ASTROS — ASTRUC
et on vit successivement accuser d’athéisme MM. Ferrarl, Garnier et Cousin. Puis vint le tour d’un professeur de la faculté des lettres de Toulouse. A l’occasion du caréme de 1842, M. d’Astros lanca un mandement dans lequel, s’occupant a la fois des doctrines et de la personne de ce professeur, M. Gatien-Arnoult, il Yaccusait : 1° de tendance & Vathéisme ; 2° dopinions entachées d’athdisme sur la création ; 3° d’attaques dirigées contre la Bible et Moise; 4° dattaques contre le christianisme et Jésus-Christ. M. Gatien-Arnoult riposta avec beaucoup de tact, de sagesse et de sens, Sa réponse, insérée dans /’Emancipation, journal de Toulouse, eut un retentissement immense en France, et commenga la polémique qui a duré longtemps entre le clergé et Puniversité.
Les pensées guerroyantes de M. d’Astros sommeillérent ensuite ; mais ce fut pour se réveiller un jour plus vives que jamais. II les formula dans un Mémoire au roi en son conseil, et aux chambres, en faveur dela liberté d’enseignement, daté du 15 novembre 1843, et publié dans les premiers jours de 1844. En {845 il revint encore sur la bréche; mais cette fois il adressa au roi personnellement son Mémoire en faveur de la liberté d’enseignement; acte de déférence qui permit de croire que le cousin de M. Portalis, rallié définiti vement comme lui a la dynastie de Juillet, avait regu de la cour de Rome une promesse de chapeau dont il ne pouvait attendre la réalisation que du bon vouloir des Tuileries.
En 1849 il désapprouva dans une lettre le discours prononcé par M. Deguerry au congrés de la paix. La barrette lui arriva enfin de Rome le 30 septembre 1850, en pleine république, et quand déja l'université et le clergé étaient réconciliés sur ce terrain difficile de l’enseignement public. Son Eminence, du reste, n’a pasdongtemps joui de son triomphe. Elle expirail le 29 septembre (851, dans sa résidence archiépiscopale de Toulouse. “~,
ASTRUC (Jean ), né 4 Sauves, dans le Bas-Languedoc, le 19 mars 1684, fut un des médecins les plus célébres et les plus érudits de son temps et de sa province ; il fit ses études 4 Montpellier, et fut un des principaux et derniers soutiens de la secte des iatro-mécaniciens, et l'un des plus dociles continuateurs de Boérhaave.
Astruc recut le bonnet de docteur et revétit la robe de Rabelais en 1703, 4 age de dix-neuf ans. Il débuta, comme professeur suppléant, dans la chaire de Chirac, alors a I’armée et préludant 4 sa haute fortune, son général étant le duc d’Orléans, qui, douze ans aprés, devint régent du royaume. Astruc passa plusieurs années a professer, a étudier, 4 disputer, 4 écrire, prenant soin de mériter tout ce qu'il espérait , c’est-a-dire son élévation et la renommeée. Il avail choisi pour maftres et pour modéles Borelli et Bellini, médecins mathématiciens, et il expliquait tout, dans les corps vivants, par les lois de la mécanique ou de la chimie. Pour lui la digestion n’était qu’un mouvement de fermentation; si les plantes se dirigent vers le ciel, c’est en vertu dune sorte d’attraction. Il est superflu de faire remarquer que ces vues étaient erronées et ces idées fautives ; mais les erreurs d’Astruc, par leur homogénéité méme, eurent un éclat que n’obtiennent pas toujours les plus réelles découvertes et la cause de la vérité.
Sa réputation était déja si grande quand Chirac revint de Yarmée, que Chirac lui-méme et Vieussens, alors en désaccord sur un point fort délicat de Panatomie du cerveau, choisirent un et autre Astruc pour arbitre de leur différend. En homme d’esprit et en juge habile, Astruc ne donna raison & aucun des deux, en sorte que cet arbitrage le fit paraitre supérieur aux contendants, ses anciens et ses maitres. Ne pouvant plus rester 4 Montpellier dans un rang subalterne, Astruc ful pourvu dune chaire A Toulouse. Ce ne fut qu’A quelque temps de 1a qu’il revint A Montpelliet pour occuper la chaire de Chirac dés que ee dernier sé trouva attiré & Paris par Vélévation de son illustre protec
ASTRUCG — ASTYANAX
teur, Philippe d’Orléans. Tl fut en outre chargé de linspection generale des eaux minérales du Languedoc, c’est-a-dire des eaux de Balaruc, d’Avesne, de Rennes, des sources de
Bagneres de Luchon, d’Encausse et de Lamatou.
En 1720 Astruc alla étudier la peste de Marseille, et il obtint 1a des succes brillants en prenant cette fois encore parti pour l’erreur contre la vérité : il soutint, en effet, contrairement a avis de Chirac, que la peste était contagieuse.
Corome le sentiment public était pour la contagion, Astruc eut pour lui les suffrages de la multitude, tant il est vrai que la cause de Perreur est presque toujours la plus populaire et la plus fructueuse. La peste finie, Astruc écrivit beaucoup sur l’épidémie de Marseille, et ensuite sur la maladie vénérienne peu de temps aprés Boérhaayve. II s’agissait 1a dune contagion certaine et persévérante. Astruc vint ensuite 4 Paris. Il fut pendant quelque temps médecin du roi de Pologne (1729), sinécure assujettissante et mal rétribuée, dont il se dégofita au bout dun an.
Aprés avoir été élu capitoul de Toulouse, il fut nommé professeur au Collége de France, médecin conseiller ou consultant du roi Louis XV; et ce fut a cette époque qu'il prit part a la vive querelle qui venait de s’élever entre les médecins et les chirurgiens : c’était vers 1737. A cette occasion, il publia cing lettres en faveur des médecins, et quelque temps aprés son Histoire du Languedoc; apres cela, il s’occupa de métaphysique et de théologie , ce qui lui valut quelques tourments. Entre autres hérésies condamnées, Astruc prétendit que la Genése n’est point un ouvrage original, inspiré ou révélé, affirmant qu’on y trouve la trace de notes et d’ouvrages antérieurs que Moise aurait mis a contribution pour son ceuvre. Enfin, accusé en Sorbonne et a Rome, Astruc pensa réhabiliter son orthodoxie en composant un ouvrage fort médiocre sur ’immortalité et la liberté de Padme; mais, comme pour ne pas abandonner entiére-
ment la cause de l’erreur, il écrivit en méme temps contre Yinoculation. Connu par ses ouvrages et ses legons publiques, activement attaché a la faculté de médecine de Paris, dont il dirigeait toute une branche d’enseignement, Astruc, par ses titres officiels et son mérite, accrut de plus en plus sa réputation, en méme temps que sa pratique. Malheureuse-
ment, la crainte puérile de voir ses leguns publiées par ses ) auditeurs lui fit consacrer un temps précieux a mettre au jour de fort mauvais ouvrages,
Il a paru sous le nom d’Astruc un grand nombre de dissertations et de traités, dont la trés-longue liste et l’extréme diversité seraient la meilleure preuve que son esprit, étranger aux vues d’ensemble, n’était qu’un vaste répertoire de morceaux détachés, n’ayant pour lien aucun principe général. Voici, comme exemple, les titres de quelques-uns de ses ouvrages : Conjectures sur redressement des plantes inclinées a Vhorizon. — Traité de la cause de la Digestion. — Disseriatiode Ani Fistula. — Dissertatio de Sensatione. — Quxstio medica de naturali et preternaturali Judicii Exercitio. — Dissertation sur la Contagion de la Peste, ow cette qualité contayieuse est démontrée. — Dissertation sur la Peste de Provence. — De Morbis Venereis Libri (in-4°, Paris, 1736). Boérhaaveavait publié son traité année précédente, 1735. — Conjectures sur les mémoires originaux dont il parait que Moise s'est servi pour composer le livre de la Genése (1753). — » Sur? Immortalité, VImmatérialité et la liberté de ? Ame |} (1755). — Traité des ulcéres (1759). — Doutes sur Tinoculation (1756). — Histoire naturelle du Languedoc. — Manuel des Accouchements, ad Vusage des sages- Semmes, 1766, année de sa mort (5 mai). Ses Mémoires pour servir a Histoire de la Faculté de Montpellier ne furent publiés qu’aprés sa mort et par les soins de Lorry (1767, in-4°). —La pratique d’Astruc ressemblait beaucoup a ses Ouvrages ; il faisait ce qu’on appelle la médecine des ' eymytomes, qui n’est pour ainsi dire qu'une guerre de
partisan, une suite d’escarmouches , sans plan général ni tactique. Astruc a vyécu quatre-vingt-deux ans. D* Isid. Bourpon,
ASTURIES (Asturias), ancienne principauté d’Espagne formant la province d’Oviedo, et bornée a Vest par Ja Vieille-Castille, au sud par le royaume de Léon, a Youest par la Galice, et au nord par la mer de Biscaye, dans laquelle elle projette le cap Peiias. Cette province, d’une superficie de 10,596 kilométres carrés, comptait, en 1860, 540,586 habitants. A partir du royaume de Léon et de la Vieille-Castille elle est couverte d’apres montagnes, appartenant A la chaine cantabrique et s’élevant jusqu’a la créte qui suit la frontiére méridionale et s’échappe du plateau de la Galice avec la Sierra Pena Merella, formant au centre les Penas de Europa, hautes de 3,400 métres et se rattachant a lest au groupe de la Liebana. La grande route de Léon a Oviédo traverse le Pas de Pajarés. De sombres et profondes vallées creusent son versant septentrional, qui, n’atteignant pas le rivage de la mer, en est séparé par une seconde chaine paralléle, divisée par la Sella en Sierras de Péral et de Norena a Poccident, et en Pena Mallera a orient. Ces vallées sont arrosées par des torrents dévastateurs d’un cours trés-borné, comme la Navia, la Pravia et la Sella. Les sommets des montagnes que la neige couvre jusqu’au mois d’avril sont nus et arides; souvent ils portent sur leurs flancs des blocs de marbre de 65 4 130 métres de hauteur; les intervalles qu’ils laissent entreeux sont couverts de paturages, et leurs vallées de vertes prairies. Ce n’est que dans le fond de ces vallées, et lorsqu’elles s’élargissent, qu’on apercoit des champs de seigle avec des bouquets d’arbres du nord, et a 37 kilométres seulement de la créte qu’on rencontre des champs de mais et de froment, des chataigniers, des noyers et des miriers. Quelques figuiers, oliviers, orangers ou autres arbres de cette espéce, qui croissent dans des expositions favorables , rappellent seuls un climat méridional. Dans le bas pays, linfluence de la mer rend le sol d’une grande fertilité; dans les hautes et étroites vallées, ou les nuits sont glaciales, méme en été, et les matinées froides, l’agriculture, peu pratiquée, ne rapporte que des récoltes misérables. On s’y occupe généralement de |’éducation des bestiaux, surtout des bétes a cornes et d’une race de chevaux célébre par sa force et son adresse. Sur les cétes, la péche récompense amplement les travaux de ceux qui s’y livrent. On ne trouve ni huile ni sel dans la province. Parmi les différents minéraux qu’elle produit , on exploite surtout le cuivre, l’antimoine gris et le charbon de terre. On rencontre aussi dans les terrains bas de la tourbe et de l’ambre jaune.
Les Arabes ne purent jamais s’établir solidement dans les Asturies, qui jusqu’au huitiéme siécle servirent d’asile inviolable aux Goths. Aussi l’Asturien se regarde-t-il comme un hidalgo libre; il est fier dene s’étre mélé ni aux juifs ni aux Arabes. Simple dans ses meeurs, brave jusqu’a la témérité, il est, en méme temps, moins laborieux que Phabitant de la Galice et moins sociable que le Biscaien. Beaucoup d’Asturiens, ne trouvant pas a vivre dans leur pays, émigrent dans le reste de l’Espagne, ou ils se font cochers ou valets; mais dés qu’ils ont amassé un petit pécule, ils retournent finir leurs jours dans leur patrie. Les Vaqueros forment parmi les Asturiens une caste particuliére; ils se marient entre eux, habitent l’hiver sur le bord de la mer, I’été sur les montagnes de Leytariegos, et ménent une véritable vie nomade, uniquement occupés du soin de leurs troupeaux. En 1341 le prince héréditaire d’Espagne portait déja le titre de prince des Asturies. Oviédo est la capitale de la province ; Gijon et Aviles, chacune avec un port, en sent ensuite les villes les plus importantes.
ASTYANAX, filsd’Hector et d’Andromaque, fut, aprés la prise de Troie, précipité du haut des murailles de la ville, parce que le devin Calchas prédit aux Grecs quill
leur serait plus funeste que son pére. Suivant une autre tradition, Astyanax fut sauvé et suivit sa mére en Epire.
ASYMPTOYE (de «& privatif, ctv, avec, xintw, je tombe; c’est-d-dire gui ne rencontre pas, qui ne coincide pas). Une ligne droite s’approchant continuellement dune courbe est dite asymptote a cette courbe, si la distance des deux lignes peut devenir plus petite que toute quantité assignable, sans que ces lignes se rencontrent, a quelque distance qu’elles soient prolongées. — Un exemple éclaircira cette définition. Supposons qu’une ligne droite soit donnée; menons-lui, par un point fixe, une série d’obliques trés-rapprochées , et prenons sur chacune d’elles une longueur constante a partir de son intersection avec la droite domée ; nous obtenons ainsi une suite de points qui, réunis par un trait continu, forment une courbe appelée conchoide. Or cette courbe se rapproche continuellement de la droite donnée ; car les perpendiculaires abaissées des points de la conchoide sur cette droite diminuent 4 mesure qu’augmente Yobliquité des droites parties du point fixe; de plus, la courbe, par son mode méme de construction, ne peut jamais rencontrer la droite donnée : ces deux conditions étant remplies, la droite donnée est asymptote 4 la conchoide construite.
Pour qu’une courbe puisse avoir une ou plusieurs asymptotes, il faut qu’elle présente autant de branches infinies; mais une courbe peut avoir des branches infinies sans asymptotes correspondants. Parmi les sections coniques , la parabole est dans ce dernier cas, tandis que l’hyperbole a deux asymptotes.
Deux courbes peuvent ¢tre asymptotes lune a lautre : telles sont les hyperboles qui ont les mémes asymptotes recfilignes. Un point peut aussi étre asymptote a une courbe : certaines spirales en offrent exemple; elles effectuent une infinité de circonvolutions tendant constamment a se rapprocher d’un point asymptotique, sans jamais pouvoir Patteindre.
Les asymptotes rectilignes étant regardées comme limifes des tangentes , cette considération abrége leur recherche générale, et en fait une des plus élégantes théories de la géométrie analytique. E. MERLIevx.
ASYNDETON, mot composé d’& privatif et de cvydé, j’unis. C’est une figure de grammaire, qui consiste a sipprimer les liaisons, ou particules, ou conjonctions copulatives indispensables dans le langage ordinaire; ce retranchement a lieu dans certains cas pour donner au style plus de force et de vivacité , comme, par exemple, dans ce vers de Virgile :
Ferte citi flammas, date vela, impellite remos,
On y arecours quand, pour imprimer au discours plus de force et de rapidité , on place a la suite l’une de l’autre et par gradation plusieurs idées qui se lient entre elles. C’est ce qui arrive lorsque la phrase doit exprimer une action rapide ou bien une vive émotion de V’esprit; ce retranchement constitue alors une véritable figure de rhétorique, comme dans la fameuse phrase de César : Veni, vidi, vici, oi la particule e¢ est omise, et dans cette autre de Cicéron contre Catilina : abiit , excessit, evasit, erupit. L’asyndeton est opposée 4 la polysyndetonm, qui consiste A multiplier la particule copulative.
ATABEGS ou ATTABEGS, gouverneurs ou émirs de province de la Perse, qui, depuis le moment oii les Seldjoucides commencérent a décliner jusqu’é la conquéte de la Perse par le fameux Houlagou, exercérent sur la contrée le pouvoir supréme quwils avaient usurpé, sans oser prendre toutefois le titre de sultans, et se contentant d’en créer un nouveau, celui d’atabeg, qui dans la langue turque signifie pére du prince. o
Plusieurs de ces alabegs acquirent une grande célébrité; et aujourd’hui méme les Persans ne parlent qu’avec admiration de leurs exploits. Parmi les plus fameux, il faut