HEGEL
magne) dans ses fapports avec la philosophie en général; Phénoménologie de l'esprit, après l'Histoire de la Philosophie du même auteur, celui de ses ouvrages qui mérite le plus d'attention; Logique; Science du Droit, lun de ses meilleurs ouvrages, et c’est celui de tous dont le style est moins négligé ; mais c’est aussi celui de tous qui a soulevé le plus d’objections contre l’auteur. On lui re procha d’y avoir prêché le servilisme. Cependant Hegel, loin d’y enseigner l’absolutisme, demande la publicité des débats politiques et judiciaires. Il y soutient même en quelque sorte le droit d’insurrection. L’insurrection dans un pays conquis n’est pas un crime à ses yeux, et cela par la raison que les sujets n’y sont pas des sujets véritables; ils ne sont pas avec le maitre dans la communion de l’idée ; il n’y a pas entre eux liaison d'état, il n’y a que contrat. Chose bizarre, C’est sur une parole de Napoléon que le philosophe appuie son raisonnement; c’est sur ces mots dits aux députés d’Erfurt : « Je ne suis pas votre prince, je suis votre maitre » ; Æsthétique : c'est un cours de Hegel. Il ne s’y borne pas à Panalyse du beau dans les ouvrages d’art et de littérature, il y présente sur la symbolique de l’Inde, dela Perse, de l'Égypte, ainsi que sur la poésie du mahométisme etle mysticisme chré tien, des vues fort curieuses, quoique très-hasardées ; Pilosophie de la Religion : c’est une des compositions les plus remarquables de Hegel, quoiqu’elle ne soit publiée que d’après les cahiers de.ses auditeurs; Histoire de la Philosophie : très-incomplète, surtout pour les derniers temps; mais il ne faadrait pas essayer de nous en donner une traduction : on ne traduit pas Hegel. MarTeRr.
HEÉGEMONE, Voyez GRAGES.
HÉGEMONIE (d'Ayeu&v, chef, conducteur), mot grec indiquant un commandement supérieur, ou la puissance suprême : ainsi Mercure, conducteur des âmes, est qualifi‘ ü Légénon ; mais c'était surtout le nom qu’en Grèce on donnait à la prééminence politique que des peuples confédéres accordaient volontairement à l’un d'entre eux en raison des preuves de prudence, de bravoure et d’habileté à la guerre, qu’avaient données ses citoyens ; par suite de quoi, ce peu-
— HEGYALIA
ple était investi de la direction suprême dans toutes lesen- |
treprises relatives aux intérêts communs. Ce fut la guerre des Perses qui, vers l’an 500 avant J.-C., fit sentir le besoin d’une hégémonie. En présence des dangers dont l'invasion des Perses menaçait les Grecs, Thémistocle leur conseilla de former une étroite confédération et de placer Sparte à sa tête. Sparte ne sut pas longtemps conserver sa prééminence, Athènes eut l’hégémonie après la bataille de Salamine. Sparte ne regagna la prééminence que lorsque la guerre du Péloponnèse eut porté un coup mortel à la puissance d’Athènes. Sparte abusa encore de l’hégémonie. Thèbes prit les armes pour sauver l'indépendance de la Grèce, et humilia lorgueil des Spartiates dans les journées de Leuctres et de Mantinée. Au milieu des discordes intestines, il ne fut pas diflicile à Alexandre, après la bataille de Chéronée (338 avant J.-C.), de se décerner à lui-même l’hégémonie. On trouve aussi des exemples d’hégémonie dans l’Étrurie, le Latium et jusque dans la Gaule.
HEGESIAS, philosophe grec, qui florissait vers l'an 370 avant J.-C., était vraisemblablement originaire de Cyrène, disciple d’Aristippe etcontemporain de Platon. Au rappori de Cicéron, il peignait avec de si vives couleurs et tant d’éloquence toutes les misères de la vie humaine, où la somme des maux l'emporte &e beaucoup sur celle dos biens, qu’on le surnomma le Pisi{hanate, ou l’Avocat dela mort, et que plusieurs de ses disciples furent conduits par son enseignement à se débarrasser d’une existence qui ne leur promettait que des souffrances et des privations. Aussi le roi d'Égypte, Ptolémée, fit-il fermer son école et finit-il par bannir Hégésias de ses États. A la difference d’Aristippe, fondateur de la
secte cyrénaïque , à laquelle il se rattachait, et qui enseignait | qu'il était indifférent de vivre ou de mourir, parce qu'il |
est impossible de savoir si la somme des plaisirs sera à la
peines, Hégésias prétendait qu’il faut mourir, parce que, encore qu’on ne puisse démontrer que la somme des peines sera à la fin de la vie plus grande que celle des plaisirs, il y a cent mille à parier contre un qu’il en arrivera ainsi, par conséquent qu’un insensé peut seul s’exposer à une chance pareille. Mais s’il était de bonne foi, comment se fait-il donc qu’il consentit à jouer lui-même un semblable jeu ?
Hégésias, orateur grec d’une époque postérieure, était de Magnésie ; l'affectation maladroïite du style attique l'avait is en mauvais renom parmi ses contemporains.
Le même nom fut aussi porté par un poëte sceptique, deux statuaires, et un tyran d’Éphèse, protégé par Alexandre,
HÉGÉSIPPE, célèbre orateur athénien, qui florissait vers l’an 350 avant J.-C., fut l’un des adversaires de Philippe de Macédoine et contemporain de Démosthène, dont le discours De Haleneso a été dans ces derniers temps reconnu pour être l’œuvre d'Hégésippe.
Un autre Hégésippe, qui vivait au troisième siècle de l’ère chrétienne, est regardé comme le plus ancien des historiens de l’Église. Juif de naissance , il se convertit à la foi chrétienne, et devint, en 177 , évêque de Rome. Eusèbe nous a conservé quelques fragments de son Histoire de l'Eglise el de ses Commentaires sur les Actes des Apôtres.
HEÉGIRE. Tel est le nom de l’ère chronologique des mahométans, c’est-à-dire des Arabes, des Turcs, des Persans, etc. L’époque d’où ils partent est par eux nommée hedjra, mot arabe qui signifie fuite, et dont, par corruption, nous avons fait hégire. Cette fuite est celle de Mahomet, qui, pour se soustraire à ses ennemis, quitta furtivement La Mecque pour se retirer à Fatrib, aujourd'hui Médine. L'époque de l’hégire est précisément un vendredi, le 16 juillet, 621 ans 196 jours complets après naissance de J.-C., l’an 622 de l’ère chrétienne. Comme les musulmans ne comptent que par années lunaires de 354 jours 8 heures 48’ 38" 12°”, il s'ensuit que 33 de leurs années équivalent à 32 années solaires, plus 4 j. 18 h. 48’: c’est sur cette règle qu’on opére les réductions suivantes.
Pour réduire une année de l’hégire en une année après J.-C., si l’année de l’hégire donnée ne passe pas 32, on y ajoute 621 ; la somme est l’année de J.-C. Exemple : An de Fhégire 20 — 20 X 621 — 641 après J-.C. Si l’année de Y'hégire passe 32, on la divise par 33; le quotient sera soustrait de l’année donnée ; le reste sera ajouté à 622; la somme sera l’année après J.-C. ÆExemple : An de l'hégire 1257 =
227 X 622 — 1812 après. J-C.
Observez cependant que cette réduction n’est pas d’une exactitude rigoureuse. Quand il s’agit d'événements qui se sont passés les 11 premiers jours de l’année musulmane, il faut les imputer à l’année solaire précédente, puisque celle-ci a 11 jours de plus que l’année lunaire.
Pour réduire les années de notre ère en années de l’hégire, on opère d’une manière inverse en ayant soin de distinguer si l’année donnée est plus petite ou plus grande que 641.
Charles Du Rozoir.
HEGYALJA, nom d’un magnifique vignoble de 42 à 50 kilomètres de long sur 22 à 30 kilomètres de large, situé dans le comitat de Zemplin en Hongrie, et comprenant les vignobles de Tokay, de Tarczal, de Keresztur, etc., dont les produits sont célèbres dans le monde entier. La couche supérieure du sol consiste généralement en porphyre de différentes formations, circonstance qui, jointe aux soins et à lhabileté des vignerons, contribue puissamment à l’excellence des vins d'Hegyalja. La vendange a lieu très-tard ; elle ne commence guère que le 20 octobre, au milieu des réjouissances et des fêtes. La récolte annuelle s'élève, en moyenne, à environ 12,000 hectolitres, dont jes deux tiers s’exportent et se vendent quelquefôis à des prix fabuleux. Les vins de Tallya et de Maad sont les plus doux ; celui de Tokay a le plus de feu; aussi est-il recherché de pré-
fin de la vie plus grande ou plus petite que la sonune des | férence par les étrangers et a-t-il donné son uom aux pro-
DICT. DE LA CONVERS, —— T, X
duits de tous les vignobles. On le falsifie pourtant souvent, malgré la sévérité des lois rendues à plusieurs reprises en Hongrie, depuis le dix-septième siècle, contre ceux qui le frelatent,
HEIBERG (PierRe-Anbré), écrivain danois, qui s’est fait un nom justement célèbre comme poëte dramatique , comme satirique et comme publiciste, naquit en 1758, à Wordinborg. Après avoir terminé ses études universitaires, il passa troïs années à Bergen ; et plus tard, à partir de 1788, il vint s'établir comme traducteur à Copenhague. Banni en 1799 du Danemark, à cause de sés opinions politiques, entièrement conformes à celles au nom desquelles s'était opérée la révolution française, il 8e rendit en 1800 à Paris, où, sous lPEmpire, il obtint un emploi de chef de bureau au ministère des relations extérieures. 11 accompagna à diverses reprises M. de Talleyrand à Berlin, à Varsovie, à Erfurt et à Vienne. En 1817 le gouvernement de la Restauration le mit à la retraite, avec pension. Il mourut à Paris le 30 avril 1841.
Comme poëte dramatique, Heïberg est, après Holberg, l'écrivain danois qui a le plus composé d'ouvrages originaux; et la plupart des pièces de son théâtre sont restées au répertoire. Elles se distinguent par une grande connaissance du cœur humain, par beaucoup d’esprit et par une parfaite entente de la scène. Mais sa satire est plutôt mordante que comique. 11 vise aussi beaucoup trop à l'effet. 11 a paru deux éditions de ses œuvres complètes.
Heïberg fut pendant plus de dix ans l’un des collaborateurs les plus assidus de la Revue encyclopédique, recueil auquel il a fourni une foule de notices intéressantes sur l’histoire, l'archéologie et les arts du nord de l'Europe. Il s'était aussi beaucoup occupé de travaux politiques et philosophiques. C’est à cet ordre d'idées qu’appartiennent ses dissertations Sur la peine de mort (Christiania, 1820), et Sur l'introduction de la souveraineté en Danemark (Drammen, 1828), toutes deux écrites en danois, ainsi que son Précis historique el critique de la Constitution de la Monarchie Danoise (Paris, 1820). Ses Lettres d’un Norvégien de la vieille roche (Paris, 1822), imitées de celles de Junius, exposent de la manière la plus saïsissante les dangers qu’il y aurait à modifier la constitution norvégienne. On trouve d’intéressants renseignements pour l’appréciation de sa vie et de ses opinions dans deux fragments autobiographiques qu’il a publiés lui-même en danoïs : Trois années à Bergen (Drammen, 1829) et Souvenirs de ma vie politique, sociale el littéraire en France (Christiania, 1838).
: LA avons dit que Heïiberg, par suite de son attchement aux principes de notre révolution de 1789, avait dû s’expatrier, au moment même où ses succès dramatiques popularisaient son nom dans son pays. Bernstorff, politique habile et profond, avant de recourir aux menaces et aux persécutions à l'égard de quelques écrivains et savants, tels que Cramer de Kiel, Malte-Brun et Heiberg, dont il redoutait les tendances libérales, essaya de les gagner par des caresses et des grâces. Ayant rencontré Heiberg dans un salon, quelques jours après la première représentation d’une de ses comédies, dont le succès avait été très-grand, il lui adressa les compliments les plus flatteurs sur son talent, exprimant le regret que le gouvernement du roi ne se fût pas depuis longtemps recruté d’une capacité d'élite dont le concours ne pouvait être que si utile au pays. Heïberg parut ne voir dans ces avances si flagrantes que des politesses banales et n’en pas comprendre le but. Le ministre insista, et, poussé à bout par la force d'inertie que lui opposait son interlocuteur, finit par lui lâcher la phrase traditionnelle : « Voyons, que puis-je faire pour vous être agréable? Je n'ai rien à vous refuser ! » — « Alors j’oserais prier Votré Excellence, répondit Heiberg au comte, qui à ce moment faisait rouler entre s6s doigts sa labatière d’or garnie de diamants, de me donner. une prise de tabac. »
HEIBERG (Jean-Louis), fils du précédent, directeur
HEGYALJA — HEIDELBERG
du théâtre de Copenhague, né en 1791, commença en 1809 des études médicales, que, entratné par une irrésistible vocation, il ne tarda pas à abandonner pour la littérature et la poésie. Dès 1814 il débutait comme poëte par une imitation de Don Juan et par un drame romantique intitulé : Le potier Walter ; et il selivra ensuite à une étude approfondie des littératures du midi de l'Europe. La pièce de théâtre intitulée : Dristig vovet halv er vundet (1817), et la dissertation : De poeseos dramaticæ genere hispanico, et præsertim de Petro Calderone de la Barca (1817), qui lui valut le titre de docteur, témoignent des travaux sérieux dont Calderon fut l’objet de sa part. Dans sa Psyche’s Indvielse, drame mythologique (1817 ), il a essayé de traiter poétiquement le mythe célèbre d'Amour et Psyché. Un séjour de trois années qu'il fit à Paris, de 1819 à 1822 , lui fournit l’occasion d'étudier à fond le théâtre français. Nommé à son retour en Danemark professeur de langue et de littérature danoïses à l’université de Kiel, il publia une grammaire danoise (Altona, 1825), ainsi que ses leçons sur la mythologie du Nord d’après l'Edda, et les poésies mythologiques d'Œhlenschlæger (Schleswig, 1827). En 1825, il fit représenter sur le théâtre de Copenhague son premier vaudevile, Kong Salomon og Jærgen Hattemager, qui obtint un grand succès ; et depuis lors il n’a pas cessé d'être l’auteur dramatique favori du public danois, qui sous le triple rapport de la fécondité, d'une rare entente de la scène et d’un habile emploi des ressources et des effets dramatiques, le compare à notre Scribe. En 1856 il quitta la direction du théâtre de Copenhague et fut nommé censeur dramatique. I] mourut le 25 août 4860.
HEIDELBERG, ville du-cercle du Bas-Rhin, dans le grand-duché de Bade, et jusqu’en 1720 résidence desélecteurs et comtes palatins du Rhin, est située dans l’une des plus ravissantes contrées de l’Allemagne, au point où aboutit la Bergstrasse, et sur la rive gauche du Necker, qu’on y traverse sur un pont en pierres de 234 mètres de longueur, et orné de la statue équestre de l’électeur palatin Charles- Théodore. Encaissée entre le fleuve et la montagne, Heidelberg se compose de trois parties bien distinctes : la ville proprement dite, un faubourg, et la partie qu’on appelle Bergstadt. Au sud s'élève le ÆAænigstuhl, hauteur qu’on appelle Kaiserstuhl depuis que l’empereur François II l’a gravie, et de laquelle on jouit d’uné vue magnifique, surtout de la tour de trente mètres de hauteur qu’on ya construite en 1830. Le château électoral, bâti sur la partie du Geisberg qu’on appelle le Jeftenhugel, édifice dont l'architecture appartenait au style gothique et à celui de la renaissance, à beaucoup souffert des dévastations des Français en 1689, et est devenu complétement inhabitable en 1764, par suite des ravages qu’y exerça la foudre à la suite d’un affreux orage. Mais ses ruines ont toujours conservé un caractère grandiose et pittoresque, qui les rend dignes d’être visitées, et le plus grand soin est apporté à leur conservation. C’est dans l’une des caves de ce château que se trouve le fameux {onneau de Heidelberg, qui peut contenir 250 Joudres, ou 283,000 bouteilles de vin. Les électeurs palatins se faisaient gloire de l'avoir toujours rempli du meilleur vin du Rhin.
La population fixe de Heidelberg est de 19,910 habitants (1871), dont les deux tiers sont protestants, Des cinq églises que possède Heïdelberg, celles du Saint-Esprit et de Saint-Pierre sont les plus remarquables, Il y a dans cette ville, indépendamment d’une université, une société pour les sciences naturelles etla médecine, une école forestière ét agricole, un muséum (depuis 1827) auquel est adjoint un cabinet de lecture parfaitement assorti, un gymnase commun à la jeunesse catholique et protestante , et diverses institutions particulières. La navigation du Necker favorise beaucoup lactivité commerciale de Heidelberg, ville bâtie au point de partage de plusieurs grandes routes importantes, notamment de celle de Francfort à Bâle, et de celle qui de Manheim, va d'une part en Souabe et de l'autre en Fran-