BALZAC
tocratique et la fausse élégance dont Balzac se plait a investir ses personnages. En réalité, ce sont marchands, banquiers , courtiers, spéculateurs; Pécrivain les fait comtes et marquis. Ses héroines, duchesses ou vicomtesses , sont -acet égard plus remarquables encore que ses héros ; leur éducation bourgeoise se tapit sous des apparences héraldiques. Ainsi se trouvait mélée aux prétentions nobiliaires !’ignorance compléte des meeurs qui caractérisent le monde féodal. Le résultat de ce mélange fut de plaire beaucoup a une époque oii Ja bourgeoisie, se substituant définitivement a la noblesse, ne demandait pas mieux qu’a hériter de ses corruptions, de ses vices et de ses ridicules, pourvu qu'elle régnat & sa place. Balzac flattait a la fois les deux fractions de la société, celle qui arrivait au pouvoir et celle qui le perdait, mais qui conservait les richesses.
Ce n’est pas l’ceuvre d’une intelligence commune assurément que cette alliance des défauts et de la corruption des deux classes : par Vironie et le scepticisme, Balzac est bien un bourgeois tourangeau, un descendant de Rabelais}; pour le luxe des tapisseries décrites dans ses livres, la splendeur du mobilier, l’affectation des armoiries et du confortabie, est Paristocratie elle-méme, ou plutét son imitation prétentieuse. Balzac exerca donc deux séductions a la fois ; mais ceux de ses ouvrages qui approchent le plus de la perfection et qui satisfont le plus complétement la critique sont précisément les créations 4 ja vie bourgeoise se reproduit avec la fidélité la plus vraie et permet A I’écrivain de déployer tout son talent. Nous placerons dans cette subdivision des ceuvres de Balzac EHugénie Grandet, le Médecin de campagne et les Scénes de la vie privée, de la vie parisienne et de la vie de province. ll y a plus de recherche, plus d’affectation et une prétention malheureuse a la métaphysique abstruse dans la Peau de Chagrin, Vhistoire intellectuelle de Louis Lambert et la Recherche de PAbsolu ; enfin un mysticisme inexplicable et confus domine dans Séraphita et le Lis dans la Vallée. Nous ne parlons ici que de la belle époque de Balzac, et nous ne touchons ni aux avortements nombreux de sa derniére phase, ni aux deux drames intitulés Vautrin et les Ressources de Quinola, qui sont tombés lourdement sur les théatres de la Porte-Saint-Martin et de l’Odéon. Nous ne rappelons pas non plus cette ceuvre grossiére ov l’écrivain, dépassant la limite décente de son ironie bourgeoise, est descendu jusqu’a ces récits graveleux qu’il appelle drélatiques. Peut-étre en définitive ie livre qui donne le plus complétement la mesure de Balzac est-il ce traité minutieusement scandaleux des erreurs et des fautes de la vie conjugale, qu’il a intitulé Physiologie du Mariage. Il est impossible d’entrer plus amoureusement dans toutes les corruptions de existence matrimoniale, dans les perfidies, vols, mensonges et impuretés auxquels cette existence A ceux peut donner prise, que Balzac ne I’a fait dans cet étrange et mystérieux traité, celui de ses ouvrages qui d’ailleurs a eu le succés le plus soutenu.
Pendant l’époque radieuse de Ralzac, la voix publique ne lui a pas épargné les ridicules, dont nous ne discuterons pas ici la réalité ; plus d’un doute s’est élevé sur le de féodal attaché 4 son nom; plus d’un sarcasme a poursuivi cetle chevelure, tantot longue et ondoyante, tantot coupée ras sur le sommet de la téte, et cette canne mythologique a laquelle M™* de Girardin consacra un livre. Ce n’est pas a nous de rappeler ou de réfuter les singuliéres anecdotes dont fut criblée cette vie littéraire, dont un des derniers événements est plus bizarreencore que tous les autres. Aprés l’apparition du livre de M. de Custine sur la Russie, on prétendit que le czar désirait impatiemment et invoquait de tous ses veeux la plume d’un écrivain frangais assez habile pour protéger son pays et son tréne contre les imputations du marquis. Balzac, s’il faut en croire la Gazette d’Augsbourg, prit Ja poste, partit pour Saint-Pétersbourg, et, une fois ar-
rivé dans la capitale de la Russie, adressa 4 l’empereur un billet congu en ces termes ; « M. de Balzac l’écrivain et « M. de Balzac le gentil-homme sollicitent de Sa Majesté la « faveur d’une audience particuliére. » Le lendemain, a ce que prétend la méme Gazette, un écuyer de l’empereur aurait apporté a Balzac un billet ainsi congu, et tracé de la main de l’autocrate lui-méme : « M. de Balzac le gentil- « homme et M. de Balzac I’écrivain peuvent prendre la « poste quand il leur plaira. » Sur quoi Balzac repartit.
Nous croyons que la grande plaie de {alzac, de son talent et de sa fortune, ce fut la vanité; une vanité incommensurable, qui lui fit désirer et méme espérer atteindre tous les styles, toucher toutes les grandeurs, accomplir toutes les destinées, étre a la fois et du méme souffle historien, moraliste, corrupteur élégant, poéte, solitaire, réyeur, talon rouge, métaphysicien, peintre, musicien , médecin, architecte, législateur, journaliste, critique, dramaturge, publiciste, narrateur épique, auteur comique, mystique, logicien, imprimeur, ouvrier, généalogiste, — Napoléen, Talleyrand, Rabelais et Richelieu. Cette anomalie, ou plutét cette omniprésence phénoménale de toutes les vanités chez un seul homme s’élancant dans toutes les directions a la fois, apparait dans les principaux ouvrages que cet écrivain a publiés de 1830 4 1840, pendant l’époque ou le public s’occupait le plus de lui; elle s’explique sans beaucoup de peine. Une excessive obscurité avait enveloppé la jeunesse de Balzac, un grand éclat de renommée vint le surprendre dans l’age mar; |’éblouissement et l’enivrement furent extrémes. Il se crut prédestiné a toute gloire, 4 toute grandeur, 4 toute puissance. Né pour étre un trés-habile observateur et un analyste délicat des prétentions et des vices secrets d’une société vieille et fatiguée, il ne se contenta pas de cette place, d’ailleurs fort belle , mais tenta presque au méme instant de se porter philosophe, publiciste, régénérateur, physicien, naturaliste, 1législateur et moraliste. Dans les Contes drélatiques il déchirait son manteau, et apparaissait, comme Rabelais, cyniquement nu. Dans le Lis de la Vallée il abjurait le sentiment du réel, s’élevait d’un seul essor aux régions éthérées, empruntait ses ailes 4 ’ange du mysticisme, et se perdait au fond des nues. Le résultat de cette ambition napoléonienne, d’ailleurs si fréquente de nos jours, fut, sinon la destruction, au moins V’affaissement et la détérioration d’un talent remarquable. Les véritables et réelles qualités de Balzac se ternirent et se corrompirent progressivement sous l’influence de cette prétention universelle. L’auteur de scénes bourgeoises et de tableaux dintérieur que V’on ne peut lire sans intérét, et quelquefois sans admiration, ne fut plus qu’un imitateur maladroit et confus de Rétif de la Bretonne et de Swedenborg, de Rabelais et de Ducray- Duminil, de Pigault-Lebrun et de Marivaux.
Une autre cause de perte se joignit a celle que nous venons de signaler : le besoin de beaucoup produire, et de réaliser par cette production exagérée des bénéfices considérables. Que I’on imagine le plus puissant génie soumis a cette double et délétére impulsion ; la vaincre ou y résister sera impossible; il y périra. Quand méme observation de Shakspeare, la méditation de Pascal, Vironie de Voltaire, la mélancolie de Virgile, la grandeur d’Homére se concentreraient chez un seul homme, on verrait bientét ces qualités s’éclipser, s'anéantir et faire place A une habitude de composition lache et verbeuse, a un style hatif et bizarre, a une prodigalité d’euvres incomplétes et sans portée. Chez Balzac la pretention a toutes les gloires produisit la maniére et la recherche; le désir d’absorber le marché littéraire donna naissance 4 la diffusion et au décousu. De lA ce double et singulier caractére qui marque ses derniers romans : le mélange du baroque et du trivial, de la prolixité et de la recherche, de Vincorrection et de l’affectation. Un des hommes les plus spirituels de ce temps comparait les
meilleurs ouvrages de cet écrivain & une petite fleur odorante poussant sur un tas de fumier. Pour ¢tre juste, il faut ajouter que si te fond est toujours la corruption, quelquefois la végétation se montre abondante et gracieuse, quelquefois aussi débile et étiolée; trop souvent aussi la fleur disparatt, et l'on n’apergoit alors que le triste lit qui tui a servi de berceau. Philaréte Cuastes.
BAMBA. Voyes Wamp.
BAMBARRA, royaume négre dans V’intérieur de l’Afrique, sur les deux rives du Djoliba, au-dessus de son confluent avec l’Oulaba, et au-dessous de son point de jonction avec le Tankissa et le Lim. II serait difficile de préciser avec certitude son étendue géographique. Il est situé entre le 11° 30’ et le 15° de latitude septentrionale et les 10° et 13° 30’ de longitude orientale. Ses limites sont au nord et au nordest Massina et Birou, a l’est Gotto, Kanbori et Minjana, au sud les montagnes de Kong et les contrées des Mandingues proprement dits, 4 Pouest Djallonkadou et Kaarta. Sa superficie peut étre évaluée & 2,300 myriamétres carrés. Dans la partie occidentale s’élévent de petites montagnes de granit, qui sont la continuation des montagnes ou le Djoliba et ses affluents prennent leur source. La grande quantité de bétes féroces, lions, tigres, etc., qu’on y trouve, les crocodiles qui infestent les fleuves, les guerres incessantes des tribus entre elles, contraignent les habitants a s’agglomérer dans des villes pour y trouver un peu de sécurité. Le sol de Bambarra est d’une grande fertilité, et la chaleur y est tempérée par des pluies fécondantes qui durevt prés de six mois (de juin 4 septembre). On y fait sans peine, quelquefois, double récolte de céréales, de riz, de mais et de racines d’yam. Les essences d’arbres y sont extrémement variées, et dans le nombre on distingue surtout le palmier et le schi ou arbre a beurre. Mais les produits de Vagriculture y sont bien moins importants que ceux du commerce des tissus, dans la fabrication desquels les fémmes font preuve d’une grande habileté, et qui sont jusfement renommés pour leur belle teinture bleue (l’indigo croit naturellement au Bambarra) et pour leur grande solidité. Les autres objets de commerce sont les produits du sol, le fer et ’or, qu’on y trouve facilement et ala recherche desquels on employait autrefois des esclaves dans l’intérieur du pays.
Au total, les habitants de Bambarra se distinguent de leurs voisins de la maniére la plus avantageuse : ils parlent le pur dialecte de la langue mandingue et ont embrassé Vislamisme, qui par l’introduction des caractéres arabes a eu le grand mérite de transformer leur langue nationale en langue écrite. Leur pays se divise en Haut-Bambarra et Bas-Bambarra. Le chef-lieu du Haut-Bambarra est Sego sur le Djoliba, qui le partage en deux parties communiquant entre elles au moyen d’un bac, avec une population de 30,000 4mes et des maisons bien baties en argile, faute de pierres. Mungo-Park, qui visita cette ville, compare la largeur du Djoliba sur ce point a celle de la Tamise a Londres. Les deux villes de commerce les plus importantes gont ensuite Sandansing et Bammakou. C’est dans cette dernitre que commence la navigation réguliére du Niger. Le Bas-Bambarra a pour capitale Djindn ou Djenné, centre @un grand commerce, sur !'Oulaba, le grand affluent méridional du Niger. I) parait que la souveraineté alterne entre ces deux capitales et les princes qui y régnent, suivant la tribu qui se trouve momentanément victorieuse. D’ailleurs , ces princes sont loia de jouir d’une autorité absolue, Les petits royaumes de Banan, Dirimar et Massina se sont, dans ces derniers temps du moins, rendus indépendants du Bas- Bambarra.
BAMBERG, ville du cercle de la Haute-Franconie (Baviére), & bon droit célébre dans histoire de la civilisation allemande, jadis capitale et résidence d'un évéque prince de empire, est située dans une charmante et fertile