‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 192 sur 488 · AVRIGNY — AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIGNY — AVRIL

de ses Podsies nationales, de Marina et du Départ de La Peyrouse. {I s’est encore fait avantageusement connaitre comme prosateur par son Tableau historique des commencements et des progres de la puissance britannique dans les Indes. D’Avrigny est mort a Paris, le 17 septembre 1823. A. DELAFOREST.

AVRIL. Ce mois, qui est le quatritme de année chrétienne , était le second de Vanc’enne année romaine, qui commengait par mars avant la réforme de Numa, — Avril, que les Grecs avaient mis sous la protection d’Apollon , était consacré A Vénus chez les Romains; il ramenail chaque année un grand nombre de fétes, toutes relatives a la fecondité de la terre. Son noi méme, aprilis, dérivé d’aperire, disait que la terre s’ouvrail alors a de plus douces influences, - pour donner l’espérance des moissons et des fruits. Ovide, dans le IV* livre des Fas¢es, rejette cette origine du mot aprilis. 11 aime mieux en faire honneur a l’écuime de la mer, dont Vénus était sortie, selon la mythologie grecque. C’est ainsi que ce poete ingénieux préfére presque toujours un mot galant a la bet

Les poétes ont quelquefois désigné le printemps par le mois @avril, comme Vhiver par le mois de décembre. Malherbe

a dit dans ce sens :

Le centiéme décembre a les plaines ternies, Et le centiéme ayril les a peintes de fleurs,

AVRIL (Poisson @’ ). Voyes Poisson b’AVRIL.

AVRIL 1834 (Journées d’). Dans les premiers mois de Yannée 1934 il régnait en France une fermentation redoutable. Chacun sentait qu’une grande lutte allait s’engager, ct le gouvernement vivait dans la plus cruelle inquiétude, sachant qu’il avait dans le parti républicain des ennemis nombreux, aguerris déja et par Pinsurrection qui avait renversé le tréne de Charles X, et par celles qui avaient ébranlé le trone de son successeur.

Dans la prévision de prochains combats, les partis faisaient le dénombrement de leurs forces; mais a vrai dire le parti républicain était seul capable d’oser attaquer le pouvoir A main armée; les légitimistes, riches ou nobles, n’avaient qu’un bien faible intérét 4 renverser le gouvernement nouveau, qui veillait 4 la conservation de leurs propriétés , respectait leurs titres, et tendait méme a s’approprier leurs traditions. Cependant ils le haissaient profondément, et cette haine suffisait 4 leur faire ourdir des conspirations ot ils apportaient de l’argent, de grandes influences, de grands noms, de lintrigue, tout enfin, excepté audace. Amis du trouble, pourvu qu'il n’allat point jusqu’a mettre leur opu- Jence en danger; partisans de Pinsurrection, pourvu qu’elle dit expirer au seuil de leurs demeures, ils n’avaient, qu’un de ces deux slimulants qui font les révolulionnaires, l'intérét et la passion. Les légitimistes n’étaient donc pas pour le gouyernement de Louis-Philippe les ennemis le plus a craindre en un jour de bataille. Quant aux bonapartistes , ils eussent été puissants au milieu d’une nation qui avait gardé un souvenir si cher de Ja gloire impériale ; mais les hommes que 19 parti devait naturellement compter a sa téte se trouvaient ralliés en partie au régime nouveau.

C’était donc le parti republicain que le gouvernement redoutait surtout, et ce parti, du reste, avait une immense force dans les sociétés secrétes. La plus fameuse, la plus redoutable de toutes, etait la Societe des Droits del’ Homme, Son comité commandait dans Paris a cent soixante-trois sections, dont il entretenait Pardeur par de hardis manifestes, Ce comité avait établi avec les provinces une correspondance suivie, infatigable ; il s¢tait mis en rapport avec les soldats en garnison a Versailles et a Vincennes; il avait charge des vominissaires d’arrondissement de faire connaitre exactement les ressourees dont on pouvait disposer dans les divers quartiers de Paris el sur quels hommes il était permis de compter, Parallélement a cette société s’agitait celle des

Amis du Peuple, dont Vorigine était antérieure, puis la Société Gauloise, et Association pour la defense de la liberté de la presse, dout Lafayette était le patron. La coexistence de ces sociétés diverses pouvait amener un défaut ensemble, parce qu'elles vivaient indépendantes lune de autre, et n’obsissaient pas & la inéme itupulsion ; mais il était vraisemblable que le jour venu, et le signal donné, tous ces éléments dinsurrection se confondraient dans une méme bataille.

Dans les départements la situation n’était ni moins mena¢ante ni moins compliquée, Lyon n’avait pas perdu le ressentiment des tempé@tes qui avaient éclaté dans cette ville au mois de novembre 1832. A Perpignan un comilé correspondait avec celui qui dirigeait & Paris la Société pour la défense de la liberté de la presse. Le parti républicain dominait dans le Jura, et, dirigé par uu neveu du général Bachelu, il se montrait tout-puissant dans la ville d’Arbois. A Dijon, & Clermont-Ferrand , 4 Chalons-sur-Saéne, a Saint- Etienne, & Besangon, a Epinal, A Grenoble, les éléments de résistance étaient nombreux. A Lunéville , un maréchaldes-logis-chef au 9° régiment de cuirassiers, du nom de Thomas, avait formé l’audacieux projet de soulever les régiments de cavalerie qui se trouvaient dans cette ville depuis la dissolution du camp de manceuvres formé en 1833.

Les choses étaient en cet état au commencement de l’année 1834, lorsque des circonstances imprévues vinrent hater le dénodment de Ja crise. Les poursuites dirigées contre plusieurs députés de Pextréme gauche, la loi contre les associations , aggravant l’art. 291 du Code Pénal, loi de circonstance qui enlevait au jugement du jury ceux qui l’auraient violée ; la mort du député de ’extréme gauche Dulong, tué en duel par le général Bugeaud, tout cela avait aigri et exaspéré les républicains. Aussi la Société des Droits de U Homme se préparait-elle a répondre par dés coups de fusil 4 Vexécution de la Soi, si bien que le 11 mars un député, M. de Ludre, osait dire a la tribune: « La Société des Droits « de (Homme ne fera pas d’émeutes ; mais si elle n’étaif « pas décidée a attendre que la volonté de la France se ma- « nifeste , le nombre et le courage de ses membres lui per- « mettraient peut-étre de livrer une bataille. »

Pendant ce temps, tout remuait 4 Lyon; le parti républicain s’y éta't accru et coustitué , il y marchait la téte haute, Par le Précurseur, par la Glaneuse, il tenait en haleins tous les esprits. Dés l'année précédente un comité destiné a centraliser l’action du parti, sorte de municipalité provisoire en cas de triomphe, avait été formé dans cette ville, ae membres, connus plus tard, avaient nom Jules Séguin,

ortet, Bertholon, Baune, Charassin, Poujol, Jules Favre, Michel-Ange Perrier, Antide Martin, Riviére cadet. Ce comité, contrarié quelque temps par une charbonnerie dissidente, constituée sous le nom de Sociéfé du Progrés, et dont Ch. Lagrange fut l’'4me, créa une Société des Droits de Homme, modelée sur celle de Paris, et A dater de ce moment Vinfluence du parti s’étendit avec une rapidité extraordinaire. On se ferait malaisément une idée de la vie brélante que menait alors la ville de Lyon. A certains jours, des clameurs étranges y montaient dans les airs, et l'on voyait s’entasser sur les places publiques une population menacante et have, espéce de marée montante qui semblait préfe a tout engloutir. Les soldats étaient épuisés de corvées et de veilles, les cavaliers toujours sur le point de monter 4 cheval. Tantét c’étaient des chanteurs dont il fallait étouffer la voix, tantét c’étaient, comme a Paris, les crieurs pubtics qu’on essayait darr(ter au milieu d’une foule en délire. Dans le mois de janvier lautorité engagea contre les crieurs une lutte ardente, et fut vaincue. Entre le préfet ef le maire de Lyon, entre M. Gasparin et M. de Prunelle, Vanimosilé était au comble ; un arrété du second déjoua les mesures conseillées par le premier. Protég(s par le pouvoir iununicipal et par la loi, les crieurs publics purent distribucr

librement tous les écrits dont la saisie n’avait pas été judiciairement prescrite , et les publications politiques inondérent la ville.

Telle était la situation, lorsque le mudtuellisme vint la compliquer en entrant dans V’aréne. Le mutuellisme était l'association des ouvyriers en soie chefs d’atelier; elle était purement industrielle, et son origine remontait 4 1828. Ses statuts excluaient de Ja maniére la plus formelle toute discussion de choses religieuses et politiques. Fondé d’abord dans un but de mutuelle assistance entre ouvriers, le mutuellisme se divisait en loges de moins de vingt personnes. Onze loges nommant chacune deux dél‘gués formaient ainsi une loge centrale ; et c’était A un conseil composé des présidents des centrales qu’appartenait la direction. L’association voulut faire servir la force qu’elle puisait dans l'union de ses membres 4 empécher la décroissance du salaire. Par un funeste et trop fréquent effet de la concurrence, les commandes avaient diminué, La crise était donc devenue imminente : une réduchon de vingt-cing centimes par aune sur le prix des peluches la précipita. Les ouyriers en peluches inyoquérent lappui de leurs fréres des autres catégories ; et alors, obéissant au principe de solidarité, la société mutuelliste mit en question la suspension générale des métiers. L’interdit avait été pronencé dans la journée du 12 février : deux jours aprés, vingt mille métiers avaient cessé de battre 4 Lyon! Comment peindre la consternation qui A cette nouvelle régna dans la ville? Ce n’étaient plus partout que visages inquiets ou menacants. On s’interrogeait du regard avec anxiété. Chaque jour la place des Terreaux el les environs se couvraient de rassemblements, chaque jour les rues étaient sillonnées d’émigrants, car, la frayeur les ayant gagnés, plusieurs fabricants ayaient coupé court a leurs affaires, fermé leurs maisons, et se hataient vers la campagne, pour y chercher un asile.

Le gouvernement, de son cété, sentant la crise inévitable, préférait la voir éclater 4 Lyon plutét qu’a Paris, et il pensait a prendre Jui-méme l’offensive pendant qu'il avait encore le choix des circonstances, des armes, du terrain, et avant que le parti républicain edt terminé ses préparatifs. Ce que youlait le pouvoir, les mutuellistes et les républicains devaient le craindre; et cependant s’arréter était impossible. La misére allait croissant, et la fermentation devenait de plus en plus terrible. Le comité, sentant les rénes lui échapper, résolut de réclamer directement l’appui des Parisiens. Albert partit avec la mission de s’entendre avec le comité de Paris, et de ramener & Lyon Godefroi Cavaignac ou Guinard, Il avait aussi pour instructions de n’aller trouver ni Armand Carrel ni Garnier-Pagés : le premier, parce qu'il ne faisait point partie de la Société des Droits de V Homme ; le second, parce qu’on le jugeait trop modéré.

Arrivé 4 Paris, Albert vit les membres du comité de la Société des Droits de 1 Homme ; mais Cavaignac et Guinard étaient retenus & Paris. M. Cabet, consulté dans les bureaux du Populaire, se prononcait énergiquement pour une résistance exclusivement Iégale. M. Garnier-Pagés, qu’Albert n’avait pu s’empécher de voir, tenait le méme langage; de sorte que l’enyoyé lyonnais se trouvait fort embarrassé, fort incertain, lorsque Armand Carrel lui fit demander une entrevue. « Si personne, dit Armand Carrel, ne consent a yous accompagner & Lyon, moi, je m’offre. — Y pensez-vous? répondit Albert, étonné de cette proposition inattendue, Quel accueil espérez-vous qu’on vous fasse dans notre ville? Savez-vous bien que je n'ai pu accepter un entretien avec vous qu’en dépassant mes instructions? — Et si jallais 4 Lyon, reprit Armand Carrel, avec Godefroi Cavaignac? — A la bonne heure; et veuille Dieu qu’il en soit ainsi! » Quelques nuages avaient passé sur l’amitié de Cavaignac et de Carrel. Ils se virent néanmoins, et n’eurent pas de peine a s’entendre, Le voyage ful résolu. On désirait que le général Lafayette en fit partie, A cause de

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son nom; mais il était alors grayement malade. Il donna des lettres de recommandation, et auforisa les délégués 4 se présenter comme ses lieutenants. Tout était convenu, Albert devait devancer ses amis, et déja une chaise de poste l'attendait, quand tout 4 coup l’on apprit 4 Paris que la ville de Lyon s’était calmée, et que le conseil exécutif des mutuellistes venait d’ordonner la reprise des travaux.

Ainsi le repos était rentré dans la ville, Malheureusement on y apprit bientdt la loi contre les associations, qui atteignait les sociétés industrielles aussi bien que les sociétés politiques. Tous les corps d’état s’assemblent en tumulte, Les mutuellistes eux-mémes se décident 4 repousser la loi par la force, et ils publient une protestation dans l’Echo de la Fabrique. La Société des Droits de l Homme pousse un cri de guerre, les divers corps d’état déléguent plusieurs de leurs membres, et l'on forme un comité d’ensemble.

On n’avait arrété aucun ouvrier durant le chémage. Depuis la reprise des travaux, six mutuellistes avaient éfé jetés en prison, Ils devaient é¢tre jugés le 9 avril, et, dans lesprit de tout le monde, c’était ce jour-la que la bataille devait s’engager. Les sections sont en permanence; le comité d’ réuni pendant la nuit, a donné pour mot d’ordre Association, résistance et courage ; il se soumet ensuite volontairement a une réélection, et, définitivement chargé de la responsabilité capitale, ii attend le jour décisif.

Ce jour se levasur une cité devenue un camp. Les troupes ont été disposées de maniére a couper la révolte dés le commencement de l’action. Le lieutenant général Aymar est sur la place de Bellecour, le général Fleury 4 la Croix-Rousse, le général Buchet 4 larchevéché, le colonel Dietmann a Vhotel de ville. Le 7° léger stationne prés de la place Saint- Jean, et la cathédrale, qui confine a cette place, regorge de soldats. Il est dix heures et demie environ. Un moment couyerte de monde, la place Saint-Jean est subitement devenue déserte. Le peuple reflue dans les rues circonyoisines , et quelques enfants s’y essayent & former des barricades. Dans V’intérieur du tribunal , en face des mutuellistes arrétés , les juges sont sur leurs siéges, ne prétant qu’une oreille distraite 4 la plaidoirie de M° Jules Fayre. Tout 4 coup une détonation retentit; dans la cour du tribunal on apporte un homme couyert de sang. « C’est, dit-on, un insurgé « qu’un gendarme vient de tuer faisant une barricade. » Et Yon s’empresse autour du blessé. Mais sous ses yétements entr’ouverts on apercoit une ceinture d’agent de police. Ce malheureux se nommait Faivre , et il ne tarda pas 4 rendre Tame. Ainsi c’était du sein des troupes qu’était parti le premier coup de feu, et c’était la police qui fournissait la premiére victime! ;

Le signal venait d’étre donné. Les soldats du 7° s’élancent sur la place. Refoulés dans les rues adjacentes , les onyriers s’y entassent en fuyant : ceux-ci cherchent a regagner leurs quartiers , ceux-la s’arrétent au détour des rues pour les fermer par des barricades; d’autres, dans Vindécision de leur colére, courent ¢& ef 1a, éperdus et muets, Lyon est déja en pleine guerre civile. Animées par un courant électrique , les troupes font feu de toutes parts. Le canon gronde sur la place Louis-le-Grand. La mitraille renverse sur le pavé hommes, femmes, enfants. Les communications étant ¢oupées par les soldats, la plupart des sectionnaires se trouvent isolés et dans Vimpuissance de se réunir. Le désordre est immense ; beaucoup de chefs sont absents, le découragement est dans tous les cours. Et toutefois, dans cette confusion effroyable, on est parvenu a créer a la hate six centres d'action. La fusillade continue; on se bat sur divers points. Sur le pont du Change, barricadé, l’insurrection fait recule: quatre compagnies. Dans la rue Saint-Pierre-le-Vieux , les froupes font sauter une maison d’oi: Von tirait sur elles. La Préfecture, menacée par un petit groupe d’insurgés, est dégagée rapidement, et les soldats refoulent Vinsurrection. Au passage de l’Argue les républicains font volte-face. Ils sou-

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tiennent quelque temps le choc. Mais une piéce de canon chargée 4 mitraille s’avance. Le coup part. Les vitraux sont criblés , les lustres réduits en poussitére , les magasins enfoneés. Le passage ainsi rendu libre, les soldats s’y élancent. Au bout de la galerie, une barricade a été élevée : elle est défendue avec acharnement. Enfin, les insurgés sont repoussés! La journée touche a sa fin. Le silence est descendu sur la ville, silence morne et presque plus effrayant que le tumulte.

Le lendemain, 10 avril, les premiéres heures du jour furent assez calmes; mais, une fois commencée, la lutte deyint furieuse. L’artilleric grondait sur Lyon comme sur un champ de bataille; les obus volaient sur divers points, lancant au hasard l’incendie. Et ce jour-la néanmoins Vinsurrection gagna du terrain, Serpentant sur les hauteurs dont la Sadne baigne le penchant, elle les couronna, et pientét, éclatant partout a la fois, elle enveloppa la ville. Le faubourg de Vaise s’était ébranlé déja, et des soldats disciplinaires , se soulevant, agrandissaient la révolte commencée. La caserne des Bernardines opposait son front menacant, inébranlable, aux fortifications mouvantes dont la Croix-Rousse se hérissait de toutes parts. De son cété, la Guillotigre était parcourue et tenue en haleine par des bandes d’insurgés. Le tocsin sonnait aux Cordeliers et a Saint-Nizier. Le drapeau noir flottait sur léglise de Saint- Polycarpe et sur ’hdpital des Fous. Alors ce fut un affreux spectacle. Des pétards font sauter les maisons dont les fenétres sont garnies d’insurgés. C’est a coups de canon qu’on attaque les barricades, qu’on les renverse. Les bombes pleuvent sur le faubourg de la Guillotiére. Au coeur de la ville, méme désolation. Ici, le collége prend feu, et , deux fois éteint par les éléves, l’incendie se rallume dans le combat. La, aux environs de ’hdtel de Ville, soldats et insurgés se poursuivent 4 coups de fusil sur le faite glissant des maisons. Plus loin, les deux pavillons du pont Lafayette , un moment au pouvoir de Vinsurrection, vont s’écrouler sous les boulets, tandis qu’atteint par un obus, un bateau de foin descend tout en flammes du haut de la Sadne, et va se heurter au pont de Chazourne, dont il consume trois arches.

Et toutefois ’armée se montre aussi prudente qu’implacable. L’ordre a été donné aux soldats d’éviter les quartiers sinueux , de ne s’avancer que pas 4 pas, en laissant toujomrs entre eux et les révoltés la longueur dune rue, et en opposant barricade 4 barricade. Sur un point seulement, insurrection occupait une position favorable; c’étaif au centre de la yille, sur la place des Cordeliers. Les républicains s’étaient emparés de l’église, ils en avaient fait leur quartier général, et, ’environnant de barricades , ils en rendaient les approches mortelles. LA commandait Lagrange; Carrier et Gauthier étaient 4 la Croix-Rousse, Reverchon a Vaise, Despinasse 4 la Guillotitre. Cependant la lutte continue, laissant Ja victoire incertaine, et multipliant, d’heure en heure , les désastres. Une interruption si prolongée des relations de chaque jour est venue ajouter des angoisses nouvelles 4 la détresse permanente du peuple, et dans quelques quartiers reculés des citoyens s’en vont faisant des quétes et criant d’une voix lamentable : « Du pain pour les pauvres ouvriers! » Dans le yoisinage des troupes, tout est désert. La circulation a été interdite dune maniére absolue : mesure extreme, qui fait de chaque passant un rebelle, et quiconque franchit le seuil de sa porte devient un point de mire pour les soldats.

Il y eut des points cependant ou), retenues prisonnidres par les troupes qui bivouaquaient dans les rues, des femmes @insurgés furent traitées non-seulement avec égards, mais avec générosité, et partagérent le pain du soldat. Un insurgé venait de tirer 4 bout portant sur un officier; il le manque, se découvre la poitrine et dit: « A ton tour! » Alors , par une admirable inspiration de générosité : « Je n’ai pas cou-

tume de tirer de si prés sur un homme sans défense, répond l’officier ; va-t’en. » Néanmoins, la dévastation de Lyon suivait son cours; l’armée foudroyait la ville comme si chaque maison edt été une forteresse occupée par des milliers dennemis. Or, les insurgés en armes, trop convaincus de leur impuissance, étaient les premiers 4 s’¢tonner de la prolongation de la lutte. L’insurrection, d’ailleurs, flottait au gré du hasard, la direction ayant échappé aux mains de ceux qui étaient naturellement appelés & en supporter le fardeau , et la dispersion du comilé des Droits de ’ Homme étant compléte. Baune attendait dans les cachots de l’hétel de ville ce qu’il plairait 4 ses ennemis de décider de son sort. Quant 4 Albert, séparé des siens, lui aussi, et trop connu pour se montrer 4 Lyon impunément, il avait d’abord cherché refuge chez un de ses amis, dans la maison méme qu’habilait M. Chégaray, procureur général; puis, déguisé en prétre, et des pistolets sous sa robe d’emprunt, il s’était risqué dans la ville.

Ainsi, pour éteindre Vinsurrection le soir du 10 avril il suffisait en quelque sorte de souffler sur elle. Et cependant, chose remarquable! l’autorité militaire mit en dé libération et résolut évacuation de la cité. Mais Vautorité civile connaissait trop bien par ses agents le secret de la situation pour ne pas faire révoquer ordre, déja donné, dela retraite, et il fut décidé que VYarmée continuerait & camper dans les rues et sur les places publiques.

Pour la seconde fois depuis le commencement des troubles, la nuit venait de suspendre les hostilités. Le temps était triste et chargé de neige. Autour de grands feux, les soldats veillaient. Lyon était plongé dans un silence sans repos ef quinterrompaient seulement, d’intervalle en intervalle, quelques coups de fusil tirés dans Je lointain. Tout 4 coup parmi les troupes postées dans le quartier Saint-Jean le bruit circule qu’on va passer de l'autre coté de la Sadéne, et que les chefs jugent indispensable la concentration de leurs forces. Le quartier Saint-Jean était habité par plusieurs fonctionnaires, et, entre autres, par M. Duplan, homme modéré, qui dans l’exercice d’un ministére re goureux avait su s’attirer jusqu’a lestime de ses adversaires. Averti pendant la nuit qu’on allaif abandonner le quartier Saint-Jean et que ’heure était venue de se mettre en sdreté, il courut 4 la Préfecture, moins effrayé que surpris. Il y trouve, éfendu tout habillé sur un matelas, le gé-

néral Buchet; il lui témoigne son étonnement, et, a force

de représentations, 4 force d’instances, il obtient que l’ordre de passer la Sadne sera révoqué.

Le 11 la lutte s’était ranimée avec les mémes circonstances et le méme caractére. Mais le 12 il devint tout a fait manifesle que pour dominer la ville l’armée n’avait plus qu’a le vouloir. Alors seulement on se décide a un vigoureux effort, et tandis qu’on occupe la Guillotiére, qui n’était pas défendue, le faubourg de Vaise, qui ne I’était guére davantage , est impétueusement envahi. Jl ne restait plus qu’a emporter le quartier des Cordeliers. Deux compagnies , soutenues par du canon , attaquent les barricades , et, aprés une lutte acharnée, les enléyent. Les insurgés occupaient encore l’église des Cordeliers : les portes s’ébranlent, elles sont enfoncées... Bientdt des flaques de sang couvrent les dalles du temple, et l’on y compte enze cadavres. Le jour suivant les derniers debris de |'insurrection disparaissaient des hauteurs, et une proclamation en informait les habitants.

Pendant que le mouvement de Lyon s’éteignait , une insurrection militaire se préparait 4 Lunéville. Enlever les trois régiments de cavalerie en garnison dans celte ville, courir le sabre 4 la main sur Nancy et sur Metz, y soulever le peuple au cri de Vive la république! et pousser dreil 4 Paris en faisant rouler devant soi le {lot sans cesse grossissant des populations et des troupes révoltées , tel clait is ‘lessein qu’avaient formé les sous-officiers Thomas, Bernard,

Tricotel, de Regnier, Lapotaire, Birth, Caillé, Stiller. Le {2 avril, jour ou la guerre civile brolait 4 Lyon ses derniéres amorces , tout était disposé 4 Lunéville pour Pexécution du complot. Mais le gouvernement avait été mis sur la trace : il avait obtenu des révélalions. Thomas fut mandé chez le général Gusier, et, au lieu de le faire arréter comme conspirateur, on se contenta de lui adresser quelques remontrances. Convaincu que ces ménagements cachaient un piége, Thomas résolut de précipiter le dénodment. Le 16 avril i] se réunit & ses deux camarades Bernard et Tricotel. Aussitét un mouveinent inaccoutumé agite les quartiers des trois régiments ; le bruit se répand qu’on va se diriger sur Paris. Avertis de se tenir préts a monter a cheval, les soldats font leurs porte-manteaux, s’approvisionnent d’eau-de-vie et achétent des pierres a feu. En méme temps, par les soins de Thomas et de Bernard, tous les sous-officiers ont été invilés ase rendre au Champ-de-Mars aprés Vappel. A huit heures du soir maréchaux-des-logis-chefs , maréclraux-des-logis, fourriers , s’achem'naient mystérieusement vers le rendez-vous convenn, marchant dans les rues par groupes de trois ou quatre. Bientét, dans une grande carriére de sable située a Pextrémité du Champ-de- Mars, ils se trouvérent réunis au nombre d’environ quatrevingts. Thomas les fit ranger par régiment, et, prenant la parole, il leur exposa les motifs et le plan du complot. On se sépare en disant : A minuit! Mais quelle est la surprise des sous-officiers, lorsqu’en rentrant dans leurs quartiers, i's apergoivent les officiers en armes et des piquets qui de toutes parts se rassemblent, commandés par des capitaines! Plus de doute : l’autorité a éte instruite du complot. En effet, plusieurs sous-ofliciers furent arrétés et dirigés sur Nancy. Linsurrection était étouffée dans son berceau.

D’autres agitations, sur divers points de la France, furent le contre-coup de la guerre lyonnaise. A Saint-Etienne, a Grenoble, 4 Clermont-Ferrand, a Vienne, a Chalons-sur- Sadne, a Marseille , 4 Arbois surtout, il y eut des troubles, des inenaces, des soulevements avortes. I) est temps de dire quelle était au milieu de cet ebranlement universel la situation de Paris.

Aprés avoir raconté les événements de Lyon, le AM/oniteur disait dans sun numéro du 12 avril ; « A quatre heures « mercredi 9 l’action était finie. » Le méme jour M. Thiers s’écriait A la tribune que le général Ayimar occupait 4 Lyon ane position inexpugnable; ce qui supposait que Vinsurrection avait loffensive. Ce mot fit frémir Vassemblée. Averti des résultats de ta séance, le comilé des Droits de ? Homme croit de son honneur de ne point reculer et de venir «n aide aux Lyonnais par une diversion puissante. On rédige 4 la hate une proclamation; mais le journal la Tridune n’existait plus, il avait été violemment supprimé par M. Thiers : il fallut done porter la proclamation au National, qui n’osa point la publier. Le gouvernement, trés-bien instruit des projets d’une société dont les séances avaient un caractére public, neut qu’a faire opérer un certain nombre @arrestations pour paralyser le mouvement.

Cependant, ordre avait été donné a plusieurs sectionnaires de descendre sur la place publique, d’y rester un instant dans une attitude prudente, puis de disparattre. Il ne s’agit pas, leur availt-on dit, de commencer I’attaque; il s’agit de répandre dans lair une agitation qui indique quelles sont les dispositions du peuple. Cet ordre fut mal compris ou inal exécuté. Le dimanche 13, dans les rues Beaubourg, Geoffroy-P Angevin , Aubry-le-Boucher, aux Ours , Maubuée, Transnonain , Grenier-Saint-Lazare, des barricades furent construites par une poignée d’hommes exaltés. Du reste, partout le bruit et l'appareil des armes, le monotone retentissement du rappel, les promenades circonspectes des patrouilles, et les cavaliers courant par la ville, porteurs de messages reduutés; car le gouvernement n’avail par été pris au dépourvu : c’était avec ine armée de prés de 40,000 hom-

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mes, avec Je secours de la garde nationale de Ia banlieue convoquée, avec 36 piéces de canon braquées dans différents quartiers, que les généraux Tourton, Bugeaud, de Rumigny et de Lascours se disposaient a soutenir le combat. L'attaque commenga vers sept heures du soir, Mais la lutte fut courte. A neuf heures le feu s’éteignait , et l'on re- Iettait au jour suivant la prise, désormais inévitable, des barricades qui coupaient encore les rues Transnonain , Beaubourg et Montmorency.

En ce moment le comitlé des Droits de ’ Homme n’existait plus de fait, la plupart des chefs élaient arrétés ; ordre du combat, donné par ceux qui restaient libres, ne put parvenir aux sections, les commissaires d’arrondissement qui devaient le transmettre se trouvant pris ou dispersés. Le pouvoir vainquit sans peine l’emeute désorganisée , et le 14 au matin il fit balayer @ la course l'inulile amas de p‘erres qui obstruait quelques rues de la capitale. Et plit a Dieu que rien n’edt souillé Pivresse de ce facile triomphe! Mais non : il était dit que la maison n° 12 de la rue Transnonain serait le thédtre de scénes plus terribles encore que celles du faubourg de Vaise! Hatons-nous de reconnaitre d’ailleurs que parmi les soldats employes a cette rigoureuse mise en pratique des lois de la guerre, il y en eut qui, par les plus nobles inspirations de la générosité, s’éfudiérent a atténuer dans Pexécution ce que leurs ordres avaient d’impitoyable.

Le 15 avril M. Persii, garde des sceaux , présenta au vofe de la chambre des deputés une loi contre les détenteurs d’armes de guerre. Le méine jour une ordonnance transforma la chambre des pairs en cour de justice. Le gouvernement liait a Pidée d'un vaste complot tous les mouvements enfantés par le mois d’avril; faute immense, et qui mettait parfaitement en relief la médiocrité des hommes placés a la téte des affaires! Car en reunissant avec solennité devant la chambre des pairs constituce en cour de justice tant de prévenus, qui disséminés dans les divers tribunanx du royauine pouvaient étre jugés a petit bruit, on leur donnait une importance sans égale, et des cendres de la guerre civile , remuées d’une main imprudente, on s’exposait a faire sortir des c lamités nouvelles. Le pouvoir, cependant, n’oublia pas que ceriains ménagements lui étaient commandés par la politique. M. Voyer d’Argenson, par exemple, dut & sa haute position et 4 ses brillantes alliances de n’@tre pas impliqué dans un complot dont on rejetait la responsabilité sur un grand nombre de ses amis. La condamnation aux frais devant é¢tre solidaire, on avait lieu de craindre qu'elle n’engloutit la fortune de M. Voyer d’Argenson,. Or, il avait pour gendre M. de Lascours, pair de France, qu’on ne voulait pas frapper dans la fortune de son beau-pére. Ce ful aussi pour s’¢pargner lembarras de faire descendre sut un bane d’accusés Lafayette, qu’on s’empressa de mettre hors de cause les membres les plus compromis de !’Association pour la liberté de la presse.

Malgré les protestations d’un de ses membres, M. Dubouchage, la chambre des pairs proclama sa compétence , et le 6 février 1835 cent trente-deux de ses collégues signérent l’arrét de mise en accusation, Cet arrét deéclarail connexes tows les faits qui s’étaient passés 4 Lyon, a Paris, & Marseille, & Saint-Etienne, 4 Besangon, a Arbois, & Chalons, & Epinal, a Lunéville et dans lsére. Sur ces entrefaites, les accusés parisiens résolurent de cenvoquer dans la capitale, des divers points de la France, les hommes qu’ils croyaient les plus capables par leurs talents ou leurs antecédents de représenter le parti républicain, Puis, comme il importait d’éviter Jes dissidences qu’aurait pu amener le rapprochement de tant de personnalités diverses, un comité fut chargé de donner & !a défense générale un caractére d'unité et d’ensemble.

Cependant le jour décisif approchait. Les accusés de Lyon ct ceux de Lunéyille avaiont 4t4 tranefirds & Paris. Le gou-

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yernement n’ignorait pas dans quel champ clos les républicains prétendaient Vattirer. Aussi, le 20 mars 1835, M. Pasquier, président de la cour des pairs, décida-t-il que des avocats d’office seraient imposés aux accusés. Les accusés protestérent énergiquement, et ecrivirent aux avocats nommés d’office par M. Pasquier, Ceux-ci ayant unanimement résolu de ne point obtempérer asa réquisition , le Monileur publia, le 30 mars, une ordonnance qui investissait la cour des pairs et son président, a légard des avocats , de tous les pouvoirs qui appartiennent aux cours @’assises et aux présidents de ces cours. Les accuses écrivirent au barreau de Paris, et le conseil de lordre, conyoqué extraordinairement, rédigea une délibération qui se terminait ainsi ; « Le conseil, procédant par forine de simple avis, estiine que le parti le plus convenable a prendre par les avocats est de s’assurer des dispositions des accusés , et, en cas de refus, d’écrire 4 M. le président de la cour des pairs qu’ils se seraient empressés d’accepter la mission qui leur a été déférée, mais que la résolution des accusés leur fait un devoir de s’abstenir. » — Suivaient les signatures , parmi lesquelles on remarquait celles de MM. Philippe Dupin, dbdéonnier ; Mauguin, Hennequin, Berryer, Lavaux, Delangle, Marie, Chaix-d’Est-Ange, Duvergier, Paillet, Odilon Barrot. Le méme jour, le barreau rouennais délibérait une protestation signée de M. Senard, batonnier, laquelle ne différait de celle qui précéde qu’en ce que les conclusions en étaient plus précises encore et les termes plus énergiques. Tous les barreaux de France imiterent cet exemple.

Cependant les accusés de diverses catégories étaient divisés sur la question de la défense. Les Parisiens et les sousofficiers de Lunéville voulaicnt qu’on laissat aux pairs de France le role dinterdire 4 des accusés le choix de leurs défenseurs; ils voulaient ne répondre que par le silence. Les Lyonnais, au contraire, desiraient vivement que le grand jour éclairat histoire de Vinsurrection lyonnaise. Pour que Pon put se concerter, i] fallail, avant tout, que Pon pat se voir. Les Parisiens demandérent que l'on transférdt a Sainte-Pélagie , ot ils étaient eux-méines détenus, leurs camarades de Lunéville, renfermés a PAbbaye, et leurs camarades de Lyon, déposés a la Conciergerie. Cette demande fut repoussée. Les prévenus de Paris adressérent alors au procureur général une lettre ob leurs griefs étaient résumés. Une entrevue d’un jour entre les deux comités de défense de Paris et de Lyon fut tout ce que les accusés obtinrent. Elle eut lieu A Sainte-Pélagie, le 18 avril (1835), et les dissentiments que nous venons dc signaler s’y produisirent avec éclat. Enfin i] fut arrété que les prisonniers se conformeraient unanimement a ce qui aurait été decidé dans la réunion des défenseurs. Ceux-ci, dont les journaux venaient de publier les noms, se réunirent pour résoudre la difliculté. L’immense majorité fut davis qu’on he devait pas accepter un débat ot la défense n’était pas entiérement libre. L’opinion contraire fut soutenue par MM. Ledru-Rollin, Saint-Romme et Jules Favre. I] ne restailt plus qu’a envoyer des commissaires aux accusés de Lyon pour leur apprendre le résultat de la délibération des défenseurs. L’assemblée chargea de cette mission M. Jules Favre et deux de ses adversaires : MM. Michel (de Bourges) et Dupont.

On était arrivé au 5 mai, jour fixé pour louverture des débats. La permission d’assister aux débats avait été refusée aux parents des accusés. Les troupes étaient consignees dans les casernes. A une heure un quart, les accusés furent introduits, et les gardes municipauy se répandirent dans Ia salle. A deux heures, le président Pasquier entrait, a son tour, suivi des pairs. Les officiers du parquet étaient MM. Martin (du Nord) , procureur général, Franch-Carreé, Plougoulin, Chégaray, de la Tournelle. Cent soixante-quatre palrs étaient presents; il y en eut quatre-vingt-six qui ne répundirent pas a l'appel, et pari ces derniers, les maré-

chaux Maison, Grouchy, Gérard, les marquis de Castellane et de Dreux-Brézé, le comte Exelmans. Les accusés étaient au nombre de cent vingt et un; quatre-vingts des départements et quarante et un de Paris,

M. Pasquier ayant procédé a linterrogatoire, les Lyonnais répondirent, les Parisiens refusérent. A trois heures, ka seance ful suspendue, la cour s’etant retirée dans la chambre du conseil pour y delibérer sur la question de savoir si Pon adimettrait comme défenseurs treize citoyens dont M. Matlefer venait de soumetire les noms au président. C’étaient MM. Voyer-d’Argenson, Audry de Puyraveau, le général} Tarayre, La Mennais, Trélat, Raspail, Carnot, Carrel, Bouchotte, Pierre Leroux, Reynaud, Frédéric Degeorge et de Cormenin. A cing heures la cour rentrait en séance, et M. Pasquier prenongait un arrét qui repoussait les defenseurs proposés, sous prétexte qu’ils n’etaient inscrits au tableau ni comme avoués ni comme avocats. Les défenseurs choisis par les prévenus publiérent le lendemain une protestation énergique.

Cette fermentation des esprits faisait prévoir des résistances terribles : elles éclatérent dans Vaudience du 6 mai. Godefroi Cavaignac avait reclamé la parole pour protester contre l’arrét de la veille. On la lui refuse. Aussitot, dun mouvement spontané, les accusés se levent, et, l’uil en feu, le bras étendu : « Parlez, Cavaignac, s’écrient-ils, parlez! » Les gardes municipaux sont debout, ils regoivent Pordre d’a vancer. Les cris redoublent. Le president se consulte avec le grand référendaire, avec M. de Bastard, vice-président ; puis il annonce a la cour qu’il faut qu’elle se retire pour délibérer, A ces inots, les pairs se précipitent vers la salle du conseil, Alors au tumulte succéde le plus profond silence. Au dehors, les troupes sont sous les armes. Aprés quatre heures d’attente solennelle, la cour rentre en séance. Des conclusions sont prises contre Cavaignac, et la garde municipale entraine les accusés.

Le lendemain méme tempéte, et plus violente encore. Un avocat, M. Crivelli, demande 4 récuser les pairs qui se sont chargés de Pinstruction. Les accusés Vinterrompent. 1] faut les faire descendre dans les salles d’attente pendant que la cour rédige Parrét par lequel les conclusions de M® Crivelli sont repoussées, Les accusés ne tardent pas a étre ramenés et Parrét prononcé. Alors M. Cauchy, secrétaire archiviste, commence le lecture de |’acte d’accusation. Aucune paroie humaine ne peut rendre la physionomie que présente dans cet instant lassemblée. Ainsi que la veille, tous les accusés se sont levés en masse, et tous ils crient : Nos défenseurs! nes défenseurs! Le colonel de la garde municipale, M. Feisthamel , donne des ordres menagants. Le président fait de vains efforts pour cacher son émotion. Les officiers du parquet Inui adressent, de leurs siéges, des exhortations qui se perdent dans le tumulte. Le désordre est parmi les pairs. Les sténographes ont cessé d’écrire; et, du haut des tribunes, les spectateurs suivent, d’un regard inquiet et le corps penché, la marche de ce drame etrange. Tout & coup, le procureur géneral, M. Martin (du Nord), se léve pour lireun réquisitoire; mais M. Baune se léve, de son coté, au nom des prévenus, pour lire une protestation. Les deux voix montent ensemble. Le ministére public en est venu a demander le jugement sur pieces.

Que Pattitude des prévenus tendit & rendre Je procés absolument impossible, il n’y a pas le moindre doute a cet egard; cependant la cour hésita a porter la main sur les armes qwon lui tendait, Les conclusions de M. Martin (du Nord) furent vivement combattues dans la chambre du conseil. Leur adoption ent été le signal de la retraite de plus de trente pairs. Et toutefois, par un arrét qui était un acheminement a la condamnation sur pidces, on decida qu’en cas de tumulte les accusés pourraient étre amenés devant la cour separément, et que l’acte d’accusation ayant été personnellement signifié a chacun d’eus, on pourrait

lire, méme en l’absence de ceux qui se seraient fait exclure de audience. Ce fut alors que MM. de Talhouet et de Noailles cess¢rent de participer au procés.

Dans l’audience du 9, la lecture de V’acte d’accusation ayant été interrompue, on fit sorlir dela salle tous les prévenus, et l’on n’en ramena que vingt-neuf, de la catégorie de Lyon, qu’on supposait moins fermes dans leurs projets ; mais, a l’égard de l'un d’eux, M. Lagrange, on s’était singulitrement trompé. M. Pasquier lui ayant refusé la parole , « Je la prends! » s’écria-t-il avec une impétuosité extraordinaire, « Oui, nous protestons devant la parodie de vos réquisitoires, comme nous l’avons fait devant la mitraille. Nous protestons sans crainte, en hommes fidéles 4 leurs serments, et dont la conduite vous condamne, vous qui en avez tant prétés et tant trahis! » Sur Vordre du président, plusieurs gardes municipaux entourent, saisissent l’accusé. Mais lui, dans un état d’exaltation croissante : « A votre aise, messieurs, condamnez-nous sans nous entendre; envoyez a la mort, sans avoir admis leurs défenseurs, les soutiens de cent cinquante familles d’hommes du peuple : moi, je vous condamne a vivre, car notre sang ne lavera pas les stigmates gravés sur vos fronts par le sang du brave des braves. » Et pressé par les gardes, il reculait, les yeux toujours fixés sur ses juges. Il sortit enfin, et la lecture de l’acte d’accusation put ¢tre reprise.

Dans les audiences qui suivirent, Jusqu’au jour ou cctte lecture fut achevée, le tumulte ne se reproduisit qu’une fois. Mais dés Je 13 mai il ne restait plus sur les bancs que vingt-trois prévenus, et l’on devait naturellement s’attendre a voir recommencer la crise aussilOt qu’on aborderait les débats. Un incident imprévu vint compliquer encore ce proces.

Le parti républicain , pour venir en aide aux accusés et alléger leurs souffrances physiques, avait ouvert dans ses rangs une souscription qui produisit 20,000 francs, somme distribuée immédiatement entre les prévenus les moins aisés, A cette occasion les défenseurs signérent une lettre d’encouragement adressée par eux aux accusés, et dont la rédaction avait été entreprise par M. Michel (de Bourges), Les journaux les plus hardis du parti r¢publicain, la Tribune et le Réformateur, insérérent cette lettre, au bas de laquelle figuraient cent neuf signatures, et entre autres celles de deux membres de la Chambre des Députés si¢geant a Pextréme gauche, MM. Audry de Puyraveau et de Cor- Mmenin. Les termes en étaient tellement hardis que le lendemain, un pair, M. de Montebello, vint la dénoncer a la cour et appeler formelleinent Jes rigueurs de la justice sur les signataires.

I] fallait V’autorisation de la chambre élective pour poursuivre ses deux membres. Appelés A donner des explications a leurs collégues, ils déclarérent, l'un, M. de Cormenin, que sa signature avait été apposée d’office; l'autre , M. Audry de Puyraveau, qu’il refusait de répondre. L’autorisation de poursuivre ce dernier fut done seule accordée, Mais en assumant la responsabilité de la lettre incriminée, en déclarant qu’ils s’étaient crus autorisés & y ajouter les signatures de leurs collégues sans Jes consulter , MM. Michel (de Bourges) et Trélat simplifidrent la tache de la cour des pairs, qui n’cut plus dés lors A juger que les deux auteurs du délit et les journaux leurs complices. Ils furent tous conlamnés A dix mille francs d’amende. Les ardents du parti reprochérent vivement & MM. Michel (de Bourges) et Trélat leur généreux dévouement, et les accusérent Wavoir rapetissé la cause de lopinion républicaine et de Pavoir en ceci réduite A n’avoir pas eu les honneurs d’une tutte qu’on se fat efforeé de rendre aussi dramatique que possible.

Cet Incident, qui occupa longtemps les passions du dehors, une fois vidé, la cour des pairs rentra dans le proces prindpal avec une résolution qu'elle ne s’était point connue jus-

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qu’alors. On profita de la présence de ceux des accusés lyonnais qui acceptaient les débats, et les témoins furent entendus. Ce fut une source nouvelle de récriminations incroyables. Cependant la liste des prévenus dociles se trouvant épuisée, l’heure vint de dompter les prévenus rebelles. Comment retracer les moyens employés pour faire paraitre les prisonniers 4 l’audience? Les gardes couraient les appréhender dans leurs cabanons, passant bien vite de la sommation 4 l’injure et de injure a la violence ; puis, on se prenait corps 4 corps, et quand, épuisé de fatigue, accablé par le nombre, le prisonnier n’avait plus 4 opposer qu’une résistance inerte, saisi par les pieds, il était trainé impitoyablement le long des escaliers de son cachot. Brutalité stérile! En présence de la cour, l’accusé se redressait fier de ses meurtrissures, fier de la poussiére sanglante dont ses vétements étaient souillés; et alors, ce n’était plus qu’accés de colére et clameurs sauvages. Ne faisons pas a Yhumanité cette injure de croire qu’un semblable systéme de coércition laissat les pairs indifférents. Ils s’en affligeaient pour la plupart, c’est certain ; mais une nécessité inéluctable pesait sur eux. La cour des pairs eut des inspirations Jouables, elle eut de prudents retours; mais cela méme tourna contre elle. En vain s’arma-t-elle de patience pour écouter jusqu’au bout des discours qui lui prodiguaient Pinsulte, en vain M. Pasquier poussa-t-i] maintes fois jusqu’a la condescendance les égards dus au malheur, rien ne put calmer Pexaspération des accusés. La cour des pairs n’avait pas voulu la défense libre, elle était conduite a la souffrir injurieuse.

Pendant ce temps, d’étranges et secrets préparatifs se faisaient dans l’intérieur de Sainte-Pélagie, prison assignée aux accusés parisiens. Dans la partie de la prison appelée bdtiment de la Dette, et 4 peu de distance de I’escalier quiconduisait aux cabanons des détenus, il y avait un caveau faisant face a Ja porte de la cour, dont il n’était séparé que par un trés-petit corridor. Quelques détenus, entre autres MM. Guinard, Cavaignac, Armand Marrast, avaient remarqué ce caveau; ils le jugérent propre a une évasion, et se procurérent aussitét le moyen d’y pénétrer. La sceur d’un détenu apporta sous sa robe les instruments qu’exigeait le percement du caveau, et les travaux commencérent. Pour échapper au danger des indiscrétions, les premiers artisans du projet s’étaient abstenus de mettre dans la confidence Je plus grand nombre de leurs camarades, Un succés inespéré couronna l’entreprise. Pendant que les uns travaillaient dans Je caveau, lalueur d’une lampe toujours préte a s’éteindre, les autres faisaient sentinelle au dehors, habiles 4 détouraer lattention de leurs co-détenus et & déjouer par mille ruses diverses la surveillance des gardiens, L’activité qu’ils y déployérent fut prodigieuse. Au bout de quelques jours, la hesogne se trouvait terminée : la route mystérieuse s’allongeait sous la prison ‘e fagon a en dépasser les limites , et il n’y avait plus qu’une crodte de terre peu épaisse entre les détenus de Sainte-Pélagie et la liberté. Mais ils s’étaient im. posé la loi de rester captifs tant que l’espoir de combattre fructueusement par la parole ne leur serait pas enlevé, L2évasion fut donc ajournée et le caveau tenu en réserve,

Mais la pairie ne tarda point 4 dégager les prisonniers de leurs scrupules. Les débats relatifs aux accusés lyonnais touchaient a leur fin. Quelque incomplete que fat Vinstruction du complot, la poursuivre devenait impossible. On allait, par conséquent, aborder une nouvelle phase de la procédure, et une question grave se présentait : fallait-il commencer Vinterrogatoire des accusés de Paris, de Lunéville, de Chalons-sur-Sadne, de Saint-Etienne, de Marseille, d’Arbois, d’Epinal? ou bien devait-on, les réquisitoires et les plaidoiries entendus, procéder d'une maniére immédiate au jugement des accusés de Lyon? Malgré les protestations de M. Baune, parlant au nom de tous ses camarades, la cour des pairs passa outre, et, sur les conclusions du procureur

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général, M. Martin (du Nord), elle rendit, le 11 juillet 1835, un arrét qui, pronon¢ant la disjonction des causes, ordonnait qu'il fat immédiatement procédé aux plaidoiries et jugement en ce qui concernait les accus4s de la catégorie de Lyon. La mesure était comblée : M. Molé se retira, ainsi que les marquis d’Aux et de Crillon.

L’arrét de disjonction devait avoir des résultats faciles & deviner. En séparant les causes, la cour des pairs se donnait le temps de reprendre haleine; elle amortissait la fougue de Yopinion ; elle jetait le découragement parmi les prévenus ; elle dtait enfin & leur résistance ce caractére d’ensemble qui seul pouvait la rerdre imposante. Les détenus de Sainte-Pélagie ne s’y trompérent pas, et, désormais convaincus qu’on ne leur laisserait pas méme le bénéfice moral de leur courage, ceux d’entre eux qui avaient tout préparé pour une évasion ne songérent plus qu’d la liberté. L’exécufion est fixée au 12 juillet, dans la soirée, et lon se livre avec ardeur aux préparatifs. Les complices du dehors ont déja recu leurs instructions. Pour désarmer la défiance du directeur, on lui adresse plusieurs demandes qui supposent la prolongation du séjour des prisonniers a Sainte-Pélagie, et M. Armand Marrast, qui avait coutume de prendre un bain chaque soir, commande son bain pour dix heures, comme 4 lordinaire. A la nuit tombante, toutes les dispositions étaient prises. M. Dornez avait envoyé le produit des souscriptions a répartir entre les détenus ; les voitures destinées a les recueillir & la sortie de la prison commengaient a filer le long de Sainte-Pélagie. M. Armand Barbés s’acheminait, donnant le bras 4 la femme d’un détenu, vers la maison Vatrin, oii il importait de prendre position, sous un prétexte quelconque; enfin MM. Etienne Arago, Klein et Fulgence Girard se trouyaient installés dans un appartement situé en face dela chambre de M. Guinard, auquel ils deyaient apprendre, par des signes conyenus, si les rues voisines étaient sires et les patrouilles absentes. De son cdté, pour indiquer aux auxiliaires du complot que tout allait bien a Vintérieur, M. Guinard devait se promener devant une Jampe, puis l’élever en Pair quand il aurait lui-méme & descendre dans le caveau. :

Huit heures sonnérent & Vhorloge de la prison. Aussitét les meneurs vont 4 ceux de leurs camarades qui ne sont pas dans le secret, disant & chacun: « Veux-tu étre libre? « Voici de Pargent. Au caveau! » Quelques-uns, repoussérent loffre. La plupart l’accueillirent avec une joie pleine de stupeur. Et tandis qu’iis se hataienf, un a un, vers le rendez-vous mystérieux, un petit groupe, pour donner le change aux gardiens, se formait 4 entrée de la chambre de M. Armand Marrast , devant laquelle il était d’usage que les prisonniers vinssent en masse, chaque soir, écouter la lecture du Messager. C’en est fait : les fugitifs sont réunis dans le cavyeau. Ils se mettent 4 ramper, l'un aprés autre, dans la yoie sombre, étroite , étouffante, qui doit les conduire & la lumiére. Bientét des coups de sifflet, venus du dehors, leur apprennent qu’ils touchent 4 um heureux dénotment. Sortir de Venclos de Sainte-Pélagie, monter en voiture, se disperser, disparaitre, tout cela fut pour les républicains l’affaire d’un moment. Ils étaient sauvés!

A cette nouvelle, grande fut la surprise de la police. La presse, qui s’intéressait vivement aux prisonniers, accabla les ministres des manifestations de sa joie railleuse; et les agents de police, humiliés, appesantirent le poids de leurs colére sur les détenus qui avaient refusé de suivre leurs cornpagnons , tels que MM. Kersausie, Beaumont, Sauriac, Hubin de Guer,. Ils ayaient eu pour refuser la liberté offerte des motifs respectables, quoique empreints d’exagération. Ils ae pensé qu’ils devaient au parti, qu’ils se devaient a eux-mémes de déshonorer, a force de constance, fa persécution dont ils étaient victimes. D’ailleurs, ils ne pouvaient se persuader que la police edt ignoré jusqu’a la fin les préparatifs de ’évasion, et ils ne voyaient dans cette né-

— AXE $i1

gligence , suivant eux calculée, qu'un moyen d’alléger & ka pairie le fardeau de sa tache judiciaire. Cette opinion trouva beaucoup d’adhésions dans le public.

Mais la cour des pairs ne tarda pas 4 montrer que pour s’épargner les embarras elle n’avait nul besoin de secours. Se fondant sar la résistance opinidtre des accusés lyonnais, M. Martin (du Nord) avait conclu A ce qu’on les jugeat sur piéces, s’il le fallait : la cour des pairs n’hésita pas cette fois 4 faire droit 4 ses conclusions.

La procédure une fois simplifiée de la sorte, l’affaire fut rapidement terminée. MM. Martin (du Nord), Chégaray, de la Tournelle, ayant tour 4 tour développé la thése présentée dans Vacte d’accusation, les avocats adverses prirent successivement la parole, chacun pour son client.

Ce fut le 13 aodt (1835) que la cour des pairs rendit, en l’absence des préyenus, l’arrét général relatif aux accusés de Lyon. Sept furent condamnés a la déportation, deux & vingt ans de détention, trois 4 quinze ans, neuf 4 dix, quatre a sept, dix-neuf 4 cinq, tous a la surveillance de la haute police pour leur vie, trois 4 trois ans d’emprisonnement et cing ans de surveillance, deux a un an d’emprisonnement et cing ans de surveillance, un & un an d’emprisonnement et deux ans de surveillance. L’arrét qui frappa les huit sous-officiers de Lunéyille ne fut prononcé que vers le commencement du mois de décembre. Leur attitude avait été pleine de dignité. Un fut condamné 4a la déportation, un 4 vingt ans de détention, deux 4 dix ans de détention, frois 4 cing ans de la méme peine, tous 4 Ja surveillance pour toute leur vie, deux 4 trois ans d’emprisonnement et cing ans de surveillance. Vinrent ensuite les catégories de Lyon, de Saint-Etienne , d’Arbois, de Marseille, de Grenoble, de Chalons, de Paris, qui ne fournirent que douze acquittements sur un nombre considérable de condamnations. Des prévenus de Saint- Etienne, Grenoble, Marseille, Arbois, Besancon, etc., un fut condamné a vingt ans de détention, un 4 dix, deux a cing, et tous 4 la surveillance pour leur vie; deux 4 trois ans demprisonnement, deux 4 un an et fous quatre a cing ans de surveillance. Des prévenus de Paris, deux furent condamnés 4 la déportation, deux 4 dix ans de détention et 4 la surveillance pour toute Ja vie, un A cing ans de prison, quatre a trois ans , quatre 4 un an, et tous a cing ans de surveillance. Par contumace furent condamnés huit a la déportation, quatre 4 quinze ans de détention , huit a dix, sept 4 cing, et tous 4 la surveillance pour foute leur vie.

Dans la derniére phase du procés, les accusés s’étaient montrés, en général, fort calmes. Cependant MM. Caussidiére, Kersausie ef Beaumont firent revivre des scénes dont le souvenir était resté palpitant.

Le proces d’avril fut pour le parti républicain que la révolution de Juillet avait engendré une défaite éclatante , mais non pas décisive. Ludwig WeEIss.

AX (Aquzx), petite ville de France, département de PAriége, avec 1,632 habitants, est située au confluent des vallées de Merens, d’Orgeix et d’Ascou. L’hdpital, fondé en 1270, a été restauré en 1847. On trouve dans cette localité plus de 80 sources sulfureuses, dont l’usage est surtout efficace pour les dartres, les rhumatismes et les écrouelles. Les établissements de bains sont au nombre de quatre.

AXE (de azis, essieu, pivot). Le sens de ce mot, en passant dune science dans une autre, n’a subi que de légéres altérations.

Dans les machines a rotation , et c’est 14 sans doute qu'il a été d’abord employé, le mot axe désigne la ligne droite, réelle ou idéale, autour de laquelle le systéme tourne. C’est par extension que, dans les arts mécaniques, on a donné le nom d’aze ou arbre au cylindre ou prisme autour duquel une machine exécute un mouvement giratoire, comme l’axe du treuil, celui du cabestan , les essieux des roues , etc.

Les axes jouent un grand réle dans la mécanique rationnelle; jeur considération a amené la découverte de plusieurs théorémes imporiants; cifons seulement celui d’Euler : « Quelle que soit la forme d’un corps solide, il y a trois axes perpendiculaires entre eux et dépendants de cette forme, autour desquels le corps peut tourner sans que ces axes changent de position dans lespace; et si 'e méme corps a éprouvé des impulsions qui le fassent tourner autour d’un autre systéme de trois axes, ceux-ci seront perpétuellement mobiles dans l’espace, sans pouvoir jamais arriver a la position des axes principaux. » Ces trois axes regoivent en effet le nom d’axes principaux de rotation.

Si on applique aux phénoménes célestes Ja définition du mot axe en mécanique, on donnera également ce nom aux lignes autour desquelles la terre et les autres corps du systéme solaire exécutent leur rotation. On voit immédiatement que laze de Ja terre est un de ses trois axes principaux : s'il en était autrement, les pdles ne seraient plus des points fixes, et les latitudes et longitudes éprouveraient de continuelles variations. L’axe terrestre est incliné sur l’écliptique de 66° 32’; cette inclinaison varie avec Pobliquité de l’écliptique dont elle est le compléiment; ainsi l’axe terrestre ne se meut pas tout a fait parallélement a lui-méme, Voyez NUTATION.

En géométrie, une droite est dite axe d’une surface, lorsque cette surface peut étre considérée comme engendrée par la révolution d’une ligne autour de cette droite : ainsi, dans le céne droit a base circulaire, l’'axe n’est autre chose que la droite qui joint le sommet au centre de la base; dans le cylindre droit 4 bases circulaires, c’est la droite qui joint les centres des deux bases; dans la sphére, un diamétre quelvonque peut étre regardé comme axe. En généralisant, on a aussi appelé axe la droite qui joint le sommet d’une pyramide réguli@re au centre de sa base, celle qui réunit les centres des bases d’un prisme régulier, puis encore la droite menée du sommet d’un céne quelconque au centre de sa base, la ligne des centres des bases d’un cylindre quelconque, etc., queiqu’on ne puisse plus sepposer ces pyramides, ees prisines, ces cones, ces cylindres, etc., engendrés par la réyolution d’une suiface autour de I’axe.

Les axes des surfaces planes partayent celles-ci en parties ¢gales. Dans les sections coniques, lellipse a un grand axe et un petit axe; \liyperbole a éyalement deux axes, qui prennent les noms de premier axe ou axe transverse (celui qui passe par les deux foyers), et de second axe ou axe non transverse; la parabole n’a quwun axe, qui est inlini, On délermine ces axes en cherchant les diamétres perpendiculaires a leurs ordonnées,

La géométrie analylique appelle axes Je systtme de coordonnées auquel on rapportle les points d'une ligne ou d'une surface pour en établir l'équation ; c’est ainsi que l'on dit Vaxe des abscisses et Vaxe des ordonnees ( voyes Coon- DONNEES). Ces axes sont rectanzulaires ou obliques, et il existe des forinules pour passer d’un systéme 4 un autre. Dans la g¢ométrie de Vespace, les coordonnées se comptent sur trois axes partant d'une origine commune.

La physique se sert du mot aze dans plusieurs de ses branches, En optique et er. cristallographie, il offre le méine sens qu’en géoinétrie : ainsi axe visuel ou axe de I’wil est la droite qu’on ménerait a travers la pupille sous la condition d’étre a la fois normale ou perpendiculaire aux deux faces du cristallin; axe d'un cristal, celui d’une lentille sont les axes des figures géometriques dont ce cristal ou cette lentille représentent une partie ou la totalte, Les cristaux doués dela double réfraction présentent en outre un ou deux axes optiqgues ( voyes Rernaction). Enlin Pare d’un aimant est la droite qui joint ses poles. Voyes Amant,

Dans tout ce qui préctde laxe a toujours éé une ligne droite. 1] n’en est plus de méme dans larehitecture; cet art ‘fablit une distinction entre axe droit ou cathéte, qui

AXE — AXIOME dans une colonne est l'axe du cylindre dont elle affecte le

forme , ct laze spiral, qui est un axe tourné en vis dont on se sert pour tracer les circonvolutions d'une colonne torse.

Cette derniére acception nous sert d'intermédiaire pour passer de la définition grométrique de Vaxe a celle qui convient aux sciences biologiques. Dans celles-ci, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire donne le nom d’axe a foute ligne autour de laquelle se coordonnent les parties analogues dun étre; Vaxe géométrique n'est qu’un cas particulier de cette définition générale. Le savant naturaliste établit une classification par la considération des axes des animaux, classification qui les divise en binaires, radiaires et hétéromorphes. C’est principalement, en tératologie, dans l'étude des axes et des épines chez les ¢tres anomaux , que nous voudrions suivre les ingénieux développements de M. Isidore Geoftroy Saint-Hilaire; nous ne pouvons que renyoyer le lecteur & son Histoire générale des Anomalies.

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