cela que ses conceptions étaient extrêmement bornées ; d’ailleurs, il se montrait patient et doux, obéissait au moindre geste, et ne se dépitait que de ne pouvoir saisir les objets éloignés qu’il croyait près de lui, ou s’il s’était brûlé en touchant ceux dont il ne soupçonnait point la blessante chaleur.
L'on commensa donc à s'intéresser au sort de cette innocente victime d’une atrocité sans exemple, et l'on s’étonna moins qu’on ne l'avait fait d’abord de voir Gaspard Hauser jouer en enfant avec des poupées, chercher à les nourrir, leur adresser des sons inarticulés, en prendre plus de soin que de lui-même; ses gardiens tentèrent de lui donner une éducation qu’ils n’eussent pu étendre au delà des choses strictement exigées par la décence et le besoin, comme de l'enseignement de quelques mots usuels, si le professeur Daumer ne l’avait entreprise avec une vive et généreuse ardeur. Les leçons de cet homme de bien illuminèrent promp tement l’esprit, le cœur, l’imagination si neuve encore de son élève, aussi bon que docile et reconnaissant, dont les progrès furent d'autant plus rapides que chez ce nouvel Émile toute idée était un sentiment, et tout sentiment une indicible jouissance ; il semblait créer lui-même le savoir sur la voie duquel on le plaçait; il en ressentait un orgueil stimulateur qui hâta le succès des soins bienfaisants de son vertueux maître. Le physique et l'intelligence de Gaspard Hauser s’améliorèrent simultanément; ses yeux s’accoutumèrent à l'éclat de la lumière; il reprit des forces et de l’activité : mais ce qu’il apprit d’un monde précédemment ignoré de lui altéra son humeur naïve, sans lui faire rien perdre de son heureux naturel et de l'intérêt même qu'il était accoutumé à ressentir pour son premier el infâme geôlier.
Ce que l’on soupçonnait déjà sur la triste existence de Gaspard Hauser, on le sut positivement enfin dès qu’il put clairement s’expliquer : c’est qu’il avait constamment habité une chambre basse, étroite, froide, privée de jour, dans laquelle on ne le nourrissait que de pain et d’eau; qu’il en avait été enlevé durant la nuit, transporté derrière son guide sur un animal qu’il ne connaissait point alors, puis abandonné avec cette lettre qu’il montra au premier passant; qu’on ne lui avait appris que quelques mots dont il ignorait la valeur, et à écrire son nom. Il se présentait cependant à sa mémoire quelques autres idées vagues, il est vrai, confuses, incohérentes : était-ce des songes? Mais les songes sont l’image affaiblie de ce qu’on a vu! Ces idées sans suite et sans accord étaient-elles un rappel vers un état antérieur ? Mais quel pouvait-il avoir été? Son généreux protectenr se perdait en raisonnements et en conjectures.
Gaspard Hauser était déjà presque totalement oublié le jour où l’on apprit par ïes journaux allemands, cinq ou six ans environ depuis l’époque où il fut rencontré, et rendu à la vie sociale par le professeur Daumer, quand on apprit, disons-nous , qu'après avoir, dans une belle soirée d'été, contemplé avec ravissement un ciel étoilé, s’étre élancé en esprit vers l’auteur de tant de merveilles, s'être pénétré plus que jamais du sentiment à la fois pénible et consolateur de la différence du bien et du mal, ainsi que du sort futur et immortel que ce sentiment nous présage, quelques mouvements de haine s'étaient, pour la première fois, manifestés en lui à l'égard du misérable qui le retint si longtemps dans un sombre cachot. Il ne dissimula point à son maitre cette affection si étrange pour lui, et qui lui inspira le projet d’écrire ce qu'il savait ou soupçonnait être relatif à sa vie. L’infortuné était sans doute surveillé; l’on craignit probablement qu’il ne se doutât de ce qu’il fut, ou qu'il se mît sur la trace de son origine, car il se vit à l’ins- {ant l’objet d'une tentative d’assassinat dont à fut quitte pour une blessure peu dangereuse et bientôt grérie. Le couvable échappa à toutes les recherches, et lord Stanhone,
‘nstrait de tous ces détails, voulant soustraire le jeune homme au poignard de ses persécuteurs secrets, se déclara son protecteur, et le plaça à Anspach, où Feuerbach prit surtout soin de lui. Gaspard Hauser demeura sans crainte, et en apparence sans danger dans la ville et chez les gens où on l'avait conduit et recommandé. Mais le 14 décembre 1833 il fut attiré à un rendez-vous solitaire par un personnage inconnu, qui devait, lui disait-on , remettre en es mains des papiers de la plus haute importance et propres à l’éclairer sur son obscure destinée. Là il se trouve gen face de celui qui l'avait précédemment frappé, veut fuir, est atteint, et reçoit le coup mortel dont il expire en pardonnant à son meurtrier. Il avait, après un long évanouissement , recouvré assez de force pour se traîner jusqu’à sa demeure, et ce fut en vain que, sur le peu de mots qu’il put proférer, l’on chercha à poursuivre l'assassin; il avait disparu sans laisser de traces. Une active et sérieuse enquête aurait dû avoir lieu pour découvrir la cause, l’instigateur et l'instrument du crime; il n’y en eut point, ce qui ajouta aux soupçons déjà conçus.
Pour effacer jusqu'aux moindres vestiges de ces soupcons, l’on a répandu que Gaspard Hauser n’était, comme on le crut au premier abord, qu'un rusé fripon. Mais eût-il alors inspiré promptement le plus vif intérêt à ses geôliers, gens à qui la fréquentation des criminels donne une si lumineuse facilité à les juger? eût-il pu tirer un impénétrable rideau entre la perversité de son cœur et l'esprit investigateur du bienfaisant et éclairé Daumer ? La culture d’une âme fangeuse eût-elle dans un sol ingrat fait s’élaborer si rapidement les fruits les plus précieux de la morale et du savoir? Enfin, pourquoi le surveiller, le poursuivre, l’assassiner, si ce n’était qu'un inconnu, un misérable , un être sans aveu? Certes on devait avoir un intérêt puissant et nourri d’inquiétudes pour le persécuter, pour l’arracher à un opulent protecteur, pour l’immoler au moment où on le sait disposé à écrire ses pensées sur la plus obscure des existences sociales ; pour calomnier ensuite la mémoire de celui qu’on assassine! N’osa-t-on point pousser l’absurde jusqu’à répandre l’idée que ce malheureux s'était frappé lui-même pour exciter l'intérêt! Mais cet intérêt déjà lui était généralement acquis ; mais un protecteur riche et puissant allait le soustraire à fous les dangers. Quoi! sans nul motif présumable, il se serait donné la mort au moment où il prévoyait n’avoir plus rien à craindre de son impitoyable et secret ennemi! Cette assertion incroyable, inconséquente, comme l’est souvent le crime qui se persuade ne s'être jamais assez voilé, devient une nouvelle et indiscrète preuve de l'importance que les bourreaux mettaient, en faisant disparaître leur victime, à prévenir des révélations qui eussent jailli peut-être de la coïncidence de ses vagues souvenirs, rendre plus lucides par le développement de ses facultés morales, avec tel ou tel événement connu, qui blessa au cœur une tendre et infortunée mère. Au reste, le nom que peut-être il dut porter fut et demeure une énigme dont le mot ne sera véritablement jamais livré à la publicité; car celui qui croit le deviner se laira, non-seulement faute de preuves légales , mais pour ne point rouvrir une source de larmes amères que le temps, que des intérêts chers et consolateurs ont pu contribuer à tarir dans les yeux affaiblis d’un être éminemment adorable et généralement adoré. C'° Armand D'ALLONVILLE,
HAUSSE, HAUSSIERS. Voyez Bourse (Opérations de),
HAUSSE-COL. Ce terme et le mot Aausse-cou se sont d’abord pris indifféremment lun pour l’autre; mais la langue des ordonnances modernes s'étant approprié la première de ces expressions, les antiquaires ont conservé le mot hausse-cou, pour exprimer la pièce d’armure , le partie supérieure de l’ancienne cuirasse de fer plein qui entourait le cou et recouvrait le gorgerin. Lorsque le casque n'avait pas de gorgerin, on entourait la gorge d'un col ou collet en fer, nommé aussi Aausse-cou. On pet ainsi établir en principe que le hausse-col est un vest ge
—— LL = a 7,