BARRA — BARRAS
point of Barra, battant toujours la charge, s’est avancé seul ; deux cents paysans lenvironnent; sa jeunesse et son courage calme les étonnent ; son extérieur délicat les touche. « Veux-tu la vie, enfant? lui crie-t-on de toutes parts, allons! crie Vive le roi! » Barra se tait, et continue de battre la charge. « Nous as-tu entendus, drole? Vive de roi! » Méme silence, « Es-tu sourd? attends, dit en le couchant en joue un de ces rudes compagnons pressé d’en finir, — Je suis républicain. — Ah! brigand , prends garde atoi, crie toute la bande; fais comme nous, ou tues mort. Allons, Vive le roi! — Vive la république! » s’écrie de toutes ses forces le héros de treize ans, Au méme instant vingt coups de feu partent, le martyr tombe. En voyant couché a leurs pieds ce cadayre si jeune, les Vendéens se troublent et fuient. Bientdt, confus de ce quils ont fait, ils reviennent tristement, et, d’un commun accord, la téte découverte, relévent les restes du noble enfant et les renvoient pieusement au camp des bleus,
La Convention nationale décréta que lés honneurs du Panthéon seraient accordés 4 Barra, et qu’une gravure représentant sa mort serait envoyée a toutes les écoles primaires, afin que chaque citoyen pdt apprendre dés l’enfance de quoi est capable l'amour de la patrie. La république accorda une pension a sa mére. David (d’Angers) a exposé en 1839 une belle statue représentant Barra expirant. Jean AIcARD.
BARRACKPOUR, ville de l’Inde anglaise, sur |’Hougli, 4 25 kilom. au-dessus de Calcutta. La salubrité de sa position en a fait depuis 1689 la résidence favorite des riches Européens; le gouverneur général y a une maison de campagne. C’est 1a que prit naissance la terrible insurrection de 1857 : plusieurs régiments de cipayes y tenaient garnison ; le 19 et le 34 donnérent les premiers le signal de la révolte.
BARRAGE. On appelait ainsi un droit établi pour la réfection (la réparation) des ponts et passages , et principalement du pavé (jus exigendi vectigalis pro transitu). C’était une ferme particuliére, qui fut plus tard comprise dans le bail général des aides. On nommait ce droit barrage, 4 cause de la barre qui traversait le chemin pour empécher le passage jusqu’a ce que l’on edt payé. — On entendait aussi par ce mot un droit seigneurial par lequel il était permis 4 quelques seigneurs de lever ccrtaine somme de deniers sur les marchandises qui passaient sur leurs terres (portorium).
Barrage est aussi le nom de ces espéces de digues construites en travers des rivieres, dans le but de les rendre plus navigables ou d’obtenir des chutes d’eau propres a diriger des moteurs d’usines. Les barrages exhaussent le niveau d’une riviére, non-seulement a l’endroit ou ils sont établis, mais beaucoup plus haut, en sorte qu’il suffit d’en placer un certain nombre a d’assez longs intervalles pour faire disparaitre les bas-fonds, les courants et tout ce qui géne la navigation. On obtient de cette maniére une succession de nappes qu’on fait communiquer au moyen d’écluses.
Les barrages les plus usités sont les barrages inclinés : ils se composent en général d’une magonnerie qui a un talus vers l’amont et un autre vers l’aval; ce dernier est trésallongé, de sorte que l’eau qui glisse sur lui perd, par le frottement, une partie de sa vitesse; les aflouillements (excavations qui atteignent de six 4 sept métres de profondeur et qui se forment au pied des barrages mal construits ) ne peuvent donc pas se produire. Souvent aussi, pour éviter cette cause de destruction, on construit les barrages dans une direction oblique a celle de Ja rivitre. L’eau suit alors la ligne de plus grande pente perpendiculairement au barrage, et, se répartissant sur une plus grande largeur, il en résulte que l’action retardatrice du talus est plus énergique. Mais Pobliquilé du courant relativ ment aux berges l’améne a se briser contre l'une d’elles,
pour se réfléchir ensuite sur l'autre, et entamer ainsi successivement chaque rive par des oscillations qui se font sentir i une grande distance, et occasionnent des dégits dans les propriétés riveraines. C’est pour éviter cet inconvénient qu’on dispose presque toujours les barrages en forme de chevron dont le sommet est tourné vers l’amont : les directions opposées que prennent les filets d’eau donnent pour résultante unique une direction paralléle a l’axe du cours d’eau et sans action nuisible sur les rives.
Pendant !été les barrages jouent un réle important dans la navigation fluviale, en conservant aux riviéres une profondeur d’eau suffisante; mais 4 la saison des crues les barrages permanents ont pour effet de rendre les débordements plus fréquents et plus désastreux. Ces considérations ont fait inventer des barrages mobiles, destinés a rester en place pendant la sécheresse et & disparaftre pendant les crues. Un des meilleurs est le barrage a aiguilles du systéme Poirée. Cependant M. Arago préfére le systeme de M. Thénard, ingénieur en chef des ponts et chaussées , lequel consiste en deux séries de portes s’abattant sur le radier, les unes d’amont en aval, les autres en sens inverse. Cette disposition a l’'avantage de permettre 4 un seul homme d’ouvrir et de fermer le barrage en trés-peu de temps.
BARRAL (Louts-Martuiss, comte p&£), archevéque de Tours, naquit & Grenoble, le 20 avril 1746. II était issu d’une ancienne famille du Dauphiné, originaire de la seigneurie d’Allevard, dont elle avait recu V’inféodation du dauphin de Viennois en 1323. Cette famille a donné un grand-prieur & Vabbaye d’Ainay, des prélats distingués au clergé, des officiers généraux 4 nos armées, et trois présidents 4 mortier au parlement de Grenoble. Le comte de Barral était au commencement de la révolution coadjuteur de son oncle, l’évéque de Troyes, et lui succéda quand Vage et les infirmités le rendirent incapable d’administrer son diocese. Il refusa d’adlérer a la constitution civile du clergé, et s’éloigna de France, ou il ne revint qu’aprés le 18 brumaire.
Son dévouement 4 Bonaparte lui valut Pévéché de Meaux en 1802, l’archevéché de Tours en 1805, et les fonctions de premier aumdnier de l’impératrice. Les services qu'il eut occasion de rendre dans ses emplois et dans quelques négociations avec le saint-siége le firent appeler au sénat, avec le titre de comte de l’empire. L’archevéque de Tours ne voulut pas, comme tant d’autres, se faire de l’ingratitude un titre a la bienveillance du gouvernement de la Restauration. Il prononga, le 2 juin 1814, loraison funébre de Vimpératrice Joséphine, ce qui ne l’empécha pas d’étre appelé deux jours aprés 4 la pairie. Mais ayant, |’année suivante, officié pontificalement au Champ de Mai et accepté de faire partie de la chambre héréditaire des Cent-Jours, il fut déclaré pair démissionnaire & Ja seconde rentrée des Bourbons, et se dépouilla lui-méme de ses fonctions archiépiscopales. Il mourut d'une attaque d’apoplexie, le 17 juin 1816.
BARRAS (PavL-Frangois-JEAN-NICOLAS, comte DE), naquit 4 Jos-Emphoux, en Provence, le 20 juin 1755. L’ancienneté de sa famille était passée en proverbe; on disait : « noble comme les Barras, aussi anciens que les rochers de Provence. » Destinéa la profession des armes, il entra trésjeune comme sous-lieutenant dans le régiment de Languedoc, qu’il quitta en 1775 pour se rendre auprés d’un oncle gouverneur de Vile de France. Nommé officier dans le régiment de Pondichéry, il faillit périr dans un naufrage en allant a la céte de Coromandel. Avec courage et sang-froid il s’empara de la manwuvre, et aborda une fle habitée par des sauvages. Ses compagnons et lui y restérent un mois, et furent secourus et transportés 4 Pondichéry. Lorsque cette place se fut rendue, il s’embarqua sur l'escadre du bailli de Suffren, qui se dirigea vers Vile de France.
Promu, dés son retour dans la métropole , au grade de ca-
pitaine, et devenu maitre d’une fortune considérable, il se livra a tous les plaisirs de son age. Une révolution politique était imminente ;; les états généraux furent convoqués ; Barras suivit exemple de Mirabeau, et n’hésita pas a se présenter a Passemblée électorale du tiers état; son frére siégeait a celle de la noblesse. Il prit part aux journées des 14 et 15 juillet 1789, et A celle du 10 aodt 1792; fut nommé juré de la haute cour nationale siégeant 4 Orléans, élu ensuite député du Var 4 la Convention nationale, ot il vota la mort de Louis XVI. Lorsque la transaction réelle ou supposée des Girondins avec la cour eut divisé cette assemblée, Barras se rangea du cété des montagnards, et fut envoyé, le 4 brumaire an II (29 octobre 1793), en mission a l’armée de Toulon, avec ses collégues Fréron, Sallicetti et Gasparin. Au siége de cette place il distingua Bonaparte, qui n’était encore que capitaine d’artillerie. L’un des plus violents promoteurs du 9 thermidor, il se mit a la téte des troupes qui s’emparérent de Robespierre 4 !’hotel-de-ville. Le 15 brumaire an III il fut élu membre du comité de streté générale, et nommé, le 23 germinal an III (14 avril 1795) , commissaire de la Convention prés de la force armée destinée 4 assurer les subsistances de Paris. Le 13 vendémiaire an IV la Convention lui conféra le commandement en chef de Varmée de Paris, et il fut courageusement secondé dans cette journée par son protégé Bonaparte. Enfin, la constitution de l’an III (1795) ayant établi un directoire exécutif de cing membres, Barras fut élu l’un des directeurs.
Cette constitution subit, dés son origine, les plus fortes épreuves. Une double conspiration menagait son existence ; les royalistes avaient succombé dans la journée du 13 vendémiaire. Les partisans de la constitution de {793 protestaient contre celle de 1795 dans leurs écrits, et bientdt ils formérent une ligue redoutable. La conspiration des Egaux avait pour chef, du moins apparent, Gracchus Babceuf. Ces républicains radicaux ne dissimulaient ni leurs voeux ni leurs projets. Le Directoire les faisait observer, et avant de Jes déférer aux deux conseils législatifs, Barras voulut avoir une conférence avec Ch. Germain, lieutenant de hussards , jeune conspirateur, qui s’empressa de rendre compte 4 Babceuf de son entretien avec Barras dans une lettre datée du 30 germinal an IV.
Barras s’était élevé trés-fort contre les royalistes. Il engageait les patriotes 4 ne pas les aider par des mouvements intempestifs. « Comme yous autres, lui dit-il, je sais que Yordre de choses actuel n’est pas le but que s’étaient proposé les hommes qui renversérent la Bastille, le tréne et Robespierre. Comme yous, je sais, moi, qu’il faut opérer un changement, que ce changement n’est pas aussi éloigné qu’on pourrait le croire. » Puis il s’étonnait que les hommes avancés voulussent la ruine du Directoire , se faisant, sans y songer peut-étre, les instruments des émigrés. Enfin, Barras terminait par demander un mouvement général contre les royalistes.
Quel était le buf de Barras dans cette singuliére entrevue? Espérait-il qu’un jeune officier de vingt-six ans se compromettrait par quelques indiscrétions, et livrerait imprudemment le secret de son parti? Il se trompa dans ses prévisions. Germain n’était pas un conspirateur ordinaire; il ne pouvait croire aux protestations de Barras; aucune trans: action n’était possible. Barras avant le 13 vendémiaire avait déja fait la méme tentative auprés des républicains ; il avait vu les chefs du club du Panthéon; il avait réclanié leur appui contre les royalistes, il avait obtenu; mais alors il y avait identité Wintérét : il s’agissait d’attaquer et de vaincre ’ennemi. Les belles promesses faites aux républicains avaient été eubli¢es aprés le succés, et Barras ne pouvait espérer de recouvrer leur confiance. Le Directoire setait jeté dans une fausse voie, qui devait le conduire a sa perte, le systéme de bascule.
Carnot, dans sa lettre & Bailleul sur le 18 fructidor,