‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 533 sur 552 · HÉBERT — HÉBRAIQUES · texte numérisé non relu

HÉBERT — HÉBRAIQUES

Cordeliers, où Hébert fit voiler la statue de la liberté et la pancarte des droits de l’homme. La conjuration élabora un plan par suite duquel la Convention eût été décimée et même remplacée temporairement par la Commune ; mais ce plan, au lieu de fortifier la Commune, l'abattit. Le général Ronsin et l'adjudant général Mazuel rédigèrent des pamphlets, dans lesquels la marche dictatoriale du comité de salut public était dénigrée; on y disait la liberté perdue sans une résistance immédiate, car toutes les places étaient ou allaient être données à la folie ou à la trahison : la contrerévolution était certaine; des craintes étaient éveillées sur le sort et la quantité des prochains approvisionnements. Ces écrits, répandus clandestinement dans les marchés, émurent les gens du peuple et des campagnes: ils rendirent bientôt les approvisionnements difficiles. Sur ces entrefaites, les militaires du parti, principalement Mazuel et Ronsin, visitaient fastueusement les prisons et annonçaïent la prochaine cessation du régime actuel : ils parlaient haut, plutôt comme leur courage et leur irritation les y poussaient, que suivant la prudence. L'autorité avertie, cherchant à saisir ces puissants agitateurs en flagrant délit, ne s’y décida que lorsque leurs manœuvres eurent produit un certain effet à Ja surface, Les mesures prises par l’autorité réussirent, et les conspirateurs furent arrêtés avant leur levée de boucliers. Au mot d'ordre, tous les clubs, ceux même sur lesquels ils avaient compté, lâchèrent pied, suivirent le torrent et se déchaînèrent contre eux.

Les conjurés furent déférés à la justice du moment, et parurent devant le tribunal révolutionnaire neuf jours après leur arrestation. Tous ces grands factieux sacrifiés par les partis réunis de Danton et de Robespierre étaient atterrés, à l'exception de Ronsin, de Clootz, de Mazuel, jeunes hommes dun grand courage. Les débats furent courts, agités, étouffés. Ronsin et Mazuel se conduisirent avec énergie. Hébert en appela à l’ancienne amitié de Robespierre, pleura et marchanda sa vie. « Vous ne me remplacerez pas, disait-il, moi qui étais toujours prêt pour les grandes circonstances! » Les débats s’attachèrent spécialement à flétrir Hébert, Montmoro, Ronsin, Pereira , comme concussionnaires et escrocs, gagnés par l’or de l'étranger pour agiter la France et y perpétuer les troubles ; accusations toutes fausses et absurdes, contre lesquelles protestèrent vainement les accusés, Hébert mouruf mal; pourtant l'exemple ne lui manquait pas. Il mourut au milieu d'amis résignés d’avance à foutes les chances de la vie révolutionnaire; il tomba presque en défaillance à la vue de l'échafaud. Ses lèvres devinrent bleues, ses yeux hagards, et le bourreau dut le soutenir pour lui aïder à monter. Il avait épousé une religieuse jolie et gracieuse, qui eut la même fin, et périt peu de temps après avec la jeune épouse de Camille Desmoulins : la même charrette les conduisit à la mort. Hébert était petit, fluet, d’une figure jolie et spirituelle : c'était un des élégants de l’époque de la terreur; personne ne mettait plus de soin à sa toilette; ses collègues l’aimaient, à cause de son caractère franc et de sa gaieté. Il mourut à trente-neuf ans , le 24 mars 1794. Frédéric Faxor.

HEBERTISTES ou ENRAGÉS, partisans d'Hébert, siégeant avec lui au club des Cordeliers, et parmi lesquels on remarquait Anacharsis Cloo{z, Ronsin, Vincent, Montmoro, etc.

HÉBÉTUDE. Voyez Faciès.

HEBRAIQUES (Écriture, Langue et Littérature). Hébraïque, de même que Hébreu, vient de Eber, et signifie au delà, parce que Abraham, dont les Hébreux sont les descendants, est venu (2,000 ans av. J.-C.) de l'autre côté de l’'Euphrate, de la Mésopotamie, pour entrer dans le pays de Chanaan, ou la Palestine,

Parmi les langues sémitiques (ainsi appelées parce que la plupart des peuples qui les parlaient descendaient de Sem ), celle des Hébreux, qu’on appelle aussi langue chananéenne, passe pour la plus ancienne. Son alphabet est composé de vingt-deux lettres, parmi lesquelles cinq prennent,

comme finales, une seconde forme. Ces lettres sont carrées, et portent le nom d'écriture aschourith ( venant d’Aschour [la Syrie |), tandis que le caractère samaritain est plus grand et d’une forme plus compliquée. Quelques-unes des lettres de l'alphabet saämaritain ont assez de ressemblance avec leurs correspondantes dans l’alphahet hébreu, mais quatorze d’entre elles n’ont absolument rien de commun, et les cinq finales manquent aux Samaritains ; ils n’admettent ni les points-voyelles, ni les accents toniques et diacritiques, dont nous parlerons plus loin. Lequel des deux alphabets est le plus ancien? Cette question est longuement discutée dans le Thalmud; mais la forme compliquée du caractère samaritain, que le Thalmud désigne avec raison sous le nom de raatz (brisé), parce qu'il est formé de lignes brisées, fait croire que c’est ce caractère qui est l’ancien caractère hébreu : et cela est d’autant plus probable que la simplicité de l'écriture aschourith usitée de nos jours est évidemment un perfectionnement, car toujours Ja simplicité est un progrès. Ensuite, le nom d’aschourith (venant de la Syrie) indique suffisamment que c’est une importation exotique. Nous ajouterons qu’on se servait du caractère samaritain pour les amulettes, et qu’on le trouve sur des médailles qui remontent, à ce qu’on croit, aux premiers siècles de l’ère vulgaire.

On écrit les lettres hébraïques de droite à gauche, et elles servent aussi à indiquer les nombres.

La langue hébraïque renferme un certain nombre de mots primitifs, auxquels on donne le nom de racines, mots généralement composés de trois lettres; mais il y en a aussi de deux, et quelques-uns de quatre lettres. Les diverses modifications d’action, de relation, de temps, de nombre, de genre, de possession, sont indiquées par des points appelés points-voyelles , qu’on place au-dessus, audessous ou dans les lettres; l’intonation est indiquée par des accents appelés accents toniques, signes qui se placent au-dessus ou au-dessous des mots, à la dernière ou à l’avant-dernière syllabe. Les modifications se font aussi souvent par des consonnes spéciales, attachées, soit au commencement (préfixes), soit à la fin (affixes) du mot radical; on croit que l'introduction des points-voyelles et des accents foniques remonte en partie à Esra ( Esdras), qui vivait 480 ans avant J.-C. Il en est qui les font descendre au sixième on même au septième siècle de l’ère vulgaire : cette opinion est d'autant plus probable qu'on ne trouve pas de traces des noms des voyelles dans le Thalmud. Ces divers signes phonétiques sont devenus indispensables ; les omettre, comme l'ont voulu les partisans de Masclef, serait augmenter la difficulté dans l'étude d’une langue morte depuis deux mille ans.

Les relations de position entre les objets du discours et la liaison des pensées sont indiquées par des particules, prépositions, adverbes, conjonctions et interjections. La langue hébraïque est riche, harmonieuse et simple; elle a peu de règles et quelques exceptions. Son extrême simplicité, sa nudité grammaticale, font voir qu’il w’y a rien de moins mérité que la réputation de difficulté qu’on est convenu d’attacher à l’idiome biblique. La lecture en est également facile. En ne s'arrêtant pas à la prononciation douteuse de quelques lettres, qui s’est diversifiée par suite des temps et dans divers pays, il ne faut qu’une intelligence, une mémoire et une persévérance très-ordinaires pour déchiffrer l'hébreu en très-peu de temps, les sons attachés aux lettres de cette langue étant invariables. Une bonne grammaire, et la lecture de la Bible, voilà tout ce qu'il faut pour faire en peu de temps des progrès dans la langue hébraïque. Les meilleurs travaux publiés dans ces derniers temps sur cette langue sont ceux de Geseniusetd’Ewald.

On a beaucoup discuté sur l'antiquité de la langue hébraïque. Est-elle ou n'est-elle pas une langue primitive? Quoi qu’il en puisse être, elle n’en est pas moins belle, énergique et d’une concision remarquable. La Bible, voilà sa littérature : cette littérature est riche, grande, majestueuse

L'influence que ce monument littéraire a exercée sur les juifs et les chrétiens lui donne une importance historique. Par les sentiments religieux qui règnent dans la littérature des Hébreux, par son antiquité, cette littérature surpasse celle de tous les peuples anté-chrétiens, Elle est une source sûre de l’histoire de l'humanité et de son développement intellectuel. Cependant, tout ne nous en est pas parvenu ; et ce que nous en possédons n’a pas été à l'abri des vicissitudes du temps non plus que des interpolations. C’est pour mettre un terme à ce système d’interpolations et à ces vicissitudes, que les auteurs de la Mæssara entreprirent des travaux qui, pour paraître minutieux, n’en sont pas moins précieux.

Nous avons dit que l’Ancien Testament compose toute la littérature hébraïque : par là nous entendons dire que l'Ancien Testament seul est une autorité pour la philologie, quand il s’agit de comparer un mot ou une phrase pour arriver à une plus grande intelligence du texte. Seule aussi la Bible est regardée comme inspirée et appelée Écriture Sainte; mais les livres apocryphes, les Midraschim, la Mischna, le Thalmud, les commentaires sur le Thalmud et sur la Bible, les ouvrages hébreux du moyen âge, comme ceux d’une époque plus rapprochée de nous, tant en prose qu’en vers, la littérature rabbinique enfin, font également partie de la littérature hébraïque ; seulement, dans cette dernière partie de la littérature hébraïque, le langage est moins correct, quoique plus riche; de mêrae que dans la poésie hébraïque moderne il y a plus d'art, mais moins d’élan, moins de nationalité, que dans les brûlantes inspirations poétiques de l’Ancien Testament,

Occupons-nous d’abord de la littérature hébraïque proprement dite, de la littérature biblique, de l'Ancien Testament. Cette littérature est d'autant plus importante que la plupart des monuments qui la constituent sont d’une époque tellement reculée, qu’il ne nous en est pas parvenu d’autres monuments écrits. Le plus ancien écrivain des Hébreux est de quelques siècles antérieur au temps où les Grecs connurent l'écriture , et le dernier écrivain biblique est à peu près le contemporain d’Hérodote, le père de l’histoire grecque. « C’est de Moïse, dit de Vette (Introduction crilique, p. 13), le législateur des Hébreux, que la tradition hébraïque date le premier usage de l'écriture chez ses compatriotes; on ne peut pas dire qu'il a fondé la littérature hébraïque, mais il en a fourni le commencement ; il a consigné par écrit ses propres lois. » L’Ancien Testament contient la collection des livres regardés comme inspirés et saints par les Israélites et les chrétiens. Ces livres sont rédigés pour la plus grande partie en hébreu; une moindre partie en est écrite en chaldéen. L’Ancien Testament est appelé par les rabbins les Vingt-quatre Livres, qui comprennent le Pentateuque, les Premiers Prophèles, les Derniers Prophètes et les Keloubime ou écrits saints. Le texte, indépendamment des points-voyelles et des accents toniques , est divisé par chapitres et versets; mais cette vision est, à ce que l’on croit, d’origine chrétienne; on ne la fait pas remonter au delà du treizième siècle. Chez les Juifs , il existe encore pour le Pentateuque, une autre division, c’est celles des Paraschas. Après l’exil de Babylone, on établit en Palestine des synagogues où l’on récitait tous les sabbats des passages du Pentateuque qu’on divisa ainsi en cinquante-quatre sections ou paraschas, parce que dans une année bissextile il y a cinquante-quatre sabbats.

La partie de l’Ancien Testament qui à été le plus soigneusernent conservée, c’est le Pentateuque. Servant à l'usage de la synagogue, elle en possède des exemplaires d’une haute antiquité, écrits en écriture carrée avec un soin minutieux sur du parchemin en rouleaux, d'après les exemplaires authentiques. 11 n’y a dans toute l'Écriture Sainte que le Penlaleuque et le livre d'£sther qui soient conservés de céllu manière,

Le premier livre imprimé en hébreu fut un Psantiér, pubiié avec le commentaire de Küwhi, à Bologne, l'an 1477;

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