BAN DE LA ROCHE — BANANTER
BAN DE LA ROCHE ou VAL DE LA ROCHE, en allemand Séeinthal, vallée située dans les montagnes des Vosges, aux confins de la Lorraine et de PAlsace , 4 sept ou buit lieues ouest-sud-ouest de Strasbourg; elle a six lieues environ de circonférence, et est bornée au midi par le Val-de- Villé, & Vest par les vastes territoires d’Obernai et de Barr, 4 Youest et au nord parla Brusche, petite riviére qui prend sa source non loin de la, et qui se jette dans I’Ill au-dessus de Strasbourg.
Quand on gravit le sentier roide et étroit qui du fond de cette vallée conduit, par Belmont et le Champ-du-Feu, au versant oriental des Vosges , on apergoit & peu de distance, A sa droite, un bloc de pierre isolé, resté debout au flane du coteau. C'est la roche sur laquelle était batie la demeure des seigneurs de ce district ; elle a donné son nom au chateau et A la vallée au centre de laquelle elle se trouve.
Le chateau de la Roche était le chef-lieu d’un fief impérial, et appartenait dés le quatorziéme sidcle a la famille de Rathsamhausen , qui occupe une si grande place dans les annales chevaleresques de |’Alsace. Une branche de cette famille en prit le surnom de la Roche, en allemand zwm Stein. Un seigneur de Rathsamhausen y ayant donné asile a une bande d’aventuriers redoutabies , dont il favorisait les brigandages, le chateau fut assiégé, en 1471, par les troupes de l’évéque et de la ville de Strasbourg, et démantelé. La seigneurie du Ban de la Roche fut vendue, en 1584, aux comtes de Weldentz, qui y introduisirent le culte protestant. La ligne masculine de ces comtes s’étant éteinte en 1674, le fief passa aux filles ; puis, en 1720, au sieur d’ Angervilliers, intendant d’Alsace, et plus tard 4 M. de Paulmy, qui le vendit, en 1771, au baron de Dietrich, stettmeistre de Strasbourg.
Cette seigneurie, qui en 1762 avait été érigée en comté, comprenait huit villages ou communautés, avec quelques hameaux, divisés par le sommet des montagnes en deux paroisses , Rothau et Waldersbach. A la premiére appartenaient Rothau, résidence ordinaire du bailli de la prévoté; Neuviller, avec le hameau de Hautegoutte, et Wildersbach ; A laseconde Waldersbach, Sollbach, Fouday (en allemand Urbach) avec le hameau de Trouchi, Bellefosse ou Belfuss, et Belmont avec les Hutées. A la révolution francaise, organisation des départements rompit le faisceau du fief seigneurial : une partie en fut rattachée au département du Bas-Rhin, lautre partie entra dans le département des Vosges.
Jusque vers le milieu du sitcle dernier le Ban de la Roche était resté étranger au développement de la riche province dont il ressortissait, Alsace. Le manque de voies de communication, et surtout un patois non lettré, idiome inconnu hors de la valiée, éternisaient l'isolement de cette population. L’arracher a un état demi-sauvage était une belle et sainte mission : elle tenta l’dme ardente du pasteur Oberlin. Entré en fonctions & Waldersbach en 1767, il consacra une carriére évangélique de soixante années a répandre les bienfaits de la religion, de Vinstruction, du travail. La ow il n’y avait que ravins rocailleux, on voit des champs cultiyés avec une active intelligence; lisolement a cessé depuis que les chemins vicinaux ont relié entre elles les communes de la yallée, et ont mise en communication avec la grande route de Strasbourg; a l’ignorance profonde a succédé une instruction religieuse et professionnelle. Un habitant ne sachant ni lire ni écrire est devenu une rare exception et une honte. Ces résultats sont lceuvre du digne pasteur. Les habitants bénissent sa mémoire, et l’entourent dune vénération pieuse. Le nom d’Oberlin est maintenant inséparable de celui du Ban de la Roche. On peut dire de lui qu’il eut la bienfaisance du génie, et le génie de la bienfaisance La vie du pasteur Oberlin a été écrite par M. Staber : c'est lhistoire de la civilisation de cette contrée. Le frére d’Oberlin, que Europe a compté depuis parmi ses 8a-
vants, a composé, en 1775, un Hssai sur le patois du Ban de la Roche ; son fils a donné en 1806 une excellente Copographie de cette portion des Vosges. Ch. DE GIMEL.
BANAL, en droit féodal, se disait des choses a l’usage desquelies le seigneur d’un fief assujettissait ses vassaux pour en retirer certaine redevance, certains droits. Cet adjectif est demeuré dans la langue avec un sens qui en dérive. Ii se dit de ce qui est extrémement commun, de ce qui esf devenu trivial ou insignifiant A force d’étre employé.
Le droit de banalité avait pour principaux effets de forcer les vassaux A se rendre au moulin, au four ou au pressoir banaux. Comme la plupart des chartes d’affranchissement passées entre les habitants etles seigneurs contenaient la stipulation formelle, de la part des habitants de la communauté, qwils seraient soumis a la banalité, l’on peut considérer ce droit, quia subsisté jusqu’é la Révolution, comme une simple modification du servage dans lequel ils se trouvaient ; ¢’¢était en quelque sorte le prix de leur liberté : le seigneur, resté dailleurs propriétaire de tous les cours d’eau et maitre de tout le territoire féodal, se trouvait en pouvoir d’empécher toute exploitation : il fallait donc nécessairement traiter avec lui pour P’établissement, soit dun moulin, soif d’un four, soit d’un pressoir; de 1a le droit de banalité. Comme tous les autres droits féodaux, ce droit a été aboli par la Révolution.
BANANE. Voyez BANANIER.
BANANIER ( Musa, Linné), genre de plantes appartenant a la polygamie-moneecie de Linné, & la famille des musacées de Jussieu, et caractérisé ainsi qu’il suit : le périanthe se compose de deux folioles colorées formant comme une corolle A deux lévres; la lévre supérieure , plus longue que V’inférieure , Pembrasse entiérement par sa base et se divise A son sommet en cinq laniéres étroites ; la lévre inférieure est plus courte, concave et en forme de coeur ; les étamines, au nombre de six, sont insérées sur le sommet de Povaire; Vovaire est adhérent au périanthe, trés-grand, comme triangulaire, et, coupé en travers, offre trois loges contenant chacune un grand nombre d’ovules ; il est surmonté d’un style terminé par un stigmate concave, dont le bord offre six dents ; le fruit est une baie 4 peu prés triangulaire, renfermant beaucoup de graines. Les bananiers se distinguent d’ailleurs par un port extrémement élégant et tout a fait particulier. Leur racine se compose d’un grand nombre de fibres allongées, cylindriques et simples; elle est surmontée d’une espéce de tige tout a fait semblable 4 celle des bulbes des liliacées. C’est en effet une sorte de plateau charnu, qui, par sa face inférieure, donne naissance aux fibres qui constituent la racine, tandis que de sa face supérieure s’éléve ce qu’on considére vulgairement comme la tige de ces végétaux. Cette prétendue tige se compose d’un grand nombre de gaines foliacées , étroitement emboitées les unes dans les autres. Du centre des feuilles on voit sortir une trompe recourbée et pendante, et qui occupe axe de la plante depuis sa base jusqu’a sa partie supérieure. Les fleurs, qui sont trés-grandes, sont disposees 4 la partie supérieure de la trompe, en une série de demianneaux; chacun de ces demi-anneaux, composé de dix a douze fleurs sessiles, est accompagné a sa base d’une grande bractée colorée. Les fleurs qui occupent la partie inférieure de cette sorte de régime sont les seules qui donnent des fruits; leur ovaire est gros et allongé, tandis que les étamines sont stériles et de moitié plus courles que la lévre supérieure du périanthe. Les fleurs supérieures, aw contraire, ne donnent pas de fruit; leur ovaire est heaucoup plus petit, avorté et stérile; mais leurs étamines, saillantes au dehors du périanthe, servent a féconder les fleurs inférieures.
Des dix ou douze espéces de ce genre que connaissent les botanistes, et qui toutes croissent dans les contrées les plus chaudes des deux continents , deux méritent de fixer en particulier notre attention.
Le bananier du paradis , ou figuier d’ Adam (musa paradisiaca, Linné), croissant en général dans les lieux bas et humides, se développe avec vigueur et rapidité; sa tige acquiert jusqu’a 4 métres d’élévation, sur un diamétre de 16 a 22 centimetres ; elle se termine par un faisceau de helles feuilles redressées, elliptiques, allongées , trés-entidres, longues de 1™,25 a 1™,65, obtuses au sommet, d’un vert clair et agréable. Les fleurs sont jaunatres, portées sur la partie supérieure d’une hampe qui dépasse le sommet de la tige de 0™,95 a 1™,30 ; chaque grappe de fleurs est enveloppée dans une grande bractée rougeatre qui tombe peu de temps aprés la floraison, et la hampe se termine 4 son sommet par une espéce de bouton composé d’écailles colorées, trésserrées les unes contre les autres. Les fruits qui succédent aux fleurs inférieures, les seules qui soient fertiles, sont presque triangulaires, jaunatres, longs de 16 a 22 centimétres, terminés en pointe irréguliére 4 leur sommet. On les connait sous le nom de bananes. Leur chair est épaisse, un peu pateuse; les graines avortent presque constamment dans les individus cultivés. Ce végétal croft spontanément et se cultive en grand nombre en Afrique et dans les deux Indes. C’est un de ceux sur lesquels imagination des peuples orientaux s’est le plus exercée. Selon les chrétiens d’Orient, c'est l’arbre du paradis terrestre qui portait le fruit défendu; il en est qui pensent que ce fut avec ses feuilles et non avec celles de notre figuier que nos premiers parents se couvrirent aprés leur désobéissance; ce qu’il y a de certain, c’est que des sauvages s’en servent pour le méme usage. D’autres croient que le régime de ce bananier était le fruit qu’apportérent 4 Moise les hommes envoyés par lui & la découverte de la terre promise. C'est une croyance populaire chez les Grecs de nos jours, que si quelqu’un s’avise d’enlever les bananes avant V’époque oi elles doivent étre cueillies, le bananier abaisse sa téte et frappe le ravisseur.
Le bananier des sages (musa sapientium, Linné) est semblable au précédent par son port et sa taille, mais s’en distingue par ses feuilles, plus aigués, et par ses fruits, beaucoup plus courts, & chair plus fondante, connus sous les noms de bacove ou figue banane. Ce végétal se trouve aux mémes lieux que le précédent. C’est , dit-on, sous son ombrage que les sages indiens, appelés gymnosophistes , passaient leur vie & méditer ou a s’entretenir de sujets philosophiques, et son fruit faisait, selon Pline, leur nourriture ordinaire.
Les fruits de ces deux espéces sont les meilleurs et les plus utiles des contrées oi ils se trouvent. C’est la nourriture la plus ordinaire et la plus générale des Indiens et des négres des colonies. Ceux du bananier des sages sont les meilleurs 4 manger crus; on en fait plutot un régal qu’un aliment habituel, et on le sert sur les tables les plus délicates avec les sucreries et autres mets de dessert. [1 n’en est pas de méme pour les fruits de Pautre espéce; ils sont beaucoup moins agréables 4 manger crus, mais ils sont trés-bons cuits, On en extrait une liqueur d’un govt assez flatteur, désignée sous le nom de vin de bananes. En écrasant les bananes bien mares et les faisant passer au travers d’un tamis pour en retirer la partie fibreuse, on forme une pate avec laquelle on prépare un pain trés-nourrissant, mais lourd, parce quwil léve mal. Cette pate, presque entidrement composée @amidon, peut se conserver lorsqu’elle est sdche; et, délayée dans eau ou le bouillon, elle forme un aliment sain et assez agréable, dont les marins se trouvent fort bien pendant leurs traversées, Les gaines foliacées qui constituent la tige ont des fibres dures et résistantes , dont on fabrique des cordages ou du fil avec lequel on fait de la toile. De plus, cette tige, lorsqu’elle est encore jeune et tendre, peut servir & la nourriture des bestiaux, et méme de l'homme. Quant aux feuilles, on les emploie pour couvrir les habitations, et l'on s’en sert, en mangeant, comme de nappes et de serviettes,