BALUZE — BALZAC
Ce fut égaletnent pendant cette longue retraite qu’il fut nommé a l’Académie Frangaise, ou il assure avoir été appelé sans Pavoir demandé. On lui apprit, dit-il, gu’on avait vu son nom dans le soleil du petit bonhomme M. de la Peyre. Celui-ci avait dédié un livre & l’Académie, & la téte duquel il avait fait placer le portrait du cardinal avee une couronne de rayons, dont chacun était marqué du nom d'un académicien. « L’honneur, dit-il encore, que l’Académie lui avait fait de le mettre de son corps, sans l’obliger a aller 4 Paris, étaient deux graces singuliéres qu’il avait recues d’elle en méme temps... J’envoyai, ajoute-t-il, & M. Duchatelet quelques ouvrages de ma fagon, le priant de les lire 4 Académie et de les accompagner de quelques-unes de ses paroles, qui suffiraient pour me tenir quitte envers elle non-seulement du remerciment , mais encore de la harangue qu’il lui devait. » On n’en est pas quitte a présent a si bon marché pour le cérémonial, si on est plus indulgent pour les titres,
Tombé tout A fait dans la vie dévote, l’académicien s’était fait batir deux chambres aux Capucins d’Angouléme, Ce fut dans cet asile bizarre qu’il écrivit le Socrate chrétien, ouvrage qui eut alors une grande vogue. 1] donna aussi de son vivant 8,000 écus pour étre distribués en ceuvres pies. De plus, il voulut étre enterré dans Phdpital de Notre- Dame-des-Anges & Angouléme, aux pieds des pauvres qui y étaient déja inhumés; il légua 12,000 livres a cet hdpital , et une donation de 100 francs tous les deux ans 4 l’Académie pour le meilleur discours sur un sujet de piété. Balzac mourut le 18 février 1655, a l’Age de soixante ans. Son oraison funébre fut prononcée par le chanoine Moriscet; en outre, un autre éloge fut publié par le frére de ce chanoine. J. Norvins.
BALZAC ( Honort ve), né en Touraine, a cdté de Chinon, le 20 mai 1799, mort a Paris le 19 aodt 1850, dune hypertrophie du ceeur, quelques mois seulement aprés avoir épousé une riche veuve dont la fortune devait désormais servir a dorer les derniéres années d’une existence trop longtemps précaire et agitée , avait fait ses études au lycée de Vendome. II vint en 1820 a Paris, ot il débuta dans la carriére des lettres par des romans obscurs, et dans Ja carriére commerciale par acquisition d’un brevet d’imprimeur et
d'un établissement typographique , que de mauvaises affaires —
Yobligérent @’abandonner un an aprés. De 1827 & 1829 il produisit encore plusieurs romans pseudonymes, qui ne laissérent aucune trace dans le souvenir du public, Mais avec 1830 une ére nouvelle commenca pour lui. Le romancier inconnu fut un écrivain célébre ; le Tourangeau sans élégance devint un lion de l’époque; M. Balzac se trouva métamorphosé en M. de Balzac; imprimeur ruiné fut un gentil-homme d@ancienne souche. Entre 1830 et 1840, un flot douvrages dun mérite inégal, mais avidement lus, soutinrent cette vogue extraordinaire. Puis, tout 4 coup, en 1840, la période dobscurité recommenga pour celui qu’un suceds si étourdissant avait arraché 4 lPobscurité. Des e@uvres malleurenses, des drames mort-nés, des tentatives avortées, se succédérent; et le public infidéle transporta sur la téte plus jeune de M. Engéne Sue les lauriers de la mode, longtemps prodigués 4 Balzac. Telles sont les principales phases de cette singuliére vie littéraire.
1] n’est pas sans curiosité de rechercher les causes de cette gloire et de ces dédains, de cette lumiére et de ces ombres répandues sur une seule carriére d’écrivain avec une irrégularilé si bizarre. Nous remarquerons d’abord que le fond du talent de Balzac est une vérité d’observation bourgeoise, flamande, détaillée, admirablement minutieuse, quelquefois excessive , souvent piquante ; nous observerons ensuite qué cette analyse bourgeoise n’a trouvé sa valeur et n’est parve-
nue A la glorification qu’aprés le triomphe définitif de la
bourgeoisie, aprés la réyolution de 1830. Un autre fait non moins digne d’attention, c’est le ton prétentieusement arise