GAGERN
servir une autre puissance que la France, il se retira à Vienne. En 1814 il fut appelé, avec le titre de ministre d’État, à l’administration des possessions de la maison de Nassau ; en 1815, il assista au congrès de Vienne comme représentant du roi des Pays-Bas, et réussit à obtenir des agrandissements de territoire en faveur de la Hollande, Mais il échoua alors dans ses efforls pour faire enlever l’Alsace à la France. Le roi des Pays-Bas le nomma ensuite son ministre près la Confédération germanique, fonctions qu’il conserva jusqu'en 1818; et dans la correspondance qu’il échangea avec M. de Metternich avant l'ouverture de la diète, on voit qu’il insista pour l’adoption de mesures qui eussent assuré l’union politique de l’Allemagne. Dans le sein même de la diète, il insista avec force pour que des constitutions représentatives fussent introduites dans les divers États de la Confédération. En 1820 il se retira, avec une pension du roi des Pays-Bas, dans sa terre de Hornau ( grand-duché de Hesse-Darmstadt). Devenu alors membre de la première chambre des états du grand-duché, sans appartenir précisément à une opposition systématique, il se distingua en toute occasion par ses tendances patriotiques et philanthropiques. Crueliement éprouvé en 1848 par la mort de son fils Frédéric, et par celle de sa femme, qui lui avait donné dix enfants, il avait complétement renoncé à la vie politique, lorsque la mort vint l'enlever à Hornau, le 22 octobre 1852. On a de lui : Résultats de l'Histoire des Mœurs (6 vol., 1835-37); Histoire nationale des Allemands (1826), et Critique du droit des gens (1840).
GAGERN (Frépéric-BAupouIN , baron pe), l’un des fils du précédent, général au service des Pays-Bas, célèbre surtout par sa fin lamentable, arrivée lors de la lutte que l'insurrection de Hecker amena dans le grand-duché de Bade, né le 24 octobre 1794, à Weïilbourg, entra d’abord au service autrichien, qu’il quitta ensuite pour passer à celui des Pays-Bas. 11 était capitaine d'état-major en 1830, quand les événements militaires que l’année 1831 vit s’accomplir, le firent appeler aux fonctions de chef d'état-major du duc Bernard de Saxe-Weïmar. En 1838 il passa, sur sa demande, dans la ligne, et fut nommé colonel d’un régiment de cavalerie. Envoyé en 1843 dans les Indes orientales avec une mission importante, il obtint à cette occasion le grade de général, et à son retour en Europe on lui confia le commandement supérieur de la province de Hollande. Au printemps de 1848, il s'était rendu en Allemagne avec un congé temporaire, et il se trouvait dans le grand-duché de Bade quand y éclata l’insurrection de Hecker. Il parut l’homme capable d’inspirer de la confiance aux troupes chargées de la réprimer, et en accepta le commandement sans attendre l'autorisation du gouvernement des Pays-Bas. Il chercha à amener par de sages représentations, et sans coup férir, la dissolution de la bande de Hecker. Le 20 avril, il s’était déjà inutilement abouché à cet effet, à Kandern, avec les chefs lu rouvement, lorsque, une demi-heure plus tard, les deux troupes se trouvèrent en présence à Scheideck. « Avancez, général! » lui cria-t-on des rangs des insurgés; plein de conlance, Gagern alla encore essayer d’un accommodement, et ayant éclioué dans tous ses efforts pour déterminer les insurgés à mettre bas les armes, il avait rejoint sa troupe, et se disposait à monter à cheval pour aller opposer la force à la force, quand une décharge partie des rangs des insurgés l’étendit roïde mort. Cette fin tragique d’un homme de bien, d’un général distingué, causa une douleur générale en Allemagne,
GAGERN (HENnI-GUILLAUME-AUGUSTE, baron DE), frère du précédent, et dont le nom fut un moment si populaire en Allemagne, est né en 1799, à Baireuth, et a fait ses études juridiques à Gættingue, à Iéna et à Heidelberg, après avoir combattu à Waterluo. 11 s’associa alors aux efforts tentés par la Burschensckaft pour régénérer Allemagne. Ses études achévées, il entra dans l'administration du grand-duché de Hesse-Darmstadt, et fat élu, en 1822, membre de la seconde chambre des élats, au sein de laquelle il vota toujours sur
DICT, DE LA CONVERS, —= Te Xs
les questions de principes dans le sens le plus libéral. Mis à la retraite, lors de la dissolution de cette assemblée, il envoya au ministère la démission de ses divers emplois, en refusant la pension qu'on lui offrait, sans doute pour acheter son silence; et il donna alors une nouvelle preuve de son indépendance en déclarant à ses concitoyens, qui voulaient suppléer à cette pension par une souscription patriotique, qu'il n’accepterait pas cette marque de leurs sympathies. Élu de nouveau, comme propriétaire, membre des diètes de 1834 et 1835, il fut l’un des chefs de l'opposition dans ces deux assemblées ; mais quand la politique illibérale du gouvernement eut réussi à en restreindre l’action politique , il cessa d’y paraître, pour ne pas se prêter à une comédie représen= tative, jouée uniquement au profit du pouvoir,
Il n’accepta de nouveau le mandat électoral qu’en 1847, moment où la ville de Worms le choisit pour son représentant, à la suite de nouvelles élections générales, qui amentrent à la chambre une majorité libérale comme on n’en avait encore jamais vu d'aussi forte. La diète venait à peine de s'ouvrir quand éclatèrent les terribles orages de 1848 ; et dès le 27 février, à la nouvelle des événements dont Paris avait été le théâtre, il développait dans la seconde chambre une motion tendant à provoquer la création d’un cabinet capable de protéger et défendre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur l'indépendance et la liberté de l’Allemagne, de même qu’à faire adjoindre au chef provisoire de l'Empire une représentation nationale composée d’une chambre des princes et d’une chambre populaire. L’agitation révolutionnaire ne tarda point à gagner aussi le grand-duché; et le grand-duc s'étant alors adjoint son fils corame co-régent, celui-ci appela aussitôt M. de Gagern à prendre la direction des affaires. Dans une éloquente proclamation, en date du 6 mars, le nouveau ministre exposa les principes que se proposait de suivre le cabinet reformiste. Dès lors aussi la solution à donner à l’importante question de la constitution de l’Allemagne fut sans cesse l’une de ses plus graves préoccupations. Appelé à faire partie du parlement préparatoire ( vorparlament ) qui devait se réunir à Francfort le 31 mars, il exerça tout aussitôt une influence décisive sur cette assemblée, dont la plupart des votes les plus importants furent rendus sur des motions présentées par lui. À partir de ce moment, il n’y eut pas en Allemagne , pendant quelque temps, d'homme plus influent ni plus populaire. Son énergie, sa franchise, sa loyauté, l'enthousiasme généreux que respirait chacune de ses paroles, joints à un extérieur imposant etéminemment chevaleresque, le rendirent l'expression la plus vraie en même temps que la plus élevée de la première phase de l'agitation de 1848, moment où tousles esprits, pleins de confiance dans l’avenir, ne doutaient pas de la possibilité de régénérer politiquement Allemagne et de constituer enfin l’unité nationale. Quand le parlement national s’ouvrit, le 28 mai, à Francfort, il élut pour président M. de Gagern, qui dans l'intervalle avait résigné son portefeuille en qualité de ministre du grand-duc de Darme stadt, et des élections nouvelles lemaintinrent constamment à la présidence de cette assemblée jusqu'au moment où il fut appelé à faire partie du ministère de l’Empire. Il ne contribua pas peu alors à déterminer l'élection de j’archiduc Jean er qualité de vicaire de l'Empire. Les complications qu’amena l’antagonisme de Ja Prusse et de l’Autriche dans Ja question d’un pouvoir central à constituer en Allemagne le trouverent à la hauteur des difficultés et des périls d’une telle crise; et le 15 décembre 1848 il fut appelé par l’archiduc, vicaire de l’Empire, à présider son ministère ; mais le projet de constitution, à la rédaction duquel il avait eu une grande part, ayant été rejeté sur la motion du député Welcker, fl donna sa démission en même temps que tous ses collègues { 21 mars 1849).
Le refus de la Prusse d’accéder à la constitution dans la forme nouvelle qu’elle.avait reçue remit tout en questiun. M. de Gagern s’efforça vainement de se poser médiateur entre le parti démocratique extrême et celui de la réaction; rôle d’un homme de bien et d’un bon patriote, mais qui ne