‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 329 sur 488 · BARON — BARONET · texte numérisé non relu

BARON — BARONET

dans tous les secrets de lart, prodigua ses conseils an jeune Baron, qui en sut dignement profiter. Racine, quelque temps aprés, essaya d’introduire au théatre, avec la pureté du drame grec, une sorte de mélopée qui edt rendu impossible le naturel. Baron ne youlut jamais se plier a ce gout du poéte, et sut tout d’abord le convertir 4 sa manieére. Racine, le poéte épuré, aux mouvements toujours harmonieux, poéte plus lyrique peut-étre que dramatique , dans la grande acception shakspearienne du mot, Racine éprouva une surprise mélée de satisfaction lorsque Baron, sans rien dter A ses vers de leur riche mélodie, les dit pour la premitre fois devant lui avec Vaccent saisissant et vrai des passions. C’est 4 Baron qu’est dd le premier retour marqué 4 Ja nature, si méconnue dans la déclamation emphatique de hotel de Bourgogne, Cette déclamation, il est vrai, s’accommodait merveilleusement a la versification du temps, toute pompeuse , et se produisant sans cesse par tirades cadencées. Baron sentit la nécessité d’assouplir la forme classique, belle et riche, mais quelque peu monotone. Plus le vers était pompeux , l’hémistiche plein et tout d’une piéce, la césure rare, plus il s’efforcgait d’apporter de la variété dans la diction. I] excellait & rendre avec naturel les sentiments et les pensées qui paraissaient le plus s’éloigner de la nature. Il se montra toujours grand, varié, énergique , dune noblesse et d’une vivacité de mouvement admirables. Racine fut si charmé de sa maniére d’entendre l’art, qu’un jour, venant de donner aux acteurs qui jouaient dans une de ses piéces les instructions les plus détaillées, il dit a Baron, dont le tour était venu : « Pour vous, monsiecur Baron, je vous livre 4 yous-méme; votre cceur yous en appren Ira plus que mes legons. »

Le grand principe de cet acteur était de s'abandonner a la nature , de la régler sans doute , mais de la suivre toujours. Une fois, en émettant devant ses camarades le principe que dans l’action ordinaire il ne fallait pas lever les bras audessus de ceil, il se reprit tout & coup, et exprima tout son systéme en ajoutant brusquement : « Que si toutefois la passion les porte au-dessus de la téte, laissez-la faire ; la passion en sait plus que les régles. »

Il est facile de concevoir qu’avec les idées justes et les sentiments éleyés inséparables de son talent, Baron dut avoir beaucoup a souffrir du préjugé qui s’attachait de son temps a Pexercice de la profession de comédien. Aussi, pour relever un peu cette profession dans l’estime publique , exagérait-il le cas qu’il faut faire des grands acteurs, et se liyrait-il sur lui-méme a la plus ridicule jactance. « Tous les cent ans, disait-i!, on peut trouver un César; mais il faut deux mille ans pour produire un Baron. » Dans l’appréhension que les grands seigneurs ne le traitassent cavaliérement, selon lPusage des courtisans, il affectait dans leur compagnie des airs nobles et familiers. Il avait aussi la réputation d’un homme a bonnes fortunes, et l'on croit que c’est lui-méme qu’il a peint dans la piéce qui porte ce titre.

Baron se retira du thédtre en 1691, encore dans toute la force de lage. On ne sait quels motifs le déterminérent a prendre cette résolution, qu’il garda invariablement prés de trente années. Il avait quitté la scene au moment od son talent était parvenu a toute sa maturité. Sa retraite excita longtemps un regret général, et le public n’espérait plus le revoir jamais, lorsque tout 4 coup, sans que personne s’y attendit , sa rentrée fut annoncée pour le 10 avril 1720. Ce fut un jour de triomphe pour Baron. Il passa prés de dix ans encore a la scéne, jouant toutes sortes de réles tragiques et comiques, et parfois des réles d’enfants , dont il s’acquittaif, dif-on, trés-bien, malgré son grand dge. Enfin, le 3 septembre 1729, la nature fut la plus forte. Comme il jouait le réle de Venceslas, arrivé 4 ce vers, qui avait un singulier rapport avec sa situation :

Si proche du cercueil ol je me vois descendre,

il ne put aller plus loin. Les forces lui manquérent; il se trouva mal, et I’on fut obligé de l’emporter mourant hors du thédtre. Peu de temps aprés, le 22 décembre, Baron mourut, dans sa soixante-dix-septiéme année.

On a imprimé en 1759, aux dépens des libraires associés, 3 volumes in-12 de comédies, sous le titre de Thédtre de M. Baron. Ona attribué quelques-unes de ces piéces au pére de la Rue, jésuite. La meilleure et la plus connue, dont Baron est incontestablement l’auteur, est l’ Homme a bonnes fortunes, qui est restée au thédtre. Charles Romey.

BARONET, titre héréditaire de noblesse, particulier & la Grande-Bretagne et a l’Irlande, plagant ceux qui en sont revétus & un rang intermédiaire entre celui de la pairie et celui de la simple gen¢ry. Il fut créé en 1611 par le roi Jacques 1°, d’aprés le conseil du chacelier Bacon, dans le but d’obtenir les fonds nécessaires pour équiper et solder des troupes dont on avait alors le plus pressant besoin pour tenir) Irlande dans le devoir. C’est ce qui résulte de la teneur méme des brevets primitifs. Dans le principe, ces nouveaux titres (dont le véritable sens est petit baron ) furent imposés a certains riches propriétaires anglais, pour les forcer 4 en payer les droits de chancellerie, qui étaient de 1,100 liv. sterl. Chacun de ces baronets dut en outre prendre l’engagement d’entretenir 4 ses frais, contre les Irlandais rebelles, trente hommes a raison de 8 sous sterl. par jour. C’était , comme on voit, des savonnettes a vilains dont le prix était assez élevé, et qui exhalaient dés lors un véritable parfum d’aristocratie, puisqu’elles n’étaient pas a la portée de toutesles fortunes. La spéculation ayant réussi a Jacques I**, ce prince songea a l’appliquer & I’Irlande, qui, a partir de 1619, eut aussi ses Lbaronets propres, Plus tard, Charles It’, séduit par cet exemple, et ne sachant non plus ou trouver les fonds nécessaires pour la colonisation de la Nouvelle-Ecosse , eut l’idée de créer dans cette contrée des baronets, en ayant soin d’assigner a chaque titre une certaine quantité de terres a y prendre, et lui aussi s’en trouva bien : preuve nouvelle que Ja vanité des riches bourgeois, habilement exploitée, pourrait fournir 4 un gouvernement sage les moyens de mener a bonne fin des entreprises grandes et utiles, sans pressurer les masses, en faisant rendre a Vimpot tout ce qu’il est susceptible de rendre.

Le titre de baronet est héréditaire et se transmet d’ainé en ainé dans les familles qui Yont obtenu; les lettres patentes qui en contiennent la collation sont signées par le souverain et revétues du grand sceau de I’Etat.

On compte aujourd’hui en Angleterre sepi cents baronets, tous reconnaissables en ce qu’ils font précéder leur nom de baptéme de l’appellation de si7, qui dans ce cas équivaut a celle de chevalier, mais qui, isolée et dans la conversation, répond tout simplement 4 notre mot monsieur. Ainsi, pour citer unexemple qui nous fera plus facilement comprendre, l’immortel auteur de Waverley, de Quentin-Durward, dIvanhoé, etc., une fois eréé baronet, on fit désormais précéder son nom de la qualification de sir, distinctive de sa nouvelle dignité, et on ne l’appela plus que sir Walter Scott, tandis qu’ll n’était auparayant que master (maitre) Walter Scott. Ce mot master, qui dans la conversation se prononce trés-rapidement, mis/eur-, et queles Anglais dans leurs livres on en écrivant représentent par labréviation M*, répond complétement dans ce dernier exemple a notre mot monsieur, placé dans les mémes conditions.

Notons encore qu’on peut bien dire par abréviation sir Walter, mais qu’on ne saurait dire sir Scott; en effet, pour désigner un baronet, il faut absolument que le mot sir soit Joint 4 un nom de baptéme. Accolé & un nom patronymique, il est un non-sens, que ne commettra jamais un Anglais, et qui trahit tout de suite "homme étranger aux meeurs britanniques. Quand ils placent en Angleterre le lieu de la scéne oti se passent leurs romans, nos feuilletonistes ,

sous prétexte de faire de la couleur locale, commettent a tous les instants cette confusion de termes, et transforment, sans le moindre scrupule, en baronet chacun de leurs personnages.

Les femmes de baronet recoiventla qualification de lad y, qui veut dire dame, et qui nous fournira l'occasion de présenter des remarques analogues a celles que nous venons de faire ici a propos du mot sir. Consultez Debrett, Baronetage of England (Londres, 1840).

BARONIUS ou BARONIO (César), né a Sora, dans le pays de Naples, le 30 octobre 1538, fut l'un des premiers disciples de saint Philippe de Nériet membre de la congrégation des prétres de /’Oratoire, fondée par ce dernier. En 1593 il fut nommé supérieur de cette congrégation , bientot aprés confesseur du pape, protonotaire apostolique et cardinal, et enfin bibliothécaire du Vatican. Il fut redevable de ces dignités 4 la reconnaissance du pape pour les services qu’il avait rendus a l’Eglise catholique par ses Annales, publiées avec une persévérance digne d’éloges, depuis 1558 jusqu’’ sa mort, qui arriva le 30 juillet 1607. Il avait été porté a écrire cet ouvrage par les legons qu’il faisait sur V’histoire de I’Eglise dans la congrégation fondée par saint Philippe de Neri. C’est un des livres les plus riches en documents précieux pour Vhistoire de l’Eglise qui existent dans les archives pontificales. I] a été écrit dans le but spécial de servir de réfutation aux Centuries de Magdebourg ; mais il porte ’empreinte d’une si grande partialité qu'il n’est guére possible d’accorder une confiance absolue aux faits cités par auteur de méme qu’aux autorités qu'il invoque. Les Annales ecclesiastict a Christo nato ad ann. 1198, a C. Baronio (Roma, 1588-1607, 12 vol. in-folio), ont été souvent réimprimés, corrigés et augmentés, 4 Mayence et A Anvers. I] manque a cette derniére édition la dissertation De Monarchia Siciliz, qui conteste au roi de Sicile ses priviléges ecclésiastiques , et qui pour cette raison a été prohibée en Espagne. Le franciscain Antoine Pagi a relevé beaucoup d’erreurs, entre autres des anachronismes, dans son excellente critique de l’ouvrage de Baronius, Critica historico-chronologica in Annales ecclesiasticos Baronii (Anyers, 1705, 4 vol. in-folio). Parmi les différentes continuations des Annales, dont aucune, au reste, n’est comparable A ouvrage de Baronius, on cite celle de Bzovius, qui va jusqu’é l'année 1564 (Rome, 8 vol., 1616), et celle de Raynald, qui se servit des matériaux laissés par Baronius pour l’intervalle de 1198 4 1565 (8 vol., Rome, 1646-1677), comme les meilleures et les plus estimées. Mentionnons encore parmi les ouyrages d’érudition dont on est redevable a Baronius son édition du Martyrologium Romanum (Rome, 1586, et souvent réimprimé depuis ).

BARONS (Conjuration des). L’histuire a donné ce nom a larévolte des barons napolitains contre Ferdinand 1, roi de Naples. L’insurrection azbora la banniére d’Anjou, et le fils du roi René, Jean, duc tituiaire de Calabre, eut un instant Yespoir de recouvrer le tréne que sa famille avait tant de lois perdu. Mais la fortune trahit ses armes ; les Génois, ses alliés , l'abandonnerent, et les nobles napolitains durent se soumettre les uns aprécles autres 4 Ferdinand. Parmi eux on comptait Orsini, prince de Tarente , le plus puissant vassal de la couronne , et Piccinino, le dernier des grands condotlieri- Vingt ans apres, une seconde révolte des barons échoua également, et le roi en fit périr les auteurs au mépris de la foi jurée. Un des principaux conjurés, San-Severino, prince de Salerne, parvint 4 échapper & la vengeance de Ferdinand, Il se réfugia en France, ott il ne cessa d’exciter le roi Charles VIII a détroner le tyran qui avait immolé ses malheureux compatriotes. Ce crime ne contribua pas peu aux succes rapides des Krangais, lorsque, plusieurs années apres, ils entreprirent la conquéte du royaume de Naples.

BAROQUE, que quelques-uns ont écrit barrogue. Ce mot vient-il du baroco des vicux logiciens ou de l'espagnol

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