ATYS — AUBE
Cybéle , tomba en démence et se chitra lui-méme. Lorsqu’il youlut s’éloigner, la déesse enyoya a sa rencontre un lion, qui le forga 4 rester dans ce lieu funeste. D’aprés un autre mythe, Atys était un prétre de Cybéle, qui inspira de l'amour a un roi. Pour lui échapper, il se réfugia dans le bois de la Mére des Dieux ; mais le prince I'y poursuivit, et le mutila. Ses collégues le trouvérent & moitié mort sous un pin; ils employérent inutilement leurs soins pour lui sauver la vie.
Quelques différences que présentent tous ces mythes, ils s'accordent en cette circonstance qu’Atys étalt eunuque; et presque tous ajoutent que, rappelé a la vie par Cybéle, il devint son compagnon inséparable. L’idée sur laquelle se fonde cette tradition est le repos de la terre en hiver, et son réveil au printemps sans le secours d’une force génératrice. Chaque année, au commencement du printemps, on célébrait la {éte d’Atys. Le premier jour, 21 mars, on abattait un pin, auquel on suspendait l'image du jeune Phrygien, et qu’on portait ensuite dans le temple deCybéle. Cette action symbolique était désignée par ces deux mots : Arbor intrat, Le lendemain on soufflait dans des cornes en forme de croissant, d’ou |’on tirait des sons sourds. Le troisiéme jour Atys était retrouvé , et pour en témoigner leur joieles prétres de la déesse, entrant dans une fureur fanatique, se mettaient & danser tout armés, au bruit des cymbales, des flates et des trompes , & courir par monts et par vaux avec des flambeaux, et & se déchirer les bras et les pieds. Dans d’au- ' tres solennités, les prétres se mutilaient eux-mémes. __Un second Atys, fils d’Hercule et d’Omphale, ou, selon | Hérodote, de Manés, roi des Méoniens, fut le pére de Tyrrhénus et de Lydus, et la souche des rois de Lydie, qui de lui furent appelés Afyades, laquelle occupa le trone ' de 1579 a 1292 avant J.-C., et fut remplacée par celle des | Héraclides.
| Ce nom fut encore porté par un jeune Troyen qui suivit Enée en Italie, et fonda la famille Attique, ainsi que par un fils de Crésus, roi de Lydie, qu’Adraste tua par accident a ' la chasse. Son frére , qui était muet, donna un bel exemple d’amour filial ; voyant dans une bataille un guerrier tirer le glaive contre son pére, il fit un si violent effort, qu’a ins- ' tant sa langue se délia, et il cria & ’étranger : Soldat, ne » tue pas Crésus!
AUBADE (dérivé du mot aube). Dans le sens propre , est un concert instrumental donné sous les fenétres de | quelqu’un, en plein air et 4 l'aube, c’est-a-dire au point du jour; de méme que la sérénade est un concert donné sur le soir, lorsque le serein commence a tomber. | Le mot aubade désigne aussi ces horribles roulements que les tambours, et plus particuliérement ceux de la garde |} nationale , viennent encore exécuter a la porte ou sous les » fenétres de leurs officiers, quand ils veulent les compli- } menter a loccasion du jour de l’an, d'une féte ou d’une promotion ; roulements trés-intéressés, du reste, qui peuvent } avoir quelque chose d’enivrant pour le citoyen appelé a Vhonneur insigne de troquer ses épaulettes de laine contre des épaulettes d’argent , mais quia Paris font de la nuit de la | Saint-Sylvestre et de la matinée du jour de la Circoncigion Pépouvantail et le désespoir de tous ceux qui ont les nerfs un peu sensibles, peu charmés de se réveiller a ces bruits de guerre et de féte.
AUBAGNE, chef-lieu de canton du département des | Bouches-du-Rhdne, situé a 16 kil. a l’est de Marseille, sur Je chemin de fer de Marse'‘lle 4 Toulon, est le centre de la production et du coinmerce des vins du méme nom, qui jouissent d'une réputation méritée. L’écoulement des vins d’Aubagne a lieu surtout pour les colonies ; les voyages , / Join de les altérer, augmentent encore leur qualité; il s’en fait aussi une grande consomination dans le nord de !Rurope, ol les vins capiteux, colorés , sont plus particuliérement expédiés. Aubagne a 7,392 habitants.
AUBAINE. On appelait aubaine. ou droit d’'aubaine, le droit en vertu duquel un souverain frangats recueillait la succession, soit d'un étranger mort dans ses Etats sans y étre naturalisé, soit d’un ¢tranger naturalisé, quand il n’avait pas disposé de ses biens par testament, et qu’il n’avait laissé aucun héritier régnicole. On appelait encore de ce mot le droit de succéder au régnicole sorti du royaume, et qui avait renoncé &sa patrie en s’établissant dans un pays étranger.
Ce droit est d'origine frangaise, il n’est puisé dans aucune législation romaine ou étrangére. En effet, a Rome, les princes ne succédaient jamais aux étrangers; pendant un certain temps, les étrangers ne pouvaient pas hériter des Romains. Cette disposition cependant fut abolie par un décret qui permit aux étrangers de tester. Ce droit, que Montesquieu appelle un droit insensé (Esprit des Lois, liv. 21, chapitre 17), s’établit en France sous le moyen age. Les races germaines appelaient albani ou albini les étrangers. C’était, dit-on, par corruption des mots alibi nati.
Anciennement les régnicoles qui sans quitter la France changeaient de diocése étaient appelés aubins, aussi bien que les étrangers qui venaient s’établir en France; mais ces derniers étaient traités avec bien plus de rigueur, et réduits dans quelques provinces a l'état de serfs. Peu a peu la législation s’adoucit, et quelquetois méme, pour altirer les étrangers et favoriser le commerce, les rois de France, par des édits spéciaux, renoncaient en faveur de telle ou telle ville a Pexercice du droit d’aubaine. Ce droit fut complétement aboli par l’Assemblée constituante. On peut voir ace sujet les décrets des 6 aodt 1790, 8 aodt et 31 aotit 1791. Cependant sous le code Napoléon ce droit fut rétabli par les articles 11 et 912, non pas tel qu’il existai¢ autrefois, mais avec cette restriction, que l’étranger jouirait en Frapce des mémes droits civils que ceux qui étaient ou seraient accordés aux Frangais par les traités de la nation a laquelle cet étranger appartiendrait. Mais cette réciprocité, qui donnait lieu @ beaucoup de doutes et d’embarras, a maintenant disparu de nos lois. Le droit d’aubaine est aboli par la loi du 24 juillet 1819, dont l'article premier est ainsi congu : « Les art. 11, 726 et 912 du Code Civil sont abrogés. En conséquence , les étrangers auront le droit de succéder, de disposer et de recevoir de la méme maniére que les Francais dans toute I’étendue du royaume. » Cuaix-b'Est-ANcE,
AUBE (Astronomie). VYoyes Aurore.
AUBE ( Liturgie), alba vestis. C'est un vétement de toile blanche, dont se servent les évéques, les pretres, les diacres, les sous-diacres et autres ministres des autels. I descend jusqu’aux pieds et est serré au-dessus des reins par une ceinture, ou un cordon, afin que son ampleur soit moins embarrassante. L’aube doit étre de chanvre ou de lin; mais il n’est pas rare de la voir ornée de dentelles et de broderies.
Dans la primitive Eglise, les ecclésiastiques étaient toujours revétus de l’'aube, méme hors de leurs fonetions sacrées, Benoit XIV fait remarquer qu’anciennement les prétres portaient une tunique noire le jour du vendredi saint. Quelquefois les aubes étaient brodées en soie ou en or; mais un savant critique a prétendu qu’on ne se revétait point de ceg au es pour le service de l’autel. La blancheur de laube est Vembléme de innocence du corur. Tel est, d’ailleurs, le sens de la priére que le ministre des autels récite en se revétant de l'aube. Avant de servir, l'aube est bénie par lévéque, et cette coutume ¢tait en vigueur dés le neuviéme siécle.
Dans les premiers siécles du christianisme, les néophytes qui avaient regu le baptéme la veille de Paques conservaient huit jours ’aube ou tunique blanche.
L'aube que portent les prétres arméniens est un peu moins ample que celle des prétres d'Europe; et quo'qu'en general on cxige qu'elle suit de lin, on tolére cependant des aubes de sore blanche, auxquelies on donne le nom de chapih.
AUBE ( Hydraulique). On donne ce nom a de petites planches fixées 4 la grande roue qui met en mouvement une machine hydranlique, et sur lesquelles s‘exerce immeédiatement !'impulsion du fluide, qui les chasse les unes aprés les autres. Pour que lesaubes produisent tout effet qu’onen attend, il faut qu’etles soient placées a de telles distances les unes des autres que lorsque!’une coupe le fil de l’eau perpen: diculairement, en d’autres termes, lorsqu’elle est entiérement plongée dans l'eau, l'autre , celle qui la suit immédiatement, arrive tout juste 4 la surface de l'eau, de maniére que la somme des efforts positifs pour accélérer le mouvement de la roue soit égale A la somme des efforts négatifs pour le retarder. En effet, si la seconde aube plongeait dans l’eau avant que la premiére atteignit la ligne perpendiculaire, elle enléyerait a celle-ci une quantité d’eau proportionnée, ce qui diminuerait la somme de Vimpulsion totale; car l’impulsion regue par la force de la seconde aube qui serait dans l’eau aurait lieu sous un angle moins fayorable. vi AUBE (Déparlement de |’). Formé en grande partie aux. dépens de la Champagne et d’une portion de la Bourgogne, il est borné au nord par les départements de la Marne et de Seine-et-Marne, lest par celui de la Haute-Marne, au sud par ceux de la Cote-d’Or et de ’'Yonne, a l’ouest par ce dernier et celui de Seine-et-Marne.
Divisé en cing arrondissements, dont les chefs-lieux sont Troyes, Arcis-sur-Aube, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, il renferme 26 cantons, 446 communes, 261,951 habitants. — Il envoie cing députés a l’Assemblée. —TIl forme avec l’Yonne le 8¢ arrondissement forestier, fait partie de la {*¢ division militaire, dont le quartier général est a Paris; est du ressort de la cour d’appel de cette ville, de Yacadémie de Dijon, et compose le diocése de Troyes , suffragant de ’archevéché de Sens. Il comprend un lycée, un collége, 13 institutions et pensions, 596 écoles primaires.
Sa superficie est de 600,139 hectares dont 399,301 en terres labourables, 79,653 en bois, 37,430 en prés, 22,908 en vignes, 22,061 en landes, patis, bruyéres, 13,550 en foréts, domaines non productifs , 3,868 en vergers, pépiniéres el jardins, 2,890 en riviéres, ruisseaux et lacs, 2,819 en propriélés baties, 2,278 en étangs, abreuvoirs , mares, canaux dirrigation, 1,953 en oseraies, aunaies et saussaies, 6 en canaux de navigation, — On y comple 58,220 maisons, 398 moulins a ean et & vent, 289 usines
foncier.
Le département de Aube, situé dans le bassin de la Seine, est arrosé, du sud-est au nord-ouest, par l’Aube, qui lui donne son nom, avec ses affluents, l’Aujun, la Voire, le Puis, ’Auges; par la Seine avec ses affluents, VOurse, la Barse, la Laignes, la Lozein, et par la Vannes, affluent de ’Yonne, qui coule 4 louest. Sa surface, dont la pente générale est celle du bassin dont elle fail partie, est formée de grands plateaux crayeux légerement accidentés : sous le rapport de la nature du sol, elle se partage en deux régions : celle du nord-ouest, composée de plaines et de collines couvertes seulement d’une légére couche de terre vévétale, ne produit guére que de l’avoine , du seigle et du sarrazin. Cette région, dépouillée d’arbres, couverte en grande partie de terrains incultes, mérite sous tous les rapports le triste surnom de Champagne pouilleuse, qu'on Ini adonné; les habitants y sont aussi pauvres que le sol. Cependant depuis un certain nombre dannées les limites* de cette malheureuse contrée se resserrent insensiblement; Vindustrie opinidtre des habitants finit par vaincre chaque auncée, a force de labeurs, une portion de ce sol rebelle LA ot} Von ne voyait autrefois que des terres nues, arides, on trouve aujourd'hui des cultures assez productives pour payer les peines du laboureur, Ce progrés se fait surtout
et manufactures. — En 1858 il payait 1,451,226 fr. d’impdt | ‘
AUBE — AUBEPINE
sentir depuis que l’agriculture s'occupe davantage de prairies artificielles. Des plantations de pins d’Ecosse y ont parfaitement réussi, et cette culture commence 4 s’y généraliser. La région du sud-est, au contraire, bien que le fon en soit également composé de craie, présente dans toutes ses parties des terres grasses et fertiles , dont I’extréme richesse fait la plus heureuse diversion A la stérilité des autres. Cette partie renferme des vallées riches en humus et des coteaux rocailleux ftrés-propres 4 la culture de la vigne.
Le. gibier de toute nature abonde dans le département de Aube. On y trouve beaucoup de sangliers. — Ce dé partement posséde deux miniéres de fer; on y exploite des carriéres de marbre et de pierres lithographiques, de moellons ef de grés & paver, des argiles plastiques et une immense quantité de craie, qui est connue dans le commerce sous Je nom de blanc d’Espagne. 7
Le département de l’Aube est un pays essentiellement. agricole. Prés des deux tiers des terres sont livrés a la culture des céréales. Les prairies naturelles des vallées de l’Aube, dela Seine et de l’Armance fournissent-d’excellents fourrages, qui sont en partie expédiés 4 Paris. La vigne y est généralement cultivée, et quelques cantons méme sont entiérement vinicoles. La moitié de leurs produits est consommée sur les lieux, et le reste est exporté. Les vins les plus estimés sont ceux des Riceys, de Bar-sur-Aube, de Gravilliers et d’Avirey. L’engrais du gros bétail et de la volaille, l’éléve des chevaux et des bétes 4 laine sont des branches assez importantes de l’industrie agricole.
Liindustrie manufacturiére du département consiste essenticllement dans la fabrication des tissus de coton, et spécialement des objets de bonneterie, coton, soie et laine, qui occupent un grand nombre de bras dans la ville de Troyes et les campagnes environnantes. I] y a peu de villages ot l’on n’entende point le bruit des métiers. Le département posséde en outre des filatures de coton et de laine, un grand nombre de tanneries importantes, des verreries, faienceries, poteries, tuileries, des papeteries, etc.
Deux riviéres navigables, la Seine et PAube; deux canaux. ceux de Nogent et de Courlavaut; 5 grandes routes, 13 routes dé artementales et 1,107 chemins vicinaux sont les voies de communication du département de J’Aube, Un chemin de fer le relie avee Paris et Muthoense
Apres Troyes, son chef-lieu, 1es plus importantes ocalités de ce département sont : Brienne, Arcis-sur- Aube, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Nogentsur-Seine, Clairvaux, etc. Plusieurs de ces villes ont é1é illustrées en 1814 par la défense de la France dont la Champagne fut le dernier boulevart. Nommons encore la ville des Riceys, peuplée de 4,000 habitants , ef formée de la réunion de trois bourgs appelés Ricey-Haut, Ricey-Bas, Ricey-Haute-Rive. On en attribue la fondation a une ancienne peuplade helvétique. Son territoire fournit annuellement dix mille piéces d’excellents vins. On voyait autrefois dans les environs d’Arcis-sur-Aube l’abbaye de Selliére, ou ful inhumé le corps de Voltaire, en 1778. Le Paraclet, fondé par Abailard, était auprés ve Nogentsur-Seine.
AUBENAS, ville de France, département de l’Ardéche, peuplée de 7,574 habitants, avec un tribunal de commerce et un collége. Cette ville récolte des fruits excellents, marrons, truffes noires, vins communs, On y éléve du bétail et des vers A soie. L’industrie y est trés-active; on y compte un grand nombre de filatures de soie estimées , des tanneries , des méxisseries , des papeteries
AUBEPINE ,0u épine blanche ( mespilus oxiacantha, Linn). Cet arbuste, nommé aussi vulgairement nodle épine, soit par corruption de son nom, soit qu’on ait pensé, 4 fort ou A raison, qu'il avait servi au supplice de Jésus- Christ, est rattaché par les hotanistes au genre né flier,
AUBEPINE — AUBER
et fournit plusieurs vardetés, cultivées dans les jardins comme clétures ou comme agrément, Il s’éléve quelquefois a une assez grande hauteur. Sa racine est tortueuse, rameuse et ligneuse. Ses rameaux sont trés-multipli¢s et tortueux ; lorsqu’ils poussent en buisson, ils sont armés de fortes épines. Son écorce est blanchatre. Ses fleurs naissent au sommet, disposées en corymbe, blanches, quelquefois d'un rose tendre lorsqu’elles sont dans leur plus grand développement. Elles sont composées de cing pétales, disposés en rose, presque ronds , concaves , insérés dans un calice d’une seule piéce, concave et ouvert ; les ¢tamines sont au nombre de vingt environ, et le milieu de la fleur est occupé par un et plus souvent deux pistils. Ses feuilles, placées alternativement sur les tiges, sont obtuses, portées sur des pétioles assez longs , dentelées en manidre de scie, deux fois divisées en trois , lisses, d’un vert foncé, brillant par-dessus , plus clair ea dessous. Son fruit, baie rouge dans sa maturité, charnue , presque ronde, avec un ombilic dans sa partie supérieure, renferme deux noyaux oblongs , séparés, durs, et chaque noyau contient une amande. L’aubépine est particulisrement employée a faire des haies.
A force de culture et de soins, l'art est parvenu d métamorphoser les fleurs simples en fleurs doubles; elles s’obtiennent généralement par la greffe, quoique l’espéce a fleurs roses puisse se reproduire de semis. Ces fleurs, rassemblées en bouquets, offrent un joli coup d’eil, et méritent 4 ’aubépine une place dans les bouquets du printemps. Elle se taille avec le croissant ou avec les ciseaux , de maniére 4 pouvoir réunir Pagrément a Vutilité, en laissant de distance en distance , suivant l’étendue de la haie, monter une tige droite, au sommet de laquelle on ménage une téte ronde, que !’on taille au ciseau.
Le bois de l’aubépine est dur et bridle facilement; les tourneurs |’emploient a différents usages.
AUBER ( Denis-Esprit-Ferpinanp), fils dun riche marchand d’estampes de Paris, est né a Caen, le 29 janvier 1784. De bonne heure on le vit manifester les plus heureuses dispositions, non-seulement pour la musique , mais encore pour le dessin, la peinture et tout ce qui fait Pobjet @une éducation distinguée. Cependant on le destinait au commerce, carriére pour laquelle il ne se sentait aucune vocation. Ce fut pour la lui faire embrasser qu’on l’envoya A Londres , aprés lui avoir fait apprendre la musique comme art d’agrément, et lui avoir donné pour maitre de piano le professeur Ladurner. M. Auber jouait également bien du violon et de ja basse. II avait dix-neuf ans lorsqu’il arriva 4 Londres ; mais, au bout de deux ans de séjour dans cette capitale, <:muyé de la tenue des livres et de la vie de comptoir, il obtint la permission de revenir a Paris.
Trés-familiarisé avec la langue anglaise , doué d’un esprit naturel , délicat et brillant , de maniéres élégantes , le jeune amateur de musique et de peinture fut trés-recherché dans le monde. Quelques romances, dont plusieurs obtinrent un succés de vogue, un trio pour piano, violon et violoncelle, des quatuors , qu’il ne consentit A publier que sous !e nom du violoncelliste Lamarre, sans se douter de ’honneur qu'il faisait a ce virtuose, lui valurent bientét une certaine réputation dans les salons. Lié étroitement avec Lamarre , ce fut lui qui écrivit et instrumenta les concertos publiés par ce dernier, et plusieurs autres restés en manuscrit. II rendit le méme service 4 Rode pour ses concertos de violon. Le public n’était pas dans la confidence; mais les artistes, qui connaissaient le véritable auteur, prévirent assez les destinées brillantes qui lui étaient réservées. M. Auber écrivit méme un concerto de violon qui fut exécuté au Conservatoire par M. Mazas,
Déja M. Auber s’était amusé a remettre en musique |’ancien opéra-comique de Julie, avec un simple accompagnement de deux violons, deux altos, violoncelle et contrebasse. Représenté sur un thédtre d’amateurs de Paris , cet
essai fut trés-applaudi. Encouragé par ce succes, il composa, pour le petit théatre de M. de Caraman, prince de Chimay, un second opéra , mais cette fois avec orchestre complet. Depuis lors, il a tiré de cet ouvrage plusieurs morceaux pour d’autres opéras.
Néanmoins, & mesure que M. Auber s’exergait sur des ceuvres d’une certaine portée , il s’apercevait lui-méme que ses ¢ludes avaient ¢lé trop rapides pour étre complétes, et il sentit le besoin de les perfectionner. Il se mit done sous la direction de Cherubini, et se livra & des travaux sérieux. Une messe 4 quatre voix montra qu'il avait fait de notables progrés dans l'art. L’Agnus Dei de cette messe a eu une singuliére destinée, et le public ne se doute guére qu'il a applaudi cent fois ce morceau favori. En effet, Agnus Dei s'est transformé en épithalame, et est devenu la priére du mariage dans le premier acte de la Muelle de Portici. Cest un des morceaux les plus remarquables de ce chefd’ceuvre. M, Zimmermann en posséde le manuscrit original dans sa précieuse collection d’autographes.
En 1813 M. Auber débuta en public au théatre Feydeau, par un acte intitulé le Séjour militaire. Un long repos suivit cet ouvrage, et ce ne fut que six ans apres, en 1819, que le compositeur donna un second acte, sous ce titre : le Testament et les billets douz.
L’année suivante M. Auber perdit son pére. Mais sa situation de fortune était bien changée. Victime de spéculations malheureuses, de désastres commerciaux, ef n’ayant conseryé pour tout héritage qu’un nom honorable, M. Auber ne songea pas d’abord a se servir de son talent pour réparer les malheurs du sort. Ne sentant pas ses propres forces et s’ignorant lui-méme, il s’estimait heureux de pouvoir obtenir dans quelque administration un modeste emploi de 3,000 fr. Il se mit en quéte, lanca en campagne ses amis; fort heureusement ni fui ni ses amis ne réussirent. Alors seulement il quitta son réle d’amateur, et se posa comme artiste. Za Bergére chdtelaine, opéra en trois actes , représenté & ?Opéra-Comique au commencement de 1820, signala un compositeur, et fit entrevoir une carritre aussi brillante que fructueuse. L’année suivante, Emma, ou la Promesse imprudente, affermit sa réputation, et changea ses espérances en certitude.
Sur ces entrefaites commenea la grande vogue des opéras de Rossini. Le charme, la nouveauté de cette musique, exercérent leur influence sur esprit de M. Auber, qui modifia sa maniére d’aprés Ie style et les formes de auteur du Barbier. M. Auber avait trop de talent et un mérite trop réel pour se borner au réle de copiste. Cependant, dans la reproduction de certaines formules, dans ce sacrifice un peu systématique au gout du jour en vue du suceés, Paimable compositeur perdit quelque chose de son individualité, de la spontanéité de ses idées. Bientdt, pourtant , il s'appropria ces formules du maitre italien, les proportionna, pour ainsi dire, & la mesure de son génie, et les fondit tellement dans les procédés propres a son faire, qu’elles semblent aujourd’hui lui étre naturelles. Ce fut dans ce systéme un peu mitigé qu’il écrivit cette série d’ouvrages qu’il faut compter presque tous par autant de succes : Leicester, trois actes, 1822; la Neige, trois actes, 1823; Vendéme en Espagne, un acte, 1823, en collaboration awec Hérold; le Concert & la cour, 1824; Léocadie, trois actes, 1824; le Macon, trois actes, 1825; Fiorella, trois actes, 1826; le Timide, 1826; la Fiancée, trois actes, 1828; et enfin a Muetle de Portici, grand opéra.
Jamais les qualités qui distinguent M. Auber ne se sont montrées plus avantageasement que dans ce bel ouvrage. Jusqu’ici son talent, toujours léger et gracieux, avait semble peu fait pour les situations fortes et dramatiques ; jusqu’ici il avait montré plus d’élégance que de sentiment, plus de coquetterie que de sensibilité; ici il a pris tous les tons, et quelquefois les plus éleyés , avec un égal bonheur. Ii peint