‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 76 sur 552 · GALIEN — GALILÉE · texte numérisé non relu

GALIEN — GALILÉE

| quitte Pergame et se rend près d'eux. Mais bientôt la peste | se déclare à Aquilée, et les empereurs se sauvent vers l’Al- | lemagne, pendant que Galien se bâte de retourner à Per- | game, Marc-Aurèle, si brave à la guerre, avait peur d’une | épidémie : faible excuse pour Galien!

| La médecine de Galien est toute de raisonnement ; et comme | il ignorait les faits réels, il raisonnait sur des faits hypothé- | tiques : on le voit sans cesse disserter sur les éléments, sur | l'état des humeurs, les intempéries, le sec et l’humide, les | tempéraments, etc. Il n’affectait au reste aucune doctrine | particulière; mais comme il les avait toutes étudiées, il | les repoussait toutes. Il se montrait méthodiste avec les | empiriques, empirique avec les méthodistes. Son avis préva- | lait constamment, sinon par la bonté de sa doctrine, au | moins par la puissance de son esprit et la vivacité de son | langage, diffus, prolixe, mais toujours méthodique, comme | est le style de ses ouvrages, si contrastant avec la concision : et le désordre des sentences hippocratiques. Boerhaave a | dit de Galien qu’il a beaucoup nui et beaucoup servi, sans à déclarer si c’est l'utilité qui l'emporte : multum profuit, | multum nocuit. Sans doute les suppositions gratuites dont les ouvrages de Galien sont remplis nuisaient au progrès de la médecine d'observation; en ce point elles ont retardé, arrêté la marche de l’esprit humain. Au lit des malades, pendant des siècles, la grande affaire n’était pas d'étudier en quoi l’homme souffrait, il fallait savoir ce qu’en eût pensé | Galien; et plutôt que d'étudier des symptômes appréciables, on feuilletait des in-folio exigeant interprétation. Pendant } qu’on interprétait, le malade allait tout doucement retrou- | ver Galien.

Mais où Galien a éfé d’une utilité incontestable, c’est en anatomie. La structure de l’homme n’a point changé; et comme anatomiste, Galien est toujours jeune : on le prendrait pour un contemporain. Boerhaave lui-même s’instruisait à ses leçons, et bien d’autres que Boerhaave. A l’excep- | tion de l’arachnoïde, il connaissait les méninges ou membranes

du cerveau; il savait que le cerveau.est insensible à la sur- | face, el n’ignorait pas les mouvements d'élévation et d’abaissement que lui communique la respiration, Il connaissait

comme nous les phénomènes du croisement nerveux, ef | presque autant que Lorry, Legallois, M. Hlourens, Je point | dela moëlle vertébrale qui préside aux mouvements vitaux : | Galien croyait ce point placé vis-à-vis la deuxième vertèbre | cervicale. S'il n’a pas découvert les nerfs récurrents, ou | laryngés inférieurs, au moins les a-t-il bien décrits; et il avait observé que les nerfs vertébraux président à la | fois aux actes de sensibilité et de mouvement. Il n’ad- | mettait encore que sept paires de nerfs cérébraux, au | | |

lieu des douze que nous connaissons ; mais il niait comme nous que les nerfs optiques fussent croisés. Comme les par- | tisans actuels du fluide nerveux, il croyait les nerfs canalieulés ; son erreur était de placer le siége de l’olfaction dans les ventricules du cerveau, et de faire passer les odeurs par les trous de la lame criblée de l’ethmoïde. IL savait que les artères contiennent du sang, et recourait | à la compression des vaisseaux pour arrêter les hémorrhagies ; cependant, 1l n'avait pas le moindre soupçon que le sang circule, quoiqu'il se rendît un compte judicieux de l'utilité des anastomoses vasculaires.

Aucun naturaliste, sans excepter Buffon, n’a donné de la main et du pied une description aussi complète et aussi magnifique que Galien. C’est lui qui compare les organes corporels à la forge de Vulcain, où tous les outils, également animés, se mouvaient d'eux-mêmes. Le premier ïil avait remarqué que les muscles des mâchoires sont d’une énergie proportionnée au genre de nourriture : en cela il avait devancé Cuvier, qui a placé Galien en conséquence fort au-dessus d'Hippocrate, moins professeur et moins écrivain quélui, mais penseur plus vrai et plus profond.

Ce que les philosophes et les médecins anciens plaçaient au cœur, l'intelligence et les passions, Galien lui le plaçait judicieusement au cerveau.

Quoique le premier et le plus occupé des praticiens de Rome, Galien néanmoins se livrait à des démonstrations publiques d’anatomie ; et il composait pour la postérité un nombre prodigieux d'ouvrages, fruits de ses voyages et deses veilles. Peu d'auteurs l'ont égalé pour la fécondité de l’esprit. Il avait écrit plus de 500 livres sur la médecine seule, et 250 sur la philosophie, la géométrie, la logique et même la grammaire. Presque tous ces’ derniers ouvrages sont perdus, ainsi que plus de la moitié des autres.

Jusqu'au quinzième siècle, tous ceux qui ont écrit sur la médecine, sans excepter les Arabes, n’ont fait que commenter les œuvres de Galien ou en donner des extraits.

Il exerçait à la fois toutes les parties de l’art de guérir, comme nos médecins des campagnes , à cela près de la supériorité : il pratiquait des opérations et préparait les remèdes. Il avait la prudente coutume de n’administrer aucun médicamemñt nouveau sans l'avoir éprouvé sur lui-même.

C’est à lui qu'est dù le prmcipe que Les maladies se quérissent par leurs contraires, méthode opposée à celle de Hahnemann, dont les partisans la repoussent sous le nom d’allopathie, qu’ils prononcent sur un ton d’injures,.

Galien divisait tout par quatre : il admettait quatre éléments, quatre qualités élémentaires, quatre tempéraments , quatre humeurs , le sang, la pituite, la bile, l’atrabile,

Galien connaissait du pouls tont ce qu’un grand médecin peut en savoir, Lui qui ignorait la circulation du sang et la cause des battements artériels , il composa jusqu’à seize livres sur le pouls. Le seul toucher d’une artère lui fit plus d’une fois prédire des hémorrhagies, des crises diverses, et découvrir des maladies et jusqu’à des passions cachées. C’est ainsi qu’il découvrit que la maladie d’une dame romaine avait pour cause son amour contrarié pour un baladin nommé Pilade. Il est vrai qu’il avait surpris ce Pilade aux genoux de sa malade.

Galien avait remarqué l’espèce d'inquiétude qu'éprouvent les malades à l'instant où le médecin saisit le bras pour toucher l'artère. Il tira parti de cette observation. Il choisissait ce moment d'émotion pour obtenir d’eux, avec solennité , le serment de ne lui rien cacher de ce qui concernait son art et pouvait intéresser la guérison. De sorte que le pouls lui révélait d’autant plus de choses, que le malade, agité de crainte, montrait plus de sincérité. Il découvrit ainsi qu’un fiévreux avait quitté ses remèdes pour ceux d’un guérisseur ignorant ; et Galien s’en vante avec orgueil… On dira peut-être que ce n’est pas là du charlatanisme. Peut-être ! mais c’en est bien près.

Cet nomme si célèbre et si haï pendant sa vie, si admiré et tant commenté après sa mort, on ignore où il mourut. On ne sait pas davantage quel fut le compte de ses jours, et si longue fut sa carrière.

On s’accorde à vanter l’ordre, l'intérêt instructif et l’enchainement de chacun de ses ouvrages. C’est partout la même unité de vues, la même ostentation d’esprit, le même style, et partout la même main, une main souple et savante. n D' Isidore Bourpon.

GALIGAÏ (ÉLÉoNoORA). Voyez ANCRE (marquise à},

GALILEE (c’est-à-dire en hébreu Contrée), nom que porta d’abord un petit district de la tribu de Nephtali où étaient venus s'établir un grand nombre d’idolâtres, ef qu’on donna ensuite à toute la région située au nord de la Palestine, qui était bornée à l’est par le Jourdain, au sud par le territoire de Samarie, à l’ouest par la Méditerranée et la Phénicie et au nord par la Syrie et le mont Liban, et qui n’était guère habitée que par de pauvres pêcheurs. Mais comme berceau du christianisme, ce petit pays aaujourd’hui pour nous un intérêt tout particulier. On y remarquait surtout les villes de Nazareth, de Cana et de Capharn a ü m sur le lac Tibériade, le fleuve le Jour daïn et lemont Thabor. Les habitants de la Galilée différaient de ceux de la Judée par leur accent rude et grossier, de même que par leurs idées, en général plus libres et plus indépendantes, circonstance qui s'explique peut-être par leurs rapports avee

les idolâtres ; et legrand nor,dre de désastres militaires qu’ils avaient essuyés comme voisins des Syriens les avaient fait mépriser par les autres Juifs. Aussi les chrétiens, dont la religion avait pris naissance en Galilée, furent-ils appelés dérisoirement Galiléens par les Juifs ; et plus tard même l’empereur Julien essaya de faire prévaloir cette dénomination pour désigner les sertateurs de Jésus-Christ.

Aujourd’hui la Galilée fait partie du pachalik de Damas, dans la province turque de Syrie (Soristän); mais elle ne compte qu’un petit nombre de chrétiens parmi ses habitants.

GALILÉE (Haut et souverain Empire de). C'était le titre fastueux qu'avait pris l'association où communauté des clercs des procureurs à la chambre des comptes de Paris, pour se distinguer des clercs des procureurs au parlement, organisés en royaume de la Basoche. Leur chef temporaire et électif était décoré du titre d’empereur. Ils avaient emprunté ce nom de Galilée à la petite rue de Galilée, voisine du palais, et habitée en grande partie par des juifs. L'empereur, son chancelier et ses principaux officiers, se réunissaient dans une chambre qui donnait sur cette rue.

L'époque de sa création est fort douteuse, Il est du moins certain qu’elle est postérieure à celle du royaume de la Basoche. Le but de cette institution était de maintenir le bon ordre et la subordination parmi les clercs des procureurs de la chambre des comptes, de juger leurs contestations. Le tribunal se composait du chancelier du haut et souverain empire et de juges qui prenaient le titre de maîtres des requêtes. Le chancelier était au besoin remplacé par un vicechancelier, Les anciens registres de la chambre des comptes font foi qu'un jour elle fit emprisonner un clerc empereur de Galilée, pour n'avoir pas voulu rendre à un autre clerc le manteau qu’il lui avait fait ôter pour garantie du payement d’une amende,

Henri IE supprima les titres d’empereur de Galilée et de roi de la Basoche. Les titulaires parodiaient en public lautorité souveraine, et se montraient souvent avec une escorte de gardes. Mais le nom d’empire de Galilée fut conservé. Les attributions de l’empereur furent dévolues au chancelier, quiädepuis tette époque fut chef de la commuuagfé des clercs deg brocureurs à la chambre des comptes. Le Chantélier fu Pp acé sous le patronage du doyen des mai-

tres des comptes, qui prit le titre de protecteur de l'empire .

de Galilée. 11 avait seul lé,droit de faire les règlements dont la suscription élait ainsi formulée : « Nos amés et féaux chancelier et officiers de l'empire, etc. » Le chancelier était électif, Tous les clercs avaient droit de concourir à cette élection , ainsi qué les procureurs qui pendant leur cléricature avaient été officiers de l'empire. L'élection terminée, le chancelier élu ‘haranguait la compagnie, prenait ensuite séance à côté du prôtecteur, et se couvrait d’une toque ou petit chapeau d’une forme bizarre. Conduit à la chambre du conseil, où tout l'empire était assemblé et debout, il prêtait serment de faire observer les règlements et de maintenir les priviléges de l'empire nef terminait la cérémonie par un discours. Les frais de réception étaient de 4 à 500 livres; mais cette dépense n’éfait que facultative. Le plus beau privilége du chanicelièr était l’exemption du droit de sceau pour l'enregistrement de ses provisions de procureur quand il était promirà,cet office. >

Le corps'de l'empire se composait de quinze clercs, savoir ie chancelier, le procureur général, six maîtres des requêtes, deux secrétaires des finances pour signer les lettres, un trésorier, un’ contrôleur, un greffier, deux huisssers. Les dignitaires s'assemblaient tous les jeudis après l'audience de la chambre des comptes. Leur costume consistait en une toque ou petit chapeau, une petite robe noire, qui ne dépassait pas ie genou, Le costume était de rigueur, l'infraction élait punie d’une amende, L’oflicier qui manquait à son service sans empôchement légitime et justifié était condamné à cinq sols d'amende. Les élus aux charges ne pouvaient refuser, et s'ils refusaient , ils étaient, sans déport, con-

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