‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 272 sur 488 · BALLANCHE — BALLE · texte numérisé non relu

BALLANCHE — BALLE

morales que lui causaient les malheurs du temps , on désespéra de le conserver, Revenu a Lyon a la suite du 9 thermidor, sa convalescence fut lente et pénible, et il n’acheta la santé qu’au prix de véritables tortures. Une partie des os de la face et du crane étant altérés ou déja frappés de mort, il fallut appliquer le trépan, cruelle épreuve que le jeune patient supporta sans proférer une seule plainte. Une difformité étrange du visage, une extreme irritabilité du systéme nerveux, une altération de tous les organes de Vintelligence, telles furent les suites de Popération si courageusement subie par le jeune Ballanche. Il n’avait pas attendu que sa convalescence fit parfaite pour reprendre ses études et ses travaux, ou plutot jamais il ne les avait interrompus. A vingt ans il composa son premier livre, Du Sentiment, qui parut vers 1801. En 1813 il publia Antigone, et quatre ans plus tard son Zssai sur les Institutions socidles. La Palingénésie sociale parut dans les années suivantes , par fragments.

[Il faut honorer d’une estime particuliére et d’une admiration isolée les noms de ceux qui dans le tumulte des soixante années qui viennent de s’écouler, au milieu de tant d’ambitions enflammeées et d’intrigues flagrantes, conservérent pur le culte de la philosophie. Ballanche doit étre placé a la téte de ces noms vénérables et rares. La pensée ne fut jamais pour lui un trafic, un moyen, une vanité. Le style, dont il possédait quelques-uns des secrets les plus exquis, ne fut dans ses mains ni une séduction ni une arme. Il ne se méla a aucun des groupes qui essayaient de gravir le pouvoir, et se fint avec une gravité et une constance merveilleuses a I’abri de toutes les passions haineuses et de toutes les prétentions d’autorité , de crédit el de fortune auxquelles les philosophes eux-mémes échappent aujourd’hui malaisément. C’était un vrai philosophe dans l’acception antique et sévére de ce mot, souvent flétri ou détourné. De sincéres méditations , une observation infatigable, de nobles amitiés et la composition de grands ouvrages, destinés non a l’amusement de la foule, mais 4 étude et a l'amour de quelques intelligences d’élite, occupérent sa vie, dont l’Académie Francaise vint enfin couronner la modestie et la renommée. Ces caractéres de pensée et de talent, si peu communs dans notre époque, vurent pour résultat une ascension continue dans la sphére de la philosophie et de lart.

Les premiers écrits de Ballanche , ot la sensibilité dominait imagination et laissait peu de place 4 la raison pure, étaient loin de faire pressentir ou d’indiquer le degré de profondeur dans l’idée et de perfection dans la forme que le philosophe était destiné a conquérir. Au rebours de presque tous les talents contemporains , dont la premiére séve exubérante jaillit en promesses suivies @une sénilité précoce ou dune stérilité incurable, Ballanche, comme penseur ct comme écrivain, ne cessa pas de s’élever soil vers des théories plus nettes, soit vers une maniére plus arrétée et plus puissante. Il est a regretter peut-étre qu'il n’ait pas attendu cette tardive et compléte maturité de doctrine, qui n’arrive que tard aux grands esprits, pour présenter dans son ensemble la théorie vaste dont les fragments divers laissent entrevoir quelque dissonnance ou du moins quelques nuances entre diverses phases de sa pensée. Anfigone, Orphee, la Vision d’Hébal, etc., ne sont, en effet, que des parties intégrantes de cette large étude sur les transformations subies par les sociétés humaines, étude que auteur intitula : Palingénésie sociale. Frappé du spectacle terrible de la révolution frangaise, qui entassait les ruines et annong¢ait une reconstruction future, Ballanche se demanda s'il était possible de regarder ces catastrophes comme nées du hasard, ou si une loi spéciale régissait la destinée des nations et Jes soumettait & ces crises redoutables d’anéantissement apparent et de renouvellement douloureux. Conduit ainsi a chercher les éléments primitifs et comme les germes des institutions sociales, il soumit successivement

a une analyse a la fois philosophique et poétique lPancienne Gréce, Rome conquérante et le monde moderne. Ses observations , guidées par une érudition de choix, prirent tour 4 tour la forme de |’épopée et du chant lyrique.

La prose de Ballanche, qui n’est pas le résultat d’une imitation servile des maitres, et qui n’affecte pas l’originalité, est cependant trés-originale par le mélange de grace, Wharmonie, de suavité et de simplicité qui la distingue. Les formes en sont peu arrétées, mais heureuses et charmantes.

Ballanche a laissé un des noms les plus honorables et les plus purs de ce temps. Sa vie s‘écoula dans une retraite contemplative et dans la culture assidue et touchante de quelques amitiés de choix a Ja téte desquelles on doit citer Chateaubriand et M™* Récamier. Philaréte Cuasves.

BALLARAT, ville de |’Australie, province de Vicforia, a environ 160 kilom. a l’ouest de Melbourne. C’est dans cet endroit qu’on reconnut pour la premiére fois , en septembre 1851, la présence de l’or en Australie. Les émigrants y affluérent de tous cétés, et quelques années plus tard, un voyageur y retruvait une population de 30,000 Ames, « une ville coquette el animée, des constructions en briques, en bois et en fer, des magasins magnifiques , des machines & vapeur, un journal quotidien , deux theatres, des salles de concert, etc. » En décembre 1854, une violente émeute y éclata; Jes mineurs arborérent le drapeau de l’indépendance, et le gouverneur eut beaucoup de peine a rendre la tranquillité au pays L’or de Ballarat est le plus pur de l’Australie: il est a 23 carats et demi; en 1857 on en a exporte 29,409 kilogr. Cette ville comptait, en 1871, avec ses faubourgs, 74,260 habitants.

BALLE ( Art militaire). Sphére ou boule, le plus ordinairement en plomb, que l’on coule dans des moules en fer ou en cuivre, et qui sert de projectile pour les armes a feu. Un moule a balles se compose de deux piéces réunies par une charniére ; des cavités demi-spheriques sont pratiquées dans chacune de ces moiliés du moule,.de facon que, lorsquwil est fermé, ces cavités se rencontrent avec tant de justesse qu’elles forment deux a deux une sphére compléte. Pour vider avec certitude les cavités d’un moule a balles, on fait en acier une petite boule dont on faille la surface comme celle d’une lime. Au moyen de cet instrument, que l’on fait tourner entre les deux moitiés du moule, on obtient des sphéres creuses assez réguliéres. Quand on veut faire usage de ce moule, on le ferme, on le fait chauffer 4 un degré un peu au-dessous du plomb fondu, et on le remplit de ce métal, que l’on place dans un vase de fer dans lequel il est tenn en fusion par une chaleur constante. La matiere étant figée, on ouvre le moule, on coupe les jets avec une tenaille , et on jette les balles dans un baril porté sur un axe horizontal dans lequel on les fait rouler pendant plusieurs heures; cette opération émousse les angles des jets coupés et les bavures.

Dans Videée de rendre les balles plus meurtriéres, on a quelquefois remplace le plomb par un autre métal; on croyait encore empoisonner les balles en les enduisant de graisse

impregnée arsenic. Souvent aussi on rend irréguliére la forme du projectile en le mordant; on obtient ainsi des badles mdcheées , dont Vextraction est plus, dilficiie. En 1846 on intro ‘visit dans noire armée les valies cylindro-coniques

de M. Tamisier; en 1853, ia falle évidée de M. Minie, en 1857, la bal/e evidée suns culot de M. Nessler; en 1867, lacarlouche péeripherique du tusil Chassepot. Citons encore la balle explosible de Devisme. :

BALLE (Agriculture). C'est ’enveloppe des parties de la fructification dans les graminées; elle remplace le calice et la corolle, quin’y existent point. La balle se sépare facilementdu seigie et du froment dans |’opération du baltage. On Vemploie quelquefoisa couvrir les artichauts te piantes pour les préserver de Ja gelée pendant les feoids. Les animaux mangent volontiers la balle de paille d’avoine ; celle

des autres céréales , mouillée avec de l'eau chaude, peut étre employée au méme usages enfin on s’en sert dans les emballages d’objets fragiles.

BALLE (Jeu de). Ce jeu, qui remonte a la plus haute antiquité, faisait partie de la gymnastique des anciens et charme encore les loisirs des écoliers de notre temps. La balle dont ils se servent, et qui ale volume d’une orange, se confectionne avec de la laine, des chiffons , du parchemin et du caoutchouc. Ce jeu est un exercice salutaire , propre & développer la force et l’adresse des enfants. Voyez Paume.

BALLENSTEDT, petite ville de 4,000 habitants , assez mal batie et située au pied du Harz-Inférieur, sur les rives de la Geitel, est la résidence habituelle des ducs dA nhalt-Bernbourg, qui y possédent un vieux manoir féodal entouré de jardins charmants et ot l’on voit quelques bons tableaux des maitres de l’Ecole flamande. La culture des céréales. et surtout celle des légumes et des arbres fruitiers constituent la principale richesse des habitants.

BALLENY (Iles), groupe de cing tlots volcaniques découvert en 1839 dans l’Océan Antarctique. Latit. sud, 66° 44 ; longit. est, 163° 11’.

BALLESTEROS (Don Francisco), né a Saragosse , en 1770, embrassa jeune encore la carriére militaire, et fit ses premiéres armes contre la France en 1793. Il était capitaine lorsqu’en 1804, sur une fausse dénonciation, le ministre Caballero le priva de son grade. Peu aprés, le prince de la Paix répara cette injustice, et Ballesteros obtint un emploi important dans les douanes : sa résidence était dans les Asturies. Lors de ta guerre de l’indépendance, cette province forma un régiment a la téte duquel fut placé Ballesteros; il alla se ranger sous les drapeaux de Castaiios, et fit preuve d’autant de bravoure que d’activité. Battu en 1810 a Ronquillos, et en 1811 & Castilleja, il prit bientét sa revanche d’une maniére brillante, et vainquit les généraux frangais Maransen et Beauvais, l'un prés de Cartama, |’autre 4 Ossuna. Cependant , vigoureusement poussé par le général Conroux , il dut céder aux forces qui lui étaient opposées, et se retira en 1812 sous le canon de Gibraltar. Lorsque Wellington recut le commandement en chef de l’armée espagnole, Ballesteros, alors lieutenant général, refusa d’obéir 4 un étranger. Il fut arrété et envoyé en exil 4 Ceuta. Mais , bientdt rappelé, il recut le commandement d'une division dans le comté de Niebla, et s’établit dans les montagnes dela Ronda, ou il se maintint sans pouvoir cependant rien faire d’important.

Lorsque Ferdinand rentra en Espagne, il choisit Balles-

teros pour ministre de la guerre; mais les principes de ce général ne pouvaient convenir aux absolutistes : il fut donc obligé d’abandonner les affaires, et se retira a Valladolid. Quand en 1820 un mouvement constitutionnel éclata dans Pile de Léon, la cour, dans sa détresse, eut recours a Ballesteros. Appelé prés du roi, il lui déclara que le retour a la constitution des cortés était le seul moyen d’étouffer Vinsurrection, et refusa le commandement des troupes qu’on voulait opposer A Riego et 4 Quiroga. Ferdinand le nomma vice-président du gouvernement provisvire, et en cette qualité son premier acte fut d’ouvrir les portes des cachots de Vinquisition aux nombreuses victimes qui y gémissaient. Il fit preter serment A la constitution par toute la garnison de Madrid, éloigna du pouvoir tous ceux qui avaient coopéré a Ja destruction de lceuvre des cortés, réorganisa lordre judiciaire comme il était en 1812, et opéra ainsi la révolution sans secousse et sans réaction. Lorsqu’en 1822 un mouvement insurrectionnel éclata au sein méme de la garde royale, il se mit a la téte des milices, et comprima cette tentative absolutiste. Quand l'armée frangaise se prépara 4 franchir les Pyrénées, il prit le commandement du corps destiné & défendre la Navarre et l’Aragon. II avait sous ses ordres 20,000 hommes, presque tous anciens sol-

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