BAMBOCHADE — BAMBOU
habituels, qui ne se permette quelquefois ce délassement. Michel-Ange s’est rendu coupable de la bambochade; Vasari, dans la Vie de son héros , cite avec complaisance un singulier concours qui eut lieu dans un atelier entre les grands maitres de cette époque. Il s’agissait d’imiter, en charbonnant sur la muraille, le barbouillage burlesque que peut seule tracer une main inexpérimentée, de dessiner le bonhomme dans sa naive crudilé ; une boule servant de téte, une plus grosse formant le corps, quatre barres faisant les fonctions de membres. De l’aveu de ses concurrents, le peintre du Jugement dernier remporta le prix du bonhomme, et parmi tous ses triomphes celui-ci ne fut peut-Ctre pas celui qui flatta le moins son amour-propre.
David lui-méme, notre austére et laborieux David, égayait ses loisirs par des esquisses plus rapides et moins puritaines que celles du Brutus ou du Léonidas. Pendant les longues séances de la Cunvention, sa main, errant sur le papier, égara souvent la plume législative dans les contours @un croquis, plus recherché maintenant des amateurs que le plus énergique des amendements du fougueux révyolutionnaire, On raconte 4 ce sujet une anecdote assez piquante. Tant que dura la lutte entre la Montagne et la Gironde, un profil se présentait constamment a son esprit, celui de Lanjuinais. Or, la nature avait relégué cette ame yolcanique sous Venveloppe la moins séduisante, et je ne sache rien de plus exhilarant que la charge de ce profil eroqué 4 la plume par David : cheveux en brosse, front @un travers de doigt, un triangle pour nez, pour bouche fouverture de langle le plus follement obtus, pour méachoire inférieure une sorte de besace informe, que sa pesanteur entrainait vers la terre. Exposés de motifs, rapports de sommissions, tout ce qui offrait le plus petit coin de papier blanc recevait le trait accoutumé, que les doigts du peintre étaient parvenus a tracer de mémoire, et sans qu'il fat besoin que leeil suivit la plume pour rectifier un écart. ‘Vingt ans plus tard David, sur la terre d’exil, rencontre an amateur qui lui rappelle cette folie de sa jeunesse, et dit gu’il possede un des exemplaires de ce portrait si peu charitable. « La charge du braillard! s’écrie \’ex-montagnard, dont la vieille haine pour le girondin se réveille aussitét; je yivrais cent ans que je la ferais encore de souvenir et sans y voir. » En méme temps il saisit une plume et déchire le feuillet blanc d’un livre qui se trouvait sous sa main. En quatre coups jelés avec une précision toute mécanique, sans que l’ceil prit la moindre part 4 Vopération, la charge du pauvre Lanjuinais reparut. De retour chez lui, amateur compare les deux traits tracés 4 vingt ans d’intervalle; il nexistait pas entre eux de différence plus sensible que celle qui peut se remarquer a peine entre deux signatures données par la méme main.
Pendant plusieurs siécles la bambochade eut un sort misérable, et ne fut point admise aux honneurs de la publicité. Improvisée au fond dun atelier pendant les instants de récréation, ou le soir, dans un brillant salon, au milieu du tumulte des joies mondaines, il lui fallait se contenter d’amener le rire sur les lévres d’un petit cercle d’amis; il lui était & peu prés interdit d’espérer de se produire jamais aux regards du public, trop peu importante pour obtenir une place dans les salons de l’exposition. A peine née, elle se voyait condamnée a mourir, ou tout au moins 4 aller dormir d’un sommeil bien léthargique dans quelque carton poudreux. Pour lui créer une existence multiple, et lui assurer des admirateurs nombreux, on n’avait que les procédés du burin ou de la gravure a l’eau-forte; mais ils étaient coiteux. D’ailleurs ils sont rares, les hommes de talent 4 la fois peintres et graveurs. Supposez que Callot eat ignoré les procédés de la gravure : au lieu de ces innombrables et inimitables eaux-fortes si chaudement exécutées par lui-méme, qu’aurions-nous eu? de pales et froides copies dune douzaine de ses dessins peut-étre, des dessins qu’un
DICT. DE LA CONVERS, — T, Hl.
spéculateur edt choisis , non d’aprés leur mérite de composition ou d’exécution, mais d’aprés les chances de vente offertes par le sujet représenté. Joyenx Callot, c’est peutétre au bon esprit que tu as eu d’étudier la gravure, autant qu’a ton imagination féconde, que tu dois d’étre resté jusqu’a nous le grotesque par excellence, le roi de la bambochade!
La découverte de la lithographie a ouvert & la bambochade une ére nouvelle. Aujourd’hui le dessinateur jette sa pensée sur une pierre aussi facilement qu’il le ferait sur le papier. Cette pensée n’a plus 4 passer par la traduction du graveur; elle arrive vierge 4 Vacheteur. Il n’est plus besoin de couvrir une grande toile pour arriver jusqu’au public par ’exposition. Avant sa centiéme lithographie, Charlet s’était placé dans opinion générale au-dessus des trois quarts des faiseurs de tableaux. Son nom était celui qui arrivait immédiatement aprés les noms de nos grands peintres. Placez auprés de ses grognards sublimes vingt productions de lauréats revenus de Rome, et dites de quel cOté se trouvent le style le plus simple et le plus large , la composition la plus sage, le drame le plus attachant! Charlet, Grandville et Monnier ont été de notre temps les grands maitres de la bambochade. Tous les trois étaient observateurs profonds. Grandville se distinguait par la causticité et la malice, Monnier parla gaieté bouffonne et la variété d’expression, Charlet par la naiveté. Le défaut du premier était un peu de froideur, le second tournait trop a la charge, Charlet seul était en tout point irréprochable. il fait rire A la fagon de Moliére, Grandville 4 la fagon de Regnard, Monnier rappelle Dancourt et surtout Vadé. Dans plusieurs des vignettes sur bois qui ornent un livre de Nodier, les Sept Chdteaux du roi de Bohéme, Tony Johannot a retrouvé ce grotesque idéal, ce type noble de la bambochade, ot le génie de Callot seul était parvenu jusque alors a s’élever. SainT-GERMAIN.
Charlet , Grandville et Gavarni sont morts. Monnier a abandonné son crayon pour se vouer d’abord au théatre, puis a la littérature. Dantan jeune laissa aprés 1848 repo« ser le moule de ses statuettes, charmantes bambochades dans Vexécution desquelles il n’eut ni modéle ni imitateur; mais avec des dessinateurs tels que ceux qui nous restent, et 4 la téte desquels il faut placer Cham, Daumier, Bertall et le plus jeune de tous, André Gill, beureux pourvoyeurs des journaux satiriques, la bambochade n’est pas morte em en France.
BAMBOCHE ou BAMBOCCIO. Voy. Laar (Pierre de).
BAMBOU ou BAMBOS, genre de plantes de la famille des graminées , dont les espéces, trés-remarquables par la beauté de leur port , forment des arbres élancés , 4 bois solide, mais 4 fibres fiexibles , qui s’élévent 4 plus de 20 métres de haut, et franchissent les bornes de ’humble famille a laquelle elles appartiennent pour se rapprocher de celle des palmiers, c’est-d-dire des végétaux les plus majestueux de la nature.
Les bambous ont pour caractéres généraux : épillets lancéolés, comprimés , & cing fleurs environ, ayant a leur base une glume A trois valves (écailles); glumelle (balle) bivalve; six étamines; deux ou frois écailles autour de l’ovaire ; ovaire a style bifide, terminé par deux stigmates plumeux ; cariopse ( graine) oblong, enveloppé par les valves de la glumelle; chaumes ligneux , arborescents, trés-rameux, a rameaux ramassés et serrés en masse a chaque neeud. Deux espéces composent actuellement ce genre ; mais , d’aprés Rhéede, Loureiro, etc., il en existe certainement d’autres: c’est 4 de nouvelles observations a les faire connaitre.
Les bambous sont d’une grande utililé. Leur bois , qui est trés-dur, est employé par les Indiens pour faire différents meubles et ustensiles de ménage d’une grande solidité et dune longue durée; ils s’en servent aussi pour la construc-
tion de leurs maisons, de leurs palanquins et de leurs bateaux. Ce bois, malgré sa dureté, ayant de la souplesse, les Indiens le divisent , le fendent en laniéres avec lesquelles ils font des nattes, des corbeilles, des boites, et plusieurs autres ouvrages trés-élégants. C’est avec les jeunes chaumes et les jeunes branches que Von fait les cannes connues sous le nom de bambous, lestiges des parapluies, des ombrelles , etc., dont la légéreté, la solidité et la flexibilité rendent Pusage trés-commode. Il serait vivement a désirer qu’on introduistt en Europe Pusage des bois de bambou : les arts de la tabletterie , de l’ébénisterie , de la menuiserie , etc., en confectionneraient une infinité @’objets utiles, agréables et d’une grande durée. L’observation semble avoir constaté que ces bois ne sont pas attaqués par les insectes, et qu’ils ne sont pas sujets non plus 4 Paltération que lon désigne sous le nom de pourriture séche , dans laquelle les bois tombent en poussiére.
Mais les Indiens retirent encore d’autres avantages des bambous, presque égaux et de méme nature que ceux qu’otfrent les palmiers. Les jeunes pousses renferment entre les fibres une moelle spongieuse , succulente, d’une saveur douce, agréable , sucrée , dont les Indiens sont trés-avides et font un usage fréquent ; et lorsqu’elles ont acquis plus de solidité, il découle naturellement de leurs neeuds un liquide sucré que l’on croit étre le tabaxir des anciens; cette liqueur aqueuse se concréte, par l’action du soleil et la température Clevée de V’atmosphére, en larmes dures, qui sont un yéritable sucre, dont on faisait un grand usage autrefois, avant la culture dela canne asucre. Les jeunes turions des bambous sont trés-succulents, et fournissent un aliment agréable, trés-sain, a Vinstar de Pasperge; en outre, ils font partie de la composition nommée achar, trés-recherchée dans les Indes. La présence du sucre dams une proportion élevée étant démontrée dans les chaumes des bambous, et ves arbres venant trés-bien dams les terrains sablonneux, il y aurait de grands avantages 4 en introduire la culture dans les contrées sablonneuses de nos colenies, en particulier au Sénégal, pour en retirer le sucre a l'aide @opérations semblables a celles qu’on fait subir 4 la canne &sucre. Ce serait au gouvernement a faire faire d’abord des essais, puis des plantations en grand, et des entreprises d’extraction du sucre, Carron.
BAMBOUK, Etat, ou pour mieux dire association d’Etats des Mandingues , dans la Sénégambie, dont les limites sont, au nord le Sénégal, & l’est Kasson, au sud Dentilia et Woolli, a Pouest Bondou. Cette contrée est montagneuse, sans cependant offrir des hauteurs bien considérables, et abondamment arrosée par les affluents méridionaux du Sénégal. Les plus considérables de ces affluents sont le Faléné et le Barfing; de nombreux petits cours d’eau serpentent en outre dans les gorges des montagnes du Bambouk, et en fécondent les vallées. La chaleur, dans ce pays situé sous les 12° et 14° de latitude nord, devient intolérable aux approches du Sahara, et diminue vers le sud.
A l’époque des pluies, qui dure pendant quatre mois a partir de juillet ou d’aoudt, il y a des inondations qui pendant quelque temps rendent lair malsain, tout en communiquant au sol une fécondité égale a celle de la vallée du Nil. Une qualité tout a fait supérieure de riz, le mais, le mil, les melons d’eau, y croisseut spontanément avec la plus luxuriante abondance; et on y trouve en outre des palmiers, des bananiers et de la vigne sauvage. Des paturages d’une richesse extréme y favorisent I’éléve des bestiaux, et les chevaux ainsi que les moutons y prospérent, tout comme les animaux sauvages de l'Afrique tropicale. La riche végétation du Bambouk fournit une abondante subsistance A Winnombrables essaims d’abeilles dont on utilise le miel pour préparer des liqueurs enivrantes. Mais la principale richesse de cette contrée consiste dans ses inépuisables mines d’or, qui pourtant n’ont encore été jusqu’ici que fort
BAMBOU — BAMIAN
imparfaitement exploitées. Le mont Tabaura, et surtout deux montagnes appelées Na-Takon et Semayla, contiennent celles de ces mines qui sont les plus riches. Les courg d@eau innombrables et de volume différent qui prennent leur source dans ces montagnes roulent tous des paillettes d’or. Les mines d’or de Karniéba, et le Faléné, fleuve situé sur la frontiére occidentale , furent explorés pour la premiére fois d’une maniére scientifique par des Francais, Outre lor, on y trouve aussi du fer; et tout permet de croire que lorsqu’une exploitation réguliére des richesses métalliques du pays pourra avoir lieu, elles fourniront encore en abondance d’autres métaux.
Les habitants, au teint noir foncé, appartiennent a la race mandingue, mais ils ne sont pas aussi bien faits que leurs voisins du Bam barra. Avec la chasse, la recherche de l’or est la seule occupation paisible a laquelle ils se livrent; ef ils font le commerce de cette matiére avec les Européens au moyen des caravanes, de méme qu’ils leur vendent ivoire fourni par les nombreux éléphants du pays Ils font de la chair du chien leur nourriture favorite ; mais ils ne dédaignent pas non plus la chair de éléphant. Ils professent Vislamisme, tout en ayant conservé beaucoup de traces de leur ancienne religion ; leur foi nouvelle ne les a méme pas empéchés d’expulser tous les marabouts du pays. Leur langue est un dialecte corrompu de la langue mandingue méiée d’un grand nombre de mots portugais. En raison de ’agglomération de sa population, et aussi de I’étendue assez vaste de son territoire , le Bambouk pourrait avoir une certaine importance politique ; mais les divisions intestines des petits Etats entre lesquels il est partagé ont eu pour résultat de l’affaiblir, notamment a l’ouest, le long des rives du Faléné. A Vest il y a une concentration plus grande, et quelques Etats ont conclu des alliances avec ceux de Bambarra; mais 14 aussi le roi de Bondou exerce une influence prépondérante. Aussi bien, des haines nationales extrémement vives existent entre les Foulahs et les Mandingues.
Le Bambouk fut occupé dés le quinziéme siécle par les Portugais, qui, de méme que dans tous leurs autres établissements, s’y conduisirent d’une maniére si abominable , que les naturels finirent par les attaquer et les chasser de leur pays. Une exploration géographique du Bambouk fut entreprise pour la premiére fois par la compagnie francaise créée au sidécle dernier pour le commerce de l’Afrique, laquelle voulait tirer de la source méme |’or apporté sur les — marchés de la Sénégambie par des Foulahs et des Mandingues. Brue, directeur de cette compagnie, apprit que cet or provenait du Bambouk ; et, A leffet de nouer des relations directes avec ce pays, il fonda a Galam des établissements pour lesquels il fallut yaincre d’énormes difficultés. C’est de la que partit larchitecte Compagnon en 1716 (Consultez Labat, Nouvelle Relation de U Afrique occi- — dentale, 4 vol., Paris, 1718). Peu & peu on s’avanga fel- — lement dans Vintérieur, que vers la fin du dix-huitidme siecle une foule de petits comptoirs existaient sur divers points du Bambouk. Apres étre resté longtemps dans V’abandon et loubli, le commerce a songé il n’y a pas longtemps a les rétablir, par exemple, celui de Farbana, lieu que Yon © considére comme la capitale de tout ke pays. Au dix-neuvieme siécle Mungo-Park et surtout le major Houghton contribuérent beaucoup A faire mieux connaitre le Bambouk, Une expédition frangaise fut entreprise par Raffenel en 1843 et 1844 A Veffet de recuvillir des lumieres plus completes. Ce pays fut visité de nouveau en 1852 par M, Rey; en 186/ par MM, Brossard et Flize; et en 1858, le gouverneur du Sénégal, Faidherbe, y a conduit une expedition,
BAMIAN , fertile vallée @enyiron un kilométre de largeur, eplourée de tous cotés de rochers escarpés, sur la route de Kaboul au Turkestan, & 8,496 pieds au-dessus du niveau de la mer, le seul passage accessible a Vartillerie
BAMIAN — BAN
et autres lourds charrois qu’on connaisse encore pour franchir ?Hindou-Kouh, C’était autrefois le principal centre du culte de Bouddha, comme en témoignent encore les nombreux débris de gigantesques idoles mutilées par le fanatisme des mahométans. La vallée de Bamidn, avec ses idoles sculptées dans les rochers, est déja décrite par les moines bouddhistes qui, au quatriéme et au cinquiéme siécle, émigrérent de la Chine dans Inde en traversant YAsie centrale. Ces statues se trouvent sur une montagne d’environ 300 pieds de hauteur, ot sont pratiquées un grand nombre d’excavations ou de cellules superposées les unes aux autres en tages irréguliers, et ornées de sculptures de toute espéce. Les statues du sexe masculin ont environ cent soixante pieds de haut, et celles du sexe féminin cent vingt. Les unes et les autres affectent une position assez naturelle et sont revétues d’une légére draperie. Les bouches, parfaitement dessinées, des premiéres sont encore aujourd’hui dans un complet état de conservation ; aux secondes manque toute la partie supérieure du visage. Chaeune de ces statues est sculptée dans une niche profonde ornée également de sculptures représentant des princes et des princesses et une foule de figures symboliques semblables , dit-on , a celles qu’on remarque sur les médailles des Sassanides. On monte dans Vintérieur de ces statues jusqu’d la téte au moyen d’escaliers en colimagon pratiqués dans la pierre massive. Toute cette vallée est d’ailleurs littéralement encombrée de ruines de tombeaux, de mosquées et autres édifices ayant appartenu A la ville mahométane de Ghalghaleh, fondee & une époque postérieure dans ces mémes lieux et détruite en 1221 par Gengis-Khan. A huit kilométres environ de Bamian, on trouve les ruines, assez bien conservées, du chdteau de Zohak, dont la construction est attribuée au fabuleux roi-serpent de Perse. Ce chateau fort gervait A la défense de ce défilé. Tout récemment on y a trouvé, ainsi que dans la vallée de Bamian, une grande quantité de médailles , anneaux et autres antiquités qui ont été décrites par Prinsep, Masson, Wilson Wood, ete.
BAN, publication paroissiale qui précede ordinairement la bénédiction nuptiale. La coutume de publier des bans avant la célébration du mariage ne remonte pas a une haute antiquité. Avant le douziéme siécle, il n’y avait poini de bans comme nous l’entendons aujourd’hui. Pour prévenir les inconvénients qui auraient pu étre la suite du défaut de publicité, /'Eglise usait d’autres moyens. Les hommes qui voulaient contracter mariage s’adressaient au diacre, les filles ou femmes veuves aux diaconesses. L’évéque ne donnait l’autorisation de procéder au mariage qu’aprés en avoir discuté la convenance avec son clergé. Le concile de Latran, en 1216, prescrivit les bans ou publications, et les gouvernements accueillirent cette précaution, si conforme aux intéréts de la société. Enfin le concile de Trente en fit une loi expresse, qui fait partie de ses canons. La dispense @une ou de deux publications, quelquefois méme des trois, s’accorde moyennant finance. Du reste, en France, la loi exige la publication 4 la porte de la mairie. En Orient, 'usage Ces bans est totalement inconnu.
Une lettre du pape Innocent II], adressée, en 1213, a Pévéque de Beauvais, semblerait prouver que c’est en France qu’a pris naissance la coutume de publier des bans.
Le mot ban s’emploie encore pour l’annonce publique de la vendange. Avant la loi des 28 septembre et 6 octobre 1791, il y avait encore un ban de fauchaison et un ban de
“moisson.
On appelle encore ban la circonscription territoriale que Yautorité assigne & un condamné mis par jugement sous la surveillance de la haute police. Si cet individu reparait dans les liewx dont le séjour luia ¢téinterdit, il rompt son han. Aux termes du Code Pénal (art. 44, 45), il peut alors étre condamné a un emprisonnement de cing ans au plus.
Le décret du 8 décembre 1851 aggrave cette pénalité.
Il porte que tout individu placé sous la surveillance de la haute police qui sera reconnu coupable du délit de rupture de ban pourra ¢tre transporté par mesure de sdreté générale dans une colonie pénitentiaire, 4 Cayenne ou en Algérie. La durée de la transportation sera de cing ans au moins et de dix ans au plus.
Battre un ban, cest battre la caisse d’une certaine maniére pour annoncer quelque proclamation ou quelque avis.
Dans Pancienne constitution germanique, mettre un prince au ban del’ Empire, c’était le déclarer déchu de ses dignités , droits et priviléges, et le proscrire. De la nous est restée Pexpression figurée : mettre au ban de la société, au ban des nations.
BAN et ARRIERE-BAN. Sorte d’appel et de publication qui, dans une banlieue, appelait aux armes les vassaux du fief.
Lever le ban était un droit que les barons avaient sur leurs terres, comme le roi sur les siennes. Le service militaire dont ce ban était l’'appel est mentionné dans les capitulaires; c’était le ressort et le fond de la milice si imparfaite de ces époques.
Cette loi de tradition était la premiére entre toutes celles qui régissaient nos temps barbares; elle était le nerf de la féodalité, elle régnait jusqu’au fond des steppes de la Russie. Le ban s’adressait, au nom du suzerain, aux gentilshommes feudataires, soit séculiers , soit ecclésiastiques, et aux subalternes, aux hommes coutumiers , aux hommes de poesté ; tes premiers, sous peine de confiscation de fiefs , les autres, sous peine de bannissement, étaient tenus de se ranger immédiatement sous l’enseigne du seigneur. Ce syst¢me se régularisa surtout sous Louis le Gros, vers 1124. En 1213 la désobéissance 4 Pappel ou la désertion étaient déclarées félonie. at,
L’expression ban et arriére-ban ne figure dans les ordonnances que depuis celles de Charles VI ; il a signifié un ensemble plus complet des armées féodales; c’est sous le nom de ban, mais plus souvent sous celui de ban et arriére-ban, que les cheyaliers du moyen Age et les troupes de toute espéce furent assemblés tant de fois sous la seconde et la troisiéme race.
Le dapifer, les missi dominici, et ensuite les viguiers, les grands sénéchaux, les grands baillis, les grands bannerets, les grands prévdéts, présidérent aux réunions des bans du roi; les bannerets, les baillis, les avoués, présidérent aux rassemblements des forces militaires des fiefs de second ordre.
Les gouverneurs de province et les sénéchaux furent chargés des levées du ban royal, depuis Charles VII jusqu’a Louis XIV; le premier de ces monarques avait, en partie, institué les francs-archers, pour préter appui a l’autorité quand les leyées avaient lieu.
Le ban, jusqu’au régne de Louis le Gros, vers 1120, fut presque la seule milice de France; il était le service du fief, de méme que I’arrié¢re-ban était le service de l’arriére-fief. Plus tard i] alimenta encore la force armée ; mais il cessa de la constituer uniquement depuis Pépoque ot ta milice communale fut instituée, jusqu’au temps ou Charles VII mit sur pied des bandes soldées et rassemblées par enrdlements volontaires. Par un statut du 30 janvier 1454, Charles VII avait établi quelques régles touchant Vuniforme du han et de l’arriére-ban. Des édits en confiaient la montre ou revue aux gouverneurs.
Le ban fut fréquemment employé, et avec assez d’avantages, par Louis XI; la décadence de la chevalerie d’affiliation et la création des compagnies d’ordonnance en préparérent abolition. I y avait dans Parriére-ban des remplacants, comme cela s’est vu dans les réquisitions modernes, Monteil dit qu’ils touchaient deux soldes, celle du roi, celle du remplacé. Tels feudataires qui ne devaient qu’un demihomme, qu’un quart @homme, s’arrangeaient pour par-
~faire, en commun, le remplagant. A partir du quinziéme sidcle, le ban ne fut plus qu’une milice extraordinaire , un moyen secondaire ; il] dégénéra sous Louis XII, et se discrédita sous Henri II.
La durée du service des bans a varié maintes fois, suivant les temps et les localités : 4 Rouen, les hommes de ban ne pouvaient ¢tre mis en campagne que sous condition qu’ils reviendraient coucher chez eux. Faire la guerre était pour eux une partie de chasse; mais, dans la plupart des provinces , le ban avait été fixé par Francois I** & quarante jours dans le royaume, et a trois mois hors du royaume. Ce furent , au reste, des régles pleines de vicissitudes et d’exceptions.
Le mot ban a donné naissance aux mots banniére, banneret, parce qu’aussitot qu’un possesseur de fiefs était évoqué par son souverain, il arborait au haut de son donjon la banniére seigneuriale ou le pennon, ce qui s’appelait ponere banneriam, bannum, proclamer ban, déployer banniére. ;
Les bans ont été maintenus par les ordonnances de 1554, 1635 et 1639; ils étaient alors mis sur pied par les fonctionnaires qui étaient 4 la téte des sénéchaussées , ou par les ducs ou comtes qui gouvernaient les provinces.
Les lettres patentes de 1652 convoquent le ban et arriéreban du Dauphiné pour servir pendant un mois en Italie.
L’usage du ban est deyenu de plus en plus rare depuis la création d’une véritable armée frangaise; il est tombé dans le mépris aprés la facheuse expérience que Turenne fit de Vinsubordination de ces tumultueuses cavalcades. Ce fut pour la honte de nos armes qu’en 1674 on vit paraitre a la guerre ces bandes de nobles et de serfs qui, 4 peine présentées a l’ennemi, lachérent pied et abandonnérent leur général. Ce rassemblement fut le dernier de cette espéce ; car s'il s’en vit un, & peu prés semblable encore, en 1691, ce fut sans résultat; et si en 1755, lors de la prise de Vile d@’Aix par une escadre anglaise, la noblesse de l’Aunis et des provinces limitrophes fut appelée a la défense des cétes menacées, cet événement ne rappelle aucune des formalités anciennes, et ce fut moins un ban qu’une convocation d’alarme.
Quelque chose de l’institution des bans se retrouvait dans Pinstitution des miliciens de Louis XIV; mais il y avait entre elles une différence essentielle , car le ban contraignait au service militaire les nobles et les propriétaires , tandis que la milice, au contraire, les exemptait de servir; ces conditions exclusives , si opposées , font une égale critique de ces deux genres de levées.
Napoléon eut Vidée en 1812 de faire revivre le ban, et youlut méme Vappuyer de deux arriére-bans, dont l’effectif edt présenté 2,000,000 de baionnettes. Le jeune ban edt été mobilisable jusqu’a la frontiére, le ban moyen jusqu’aux confins du département, le vieux ban jusqu’aux remparts de la ville. JI fat résulté un effet nouveau de Vaccomplissement de ce projet. L’état militaire, qui, dans nos meeurs modernes , est une exception politique, edt changé dessence ; n’étre pas militaire fat devenu le cas exceptionnel. Las- Cases cite les séances ot ces questions furent agitées en conseil d’Etat. G" Barpin.
BAN ou BANUS, par contraction du mot illyrien bojdn, qui veut dire seigneur, ou plus vraisemblablement encore dérivé du mot slave pan, dont la signification est la méme, était autrefois le titre et Ja dignité du commandant de diverses marches, frontiéres orientales du royaume de Hongrie, et répondait par conséquent au titre allemand markgraf, margrave (comte de la marche). Les pouvoirs du ban, qui était nommé par le roi, mais non 4 vie, et qui préetait serinent dans la diéte, étaient fort étendus ; il eyergait en effet une autorité supréme presque absolue dans toutes les affaires politiques , judiciaires et militaires. Comme le palatin en Hongrie, le ban était dans sa iuridiction le pre-