HECTARE,HECTOGRAMME, HECTOLITRE, HEC
TOMEÈTRE (Voyez ARE, GRAMME, LiTRe, MÈTRE), HECTIQUE. Cet adjectif, dont l'étymologie est incerfaine, est employé vulgairement, et peu par les médecins, pour désigner un individu maigre, chétif, comme desséché : on l’applique à l’homme comme aux animaux. Les maladies des viscères , et surtout celles des poumons, produisent communément cet état de l'organisme appelé Aectisie, et ordinairement accompagné d’une fièvre pêu intense, qu’on nomme en conséquence fièvre hectique. L'hectisie, comme la consomption et la colliquation, est dans la majeure partie des cas le signal d’une atteinte grave portée à la vie; cependant elle peut, ainsi que la maigreur, avec laquelle on la confond souvent , se concilier avec une santé satisfaisante, Néanmoins , aussitôt qu’on la voit se manifester, elle doit éveiller la sollicitude, surtout pour les enfants. C’est principalement quand la fièvre hectique accompagne un amaigrissement rapide ou gradué, qu’on doit concevoir des inquiétudes et s'empresser de rechercher la source d’un mal qu'il est souvent difficile de découvrir. Cette fièvre se reconnait aux symptômes suivants : La peau acquiert une chaleur plus forte qu'habituellement, et fait percevoir au tact une sensation âcre, surtout sur la paume des mains et sur la plante des pieds; le pouls est petit, serré et fréquent : c’est principalement le soir et après le repas que la peau s’échauffe et que la circulation s'accélère; le coloris pâlit, devient terne, plombé, si ce n'est sur les joues, qui présentent une rougeur arrondie; une transpiration abondante se manifeste souvent le matin et sur la partie supérieure du tronc; la respiration est courte et accélérée, comme le cours du sang; le sommeil est troublé par des rêves, mais l’appétit se conserve souvent, et il n'est pas rare de le voir exagéré, bien que la maigreur augmente. Tous ces accidents s’accroissent par derés etse compliquent avec d’autres, la diarrhée, des sueurs excessives, etc. Comme la fièvre hectique est un effet, ül ne faut pas s'occuper de la combattre par les fébrifuges, médicaments qui aggravent fréquemment la maladie , ‘au point de la rendre incurable, C'est la cause qu'il faut attaquer; mais il est des cas où il est impossible de découvrir d'où elle provient : on voit des individus parcourir toutes les phases de cette fièvre, tomber dans l'état extrème d’hectisie, qu'on appelle marasme, et mourir sans que lexamen du cadavre puisse faire reconnaître aucune lésion organique, Ces cas sont rares, et ils ne doivent point empêcher de rechercher l’origine de la fièvre hectique aussitôt qu'elle apparaît; car c’est à son début qu’on peut principalement espérer de la guérir, D' CHaRBoNNIER, HECTOR, né vers l'an 1200 avant J.-C., était le plus brave, le plus vertueux, le plus beau après Pâris, son frère, et le plus fort des neuf fils qu'Hécube dohna à Pr ia m, roi de
HECTOR — HECUBE
la Troade, dont il devint la gloire. Les oracles avaient prédit à Ilion que sa ruine suivrait de près la mort de ce héros, à la vie duquel les destinées du florissant empire de Phrygie étaient liées. Investi, dès la descente des Grecs sur les rivages de l'Asie, du commandement général de l’armée troyenne et de celle des alliés, son premier exploit fut d’immoler le jeune Protésilas, qui le premier, parmi cette ligue de rois européens, avait mis le pied sur la plage d’Ilion, En tout, ce fils de Priam fit mordre la poussière troyenne à trente-et-un capitaines grecs. Son combat corps à corps avec Ajax, l’embrasement de la flotte grecque, les armes d'Achille ravies à Patrocle, tombé sous ses coups, sont dans l’Zliade la part brillante de sa gloire. Que servirait après ces triomphes de nommer d’autres victimes de sa valeur, Schedius, le plus vaillant des Phocéens, Corainus de Lycie, auquel le fier Mérion avait confié les rênes de ses chevaux, Menesthès et Anchiale, deux amis montés sur le mème char, et Assæus, Autonoüs, Opite, Dolops, Opheltius, Agelaüs, Æsumne , Orus, Hipponoüs, Eionée, chefs plus ou moins obscurs, sauvés des ombres de l'oubli par Homère. La vertu, la douceur, la franchise, la piété d’Hector contrastent sur le théâtre de la guerre d’Ilion avec la cruauté d'Achille, l’orgueil d’Agamemnon, la fourbe d'Ulysse, V’'inpiété des deux Ajax. Dans cette fumée de sang, qui pendant près de neuf années s’exhala des plaines de Troie, la bonté d’Hector et son respect pour les dieux ne purent être un instant étouffés. Ce prince magnanime avait mérité au plus haut degré la vénération et laconfiance de ses ennemis. Sur le champ de carnage même, Ajax fit avec lui un échange d’armes : celui-ci donna au fils de Priam un baudrier d’une pourpre éclatante , et le fils de Télamon en reçut une riche épée et son baudrier. C’est le pieux Hector qui, avec le fourbe Ulysse, fut choisi pour tirer les sorts du casque avant le combat singulier de Ménélas et de Pâris.
Époux non moins fidèle que tendre, comme le roi des rois, l’indigne père d’Iphigénie, il ne ravit point à un prétre une fille chérie : la chaste fille d’un roi de Cilicie, A ndromaque, épouse infortunée, recueillit seule tout son amour, tous ses malheurs et ses cendres. Rien de plus touchant dans l'antiquité que leurs adieux aux portes Scées. Quel tableau plein de grâces et de larmes que celui de ce petit Astyanax qui baise son père , hélas! du dernier baiser, et qui, effrayé du panache terrible du héros, se rejette et se cache dans le sein de sa mère ! Hector ne tarda pas à accomplir dans la mêlée le plus illustre de ses exploits: il fit mordre la poudre à Patrocle, l’amni d'Achille, visif alors, qui avait prêté à son ami ses armes célestes ; Hector en dépouilla le fils de Ménætius, et, enivré d’un telle victoire, se revêtit sur le champ de bataille même de ces armes célèbres. Mais Achille avait rompu son repos; furieux, désespéré, couvert d’une armure d’une trempe divine, il joint l'époux d'Andromaque à l’endroit où les deux sources du Scamandre fournissaient deux lavoirs de pierre où les princesses troyennes allaient laver leurs robes , dit Homère; et non loin de là, après un combat terrible, dont tout Olympe fut spectateur, Achille enfonça le fer de sa pique dans le cou d’Hector, qui tomba, et qui avant d’expirer eut encore le temps d'entendre les terribles imprécations de son ennemi. L’implacable fils de Pelée perça les talons d’Hector, et y ayant passé une courroie, l’attacha à son char, et traîna par trois fois autour de Troie ce eorps dont « les Grecs , selon les expressions d'Homère, ne pouvaient se lasser d'admirer ja taille et la beauté merveilleuse». Coiffé du bonnet phrygien, insigne royal, Priam sortit de la ville désolée, se jeta aux pieds d'Achille, et lui baisant les mains, qu’il mouillait de ses larmes, le supplia de lui rendre le corps de son fils, au prix de 12 talents d’or et d’un long amas d’étoffes et de “vases précieux. A l’aspect du vieux monarque, le plus puissant del’Asie alors , embrassant ses genoux, Achille sentit mollir son cœur ; il lui rendit Hector, et, mettant sa main robuste dans la main débile du vieillard, il lui jura et ac-
corda une trêve de onze jours pour les funérailles. Ce célèbre épisode de la guerre troyenne termine l’Iliade. « Le jour même, dit Homère, on descendit l’urne qui contenait les cendres du héros dans une fosse profonde, qu’on remplit ensuite d’une quantité prodigieuse de grosses pierres, et on éleva un tombeau par-dessus. » Et cependant, les Thébains se vantaient, du temps de Pausanias, de posséder les cendres d'Hector, quoique Hécube, dans le sac de Troie, les eût avalées pourles soustraire aux outrages des vainqueurs. Troie en cendres , Priam, son père, égorgé, Cassandre, sa sœur, violée, Andromaque et Hécube, son fils, son épouse et sa mère traînées captives, et Astyanax brisé sur la pierre par le cruel et politique Ulysse, accumulèrent sur Hector toutes les infortunes humaines. Tant de vertus , tant de malheurs sur la terre, lui méritèrent les honneurs divins dans cette Troie même, que les Phrygiens rebâtirent dans la suite, DENNE-BARON.
HÉCUBE, épousede Pria m, fils de Laomédon, le plus puissant monarque alors de l'Asie Mineure, était fille de Dymas, selon Homère, et selon d’autres, de Cisséis, tous deux , rois de Thrace,et sœur de Théano, prêtresse de Minerve à Troie, celle qui trompa les Grecs en leur livrant le faux palladium ou statue de Pallas. Virgile, fidèle à la tradition d’Euripide, la fait mère de cinquante enfants. Laissant de côté l’exagération des poëtes, croyons avec plus de sens qu’elle fut à la fois mère et belle-mère de cette nombreuse lignée ; car il est probable que l’Asiatique Priam, le Salomon phrygien par ses mœurs, son luxe et sa sagesse, avait, comme ce roi de Jérusalem, un supplément au lit conjugal. Hécube donna à son époux treize enfants légitimes, Hector, Pâris, Déiphobe, Hélénus, le devin Politès, tué par Pyrrhus, Antiphus, immolé par Agamemnon, Hipponoüs, l’infortuné Polydore, égorgé par son hôte, Troïle, auquel Achille arracha la vie, Créuse, femme d’Énée, à jamais disparue, enlevée par les Parques dans l’embrasement d’Ilion, Polyxène, Laodicé, et Cassandre, violée sur l’autel même de Pallas.
Dans Zes Troyennes d’Euripide , Hécube est l’esclave d'Ulysse, à qui elle est échue ; elle s’est cachée parmi les tombeaux de ses enfants, dont la plupart sont tombés sous le fer des Grecs. Euripide, dans la tragédie d'Hécube, nous la montre suppliant les dieux de la réunir à Polyxène, sa fille, que Néoptolème vient d’égorger de sa main pour satisfaire aux mânes d'Achille, son père, et se vengeant de Polymnestor, roi de Thrace, à qui Priam, se méfiant de la fortune, avait confié un trésor et son fils Polydore, longtemps avant la chute d’Ilion. Polymnestor avait égorgé ce fils chéri ; Hécube l’attire dans sa tente avec ses deux enfants, devant lesquels elle dissimule d’abord sa rage; puis tout à coup elle se jette sur le roi thrace, avec toutes ses Troyennes, et pendant que celles-ci lui crèvent les yeux, à l’aide de leurs fuseaux et de leurs aiguilles, elle égorge de sa main forcenée les faibles enfants de ce prince. Teint de leur sang et du sien, qui jaillit de ses prunelles à demi pendantes de leurs orbites, le malheureux pousse des hurlements, et sa langue, confuse et rapide comme celle d’un insensé, jette à Hécube, qu’il ne voit plus, cette affreuse imprécation : « Bacchus, l’oracle de Thèbes, a déclaré que tu serais changée en une chienne furieuse aux yeux étince-
lants de rage. On appellera le lieu de ta sépulture Cynos-
sème , tombeau du chien; il servira de signal aux nautoniers.» Agamemnon dit à ses gardes. « Saisissez Ce furieux! entraînez-le loin de ma présence! qu’on le jete sur le rivage de quelqu’île sauvage, et vous, infortunée Hécube, allez mettre au tombeau les corps de ces deux enfants. »
Les uns veulent que cette reine, décrépite et désespérée, triste butin échu à Ulysse, qu’elle fatiguait de ses injures, de ses pleurs et de ses hurlements, comme une chienne à laquelle on a ravi ses petits, ait été précipitée par ce prince dans la mer, et qu’elle ait donné le nom de Cyneum au licu de sa chute. Ce meurtre indigne, dont l'antiquité accuse
! Ulysse, paraît avéré par un sanctuaire que ce héros, pour-