BALKAN — BALLADE
Scomius ou Scobrus, aujourd’hui la chaine de Doubnitza , ol prenait sa source le froid Strymon, est une portion de lHeemus. Ce fut dans la contrée qu’arrosait ce fleuve qu’Orphée dicta ses lois; 1a il pleura Eurydice, la il grossit le cours des eaux de ce torrent du torrent de ses larmes, au dire des mythes grees.
Les anciens géographes ayant prétendu que de ses cimes les plus élevées on découvrait @un cété PAdriatique , de l'autre le Pont-Euxin, Philippe , roi de Macédoine, voulut s’assurer de ce fait par ses propres yeux. Malheureusement des nuages voilaient ’atmosphére, puis il y a plus de 400 kilométres entre ces deux mers, puis enfin les montagnes d’Albanie bornent au loin horizon et la vue des flots d’Adria. Les pics de ’Heemus, éblouissants aux rayons du soleil comme du cristal ou de Vargent, lui ont fait donner par les Italiens le nom d’Argentaro. L’Hébre, aujourd’hui Mariéza, fleuve quia aussi un nom mémorable, nait au pied de l’Hamus, et descend par la vallée que forme ce mont avec le Rhodope pour aller se jeter par deux bouches, vis-i-vis Pile de Samothrace , dans la mer Egée (aujourd’hui PArchipel), dans les vagues de laquelle il porta jadis, a travers les rocailles de son lit, la téte et la lyre d’Orphée , mis en piéces par les bacchantes. Trajanopolis et Hadrianopolis, baties sur ce fleuve, n’y ont laissé depuis longtemps que la célébrité de leurs noms.
Depuis des siécles le Balkan est le boulevard, le bouclier, Yabri de Constantinople contre les invasions du Nord. Au mois de juillet 1829 le feld-maréchal Die bits ch franchit si rapidement avec l’armée russe cette chaine de montagnes, 4 la vérité faiblement défendue par les Turcs, mais admirablement protégée par ses obstacles naturels, que dés le 26 juillet il était parvenu sous les murs de Karnebat, ef était en pleine marche sur Andrinople, aprés avoir démoralisé Parmée du grand vizir par les défaites qu’il lui avait fait essuyer en boulgavie le 17, le 18 et le 19 juillet, et avoir rejetée dans les places fortes du Nord. Le feld-maréchal dut 4 cette opération, aussi heureuse que décisive, le glorieux surnom de Sabalkanski, ou vainqueur des Balkans, lequel lui fut décerné par son souverain.
BALKH, jadis la province la plus septentrionale de P Afghanistan; forme aujourd’hui dans le Khoracan oriental un des arrondissements de Bok hara, quoique sa position politique entre Bokhara, l’Afghanistan et le Koundouz soit encore fort peu précise. Ce pays, situé dans l’ancienne B a ctriane, occupe les premiéres assises du plateau qui, dans le territoire de Amou supérieur, relie les hautes chaines de PHindou-Kouh aux basses vallées de Bokhara; situation @une importance extréme pour le commerce entre I’Inde et Vest de ’Europe, et qui devait l’étre bien davantage quand les marchandises de l’Inde et de la Chine n’arrivaient pas encore en Europe en doublant le cap de Bonne-Espérance. Le sol du Balkh tient généralement de la nature du désert, et ce n'est qu’a laide d’un systéme d’irrigation artificiel qu’on parvient A lui communiquer un peu de fertilité. La ot mirissent en été la vigne et l’abricotier, et ot le murier fa- Vorise l'industrie séricicole, on éprouve souvent des hivers dune rigueur extréme, accompagnés d’énormes chutes de neige. Les habitants, d’origine uzbéke, participent de la nature variable de leur pays. Lesuns constituent de paisibles tribus nomacdes, les autres sont ou des guerriers, ou des brigands, ou des conducteurs de caravanes, ou encore des agriculteurs et des gens de métier répartis dans les villages et les villes.
Cette province a pour chet-lieu Balkh, situé a 39 kilom. de l’Amou, dans une contrée entrecoupée a lintini par des fossés et des canaux recevant les eaux déviées du Roudi- Haai et les déehargeant dans |’Amou. Cette ville prend encore aujourd'hui la qualification superbe d’Amou-al-Bouloud , qui veut dire mére des villes ; mais elle ne rappelle guére la splendeur de Pantique Bactres que par la vaste étendue de ses ruines. On y compte 6,000 habitants.
Gengis-Khan et Tamerlan détruisirent Balkh presque complétement, et en 1825 elle fut encore pillée et saccagée par le redoutable souverain de Koundouz, Mir-Mourad-Bey. C’est A grand’peine si elle compte aujourd'hui quelques milliers @habitants , pour la plupart originaires du Kaboul, et dont l’industrie principale consiste dans le tissage des étoffes, et plus particuliérement des étoffes de soie. Comme Etatfrontidre situé entre Afghanistan et Bokhara, Balkh a joué un role important dans la derniére guerre des Anglais contre les Afghans.
BALLADE. La ballade, comme son nom l’indique , deyait étre originairement un chant destiné a accompagner les danses; tous les peuples méridionaux la définissent ainsi ; chez les vieux Castillans , ballar est synonyme de cantar ; en France, on disait autrefois bal/er :
“rte s Il sait danser, baller, Faire des tours de toute sorte. (LA Fonrarne. )
Nous avons encore aujourd’hui le mot bal et le participe ballant : des bras ballants. Du mot baller on a fait ballade, suivant le sentiment de Sebilet ( Art poétique francais, Lyon, 1576), du célébre prote de Poitiers ( Traité de VOrthographe francaise ), et de Lafrenaie-Vauquelin :
wots ichieiote Des troubadours Fut la rime trouvée en chantant leurs amours; Et quand leurs vers rimés ils mirent en estime , Ils sonnaieut, ils chantaient, ils ballaient sous leur rime, Du son se fit sonnet, du chant se fit chansons , Et du balla ballade en diverses facons, Ces trouyéres allaient par toutes les provinces Sonner, chanter, danser leurs rimes chez les princes, ( Art poétique , chant 1, )
La ballade francaise est composée de couplets faits sur les mémes rimes et finissant par le méme vers. La ballade contient ordinairement trois strophes ou couplets, et un envoi. Les strophes sont de huit, dix ou méme douze vers; anciennement elles étaient quelquefois de neuf ou de onze. Les vers ont tant6t huit, tantét dix syllabes; mais ils sont tous de la méme mesure dans la méme ballade. Les ballades les plus exactes ont un envoi de quatre vers lorsque les strophes sont de huit, de cing lorsqu’elles sont de neuf ou de dix, et de six quand elles ont onze ou douze vers. On trouve cependant quelques ballades sans envoi et méme sans refrain ; mais c’est une exception.
Telle est en effet la forme la plus ordinaire de ce petit poéme, qui eut une grande vogue en France jusqu’au régne de Louis XIV; et je m’étonne qu’il l’ait conservée si longtemps, tant il me parait peu en harmonie avec le génie de notre langue : on ne peut ’expliquer que par la puissance dela mode et le penchant naturel des Francais pour l’imitation dans les arts.
Ces compositions, ot la forme est trop rigoureuse et trop importante pour que la pensée n’y soit pas accessoire , me paraissent devoir appartenir a des langues plus souples, plus riches que la nétre, a des langues artistes, ol: les mots, étant naturellement sonores et pittoresques, parlent pour ainsi dire d’eux-mémes, et peuvent causer a une oreille délicate un plaisir dQ en quelque sorte au seul concours des sons et a une difficulté élégamment vaincue. Par cette raison, je crois a notre ballade une origine méridionale. En effet, les mémes caractéres la distinguent chez tous les peuples du midi. La ballata des Italiens, la balata des Castillans, la balada des Catalans ou Provencaux, sont également des compositions de peu d’étendue, d’un rhythme régulier et pour ainsi dire musical, dans lesquelles on retrouve ces comhinaisons de rimes, de coupe, de refrain, qui caractérisent la ballade. Elles subissent cependant quelques modifications. Chez les Jtaliens, Venvoi, ou demi-strophe, appelée par cette raison entrata, se place au commencement et non a la fin de la ballata ; Ventrata est ordinairement de quatre vers, si les vers de la strophe sonten nombre pair ; de trois