BALE (CONCILE
nattre Nicolas V; i’s engagérent Félix V a déposer la tiare, et le 19 avril 1449 ils prononcérent eux-mémes la dissolution du concile, aprés une lutte de dix-sept ans. L’espoir des peuples chrétiens fut encore une fois trompé; les décrets les plus importants de Constance et de Bale sur l’omnipotence des conciles furent si vite oubliés que déja cinquante ans aprés Léon X osait les déclarer nuls. L’Allemagne ne devait plus revoir, assemblés en si grand nombre , ces courageux représentants des peuples chrétiens de POccident ; mais les conciles, en rapprochant les hommes les plus distingués de chaque nation, avaient répandu en Europe des doctrines dont Léon X lui-méme devait recueillir les tristes fruits. C’est & tort que les papes, en 1450, célébraies: a Rome, par un grand jubilé, la fin des conciles ; au moment ou les conciles finissaient, les Allemands inventaient im primerie. T. ToussENEL,
BALE (Confession de). Voyes Hetvétique (Confession).
BALE (Traités de). Le premier de ces traités fut conclu le 5 avril 1795, avec Pambassadeur de Prusse, depuis chancelier d’Etat, baron de Hardenberg; le second, le 22 juillet de la méme année, avec ’ambassadeur d’Espagne, marquis D. Domingo d’Yriate, et tous deux par l’envoyé de la république francaise , Barthélemy. La Prusse et l’Espagne se séparaient, par ces traités, de la coalition contre la France, et reconnaissaient la république frangaise. La France était maintenue en possession des provinces situées sur la rive gauche du Rhin, qu’elle conserva en effet jusqu’ la paix générale, et acceptait la médiation de la Prusse dans le cas ou des princes d’Allemagne voudraient conclure des traités @alliance particuliers avec la république francaise. Les articles secrets de ce traité ne sont pas encore connus; on ne connait que le traité du 17 mai 1795, qui établit la neutralité du nord de |’Allemagne.
La Prusse, a laquelle le landgrave de Hesse-Cassel s’unit par une convention en date du 25 aodt 1795, se détacha de la coalition contre la France. Elle déclara prendre sous sa protection toutes les puissances du nord de l’Allemagne qui, 4 son exemple, cesseraient de faire partie de la coalition, et, sous la réserve d’un accord ultérieur, elle abandonna a la république francaise victorieuse toutes ses anciennes possessions de la rive gauche du Rhin.
L’Espagne recouvra par le traité de Bale tout ce que les armées républicaines avaient conquis au dela des Pyrénées, en méme temps qu’elle abandonnait a la France la partie espagnole de Saint-Domingue. >
BALEARES (ce nom, dérivé du grec Bé&)dew, jeter, lancer, leur fut donné dans Vantiquité 4 cause de adresse toute particulicre avec laquelle leurs habitants langaient des pierres 4 l’aide de la fronde), groupe d’iles de la Méditerranée, appartenant & ?Espagne. Ce groupe se compose de trois iles principales, Majorque , Minorca ou Minorque et Cabrera, situées en face de la céte de Valence. II formait autrefois , avec Jes Pilyuses , le royaume de Mallorca, et constitue aujourd’hui Ja province des t/es Baléares, dont la population s’élevait , en 1860, 4 269,818 habitants, répartis sur 4,817 kilom. carrés, Deux fois ona tenté par ces fles immersion dun cable sous-marin entre la France et PAlgérie ; la ligne se rompit au bout de quelques mois.
Ces iles, centre d’un commerce des plus actifs, sont complétement montagneuses et jouissent d’un climat sain et tempéré. Le sol en est fertile, propre a la culture des céréales , des arbres a fruits et de la vigne, A la production dela soie, ainsi qu’a I’éléve du bétail. L’ile de Cabrera seule est stérile ; aussi ne sert-elle que de lien de déportation. C’est dans cet ilot que périrent si misérablement , a l’époque de la guerre de 1808, tant de prisonniers francais que les Espagnols y avaient entassés.
On comprend sous la dénomination de Pityuses les ‘les d’ Ivica et de Formentera (ainsi dénommée a cause de immense quantité de grains qu’elle produit relativement &
DE) — BALEINE 419
son étendue), ensemble dune superficie de 440 kilom. carrés,
Les iles Baléares donnent en abondance du blé, du chanvre, du lin, du vin, de Vhuile, des amandes, tous les fruits du midi, et notamment des figues. On en exporte aussi beaucoup de sel. Elles furent visitées de bonne heure par les Phéniciens et par les Grecs, qui s’y rendaient de Rhodes, Plus tard elles passérent sous lautorité des Carthaginois, jusqu’A ce qu’Aulus Coecilius Metellus Balearicus les eul assujetties 4 la puissance romaine, l’an 123 avant J.-C. En Yan 426 de notre ére, elles furent conquises par les Vandales, puis par les Visigoths, par Charlemagne, et en 798 par les Arabes, qui en restérent maitres pendant plus de quatre siécles. Reconquises sur les infidéles par le roi Jayme I°* d’Aragon, elles constituérent sous les descendants de ce prince un royaume particulier (el reyno de Mallorca) , qui fut réuni a la Gouronne d’Aragon en 1343.
BALECHOU (Jean-Jacgues), graveur célébre, né a Arles, en 1719, mort en 1765, 4 Avignon, a laissé comme buriniste une réputation qui dure encore. Les planches qu’on a de cet artiste sont remarquables surtout par la vigueur et la hardiesse du trait , bien qu’on puisse peut-¢tre lui reprocher un peu de dureté dans les détails ; et ila prouvé qu’il savait, quand il le voulait, unir Vadmirable fini d’Edelinck et de Nanteuil aux grands traits de Mellan. Ses principaux ouvrages sont : les belles marines gravées d’aprés Vernet, et parmi lesquelles on admire surtout Ja Tempéte ; le portrait de Frédéric-Auguste , électeur de Saxe et roi de Pologne, et une Sainte Genevieve, d’aprés le tableau de Carle Vanloo. Le portrait de Frédéric-Auguste, qui est sans contredit le chef-d’ceuvre dela gravure, et dont le peu d’exemplaires qui en existent se vendent aujourd’hui a des prix fous, fut la cause des chagrins qui abreuvérent la vie de l’artiste. La planche était faite par ordre de la dauphine, et Balechou s’était formellement engagé a n’en point tirer d’épreuves autres que celles que se réservait la princesse. Il fut accusé d’avoir manqué a cet engagement et d’avoir vendu 4 son profit les plus belles épreuves de son ceuvre ; acte d’improbité qui passerait aujourd’hui pour une peccadille, mais qui le fit rayer de la liste des membres de |’Académie et le forca de quitter Paris pour se retirer & Avignon, ville ov il avait fait ses premiéres armes dans son art, sous la direction et comme apprenti d’un modeste graveur de cachets.
Balechou s’occupait aussi, dit-on, de chimie; et sa mort subite et prématurée fut généralement attribuée a l'emploi inopportun ou a trop forte dose d’un reméde chimique.
BALEINE ( Histoire naturelle), Balena, Linné. On connait sous cenom, dérivé du phénicien, selon Bochard, et signifiant roi de la mer, un genre de mammiféres appartenant a ordre des c é/ acés, et caractérisé par les fanons qui bordent, en place de dents, la machoire supérieure, et les dvenés & double ouverture plecés sur le milieu de la longuoeur du front. Les baleines sort les plus gros de tous les animaux; leur taille est monstrueuse; la forme de leur corps est elliptique; leur peau nue est de couleur brune, grisdtre ou noiratre. Chez elles, comme chez tous les cétacés , les membres antérieurs sont transformés en nageoires, et les postérieurs manquent tout a fait. Leur téte est extrémement volumineuse, méme proportionnellement a leur masse totale, dont elle forme au moins le quart; mats cene enorme téte , dont les os sont excessivement épais, ne contient qu’an bien petit cerveau : dans un individu, par exemple, qui avait 25 metres de long, le plus grand diamétre de la cavité cérébrale fut trouvé de 30 4 35 centimétres. Les organes des sens sont également peu développés : Vceil est trés-petit, Youie est fort obtuse, d’aprés les observations du capitaine Scoresby; l’odorat existe certainement, comme on s’en est assuré par expérience , mais il est loin d’@tre subtil; le toucher ne parait avoir quelque délicatesse que sous J’aissclle, par ow les méres serrent leurs petits ; la langue est immobile, et le sens du goat probablement a peu prés nul; elles n’exer-
cent d’ailleurs aucune mastication ; leur machoire supérieure, en forme de caréne ou de toit renversé, a ses deux cdtés garnis de fanons, c’est-a-dire de lames transverses, mincis et serrées, effilées A leurs bords, et formées de cette espdice de corne fibreuse si connue sous le nom de baleine ; la machoire inférieure loge la langue, ne porte aucune armure, et enveloppe, quand la bouche se ferme, toute la partie interne de la supérieure, avec les lames cornées dont elle est revétue. Lorsque la bouche s’ouvre, l’eau s’y précipite; puis, comprimée immédiatement aprés par le rapprochement des » machoires, elle s’échappe en tamisant & travers les fanons de la baleine tous les petits animaux qu’elle contenait. Ces géants du régne animal ne vivent ainsi que de trés-petites proies, des moindres poissons, et surtout des mollusques et des zoophytes qui remplissent le fluide dans lequel ils se meuvent, et dont ils engloulissent, 4 chaque instant et sans choix , des quantités immenses. A la partie la plus saillante de la téte, se trouvent les évents : ce sont deux trous qui pénétrent dans l’arriére-bouche; c’est par la que la baleine recoit ’air quis’introduit dans ses poumons lorsqu’elle vient respirer a la surface de l’eau, et c’est par les mémes orifices qu’elle rejette avec force Peau qui pénétre dans sa gorge et forme ainsi ces jets d’eau qui ont fait donner aux animaux de ce genre, comme a tous les cétacés du méme ordre, le nom commun de souffleurs.
Les baleines sont vivipares, et allaitent leurs petits comme les autres mammiftres; les mamelles sont au nombre de deux, situées vers Vextrémifé postérieure du corps; la portée est d’un seul petit, rarement de deux, et la gestation dure neuf & dix mois. Lorsque le baleineau veut téter, la mére se place sur le cété, et lui présente sa mamelle hors de Veau, afin qu’il puisse respirer. Les baleineaux naissants ont 6 29 meétres, selon les espéces, et ils finissent par acquérir de 20 & 32 métres. Leur croissance est lente, et la durée de leur vie doit étre fort longue, mais elle n’est pas connue exactement.
C’est dans les mers polaires, et parfois aussi dans la Baltique, que se trouvent en général les baleines. 11 parait, @apres Pline et Strabon, qu’elles s’avangaient autrefois assez fréquemment jusque dans nos parages; mais on n’y en voit maintenant que fort rarement, et leur apparition est citée comme un événement. Au temps de leur accouplement, vers le mois de novembre, elles quittent les mers du péle, et s'avancent au midi pour faire leurs petits ; mais dans le mois do mars elles retournent dans leurs glaces. Ce sont des animaux d’un caractére éminemment pacifique, qui n’attaquent jamais, puisqu’ils n’ont aucune espéce darmes offensives, recoivent leur proie des flots de la mer plutét qu’ils ne s’en emparent, et ne résistent guére que par fleur masse a leurs ennemis, dont le plus dangereux aprés homme est le dauphin gladiateur. Les mouvements des baleines sont lourds et embarrassés; leur vitesse est de méme peu considérable, et les espéces les plus agiles ne font pas plus de quatre lieues 4 l'heure. Une foule de petits animaux tourmentent les baleines en s’attachant a leur peau, en pénétrant dans leur chair, et en se nourrissant de leur substance, sans qu’elles aient aucun moyen de s’en débarrasser. Mais de tous leurs ennemis, le plus terrible est peutétre Phomme. Les Groénlandais, montés sur de fréles canots, les poursuivent avec légéreté, les atlaquent avec une hardiesse incroyable, les harponnent et les tuent & coups de lance. Les fanons leur servent a faire différents outils; la chair et la graisse forment leur principale nourriture. Les Basques se livraient a cetle péche dés avant le douziéme sidcle , mais il parait qu’é cette époque ils en trouvaient en assez grand nombre vers les cétes de la Biscaye et dans le golfe de Gascogne. Aujourd’hui les peuples civilisés de l'Europe vont les poursuivre dans les régions glacées qui leur servent de retraite.
Le genre des baleines se divise en trois sections ou sous-
BALEINE
genres : les baleines proprement dites, les baleinopteres a@ ventre lisse, et les baleinopteres & ventre plissé.
Les baleines proprement dites se reconnaissent 4 l’absence de nageoire sur le dos. C’est 4 cette division qu’appartient la baleine franche, dont la plus grande longueur est d’environ 23 métres. La couleur de sa peau est tantot noire, tantot d’un noir mélé de gris, ou varié de diverses couleurs. C’est surtout cette espéce qui est chaque année poursuivie par nos batiments, et c’est ordinairement d’elle que l’on entend parler quand on dit, en général, la péche de la baleine. Un seul individu fournit cent vingt tonneaux @huile. Ses excréments sont d’un beau rouge qui teint assez bien Ia foile.
Les baleinoptéres & ventre lisse ont sur le dos une nageoire et le ventre lisse comme les baleines. fl n’y en a qu’une espéce, le gibbar des Basques, le plus grand des cétacés. Il atteint jusqu’au deia de 32 métres, et il est d’ailleurs beaucoup plus mince que la baleine franche, en sorte que sa taille est comme effilée ; sa couleur est brune en dessus, blanchatre en dessous; sa nageoire dorsale est triangulaire, courbée en arriére 4 son sommet. I] souffle l’eau avec plus de vigueur que la baleine franche, qu’il surpasse aussi en force et en vitesse; il habite les mers boréales, mais poursuit quelquefois les bancs de poissons jusque sous le tropique. On ne le chasse qu’a défaut de baleines, parce que son lard étant moins riche en huile , sa péche est moins productive en méme temps qu’elle est plus dangereuse.
Les baleinoptéres a ventre plissé, qui ont une nageoire dorsale comme les précédents, en different en ce que la peau de la partie antérieure du ventre présente des plis longitudinaux. Telle est la jubarte des Basques, caractérisée par sa nuque élevée et arrondie, son museau avancé, large et un peu arrondi, les tubérosités presque demi-sphériques qui sont situées en avant des évents; elle ¢gale ou surpasse en longueur la baleine franche, mais elle est beaucoup plus mince; elle se trouve surtout dans les mers du Nord, prés du Groénland. Tel est encore le rorqgual, caractérisé par la machoire inférieure arrondie, plus avancée et beaucoup plus large que celle den haunt, la téte courte 4 proportion du corps et de la queue; quoique habitant particuliérement le nord, il s’avance jusqu’au 34° degré, et pénétre dans la Méditerranée.
Outre les baleines qui se trouvent aujourd'hui vivantes sur notre globe, on en connait plusieurs espéces a l'état fossile, dont trois appartiennent au sous-genre des baleines proprement dites, et deux ressemblent beaucoup au rorqual. Parmi les premiéres, il faut compter la baleine de Lamanon. Tout ce que l’on en posséde consiste en une téte découverte en 1779 dans la cave d’un marchand de yin de la rue Dauphine, a Paris, et que Cuvier considere comme voisine de la baleine franche, mais comme s’en distinguant toutefois par des caractéres suffisants pour en faire une espéce a part. DeémeziL.
C’est un fait aujourd’hui reconnu et constaté par les documents récents, que les baleines diminuent d'une maniére appréciable. La reproduction de ces cétacés n’est pas en rapport avec leur destruction, et l'on peut supposer, d’apres les lois de Cuvier, que dans un laps de temps plus ou moins long ils auront entiérement disparu. Il faut ajouter aussi que, chassés par la guerre terrible qu'on leur fait depuis un demi-siécle, ils émigrent chaque jour et abandonnent l’océan Atlantique pour se réfugier dans les parties les plus inaccessibles du Pacifique, et principalement dans les parages du détroit de Behring. C’est a ce fait qu'il faut attribuer principalement la diminution croissante des armements pour la péche dela baleine et du cachalot en France et en Angleterre, En 1844 nous avions vingtdeux navires & cette péche; nous n’en avons plus aujour-
| dhui que sept. Les Anglais en 1830 ayaient cent deux na-
virey balviniers, ils wen possédent plus que huit. Seuls
BALEINE
les Américains du Nord ont maintenu leurs armements a peu prés sur le méme pied. Us posstdent aujourd hui sept cent cinquante navires armés pour la grande peche et mon- {és par vingt-cinq mille marins. Il est juste de dire que les voyages de péche, depuis deux ans surtout, servent chez eux au développement da commerce en général , et principalement au transport des nombreux travailleurs qui vont en Californie.
Depuis qu’elles émigrent, les baleines, s’il est permis Wemployer cette expression, se portent moins bien, et leur reproduction est plus difficile. Ne pouvant, comme autrefois, changer de mer et avancer vers le midi pour faire leurs petits, elles souffrent et dépérissent; les baleineaux s’élévent ientement, et meurent souvent fort jeunes , dune maladie que les naturalistes américains affirment étre une maladie des poumons.
BALEINE (Péche dela). La péche de la baleine remonte aux siécles anciens. Suivant Oppien, Xénocrate, Pline, Strabon, Elien, et quelques autres écrivains de lantiquité, elle était en usage chez les Tyriens, les Grecs, les Romains et les habitants des berds du yolfe Arabique. Elle était également pratiquée en Chine dés les temps reculés, et au neuviéme siécle elle y formait une branche de commerce et d'industrie fort lucrative. En Europe, avant comme aprés le neuviéme siécle, les peuples du Nord, et principalement les Islandais, les Norvégiens, les Finlandais , Vexploitaient avec succes sur les cotes de la Flandre, de la Laponie et du Greenland. Mais les Basques !emportaient sur eux tous. Longtemps ils se bornérent a poursuivre la baleine dans le golfe de Gascegne; ce ne fut guére que vers le quinziéme ou le seiziéme sitcle quwils pousséreni leurs expéditions jusque dans Jes parages du Canada et du Greenland. Alors ils n’y employaient pas moins de 50 460 navires et de 9,900 & 10,000 marins chaque année, et fournissaient A toute !Eurepe ta plus grande partie des huiles de baleine dont elle avait besoin. Ils devinrent en méme temps les modéles et les rmattres des antres nations dans Yart de ja péche; mais les Hollandais ef les Anglais, qui leur devaient particuliérement leur instruction, finirent par les supplanter entitrement. Les marins de la Bretagne, de la Normandie, de VAunis et de la Guienne partagérent durant de longues années avec les Basques les bénéfices
immenses que procurait la péche de la baleine; is eurent
a Ja fin le méme sort.
Dans le cours du seiziéme siécle, les armements des Hollandais commencérent a prendre de Vimportance. Leurs succes éveillérent la cupidité et Ja jalousie des Anglais, qui des Pannée 1598 entrérent en concurrence avec eux, expédiérent plusieurs batiments pour la péche du Greenland, et plus tard essayérent méme par la violence de les dégodter dune industrie dont ils désiraient vivernent s’assurer le monopole. Les Hollandais persévérérent dans leurs entreprises, et formérent au Spitzberg un vaste établissernent pour la fonte de la graisse de la baleine, qui doubla encore jeurs profils. Les avantages de la péche avaient d’ailleurs attiré dans ces latitudes élevées une foule de navires appartenant a différents peuples du nord de Europe, tels que les Brémois, les Hambourgeois et les Danois. Ce concours produisit des démélés sanglants; mais on finit par s’accorder : on se partagea les bancs et les cotes, et chacun put paisiblement se livrer a une péchie qui occupa souvent € la fois jusqu’a 400 gros batimnents de toutes nations. Dans Pespace de quarante-six années seulement les Hollandais prirent 32,900 baleines, dont Vhuile et les fanons ieur rapportérent 386 millions de francs. Peu 4 peu cependant Jeur prospérité diminua, et aujourd'hui leurs expéditions ne sont plus que lombre de ce qu’elles étaient.
L’Angleterre n’epargna rien pour seconder les efforts de
ses nationaux. En 1786 elle pouvait déja se passer des huiles de baleine étrangéres,
Non moins pénétré que le gouvernement anglais de Vimportance de la péche de la baleine comme école de navigation et comme source de profits considérables, le gouvernement frangais profita en 1783 du rétablissement de la paix pour chercher a raviver cette branche d’industrie. De 1784 a 1786, dix-sept expéditions eurent tieu de Dunkerque sous ses auspices, mais elles ne firent pas méme leurs frais. Le gouvernement frangais avait de plus, en 1786, déterminé une colonie de deux cents Nantukais, insulaires américains renommeés pour leur habileté dans la péche du cachalot, as’établir a Dunkerque avec trente-six navires leur appar-— tenant. La guerre que la révolution fit éclater entre la France et l’Angleterre dispersa totalemept, en 1793, cette petite colonie de pécheurs. De 1802 4 1808 sept batiments s’ex pédiérent encore de Dunkerque pour !a péche du cachalot; ils furent capturés par les Anglais. En 1816, lorsque la paix permit au pavillon francais de reparaitre sur les mers, le gouvernement métropolitain renouve)s ses efforts. Tout était a refaire. Des encouragements et dvs faveurs particuliéres furent assurés aux marins frangais qui se consacreraient a la péche de la baleine, et les ordonnances royales des 8 février 1816, 14 février 1819, 11 décembre 1821, 5 février 1823, 24 février 1825, 27 mai 1828 et 7 décembre 1829, établirent en outre pour les armateurs des primes dont le taux varia depuis 30 francs jusqu’a 70 francs par tonneau de jaugeage, et qui étaient doublées pour les navires se rendant dans les régions les plus lointaines. On ne put éviter d’admettre 4 bord des baleiniers francais des marins étrangers experts dans la péche de la baleine; mais leur nombre fut successivement réduit aux deux tiers, a moitié, puis enfin au ¢iers de ’équipage. La loi du 22 avril 1832 a maintenu, sauf quelques modifications, le systeéme de primes antérieurement établi, et accordé diverses autres faveurs et immunii¢s. Depuis cette prime a été renouvelée et changée suivant jes circonstances.
Fatiguée sans doute des combats longs et acharnés livrés & son espéce, la baleine, st commune en Europe au moyen Age, a entiérement abandonné les bates et les cétes qu’elle fréquentait autrefois, pour se réfugier dans les mers glaciales, ou on la péche actuellement dans l’intervalle du mois d’avril au mois d’aodt. On la trouve encore aujourd’hui dans toutes les mers de l’hémisphére méridional, ou la péche se fait généralement a |’époque de la belle saison.
Les navires baleiniers des mers du nord ont de 35 & 40 métres de long, 10 de large et 4 de profondeur. Ils sont doublés @un bordage de chéne assez fert pour résister au choc des glaces. L’équipage se compose de 40 a 50 hommes. Chaque batiment est pourvu de 6 47 chaloupes, chacune de 4 rameurs, de 1 ou 2 harponneurs et d’un patron, et munies de 7 piéces de cordes appelées lignes, de 126 brasses (195 métres) chacune, 3 harpons, 6 lances, ete.
Le harpon est un instrument destiné, non a tuer la baleine, mais a pénétrer dans son corps, et a y demeurer fixé au moyen de son fer barbelé, de fagon & empécher le cétacé déchapper aux pécheurs. A différentes époques on a cherché a appliquer a sa projection la force de la poudre a canon ; mais on est revenu a la méthode de le lancer a la main. En 1821 et 1822, les capitaines anglais Scoresby et Kay essayérent de substituer les fusées & la Congréve ao harpon: onze baleines atteintes de ces fusées moururent , soit instantanément, soit en moins de quinze minutes, les unes dans de violentes agitations convulsives, les autres en rendant par les évents une énorme quantité de sang ; la plupart ne filérent point de ligne, et une seule survécut plus de deux heures. Les fusées dont il s’agit sont armees d’une pointe d’acier prés de laquelle se trouve un petit globe de: fer destiné & éclater comme un obus dans le corps du cetacé. Celui qui les lance peut viser comme une arme a feu, L’objection la plus forte contre l'emploi de ces fusées est leur cherté : chacune d’elles ne codte pas moins de 10 schel-
lings ( 12 francs environ ). Les lances servant a tuer les baleines harponnées ont jusqu’a quinze pieds de longueur; le fer lui seul est long de cinq pieds.
Arrivés sur le lieu de la péche, les équipages des navires baleiniers doivent se tenir jour et nuit préts 4 agir. Le capitaine ou l’un des principaux officiers, placé dans la grande hune , proméne ses regards sur l’Océan. Dés qu’il apergoit une bateine ou quil l’entend rejeter eau par ses évents, il avertit immédiatement l’équipage. Plusieurs canots sont aussitdt mis a flot. L’un d’eux rame directement vers la baleine ; quand ilest prés d’elle, le harponneur lance son harpon avec force, tachant de frapper le monstre a Yoreille, sur ledos, ou dans quelque partie vitale. L’animal, se sentant blessé, s’abandonne souvent 4 des mouvements frénétiques ; eau s’échappe de ses évents avec un bruit terrible ; il pousse d’effroyables mugissements , et fait vibrer en lair son énorme queue, capable, d’un seul coup, de briser un canot en mille piéces. Mais le plus ordinairement il plonge, et fuit avec une rapidité étonnante : sa vitesse alors n’est pas moins de onze métres par seconde. A mesure que la baleine s’enfonce et s’éloigne , on laisse aller la ligne a laquelle est attaché le harpon, en ayant bien soin que la corde se déroule et glisse avec facilité; car, par l’effet de la traction, le rebord de la chaloupe se trouvant abaissé a fleur d’eau, si la ligne, en filant , éprouvait un seul instant d’arrét, il n’en faudrait pas davantage pour faire disparaitre pécheurs et embarcations sous les flots. Le frottement de la ligne le long du bord est si rapide que pour empécher le bois de prendre feu on est obligé de le mouiller sans cesse. On rencontre parfois des baleines d’une vigueur telle que leur capture exige des efforts inouis.
Dans son excellent ouvrage sur lapéche des mers du Nord, le capitaine Scoresby parle d’un de ces cétacés qui, avant Wétre pris, fila prés de deux lieues environ de corde, coula bas une chaloupe, et codta la perte de douze lignes neuves,
Une baleine harponnée demeure sous eau plus ou moins de temps, ordinairement une demi-heure; ce temps écoulé, le besoin de respirer la rappelle a la surface ; elle reparait souvent fort loin de V’endroit ou elle a été atteinte. Tantot elle semble étonnée et dans un grand épuisement; tantot elle se montre farouche et furieuse. On ne doit dans ce moment s’en approcher qu’avec une extréme circonspection. Comme elle replonge généralement au bout de quelques minutes , on se hate de lui lancer un nouveau harpon, quelquefois deux , et l’on attend qu’elle reparaisse de nouveau. Pendant cet intervalie , les canots se disposent a lattaquer , et sit6t qu’elle se montre ils lassaillent 4 coups de lance. Des flots de sang mélé d’huile jaillissent bientét des blesdures qui lui sont faites , rougissent l’eau de la mer dans un vaste espace, et inondent méme quelquefois les pirogues et les pécheurs. Cette énorme perte de sang diminue 4 vue Weil les forces de la baleine. Cependant, a l’approche de sa fin , elle se livre souvent a des transports furieux, et, dresgant sa queue, la fait tournoyer en battant Peau avec un bruit qui parfois s’entend a une Jieue de distance. Enfin, épuisée et vaincue, elle se tourne sur le dos ou sur le cété, frappe la mer a petits coups précipités de ses deux nageoires latérales, dont le mouvement dure peu, et expire. Dés que la baleine est morte , les canots la remorquent jusqu’au batiment , et l’amarrent fortement 4 l'un de ses flancs. On songe alors 4lextraction de sa graisse et de ses fanons. Les marins chargés du dépécement s’habillent de vétements de cuir et garnissent leurs bottes de crampons de fer, pour pouvoir se tenir fermes sur la peau de la baleine, qui n’est ni moins unie ni moins glissante que celle de Panguille. Munis de couteaux de bon acier, nommeés dranchants , dont la lame
a 65 centimetres et le manche 12 décimétres de long, il commencent leur besogne par le derriére de la Léle du cétacé, La premiere piece de lard qu tls doivent couper se léve dans
toute la longueur du corps du poisson : on la nomme piece
BALEINE
de revirement; toutes les autres se coupent en tranches paralléles d'un pied et demi de large, toujours de la téte A la queue. On partage ces différentes tranches en morceaux pesantenviron un millier , qu’on tire surle pont et qu’on place dans la cale. Tout le lard enlevé, on travaille 4 dépouiller la téte, et particuliérement la langue, qui A elle seule fournit quelquefois six tonneaux d’huile; la lévre inférieure est aussi une des parties les plus chargées de graisse ; elle rend jusqu’a 2,000 kilogrammes d’huile. Quand le dépécement est entiérement terminé, on pousse a la mer la carcasse de la baleine avec les immenses lambeaux de chair qui y restent attachés. Les oiseaux de mer, les requins et d’autres poissons voraces se précipitent sur ces débris, qui sont pour eux une excellente curée. On s’occupe ensuite a bord de débarrasser les tranches de lard rangées dans la cale de la couenne qui les recouvre, de les diviser de nouveau en morceaux de trois décimétres carrés, et de les encaquer dans des tonnes; c’est en cef état qu’on les rapporte au port C’armement, ot la fonte en est opérée et Vhuile extraite. Un navire de 400 tonneaux ne peut pas contenir plus de 240,000 kilogrammes de graisse; cette graisse éprouve par la fonte et l’épuration un déchet du tiers environ de son poids brut.
Les procédés de la péche des mers du Sud différent peu de ceux qui viennent d’étre décrits. Toutefois , cette péche exige un personnel et un matériel moins considérables, puisque vingt-quatre hommes d’équipage et trois pirogues y suffisent communément. Rien ne s’opposant a ce que les navires puissent rester des mois entiers a l’ancre dans les mers du Sud, les graisses sont fondues a bord. Un voyage dans le Grand-Océan dure quelquefois deux a trois ans, et l’on a plusieurs exemples de baleiniers qui y ont tenu la mer huit mois de suite sans relacher.
Autrefois, les baleines étaient plus grosses, ef l’on en tirait jusqu’a soixante 4 quatre-vingts tonneaux d’huile; aujourd’hui une baleine ordinaire n’en fournit guére que trente 4 quarante. Les haleines du Spitzberg et du Greenland donnent plus de graisse que celles du Cap-Nord. Leur huile est recherchée. Les baleines qu’on péche entre les tropiques sont si petites qu’il en faut quelquefois deux cents pour faire trois cents tonneaux d’huile. Il n’en est pas de méme des baleines du Japon : cinquante suffisent 4 un chargement. Des différentes espéces de cétacés, le cachalot est le seul qui fournisse le sperma-ceti ou blanc de baleine. (voyes CétineE ). Cette substance, dont on fait de trésbelles bougies, et qu’on emploie aussi dans la pharmacie, s’extrait principalement de la cavité cérébrale du poisson; elle se vend le double de Vhuile fournie par le reste ducorps; il n’est pas rare d’en tirer un demi-tonneau (500 kilogrammes ) de la téte d’un seul cachalot. L’huile de baleine sert a toutes sortes d’usages, a I’éclairage, 4 la préparation des cuirs, a la fabrication du savon, a l’apprét des étoffes, etc. Les fanons trouvent également leur emploi dans différentes industries.
Plusieurs peuples des régions arctiques, principalement les Kamtschadales et les Greenlandais, péchent la baleine sur leurs propres cotes. Ce cétacé leur fournit la plupart des objets dont ils ont besoin : ils mangent sa chair cuite , séchée ou A demi corrompue , et fabriquent avec le reste de sa dépouille des vétements, des chaussures, des outres, des rideaux , des mortiers, des filets, des manches de eouteaux , des canots, des quilles de traineaux et des clotures pour leurs champs. Les ans se servent pour prendre la, baleine de dards empoisonnés, de filets faits de courroies de morses ; d'autres, 4 exemple des Européens, de lances et de harpons, Mais, si l’on s’en rapporte A quelques voyageurs anciens , il n'est aucun peuple qui déploie autant d’adresse et d’audace que les sauvages du littoral de la Floride. Exercés & nager et & plonger, dés que ces sauvages apercoivent une baleine, ils s’élancent d’un bond sur sa téte, en-
BALEINE
foncent un long céne de bois dans l'un de ses évents, et, s’y cramponnant fortement, ils se laissent entrainer sous Peau par |’animal qui plonge aussitot. Quand le besoin d’air fait remonter la baleine & la surface, ils en profitent pour enfoncer un second cone dans son autre évent, et, lui tant ainsi la faculté de respirer autrement qu’en tenant sa bouche ouverte, ils la contraignent a s’échouer a la cote ou sur des bas-fonds, seul moyen qui lui reste pour éviter que Peau de la mer ne bouche la voie par Jaquelle elle peut encore respirer. Ii devient alors facile & ses ennemis de lui dter la vie. Paul Tipy.
La flotte baleiniére du monde entier qu’on estimait en 1834 a 700 navires, était évaluée en 1859 a 900, de 132,000 tonnes, et montés par 16,370 matelots. La valeur annuelle des produits s’était élevée de 32 millions a 61,477,105 francs,
BALEINE (Technologic). Voyez Fanon.
BALEINE (Blanc de). Voyes Citrine,
BALEINE (Asfronomie). Placée sous les Poissons et le Belier, cette constellation, par sa brillante secondaire, fait un triangle équilatéral avec l’Ariés et les Pléiades. La Baleine est remarquable par les phénoménes de deux de ses étoiles, 6 et o. La premitre augmente, de siécle en siecle, d’intensité et d’éclat ; la seconde, une des changeantes du ciel, dont les variations sont, avec celles du Cygne, les plus appréciables, passe périodiquement, dans lespace de 333 & 334 jours, d’un éclat modéré a celui de ¢ertiaire, époque a laquelle, pendant quinze jours, elle brille de sa plus vive lumigre, qui va s’affaiblissant et recommengant une semblable période, sauf quelques inégalités, ou son absence totale 4 ceil. En effet, Hévélius rapporte qu'elle fut invisible quatre années de suite, depuis octobre 1672 jusqu’en décembre 1676.
Les poétes grecs veulent que Poséiddn (Neptune), épris des charmes d’Androméde et furieux de ne la pas posséder, envoya un fAéfos (une baleine) pour, non pas dévorer, comme disent quelques-uns, mais avaler cette princesse, quand se montra Persée, qui pétrifia le monstre, qu’en dédommagement le dieu des mers placa dans le ciel. D’autres mythes prétendent que Poséidén, outragé par Laomédon, demanda en expiation Hésione, la fille de ce roi, qui fit attacher linfortunée 4 une roche sur le bord des flots, sous la vue d’un monstre marin qui yenait la déyorer, quand la massue G’Hercule écrasa cet auxiliaire de Neptune, que le dieu fit passer de la mer au ciel, sous le nom de Kééos.