‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 541 sur 552 · HÉCUBE · texte numérisé non relu

HÉCUBE

guivi dans ses songes par sa victime, lui fit élever en Sicile, près du temple d’Hécate. D’autres prétendent qu’en l’absence d'Ulysse, les Grecs, outrés des menaces et des imprécations de cette malheureuse , l'écrasèrent sous un amas de pierres, et firent courir le bruit qu’elle avait été changée en chienne; allusion à ses nocturnes hurlements, ou, selon d’autres, à l'état d’abjection où elle était tombée, enchaînée qu’elleétait comme une chienne à l'entrée de la tente d’Agamemnon. Du temps de Strabon on montrait encore sa sépulture dans la Thrace; le Tombeau du Chien étaitson nom. Un promontoire de la Troade portait aussi ce nom de Cynossème. DENKNE-BARON.

HEDJAZ, l’une des divisions territoriales et politiques actuelles de l'Arabie, bornée au nord par le désert de Syrie, à l’est par le Nedjed, au sud par l'Yémen, et à l’ouest par la mer Rouge, dont il forme en grande partie la côte orientale; pays presque entièrement dépourvu de sources et de cours d’eau, et dont le sol n’est guère cultivé que sur

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une profondeur de 12 myriamètres. L’Hedjaz, placé sous !

l'autorité nominale du sultan de Constantinople, comprend les villes saintes de La Mecque et de Médine, produit peu de grains et de riz, mais en revanche beaucoup de baume dit de La Mecque.

HEDLINGER ( JEAN-CHaRLES ), célèbre graveur de poinçons, né en 1691, à Schwytz, apprit les premiers éléments de son art dans l'atelier de Crauer, qu’il suivit à Lucerne et à Pruntrut, où il s’essaya d’abord dans les médailles-portraits. Il se rendit ensuite à Nancy, puis à Paris, où il ob- {int un engagement pour la cour de Suède. Pendant les années 1726 à 1728 il visita l'Italie; et en 1735 il fut appelé en Russie pour y graver le portrait de l’impératrice Anne Iwanowna. De 1739 à 1744 il résida en Suisse, pour rétablir sa santé délabrée, et il revint plns tard encore s’y fixer, quand il eut obtenu sa retraite. 11y mourut, le 14 mars

Hedlinger peut à bon droit être considéré comme l’un des plus grands maîtres que l’art du médailleur ait comptés depuis son origine, et sous le rapport de l’habileté technique il est peut-être l'artiste le plus remarquable qu’on ait vu depuis l'extinction de l’art antique. Ses têtes, sans avoir rien de dur, sont pleines de caractère, et sont à celles de la plupart des médailleurs ce que les toiles du Tilien sont aux œuvres des maniéristes. Il excelle à reproduire avec une facilité et une habileté incomparables les chairs,, les costumes, les cheveux. Ses défauts sont ceux de son époque : des allégories peu heureuses et des emblèmes sur les re-

vers.

HÉDONISME , HÉDONISTES ou HÉDONIQUES (du |

grec #ôovh, plaisir). On a donné le nom d’hédonisme à la doctrine des philosophes qui, ainsi que ceux de l’école cyrénaïque et les épicuriens, considéraient la volupté ou le plaisir comme ie principe de l’activité morale, et par conséquent comme le souverain bien.

HÉDOUVILLE ( GaBriEL-MARIE-THÉODORE-Josern 3 comte pe), lieutenant général, pair de France, naquit à Laon, en 1755. Page de la reine à sa sortie du collége , il passa sous-lieutenant de dragons en 1780, devint lieutenant en 1789, et était général de brigade à l’armée du nord en 1793. Il se distingua aux affaires de Warwick, Commer, Menin et à la bataille d'Hondschoote. Destitué peu après, et traduit, avec son collègue Houchard, devant le tribunal révolutionnaire, il fut acquitté et envoyé comme chef d'état-major dans la Vendée, où il se fit remarquer, Hédouville, promu général dedivision , prit le commandement en chef de l’armée de l'ouest en 1797; envoyé à Saint-Domingue en 1798, le Directoire le rappela l’année suivante, pour l'opposer de nouveau, en 1801, aux royalistes de l'ouest. Sa douceur et ses moyens conciliateurs y furent efficaces. Le premier consul lui confia, à la tin de celle campagne, l'am- Lassade de Sant-Pétershourg. De retour en juillet 1804, il devint chambellan de l’empereur, sénateur et grand-officier de la Légion d'Honneur, En 1805, il assisla à la prise de

possession de la principauté de Piombino et fit la campagne de 1806, en Prusse, comme chef d'état-major du roi de Westphalie. Il n’en vota pas moins la déchéance de l’empereur, fut envoyé à Francfort en qualité de ministre de France, et élevé à la pairie par la Restauration. Il ne parut, du reste, que rarement à lachambre, et mourut en 1895.

HEDWIGE ou AVOYE (Sainte), née en 1174, était fille du duc Berthold de Méran, margrave de Bade, et épousa dès l’âge de douze ans le duc Henri de Silésie. Ce fut elle qui introduisit en Silésie les mœurs et la civilisation allemandes. Après avoir eu six enfants, elle et son mari firent vœu de chasteté. A partir de ce moment Henri laissa croître sa barbe, d’où son surnom de Barbu; quant à Hedwige, elle renonça désormais au monde, et se consacra entièrement à des actes et à des exercices de piété. A sa demande, Henri fonda, en 1203, à Trebnitz, un monästère de l’ordre de Citeaux. Sécularisé en 1810, ce monastère a depuis été transformé en manufacture. Hedwige, morte le 15 octobre 1243, fut canonisée en 1268. Un tombeau de l’église de Trebnitz, aujourd’hui encore objet de nombreux pèlerinages, renferme ses ossements.

HEDWIGE, en polonais Jadwiga, reine de Pologne, née en 1370, était la plus jeune des filles du roi Louis de Hongrie et de Pologne. Elle fut élevée en Hongrie et fiancée de bonne heure avec le duc Guillaume d’Autriche. Après la mort de son père, les Polonais l’élurent pour leur reine, à la condition qu’elle résiderait en Pologne. En conséquence, elle se fit couronner à Cracovie, en 1384. Le duc de Lithuanie Jagellon ayant alors demandé sa main, et pour l'obtenir ayant promis de réunir ses États à la Pologne ainsi que d’embrasser le christianisme avec ses sujets, Hedwige, quelque regret qu’elle en éprouvât, renonça à son fiancé, qui fit inutilement le voyage de Cracovie et tenta même de l'enlever, En 1386 elle épousa Jagellon, le lendemain du jour où il eut reçu le baptême, et mourut en couches, en 1399. Hedwige, qui n'avait rien de plus à cœur que de propager la civilisation parmi les populations polonaises, obtint du pape Boniface IX une bulle qui assimilæ l’université de Cracovie à celle de Paris. Elle fonda aussi plusieurs bourses à l’université de Prague, en faveur d’étudiants polonais et lithuaniens. Favorablement disposée en faveur des doctrines de Jean Huss, elle fit célébrer à Cracovie le service divin en langue polonaise par des ecclésiastiques bohêmes.

HEECREREN (Grorcss, baron px ), diplomate français, né en 1813, à Sultz en Alsace, est le fils d’un riche propriétaire des environs de Colmar, nommé d’Antès. Neveu du prince de Hatzfeld, il entra au service de la Russie, et devint au bout de deux ans capitaine dans la garde à cheval. Le chargé d’affaires de la Hollande auprès de la cour de Saint Pétersbourg, le baron de Heeckeren, l'ayant adopté, il prit le nom de son père adoptif, et épousa la sœur du poëte russe Pouschkin. Forcé de revenir en France, à la suite d’un duel où il avait tué son beau-frère, qui l’avait surpris en conversation criminelle avec sa propre femme, et se mit, sans succès, sur les rangs pour Ja dépulation en 1846, Après la révolution de Février, le Haut-Rhin l’envoya comme représentant à l’Assemblée constituante et à la Législative, dont il devint secrétaire et où il vota avec la majorité, On dit qu'au 15 mai il ne dédaigna pas de faire le coup de poing avec les envahisseurs de l’Assemblée. Membre de la commission consultative en décembre 1851, il fut chargé d’une mission extraordinaire à Vienne durant le séjour qu'y fit l'empereur de Russie dans l'été de 1852. Nommé membre du sénat le 25 mars 1852, il ne se fit remarquer dans cette assemblée que comme un zélé partisan de la puissance temporelle du pape et des théories absolutistes. La révolution du 4 septembre 1870 le fit rentrer dans la vie privée,

HEÉEM (Jean-Davi pe), le plus célèbre peintre de fruits et de nature morte qu'ait produit l’école hollandaise, naquit en 1600, à Utrecht, apprit son art dans l'atelier de

HEEM — HEGEL

son pére, et ne tarda pas à gagner des sommes immenses avec 565 tableaux de fruits. Vers la fin de sa vie, il vint s'établir d'Utrecht à Anvers, où il mourut, en 1674. La plupart de ses toiles représentent des vases magnifiques remplis de fruits, ou bien des consoles de marbre chargées de joyaux, de montres et d'autres objets de ce genre. Une riche draperie verte forme d'ordinaire le fond du tableau. Il avait aussi coutume de peindre de superbes guirlandes de fruits et de fleurs, servant surtout de cadre à un ostensoir, à une roadone, etc, à la maniére de Daniel Seghers.

Chez lui le coloriset le clair-obscur atteignent les dernières

liroîtes de la perfection ; et il est inimitable pour l’art avec Jequel il reproduit certains détails, par exemple le fin duvet des fruits, les draperies, les tapis de Turquie, Malgré le cadre essentiellement restreint de ses sujets, Heem est toujours gracieux et intéressant, et il n’y à pas de galerie

Brême, où s0n père était ministre de \'Église réformée. 1 reçut son éducation prernière à Brême, et terraina ses études à Gœtlingue. À sa sorlie de l’université, il visita l'Italie, la France et les Pays-Bas. Déjà, en 1747, il était professeur suppléant de philosophie à l’université de GoAtingue : ce fut en 1794 qu'il occupa cette méme chaire comme professeur en titre. En 1801 il fut nommé professeur d'histoire dans la même université. 11 ne tarda point ensuite à (aire partie de la plupart des sociétés savantes de l'Europe, et mourut à Gottingue, le 7 mars 1842. Voici ses titres principaux à une gloire durable : son Mémoire sur Les Croisades, qui partages dans le temps le prix décerné par Vinstitut de France aux meilleurs discours sur l'influence de ces fameuses expéditions ; et son Histoire du Commerce et de La

. Politique des Peuples anciens. Ce dernier ouvrage, que doi-

bien coraposée où l’on n’attache du prix à posséder de ses

toiles.

Cornelius ve Hem, son fils, s’est aussi distingué dans le méme genre de peinture.

HEEMSRERR ( Jaco vas), célébrermarin hollandais, né à Amsterdam, vers le 1ailieu du seizième siècle, se rendit

surtout célèbre en 1596 et dans les années suivantes, par | les deux tentatives qu'il fit pour trouver une route plus |

courte conduisant aux Indes orientales, en doublant le nord de l’Europe et de V Asie; expéditions qui échouérent également toutes deux, et pendant lesquelles il fut forcé d'hiverner à la Nouvelle-Zermble ( Novaja-Semlja ). Les succès qu’il remporta, en 1601, dans les mers de l'Inde contre les Portugais furent récompensés par le grade d’arairal. Envoyé en 1607, avec le titre de vice-arniral, à la tête d’une flotte hollandaise contre la flotte espagnole cornmandée par Davila, ét de beaucoup supérieure en forces, il Vattaqua le 25 avril devant Gibraltar, la battit et la détruisit complétement. Cette bataille navale présente cette circonstance singulière, que les deux généraux qui la livrèrent y périrent, Des tableaux, des médailles sans nombre ont perpétué le souvenir de Jacob van Heemskerk, auquel ses

itoyens reconnaissants élevérent un monument raagnifique, dans la vieille église d'Amsterdam.

vent avoir lu maintenant tous ceux qui s'occupent en France d’études sérieuses, suffit pour placer l’auteur 4 l’un des premniers rangs parmi les historiens que recommandent à jamais la science et la conscience. Aucun ouvrage historique n’est supérieur à celui-ci par la patience et l'étendue dans les recherches, non plus que par la sagacité qui en interprète les résultats; aucun ne donne plus de lumiéres sur la marche du commerce et sur les constitutions politiques des nations illustres de l’antiquité; aucun, enfin, n'est plus dégagé de l'es. prit systéinatique. Dès 1783 il avait publié un essai sous le titre d’Idées sur le Commerce et la Politique des Peuples anciens, 2 pétits vol. in-12. Heeren est aussi l’un des écri-

| vains allersands qui se sont le plus occupés de rechercher

HEEMSKERK (Mazrix vax }, peintre hollandais, né

en 1498, à Heemskerk, près de Harlem, dont il prit le nom, était le fils d’un maçon, nommé Van Veen, qui le mit d’abord eu apprentissage chez un peintre de Harlem, et qui le fit ensuite travailler de son métier. Heemskerk ne revint qu'avec répugnance dans la maison paternelle, et saisit la première occasion de la quitter. 11 s'en alla à Delft, chez un peintre, appelé Jean Lucas, qui avait une certaine réputation. Mais s'étant bientôt aperçu que ce maître ne lui enseignait rien , il passa dans l'atelier de J. Schoorel, artiste célèbre, qui avait rapporté de nombreuses études de Rome et de Venise. À cette époque il exécuta un tableau représenfant Saint Luc faisant le portrait de la sainte Vierge et de l'Enfant-Jésus. 1] allaensuite passer trois années en Italie, où il se forma le goût à l'étude de l'antique et où il profita des leçons de Michel-Ange. A son retour en Hollande, il compta bientôt de nombreux élèves, et gagna ainsi une fortune considérable. 11 mourut en 1574. Plusieurs de ses tableaux furent détruits lors de la prise de Harlem par les Espagnols. 11 y a encore aujourd'hui de lui à Stockholm un tableau de maître-autel. Malgré un grand et incontestable talent, Heemskerk partagea le sort de bon nombre de ses camarades d'école, qui hésitérent constamment entre les

études faites en Italie. Celles-ci lui ordonnaient notamment de développer la forme, le nu, d’une manière plus com-

les sources où ont puisé les historiens anciens les plus célébres. AUBERT DE VITRY.

HEGEL (Grorces-GuiiLauue-Frépéric), né à Stutigard, en 1770, un des plus profonds penseurs de l'Allemagne, est incontestablersent celui de tous qui, après Fichte et Schelling, à fait faire le plus de chemin à l’école de Kant. 1] commença ses études de philosophie à Tubingue. A à dix-huit ans, il flottait encore incertain sur la carrière qu'il pourrait suivre ; cependant il ne tarda pas à comprendre son génie et à se livrer exclusivement à la philosophie et aux sciences qui en éclairent le plus l'étude, la physique et les mathématiques. Schelling, encore plus jeune que lui, se trouvait à la méme université, et les deux futurs réformateurs de l’école de Fichte se lièrent d’arnitié. Trop jeunes l’un et l’autre pour débuter dans la carrière de l'enseignemeuf, la seule qui leur convint, ils se séparérent bientôt pour se retrouver à Jéna , où le moins ägé devait remplacer Fichte. Hegel se chargea successivement de deux éducations particulières , l’une en Suisse, l'autre à Francfort. A l'âge de trente ans, il se présenta à l’université de Jéna, où était Schelling. 11 y demanda l'autorisation d'enseigner, qu'il ob-

| int, à titre de maître particulier (privat-docent {[1801]). Pen-

dant quatre ans il n’eut que cette précaire position , à laquelle n’est attaché d'autre traitement que les rétributions payées par les élèves. En 1805 il obtint le titre de profes-

| seur extraordinaire; mais un an après, la bataille d'Jéna fit , suspendre les cours de l’université, et obligea Hegel de cher- | cher un autre asile. 11 se rendit à Bamberg, où il trouva de

plète et plus riche, tandis qu’il lui fut impossible de s’affran- |

chir de la timidité des artistes du Nord en ce qui concerne |

l'expression et le costume. Son coloris souffre aussi le plus

souvent de ces deux directions contraires d'idées. HEEREN (ArxoLo-Hensaxs-Louis ), célèbre historien

allemand, naquit le 25 octobre 1760, à Arbergen, prés de

l'emploi dans un journal politique. De 1808 à 1816 il remplit à la fois les fonctions de professeur et de directenr au gymnase de Nuremberg. C’était une position qui lui permettait plutôt de déployer son mérite que de satisfaire ses goûts, et il chercha plusieurs fois à en sortir. L'université de Heidelberg Ini ayant proposé une chaire de philosophie,

£ c | il venaïit de l’accepter quand celle de Berlin Ini adressa la vieilles traditions du génie de l’école hollandaise et leurs

même proposition. La Bavière, qui jusque là avait peu fait

| Pour son avancement, le nomma aussitôt à une chaire de

philologie 3 Erlangen. Son amitié pour Daub et sa parole donnée décidèrent son option pour Heidelberg. Cependant, deux ans après il accepta une chaire à Berlin, où il est mort, le 14 novembre 1831, des suites d’une attaque de choléra.

La chaire qu’il acceptait, c'était celle de Fichte. Singulière destinée pour les deux plus grands adversaires de ce phiiosophe; l’un, Hegel, le remplaça à Berlin ; l'autre, Schelling,

l'avait remplacé à Iéna. C’est de cette dernière ville que, dès 1802, ils avaient porté ensemble les coups les plus rudes à son système. L’un et l’autre avaient commencé par le professer ; l’un et l’autre s'étaient persuadé que Fichte avait fait faire un grand pas au problème principal de Kant. Ce problème était de distinguer nettement ce qui, dans nos connaissances, vient du sujet pensant de ce qui vient de l’objet pensé, en d’autres termes, de légitimer la réalité de ce que le sujet pense de l’objet. Ce problème, Kant avait fait d'inutiles efforts pour le résoudre; nulle solution ne lui avait réussi, et sur le point de tomber dans l’idéalisme, il avait fui à l’aspect de ce fantôme. Fichte, moins sage que son maître, avait précisément embrassé ce fantôme; mais, par la puissance de sa parole et le savant entraînement de ses déductions, il avait caché l’abime au-dessus duquel il le tenait suspendu. Hegel fut fichtien avec Schelling, son ami et son maître. Cependant il s’aperçut le premier que ce maitre, plus jeune que lui, comme nous l'avons dit, s’écartait du successeur de Kant et le dépassait. Pour en convaincre Schelling et Fichte, aussi bien que le public, il composa son célèbre ouvrage de la différence entre le système de Fichte et celui de Schelling. Nous l’appelons célèbre, non qu’il soit d’une grande supériorité, il est au contraire une des plus faibles productions de Hegel, mais parce qu’il fit éclater une des plus fameuses scissions dans les annales de l’école kantienne.

Pour soutenir leur défection, Hegel et Schelling fondèrent un journal spécial de philosophie ; et pendant quelque temps ces deux puissantes intelligences marchèrent parfaitement d'accord, Cependant Hegel ne tarda pas à s'éloigner un peu de son ami. La formule qui résumait le schellingianisme de cette époque, car Schelling a eu plusieurs époques, était

alors la parfaite identité de l'objet et du sujet, ou la non-.

différence de deux choses si différentes en apparence et si nettement distinguées dans les systèmes antérieurs, surtout dans celui de Kant. La non-différence ou l'identité, disait Schelling, est la nature même de l’absolu, c’est son essence la plus pure; et cet absolu, qui n’est autre que l'Etre suprème ou Dieu, est connu par la raison absolue, qui est précisément aussi une non-différence ; car elle est l'identité du sujet et de l’objet. Absolue, la raison connaît; elle ne pense pas, élle voit. Or, ce fut précisément cette intuition intellectuelle qui soutenait tout le système de Schelling que Hegel reconnut tout à coup pour une hypothèse, hypothèse qui pou. vait être la vérité, mais qui n’était ni justifiée ni établie par la science. Hegel résolut de l’établir et de la justifier, et sa prétention, plus que sa dectiine, le détacha de Schelling. Comme son ami, il trouva dans l’unité du subjectif et de l'objectif, de l'idéal et du réel, la vérité absolue, et la phi losophie fut pour lui la science de la raison qui a cons: cience d’elle-même, en tant qu’elle est l’étre dans l'idée L'idée pure est l’élre pur : telle est la base de tout le sys tème.

Sa base jetée, Hegel réduit à ces trois branches toute la philosophie spéculative : Logique, ou science de l’idée con sidérée en elle-même; philosophie de la nature, ou science de l'idée dans son union avec l'objet, son état de ctéron einai; philosophie de l'intelligence, ou science de l'idée qui revient de l’objet sur elle-même. Science de l’idée pure, de l'idée considérée en elle-même, de l’idée analysée comme élément de la pensée, la logique a pour objet cette pensée et ses modifications; mais elle n’est pas pour cela une science purement formaze; elle ne se borne pas à examiner l’activité du sujet pensant; elle embrasse, au contraire, celle activité dans toute sa puissance et dans toute son étendue ; elle occupe la place de l’ancienne métaphysique, De l'idée considérée en elle-même, qui est l'objet de la logique, la science passe à l’idée considérée dans le étéron einai, qui est l'objet de la philosophie de la nature, Cette étude complète la logique, mais a besoin, à son tour, d'être complétée par une autre. En effet, quand l’idée s’est analysée dans le sujet et dans l'objet, elle a besoin de se

BEGEL

ressaisir dans son unité, dans sa réalité; car là est le vrai l'être, l'absolu,

On le voit, entre Hegel et Schelling, la différence n’était pas à cette époque dans les conclusions, elle était dans les prémisses et dans la démonstration. Plus tard, Schelling gardant le silence, et Hegel enseignant dans la plus célèbre des universités d'Allemagne, publiant une série d'ouvrages remarquables, le schisme devint à la fois plus éclatant entre eux et plus favorable au second de ces penseurs. Pendant les quinze dernières années Hegel fut considéré comme le premier métaphysicien de l’Allemagne, et ses disciples appliquèrent sa doctrine à toutes les études, à l'histoire, à la littérature, à la jurisprudence, à Ja théologie, aux sciences naturelles. Hegel était sans doute un Lomme d’une haute intelligence; mais, comme Schelling et Fichte, il faussa l’école de Kant, que tous trois prétendaient continuer, en mélant à l'esprit de critique et d'analyse qui la distingue je ne sais quelle audace de poésie mystique et de conception orientale qui a fait sans doute la fortune, mais qui fait aussi la condamnation deleurs systèmes. En effet, ce même enthousiasme qui domina les trois philosophes, et qui les porta tous trois à déclarer leur doctrine le dernier mot de la science , la vérité absolue, leur a fait sans doute un grand nombre d’adeptes dévoués; mais en leur inspirant aussi une sorte

de mépris pour les intelligences vulgaires, il a donné à leur |

langage quelque chose de dur et de mystérieux, qui leur a beaucoup nui auprès de leurs contemporains, et qui leu* nuira bien plus auprès de la postérité, Hegel sous ce rap port est même inférieur à Fichte, que déjà on a cessé de lire, et à Schelling.

Avant de se rendre à l’université de Heidelberg, Hegel avait annoncé à Voss, le traducteur d’Homère, le dessein de populariser la philosophie (en Allemagne sans doute), cornme Voss et Luther y avaient popularisé Homère et la Bible. Jamais dessein plus noble n’a plus complétement échoué. Hegel écrit non-seulement sans grâce, mais sans clarté, et les éditeurs de ses œuvres reconnaissent sans hésitation ce défaut ; seulement, ils l’attribuent à la hauteur de la pensée et aux licences de ponctualion que prennent naturellement les esprits supérieurs. Hegel lui-même n'ignorait pas et ne déplorait pas eette obscurité ; il consolait ses auditeurs du chagrin de ne pas le comprendre par kes difficultés de la matière et l'intelligence qui leur viendrait plus tard. L'événement le justifiait, il faut le croire; car i: eut des disciples nombreux et des partisans fanatiques, qui lui attribuèrent dans leur enthousiasme tout le génie réuni des plus grands philosophes de l'antiquité,

Hegel eut aussi de violents adversaires; l'exagération de la haine ne fut pas moins grande à son égard que celle de l’amour, On lui reprocha d'enseigner le spinosisme et de professer les opinions les plus illibérales et les plus désolantes pour lhumanité. 11 n’en était rien. Il disait en effet : Tout ce qui est raisonnable est réel et tout ce qui est réel est raisonnable. Maïs dans ces mots il combattait d'absurdes rèveries et de vaines conceptions sur ce qui pourrait être métaphysiquement ; il ne parlait ni politique ni morale. On

. à pu abuser de sa philosophie pour recommander certaines

doctrines politiques ; il n’a pas posé sa philosophie pour ces doctrines. En général, Hegel n'a pas trouvé d'adversaires dignes de lui; Jacobi et Krug, qu’il avait le plus maltraités, étaient l’un et l’autre hors d’élat de le combattre de manière à lui nuire, quelque envie qu'ils en eussent l'un et l'autre.

Sept des amis les plus distingués du philosophe de Berlin se sont constitués les éditeurs de ses œuvres, Cette collection, dont la publication commença peu de mois après la mort de Hegel, se compose de 18 volumes in-8°, On y remarque surtout les ouvrages suivants : Foi el Science, ou analyse critique des systèmes de Kant, Jacobi et

Fichte; Différence entre le système de Fichte et de:

celui de Schelling; De la Philosophie de la nature (c'est le système de Schelling qu’on désigne ainsi en Alle-

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