ARNAL — ARNAUD
Ye 31 décembre 1798. Il a dit lui-méme en parlant de sa naissance :
Je suis tout bounement le fils d’un épicier....
Elevé pauvrement, loin des murs d’un collége,
Un frére ignorantin, va Vesprit qu'il avait,
En assez peu de temps m’apprit ce qu'il savait,
Arnal entra tout jeune a la Monnaie, et a lage de quatorze ans il s’engagea dans les pupilles de la garde. Vers la fin de 1813, il passa avec une partie de ses camarades dans les tirailleurs. En 1815, aprés s’¢tre bravement battu au pont de Neuilly dans le corps d’armée qui disputait encore la capitale aux alliés, Arnal se fit réformer, Rendu 4 la vie privée, il entra comme brunisseur chez un fabricant de boutons. Le dimanche et le lundi il allait au théatre Doyen pour se délasser. Bientdt le godt dela scéne devint sa passion dominante. Il se sentait entrainé vers la tragédie, et il s’essaya dans le rdle de Mithridate. Le succés qu’il y obtint n’était pas celui qu'il avait révé; mais il décida de sa vocation :
Mon public fut saisi de ce rire homeérique
Qui charmait tant les dieux sur leur montagne antique ;
La piéce était finie et l’on riait encor
De mon nez, de ma barbe et de mon casque d’or, dit-il lui-méme dans son Epitre & Bouffé. La nature des applaudissements qu’il venait d’obtenir ne lui permettait pas de se faire illusion. Il n’était pas né pour jouer la tragédie ; mais la comédie pouyait lui réussir.
Mithridate devint Jocrisse corrigé.
Ce nouyeau réle lui conyenait. On le trouva plaisant. Sur ces entrefaites ’ouvrage vint & manquer chez le fabricant de boutons. Arnal, sans ressources, s’estima heureux d’étre attaché au thédtre des Variétés en qualité de figurant. On le tira des chceurs pour l’enrdler dans les amoureux. C’était ume méprise. Heureusement pour lui il quitta les Variétés en 1827 pour passer au Vaudeville. Ses commencements furent pénibles. Son courage ne s’émut pas trop des premiers sifflets ; peu apeu il fut mieux compris et plus convenablement employé, Quelques auteurs lui fabriquérent des habits dramatiques & sa taille, et il obtint des succés aussi francs que décidés. Il nous suffira de citer parmi les ouvrages qui lui ont di leur vogue: l’Humoriste, M“ Marguerite, Heur et malheur, les Cabinets particuliers , Passé minuit, le Supplice de Tantale, Une queue rouge, M. La Palisse, Riche d’Amour, les Erreurs du bel dge, etc.
Du Vaudeville Arnal passa aux Variétés, revint au Vaudeville et retourna aux Variétés, suivant les chances de la seéne ou il avait conquis le sceptre des comiques. En 1856, il entra au Palais-Royal; en 1861 aux Variétés, puis au Gymnase, et en 1869 au Vaudeville. Ses procés avec les autours et les directeurs l’ont fait regarder comme étant d’humeur difficile, dominatrice et fantasque. Une fois hors des coulisses, Arnal dépouille le masque comique. On le trouve silencieux, triste, méditatif, recherchant Visolement. Entouré de livres, il aime l’étude, et plusieurs productions heureuses ont fail connaitre son talent poétique. Il s’est amusé a écrire en vers quelques contes et quelques fables, Comme membre d'une société lyrique, ila composé des chansons remplies d entrain, de verve et de bonhomie malicieuse. On se souvient des boutades qu’il langa a la téte de certain directeur académicien qui vouiait le faire jouer dans ses piéces. Enfin ’ £pitre & Bouffé, dans laquelle il raconte ce qu’il appelle son Odyssée, revéle une grande élévation d’esprit. On lui doit en core les Acteurs et les Prétres (1831); les Mémoires dun garcon de thédtre (1850) ; la Mort (1859); Boutades en vers (1861). Quant a son talent d’acteur, aucun comique n’est plus simple, plus naturel dans ses allures, plus gai sans grossiéreté, plus plaisant sans trivialité. [1 arrive & un prodigieux effet comigue sans se tourmenter ni grimacer. « La nature d’Arnal, a dit M. Eugéne Briffaut, est fantasque ; il est bizarrement construit. Au premier aspect, on recon-
nait en lui quelque chose de dréle, dans l’acception la plus singuliére et la plus complete du mot... La disgrace de tout son étre est plaisante par elle-méme ; ses imperfections physiques n’affligent pas, elles réjouissent et amusent. Sa voix et son regard sont en harmonie, pour ainsi dire, avec le burlesque désordre de toute sa personne; il y a en lui une caricature naturelle et bien plus divertissante que l’art des hommes n’aurait pu la faire. Cela est si vrai, qu’Arnal ne peut supporter ni géne ni travestissement... Personne ne joue avec plus de chaleur, de verve et d’entrainement qu'il n’en apporte dans la peinture de ses personnages ; ses exclamations, son rire, ses improvisations fines, hardies et spirituelles, son audace aristophanique , voila ce que |’étude lui a révélé; il provoque le public et il ’observe, il le dirige et il lui obéit. Son monologue de Humoriste le montre tout entier; il peint le plaisir qu’il godte a s’exercer librement sur les théatres. Dans le Cabaret de Lustucru, Arnal, en proie une joyeuse exaltation, avait imaginé de danser tout seul; il étendait alors les bras des deux cdtés, et il tournoyait en criant : Hn rond! Nul autre que lui ne peut trouver ces jeux de scéne si gais et si animés. »
ARNALDISTES, nom que !’on a donné aux partisans d’ Arnaud de Brescia.
ARNAUD be BresciA naquit au commencement du douziéme siecle, et vint dans sa jeunesse en France, ou il suivit les lecons d’Abailard. Il était de retour dans sa ville natale en 1136. Arnaud embrassa I’état monastique. Son esprit élevé et hardi, sa connaissance historique du christianisme, son éloquence entrainante et pleine d’énergie, donnérent une grande force a ses sermons contre les vices du clergé. Aussi parvint-il 4 exciter les peuples contre le clergé, et trouva-t-il méme en France, ou il fut obligé de se réfugier en 1139, de nombreux partisans; car partout la conduite dissolue et les prétentions extravagantes des prétres avaient provoqué le mécontentement populaire.
Tous les monuments contemporains et les écrits méme de saint Bernard l’attestent, il est & croire qu’Arnaud, comme tous les hommes distingués de son époque, n’attaqua d’abord dans le clergé que l’abus qu’il faisait de ses richesses ; mais il en vint bientét a soutenir que le clergé ne pouvait pas étre propriétaire. Cette doctrine trouva des partisans parmi les grands et dans le peuple. Les tétes s’enflammérent, et une révolte contre l’évéque de Brescia fut le résultat de fa fermentation des esprits.
Le clergé s’aigrit et porta ses plaintes, en 1139, au concile de Latran, et le pape Innocent II, aprés avoir fait condamner, dans trente canons, les excés que blamait Arnaud, proscrivit sa doctrine, et langa "excommunication contre lui et ses adhérents. Arnaud, repoussé de l’Italie, s’installa & Zurich en Suisse, et y dogmatisa avec son ancien maitre Abailard. Il entretenait an parti si puissant 4 Rome, qu’une sédition y éclata a la fin du pontificat d Innocent II. Les Romains prétendirent réduire le pape a se contenter des dimes et des oblations, s’assembkrent au Capitole, et rétablirent le sénat. En 1144 ils mirent a la téte des sénateurs un patrice, qu’ils regardérent comme leur souverain.
La révolte s’accrut en 1145, 4 la mort de Lucius IT. Le peuple voulut contraindre son successeur, Eugéne III, a reconnaitre l’autorité du sénat. Il s’y refusa, et sortit de Rome, Arnaud y entra pendant son absence, porta les séditieux a abolir la préfecture, 4 ne reconnaitre que le patriciat, et a dévaster les proprictés ecclésiastiques. Au mois de décembre de la méme année Eugene soumit les rebelles, revint 4 Rome, excommunia le patrice et rétablit le préfet.
Adrien IV, plus courageux que ses prédécesseurs, excommunia en {154 Arnaud lui-méme et ses adhérents, et jeta l'interdit sur Rome jusqu’A ce qu’elle edt expulsé le moine s¢ditieux. Cet acte sans exemple humilia les Romains, qu, demandérent grace au saint-pére, et Arnaud , obligé de
se sauver, ,. arvété dans la campagne et bralé 4 Rome, en