BARRAS
accuse les directeurs Barras , Rewbel et La Reveillére d’avoir protégé les nobles et fait arréter le débile Barthélemy. Une accusation non moins grave pesa sur Barras aprés cette journée. On lui reprocha de conspirer avec les agents de Louis XVIII, et il est certain que Fauche-Borel, lun des agents les plus hardis, les plus adroits de ce parti, avait obtenu un passe-port sous le nom de Borelly, et qu’a aide de ce passe-port il avait pu se soustraire aux ordres donnés contre lui. I] a été reconnu et avoué par Fauclie-Borel luiméme , dans les mémoires qu’il a publiés depuis la Restauration, qu’il avait obtenu ce passe-port de Bolto, secrétaire de Barras.
L’existence politique de Barras cessa le 18 brumaire, Les deux Conseils législatifs étaient 4 peine réunis a Saint- Cloud que celui des Cinq-Cents avait décidé l’envoi d’un message aux Anciens pour connaitre les motifs de cette convocation extraordinaire. Un autre message dans le méme sens avait été délibéré pour le Directoire. Au milieu de l'agitation générale arrive une lettre du directeur Barras, ainsi concue : « Citoyen président, engagé dans les affaires publiques uniquement par ma passion pour la liberté, je n’ai consenti 4 partager la premit¢re magistrature de VEtat que pour le soutenir dans ses périls par mon dévouement, pour préseryer des atteintes de ses ennemis les patriotes compromis dans sa cause, et pour assurer aux défenseurs de la patrie ces soins particuliers qui ne peuvent leur étre plus constamment donnés que par un citoyen anciennement témoin de leur vertu héroique et toujours touché de leurs besoins. La gloire qui accompagne le retour du guerrier illustre a qui j’ai eu le bonheur d’ouvrir le chemin de Ia victoire, les marques éclatantes de confiance que lui donne le corps législatif et le décret de la représentation nationale m’ont convaincu que, quel que soit le poste ot l’appelle désormais Vintérét public, les périls de la liberté sont surmontés et les intéréts des armées garantis. Je rentre avec joie dans les rangs de simple citoyen; heureux, aprés tant d’orages, de remettre entiéres et plus respectables que jamais les destinées de la république, dont j’ai partagé le dépét. » Le conseil allait délibérer sur cette démission tout a fait inattendue, et déja on proposait de procéder dans les formes constitutionnelles au remplacement du directeur démissionnaire, lorsque l’on recut les démissions des quatre autres directeurs.
La journée du {8 brumaire ne fut pas un coup d’Etat, mais le résultat d’une conjuration habilement tramée. Bonaparte se fit proclamer premier consul. Barras lui demanda et obtint une escorte pour protéger sa sortie de Paris. Il se retira dans son chateau de Grosbois. Bonaparte sembla avoir oublié celui qui lui avait ouvert la carritre des honneurs et de la gloire. Il ne pouvait se montrer reconnaissant sans compromettre le succes de son audacieuse entreprise, sans appeler l’attention sur le réle qu’avait joué Barras dans cette nouvelle révolution, a laquelle il était important de conserver une apparence de légalité, Barras pouvait espérer du moins qu'il lui serait permis de choisir sa retraite. Mais a peine le gouvernement consulaire fut-il organisé qu'il eut ordre de quitter sa délicieuse retraite de Grosbois: il la vendit, Il ne lui fut pas méme permis de rester en France; il partit pour Bruxelles en 1805, et acheta aux environs un chateau qui avait appartenu au prince Charles. La il s’entoura @un domestique nombreux, et son train fut celui dun grand seigneur. Plus tard, il obtint la permission de se retirer dans le midi de la France, et parut renoncer a tout role politique. Cependant il est A peu prés certain qu’il eut connaissance de la conspiration de Mallet. Alors il fut exilé a Rome et mis sous la surveillance de la police. Il refusa en {814 d’entrer dans le parti de Murat, partit de Rome, fut, arrété & Turin et conduit & Montpeltier, ot il se remit a intriguer dans le sens des royalistes. Pendant les désastres de la campagne de 1814, 'ex-montagnard conspira ouverte-