BAVE — BAVIERE
crétes élevées, telles que l’Arber, haut de 1513 métres, et le Rachel, haut de 1470 métres, et quelques groupes détachés des systémes principaux, comme le Bayrische Wald entre le Regen et le Danube. Au centre s’éléve le plateau de Franconie, avec le haut versant du Jura Franconien, auquel se relient 4 l’ouest les terrasses de la Souabe. Dans la Baviére septentrionale, au dela du Mein, s’éléve le systéme des monts Hyrciniens avec les groupes suivants : & lest, le petit plateau des Fichtelgebirge, réservoir central de )’Allemagne, oui le Schneebverg atteint une élévation de752 metres, et POchsenkopf 1102 métres, et le plateau montagneux du Frankenwald, situé au nord; au centre, le soulevement basaltique des Hautes Rehn, avec le Kreuzberg, haut de 975 métres ; et & l’ouest le Spessart, avec le Geiersberg, de 635 métres. Les points du sol bavarois les moins élevés , si on excepte le Palatinat du Rhin, sont sur les bords du Danube a Passau, ot le sol n’est qu’& 170 metres au-dessus du niveau de la mer, et au-dessous d’Aschaffenburg, o& son élévation ne dépasse méme pas 108 métres. On n’y peut @ailleurs citer de vallées proprement dites que dans la petite fraction occidentale des plaines rhénanes du Palatinat.
Le sol bavarois participe 4 quatre des grands bassins de I’ Allemagne ; cependant ceux de |’Elbe et du Weser n’y occupent au nord qu’une superficie trés-minime, et méme le bassin immédiat du Rhin ne fait que l’effleurer a ses frontiéres et au moyen d’attluents peu importants de sa rive gauche. Les principaux cours d’eau sont au contraire le Mein et le Danube , le: premier au nord et le second au sud, l'un en se dirigeant & Pouest, autre & Vest; tous deux mis dans ces derniers temps en communication par le canal de Ludwig, qu’alimentent les eaux de |’Altmuhl et de la Regnitz. Le Danube recoit en Baviére, a droite les eaux de I’Iller, du Lech, de l’Isar etde l’Inn; A gauche celles de la Wernitz, de l’Altmuhl, du Raab et du Regen. Le Mein, formé audessous de Baireuth par la jonction du Mein-Rouge et du Mein-Blanc, recoit, a sa droite, les eaux de la Rodach, de Itz et de la Saale, et 4 sa gauche celles de la Regnitz.
En fait de lacs, on doit surtout citer, comme servant de réservoirs aux eaux provenant des Alpes, le lac de Constance, dont, 4. Lindenau, une minime partie des rives seulement est bavaroise, le lac de Tegern et le lac de Chiem.
L’élévation générale du sol, rempli en Baviére de chaines de montagnes ou de hauts plateaux , n’étant interrompue que par la vallée du Rhin, y produit une température moyenne plus basse que celle de Hambourg et de Bergen en Norvége, ct les mémes résultats qu’on a lieu d’observer sur la céte orientale de Ecosse, ot la température moyenne est de 5° 2/5 Réaumur. Toutefois le climat de la Baviére a un caractére plus continental, les hivers y sont plus rigoureux et les étés plus chauds ( 13° Réaumur). De ces nombreuses alternatives d’élévation et d’abaissement dont nous avons parlé, comme aussi d’une constitution physique du sol plus favorable, il résulte que la Baviére est l'une des plus fertiles contrées de Allemagne. La culture des céréales y prospére jusqu’é une élévation de 1000 métres au-dessus du niveau de la mer; Ja région des foréts, généralement composées d’essences résineuses, s’y étend jusqu’’ une ¢lévation de 1700 métres, et celle des Alpesjusqu’a 2,700 métres. Il n’y a que trés-peu de points de la région des montagnes qui appartiennent a celle des neiges éternelles,
La population de la Baviére est (décembre 1867) de 4,824,421 habitants, tous de race allemande pure, a l’exception de 3,500 Francais, de 49,840 juifs et de quelques débris de population slave dans les parties orientales du royaume. Sur ce nombre on compte 3,441,029 catholiques, 1,328,713 luthériens et 4,839 chrétiens des differentes au~ tres confessions, Un fait bien remarquable , c’est le nombre considérable de naissances illégitimes qu’on compte dans ce pays. Il est dans la proportion d’un cinquiéme: relativement au cbiflre total des naissances, et méme a Munich de moitié.
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Sur 100 habitants on en compte 43 qui s’occupent exclusivement de travaux agricoles, 24 qui y joignent quelque profession industrielle, et 12 qui ne selivrent qu’ Pindustrie.
Il existe encore aujourd’hui en Baviére vingt-quatre seigneurs, ci-devant princes oucomtes relevant immédiatement de Empire, dont les possessions comprennent une superficie de 69 myriamétres carrés , avec une population de prés de 200,000 ames.
Plus des 43/100° du sol se composent de terres arables; son exploitation consiste surtout dans la culture des céréales de tout genre. La pomme de terre y est cullivée aussi sur une trés-large échelle. Les plantes commerciales, telles que le lin, le chanvre, le tabac, et du houblon d’une qualité tout a fait supérieure, y sont cultivées sur tous les points. La Vieille- Baviére produit en abondance des blés, le Palatinat et les cercles de Franconie des fruits. La sylviculture est aussi pour ce pays une notable source de richesses, attendu que prés du tiers de la totalité du sol est couvert de foréts donnant en moyenne chaque année plus de deux millions de cordes de bois. L’éléve du bétail est le plus souvent associée 4 la culture du sol, et constitue par conséquent une branche fort importante de l’économie rurale. Dans les contrées qui tiennent de la nature des Alpes, Vagriculture spéciale qui y est propre est aussi perfectionnée qu’elle peut Pétre en Suisse. La haute Franconie est justement célébre par son excellente viande de boucherie. La Franconie centrale, irdépendamment de l’éducation de la volaille, se livre tout particulitrement 4 celle des moutons, quoique a cet égard elle soit encore restée bien inférieure a diverses autres parties de Allemagne. On évalue le nombre des chevaux existant en Baviére a environ 330,000, celui des bétes a cornes A 2,350,500, celui des moutons a 1,484,100, celui des pores A 866,900, et celui des chévres a 101,600; a quoi il convient d’ajouter 4,500,000 tétes de volailles, et 171,400 ruches d’abeilles.
En ce qui touche !’exploitation des mines, c’est précisément celle des minéraux les plus utiles, comme le fer, le sel et la houille, qui donne en Bavieére Jes plus riches produits; Vensemble de la production est évalué & plus de 33 millions de francs par an. En moyenne on peut en évaluer comme suit le produit annuel : cuivre, 770 quintaux ; fer, 342,500 ; manganese, 110; cobalt, 520; mercure, 110; sel commun, 555,500 ; vitriol, 3,000; alun, 1610 ; houille, 407,520; anthracite, 30,000; argent, 150 marcs. On a depuis longtemps renoncé a l’exploitation des quatre lavages d’or qui existaient autrefois dans la Haute-Baviére, et qui de 176! a 1773 rapportérent en moyenne 16 a 17 mares. En revanche, on apporte chaquejour plus desoinet d’intelligence a l’extraction du mercure, dont les mines les plus importantes sont celles d’Obermoschel, de Stahlberg et de Wolfstein. Les salines les plus importantes sont 4 Berchtesgaden, a Reichenhall, a Traunstein, 4 Rosenheim , a Kissingen, a Soden, a Orb, a Durckheim, et 4 Philippsthal; elles produisent assez de sel pour qu’on en puisse exporter. Outre une richesse extréme en divers autres produits minéraux et surtout de magnifiques matériaux de construction, il faut surtout citer la pierre calcaire du Jura, plus généralement connue aujourd’hui sous le nom de pierre lithographique. Les meilleures sont celles qu’on tire de Solnhofen sur ’Altmuhl. En fait de sources minérales , les eaux de Bruckenau et celles de Kissingen sont les plus fréquentées,
Le génie industrieux du peuple bavsvoeis fut puissamment excité au moyen 4ge par la possession de la grande route continentale du commerce qui mettait le nord de Europe en rapport avec le midi. Aussi y voit-on de bonne heure s’élever un grand nombre de villes, en téte desquelles il faut mentionner Augsbourg et Nuremberg , qui donnérent au reste de |’Allemagne exemple de la prosperité dont le travail et l’industrie sont la source ; toutetvis, les changements survenus dans les voies adoptées par le commerce uodilie-
rent singuliérement a la longue cet état de choses. Les cidevant villes impériales ont bien encore conservé aujour- @hui quelques débris de leur importance, mais leur brillante prospérité a disparu depuis longtemps.
Le réseau des chemins de fer bavarois est & peu prés terminé, et se relie avec les grands centres de PAutriche, de l’Allemagne, de ’Italie, de la Suisse et de la France. Le plus grand nombre des lignes appartenaient a |’Etat, En 1865 les chemins de fer bavarois avaient un développement de 2,340 kilométres, et leur recette totale s’était éleyée a plus de 56 millions de francs. A la méme date il y avait 80 stations télégraphiques sur une longueur de 7,327 kilométres.
Les manufactures de foiles , de draps, de cotonnades et de soieries de la Baviére sont sous tous les rapports de beaucoup inférieures & celles des pays voisins, et, en ce qui touche les deux premiers de ces articles, ne livrent méme a la consommation que des produits grossiers. La fabrication des cuirs est loin aussi d’étre satisfaisante. La fabrication des fers et des aciers y est beaucoup plus active, et prend chaque jour de nouveaux développements. L’orfévrerie d’Augsbourg conserve toujours sa vieille réputation. Les creusets de Passau s’expédient jusqu’en Amérique. Si la fabrication du verre soutient avantageusement la concurrence avec la Bohéme, celle des instruments d’optique dans les établissements fondés 4 Munich par Fraunhaufer atteint une perfection a laquelle on ne saurait rien comparer en ce genre en Europe. Les jouets et la bimbeloterie de Nuremberg, de Furth et du voisinage des Alpes sont connus du monde entier; et la brasserie, qui compte prés de 6,000 usines et livre annuellement a la consommation pour plus de 8 millions d’eimer de ses produits, n’est point une industrie moins florissante.
En raison de sa situation au centre de Europe, et aussi des nombreux cours d’eau navigables qui sillonnent son territoire, on peut dire que la Baviére se trouve placée dans des conditions des plus fayorables. Le commerce, notamment le commerce de transit, y est donc trés-actif, surtout depuis que la Baviére a accédé au Zollverein; et il y est encore favorisé d’une maniére toute particuliére par d’excellentes voies de communication. Les exportations consistent en bestiaux de toutes espéces, produits agricoles des Alpes, peaux brutes, laines, fromages, bois et ustensiles en bois, bois de réglisse des environs de Bamberg, lins et chanvres, houblon, biére, vin, articles de Nuremberg, etc. Les principaux objets d’importation sont les chevaux et les mulets, la laine, le coton et la soie, soit bruts, soit ouvrés, les denrées coloniales et les denrées médicinales , les huiles, les fourrures et les poissons de mer. La valeur des exportations est estimée a 14 millions de florins, et celle des importations 4 10 millions. Les principales places de commerce sont, au nord , Bamberg, Schweinfurt et Wurtzbourg; au centre Nuremberg et Furth; au sud Augsbourg, grand entrepot des produits de I’Italie et du Levant.
Il s’en faut de beaucoup que la Baviére, surtout la Vieille- Baviére, ait participé & ce mouvement si marqué des intelligences qui s’est produit dans presque toutes les autres parties de ’Allemagne. On en a bien eu la preuve dans les événements de 1848, qui n’ont fait que rendre plus sensible encore l’antagonisme des moeurs et des idées particulires aux deux races distinctes dont se compose la population. Chez le Franconien Vintelligence est plus vive et plus active que chez le Vieux-Bavarois, peuple a l’esprit lent, grave, et généralement peu éclairé. Une ligne de profonde démarcation les séparera longtemps encore. Trois universités , une protestante & Erlangen, et deux catholiques a Munich et a Wurtzbourg, tavorisent Pétude des sciences et linstruction supérieure, secondées par un grand nombre d’écoles pré-
' paratoires. ll y en outre 26 écoles industrielles, 7 écoles.
dagriculture pratique, 45 écoles normales pour instituteurs, et 8,277 écoles primaires fréquentées par 850 enfants des deux sexes. L’instruction élémentaire e-t obligatoire. A un petit nombre d’exceptions prés, Vactivité industrielle est plus concentrée en Baviere dans quelques grandes villes quelle ne Vest au nord de VAllemagne; toute l’activité intellectuelle se trouve de méme a peu prés concentrée a Munich, & Augshourg, a Nuremberg, a Erlangen et a Wurtzbourg. La bibliothéque de Munich est, aprés celle de Paris , la plus grande qu’il y ait au monde. Cette capitale a W@ailleurs été le berceau d’une foule de découvertes dune valeur inappréciable, et Vinfluence de l’exemple du roi Louis I** est parvenue a en faire un des foyers des beauxarts en Europe.
La Baviére est un Etat monarchique, ayant un roi pour chef. Celui-ci réunit en sa personne et exerce tous les droits de la puissance exécutive; mais son autorité est limitée par une constitution représentative octroyée le 26 mai 1818. L’assemblée des états, qui se réunit au moins tous les. trois ans, se compose de deux Chambres : celle des Pairs et celle des Députés. La Chambre des Pairs comprend les princes de la famille royale, quand ils atteignent leur majorité, les grands dignitaires du royaume, les deux archevéques, les chefs des anciennes familles de princes et de comtes de l’Empire qui ont été médiatisés et en faveur de qui cette dignité a été rendue héréditaire, un évéque désigné par le roi et le président du consistoire protestant, ainsi que des membres nommés par le roi, soit a titre héréditaire, soit a vie, mais dont le nombre ne doit pas dépasser le tiers des membres héréditaires. La chambre des députés est le produit de Pélection directe, sans condition de cens (aux termes de la Joi électorale de 1848). Est éligible tout citoyen jouissant de ses droits civils et 4gé de plus de vingt-cing ans. On nomme un député par 35,000 habitants, Depuis 1848 les chambres bavaroises ont obtenu tous les droits les plus essentiels qui sont la base du systéme constitutionnel : elles prennent part a la confection des lois, votent |’impdt, peuvent adresser a fa couronne des doléances et des priéres, et possédent le droit d’initiative en matiére de législation.
Le tréne de Baviére est héréditaire par ordre de primogénilure, tant dans les lignes males que dans les lignes féminines, mais les premiéres sont toujours préférées aux secondes.
Les ordres de chevalerie existants en Baviére sont : 1° lordre de Saint-Hubert, fondé en 1444 et renouvelé en 1709; 2° Vordre de Saint-Georges, fondé au douzitme siécle et renouvelé en 1729; 3° Vordre de Maximilien-Joseph, fondé en 1806; 4° l’ordre de Saint-Louis, fondé en 1827; 5° Vordre du Mérite civil de la couronne de Baviére, fondé en 1808; 6° ordre de Saint-Michel, fondé en 1837; 7° ordre de Maximilien (arts et sciences), fondé en 1853; 8° ’ordre du Mérite militaire, fondé en 1866. Il y a en outre quatre ordres destinés aux femmes, a savoir ceux de Sainte-Elisabeth (1766), de Sainte-Anne de Munich (1784), de Sainte-Anne de Wurtzbourg (1811), et de Sainte-Thérése (1827),
Les deux autorités centrales du royaume sont le conseil d’Etat et le ministére d’Elat. Le conseil d’Etat, comme autorité délibérante supérieure, est placé sous la direction immédiate du roi, lequel en est en méme temps le président. En font partie le prince royal, quand il atteint l’Age de majorité, les princes de la famille royale en ligne directe qui sont majeurs, les ministres, le feld-maréchal, et, outre un secrétaire général, plusieurs conseillers nommés par le roi. Le winistére d’Etat, chargé de la direction supréme des affaires, se compose des départements de la maison du roi et des affaires étrangéres, de lintérieur, de la justice, des finances , du commerce et de l’industrie, des cultes et de Vinstruction publique , de la guerre.
Autrefois, malgré une dette publique de 130,860,000 florins,
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les finances de la Baviére paraissaient étre dans |'état le plus satisfaisant. Ainsi le produit de Vimpot, pour l’anuée 1835, était évalué a 30,195,933 florins, tandis que le budget des dépenses, pour la période financiére de 1837 4 1840, ne s’élevait qu’A 29,983 827 florins. Mais on acquit en 1848 la preuve que les épargnes résultant de Pexcédant du mon~ tant des recettes sur celui des dépenses, et qu’on évaluaita une vingtaine de millions de florins, étaient une pure fiction. La question d’un empront en faveur de la Gréce souleva dans les chambres Jes plus vives discussions, et elles durérent jusqu’a ce qu’en 1850 Je roi Louis et personnellement garanti cet emprunt. Au 31 aodt 1867, la dette publique de Ja Baviére s’élevait & 402,524,239 florins (853,351,386 fr.); en 1849 elle n’était encore que de 107,722,658 florins. Le budget annuel, pour les années 1868 et 1869, montait a 88,602,570 florins,
L’armée bavaroise, autrefois trés-négligée, mais qu’on a commencé a complétement réorganiser , doit se composer de 260,000 hommes avec un effectif de 155,000 hommes comme armée permanente; mais le systéme des congés le réduit & plus du tiers. A l’exception des membres du clergé, tous les citoyens de lage de vingt et un a vingt-cing ans sont astreints au service militaire dans ’armée permanente et restent jusqu’a l’Age de soixante ans dans les cadres de la Landwehr pour défendre Je sol national. \’armée se compose de seize régiments d’infanterie de ligne, de dix bataillons de chasseurs, de dix régiments de cavalerie et de trois régiments d’artillerie avec cent quatre-vingt-douze piéces de canon, dix compagnies du génie, etc. Depuis 1870 Varmée doit étre instruite , équipée , armée a Ja prnssienne ; Je roi en a encore le commandement nominal, mais en guerre elle est placée sous les ordres de la Prusse.
Les places fortes de la Baviére sont Passau , Ingolstadf, Forchheim, Wurtzbourg et Marienberg, Germersheim et Landau. Cette derniére place forte est une forteresse fédérale; mais en temps de paix elle est exclusivement gardée par des troupes havaroises.
Les huit chefs-lieux de cercle sont Munich, capitale du royaume, Passau, Augsbourg, Ratisbonne, Baireuth, Anspach, Wurtzbourg et Spire.
Histoire ancienne (jusqu’en 1800).
Suivant quelques auteurs, les Bavarois d’aujourd’hui descendent des Bojens celtes, Yune des tribus principales des Bajoariens. Mais Mannert pense que les Celtes du Danube (Bojens) qui habitaient a lorigine Allemagne méridionale, en furent expulsés ou exterminés. Des peuples de race germanique pure s’établirent, vers ’époque de la grande migration des peuples, dans leur pays, qui, a partir d’Auguste, forma les provinces de empire appelées Vindélicie et Noricum ; et vers la fin du cinquiéme siécle, du mélange des Hérules, des Rugiens , des Turcilingiens et des Skyres , peut-étre bien aussi des débris des anciens Bojens et Quades , se forma la nation des Bajoariens , confédération de peuples semblable a celles des Franks et des Marcomans, Ils s’étendirent depuis le Noricum a louest jusqu’au Lech, et Ratisbonne ( Regensburg ) devint leur capitale. Cette contrée s’appelait alors Noricum, et, suivant Mannert, ne fut jamais subjuguée par les Ostrogoths. En 496 il n’y avait que la Rhétie, séparée de la Baviére par le Lech et habitée en partie par des Alemans, qui dépendit du royaume des Ostrogoths. Aprés la chute de cet empire, les Franks s’emparérent de la Rhétie, et les Bajoariens , quoique ayant leurs souverains particuliers, dépendirent des rois franks d’Austrasie; mais cet état de sujétion ne se trouva solidement affermi que sous les Carlovingiens.
Les Bavarois conservérent sous les lois de cette dynastie leurs priviléges et immunités, ainsi que le droit d’élire eux-mémes leurs généraux d’armée et leurs princes. L’histoire mentionne vers ’an 556 la famille des Agiloljinges,
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qui se maintint en possession de cette dignité jusqu’a la fin du huitiéme siécle. Le régne de Thassilon /** (590), un de ces princes, est mémorable par le commencement de la guerre contre les tribus slaves et leurs alliés, les Avares, Sous Garibald 11, les Bavarois regurent, vers lan 630, du roi frank Dagobert leurs premiéres luis écrites, Odilon, gendre de Charles-Martel, prit formellement le titre de roi, mais il fut vaincu par ses beaux-fréres Carloman et Pépin lorsqu’il tenta, en |’an 743, de se soustraire a la suzeraineté des rois franks. Dés le septiéme siécle, des missionnaires franks avaient introduit le christianisme dans la contrée , saint Emmerand a Ratisbonne et Rupert a Salzbourg.
Sous le régne d’Odilon, l’archevéque Boniface divisa 'Eglise de Baviére en quatre évéchés, Salzbourg, Passau, Ratisbonne et Freisingen. Un grand nombre de couvents furent fondés ala méme époque.
En 748 Thassilon 11 dut venir a la ditte de Compiegne préter comme vassal serment de fidélité au roi frank Pepin le Bref; plus tard il déclara son serment nul, et se ligua avec le roi des Lombards , Desiderius ( Désiré), son beau-pére, et avec les ducs d’Aquitaine. En an 777 il s’associa son fils Théodore pour V'exercice de la souveraineté, et aprés la chute de la dynastie des Lombards, dont Charlemagne plaga la couronne sur sa propre téte, il se ligua contre lui avec les Ayares. Vaincu par Charlemagne, celui-ci le fit renfermer luiet les membres de sa famille dans des monastéres, ou ils moururent ignorés. En outre, a la diéte convoquée a Ratisbonne en 788, Charlemagne abolit la dignité de duc de Bayiére , quoique le pays conservat toujours la dénomination et le rang de duché. Il en nomma gouverneur son gendre, le comte Gérold de Souabe , et y introduisit la législation franke en ce qui touchait l’administration de la justice, celle des gau par les comtes et organisation de la milice. Consultez Lang, Baierns'Gauen nach den drei Volkstemmen der Alemanen, Franken und Bojoaren (Nuremberg, 1830).
L’embouchure de la Naab dans le Danube devint en 799 la limite de la Baviére, qui comprenait alors, indépendamment de la Baviére proprement dite, le Tyrol, le pays de Salzbourg, la plus grande partie de !’Autriche, le Haut- Palatinat, Neuburg, Eichstedt, Anspach, Baireuth , Bamberg, Nuremberg, Weissemburg, Noerdlingen et Dinkels- Buhl,
Dans le partage de son héritage que fit Charlemagne, Pepin eut avec l’'Italie la Baviére, mais au méme titre que I’avait possédée Thassilon II. Aprés la mort de Charlemagne, Louis le Pieux , le seul de ses fils qui lui succéda, fit don de cette contrée 4 son fils ainé Lothaire, a titre de royaume, qui, lorsque Lothaire eut été associé par son pére a l’empire, passa en 817 a Louis /’ Allemand ; et ce prince prit le titre de Rex Bojoariorum. Le pouvoir temporel des évéques avait été jusque alors en se consolidant toujours davantage; mais en méme temps les comtes palatins , créés en remplacement du gouverneur lieutenant de l’empereur, acquéraient une grande influence. A la mort de Louis le Pieux, arrivée en 840, son fils Carloman fut couronné roi de Baviére, royaume qui comprenait en outre alors la Carinthie, la Carniole, l’Istrie, le Frioul, la Pannonie, la Bohéme et la Moravie. Le frére de Carloman, Zowis IJ, luisuccéda en Baviére, par la libre élection des états de ce pays, en l’an 880; mais la Carinthie en fut alors détachée. Sa mort, arrivée en 882, fit passer la Baviére sous les lois de Charles le Gros, lequel la transmit en 887 & Arnoul/, a la mort duquel son fils Louis TV en hérita. A partir du régne de Charles le Gros, la Baviére fit partie des Etats de Charlemagne, réunis de nouveau sous les lois du méme souverain ; mais elle eut alors beaucoup 4 souffrir, notamment sous le régne de Louis, des invasions des Hongrois. En 911, la race carlovingienne Séteignit en la personne de Louis IV; Arnoulf I/, fils de
Luitpold, célébre chef d’armée bavarois, markgra/ et généralen chefdepuis lan 907, prit, du consentement du peuple, le titre de duc, et se saisit de la souveraine puissance, en qualité de «duc, par la grace de Dieu, de la Raviére et des contrées limitrophes, » ainsi qu’il se qualifiait lui-méme. Aprés son déméle avee Conrad, roi des Allemands, il obtint de celui-ci la Baviére a titre de fief relevant de !’Empire. Sous ses successeurs ce pays devint le théatre de guerres continuelles, tant intérieures qu’avee l’étranger; dans le nombre nous mentionnerons plus particuliérement la révolte du comte palatin Arnoulf de Scheyern contrele duc Henril*, et les luttes de Henri // contre Othon et Hézilon.
De méme qu’on voyait souvent en Allemagne deux empereurs se disputer la couronne et le titre d’empereur, de méme la Baviére compta souvent plusieurs ducs a la fois. Apres avoir beaucoup souffert pendant plusieurs siécles a la suite des croisades qui la dépeuplérent, et des fréquents changements de ducs auxquels les enrpereurs la donnaient et Venlevaient tour a tour, elle passa en 1180, aprés que Henri le Lion eut été mis au ban de l’Empire, sous la souveraineté du comte palatin de Baviére Othon de Wittelsbach, descendant d’Arnoulf, comte de Scheyern, dont il a été mention plus haut. Toutefois, on en détacha alors la Styrie, les domaines de la famille des Guelfes, et, au profit du clergé, diverses terres importantes.
Le duc Othon de Wittelsbach, mort en 1183, est la souche de la famille qui occupe encore en ce moment le tréne de Baviére. Lui et son entreprenant successeur Louis Ie? accrurent considérablement leurs dcmaines héréditaires , et ce dernier obtint méme de lernpereur Frédéric Li le Palatinat du Rhin a titre de fief. I] périt assassiné en 1231, yraisemblablementa l’instigation du roi des Allemands Henri, et eut pour successeur son fils le comte palatin du Rhin, Othon UIllustre. Sous le régne de ce prince les évéques se rendirent indépendants ; cependant la Baviére recut encore d’assez notables accroissements de territoire. Le pape I’excommunia en raison de son attachement aux intéréts de Pempereur. Il mourut en 1253. Ses fils, Louis et Henri, régnerent collectivement pendant deux années; mais en (255 ils opérérent entre eux le partage de la contrée. Louis eut pour sa part la Haute-Baviére, le Palatinat du Rhin et le titre d’électeur ; et Henri, dont la postérité ne tarda pas a s’éteindre, la Basse-Baviére. C’estaces deux princes qu’échut Vhéritage du malheureux Conradin de Holienstaufen. L’un des deux fils de Louis, qui portait le méme nom que lui, fut élu empereur en 1314 ( voyez Louis [V le Bavarois ). Celui-cf conclut a Payie en 1329, avec les fils de son frére, un trailé de partage , aux termes duquel les différentes lignes durent hériter les unes des autres, en méme temps que la dignilé électorale alternerait entre elles. Mais dés 1356 la Bulle d’Or annulait cette derniére disposition, et fixait la digniié électorale dans la ligne palatine.
Lorsque la ligne de la Basse-Baviére vint a s’éteindre, Vempereur Louis réunit, du consentement des états, la Haute et la Basse-Baviére. L’empereur Louis, non moins illustre comme empereur d’Allemagne que comme due de Baviére, rendit d’éminents services 4 ses Etats héré litaires en dotant la Haute-Baviére d’un nouveau code, en introduisant une nouvelle organisation judiciaire dans la Basse-Baviére, en octroyant 4 Munich le titre et les priviléges de ville, et en améliorant les rouages de |’administration intérieure du pays. On ne saurait nier toutefois qu’en écartant la ligne palatine il provoqua les discordes intestines qui régnérent pendant 5 longtemps entre cette maison et la ligne de Baviére. L’empereur Louis 1V mourut le {1 octobre 1347. [1 laissait six fils et un riche héritage, non-seulement composé de la Baviére, mais comprenant encore le Brandebourg, les provinces de Hollande et de Zélande, le Tyrol, etc. Mais ces provinces ne tardérent point a en étre détachées, soit par des partages, soit par les luttes intestines des différentes.
lignes. La plupart de celles que fondérent les six fréres s’éteignirent bientét; seule, celle de Munich réunit de nouveau sous son autorité une partie de ’héritage commun.
Dans les derniéres années du quatorziéme siécle, les besoins toujours croissants des souverains et les progrés de la civilisation amenérent l’introduction d’une espéce de constitution d’états. Ils se composaient des prélats ayant aleur téte Yuniversité du pays; en faisaient aussi partie un certain nombre de titulaires d’abbayes et un grand prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, des membres de la noblesse, et des représentants des villes et des marchés les plus importants. Aucun impét ne pouvait étre percu sans leur assentiment. Si le souverain essayait de s’en passer, les états, comme il arriva souvent au quatorzi¢me et au quinziéme siécle, se liguaient pour résister 4 main armée a ses exigences arbitraires. La paix générale du pays (allgemeine Landfried ), proclamée en 1495, mit seule fin 4 usage de ce droit d’insurrection, considéré jusque alors comme parfaitement légitime. Mais avant comme aprés les états surent mettre a profit les embarras des princes, pour se faire accorder des priviléges plus étendus , et rejeter presque tout le poids des impdéts sur la masse du peuple, non représentée parmi eux. A partir de I’an 1542, les états obtinrent le droit de consentir non pas seulement!’impot direct et foncier, mais encore Vimpot indirect. En 1506, les états de la Haute et de la Basse-Baviére s’étaient réunis pour ne plus former qu’une méme assemblée, et le duc Albert IV, de la ligne de Munich, convaincu des suites désastreuses qu’avaient eves jusque alors les partages du pays, établit, du consentement de son frére Wolfgang et des états , une pragmatique-sanction en vertu de laquelle le droit de primogéniture fut introduit dans la maison ducale de Baviére en méme temps qu’on déterminait de dédommagement annuel a accorder désormais aux fils puinés du souverain, Albert mourut en 1508. Des trois fils qu'il laissait, Guillaume IV, Louis et Ernest, c’était Guillaume qui devait seul régner; mais aprés de nombreuses discussions, Guillaume IV et Louis convinrent de régner collectivement, et il en fut ainsi depuis 1515 jusqu’a la mort de Louis, arrivée en 1534. Ces deux princes opposérent 1a plus énergique résistance 4 la Réformation, qui rencontrade nombreux partisans en Baviére, et des 1541 les jésuites y étaient accueillis avec empressement. Guillaume IV mourut en 1550. Son fils Albert IV, dit le Généreux, favorisa également la société de Jésus, mais se montra en méme temps le protecteur magnifique des sciences, des lettres et des arts. De ses trois fils, Guillaume V, dit le Piewx , lui succéda en 1579; mais dés 1586 il abandonnait le tréne a son fils ainé, Maximilien I, pour se retirer dans la solitude d’un monastére. Il avait permis 4 son frére Ferdinand d’épouser Maria Peterbeck , fille d’un simple expéditionnaire de l'hotel de ville de Munich; et ’empereur créa comtes de Warten- ‘berg les enfants issus de cette union. Maximilien, prince doué de remarquables facultés , fut l’ame de la ligue qui se constitua contre l’union des protestants a l’époque de la guerre de Trente Ans; en 1623, l’empereur Ferdinand lui octroya la dignité d’électeur palatin et la charge de grand échanson de Empire, titre et dignité devenus héréditaires a4 partir de 1628 dans la ligne de Guillaume.
La paix de Westphalie assura 4 Maximilien la cinquiéme dignité électorale et la possession du Haut-Palatinat, moyennant sa renonciation 4 la Haute-Autriche, qui lui avait été engagée pour les frais de la guerre, liquidés 4 13 millions; en conséquence de quoi un huitiéme électorat fut créé en faveur de la ligne palatine, a laquelle on assura le droit d’hériter des Etats et des titres appartenant a la ligne de Guil- Jaume, au cas oi elle viendrait a s’éteindre. Maximilien mourut le 27 septembre 1651, aprés un régne de cinquantecing ans. Sous celui de son économe et paisible suceesseur, Ferdinand -Marie, se tint, en 1669, la derniére diéte
générale du pays, qui ne compta d’ailleurs qu’un fort petit
BAVIERE
nombre d’assistants, et dont tous les droits furent dés lors confiés 4 un comité des états , élu d’abord pour neuf années, Ferdinand-Marie, mort en 1679, eut pour successeur son fils Mazximilien-Emmanuel, qui dans la guerre de la Succession d’Espagne prit parti pour la France. Aussi, a la suite de la bataille de Hochstet, perdue par Varmée francaise en 1704, l’empereur traita-t-il la Baviére en pays conquis, En 1706 V’électeur fut mis au ban de l’Empire, et la paix de Bade (1714) seule le réintégra dans la possession de ses Etats. Il eut pour successeur dans la dignité d’électeur Charles-Albert. Celui-ci, 41a mort del’empereur Charles VI, et aprés ’heureuse issue de la premiére guerre de Silésie, pour le roi de Prusse Frédéric IL, revendiqua tout l’héritage de la maison d’Autriche au préjudice de Marie-Thérése , en invoquant les clauses du contrat de mariage du duc Albert V avec Anne, fille de l’empereur Ferdinand I‘, confirmées encore par le testament de ce prince. Ce contrat stipulait formellement, dit-on, qu’au cas ou la lignée de Ferdinand viendrait 4 s’éteindre sans laisser d’héritiers males (ohne mexnnliche erben), ce seraient Anne ousa descendance qui hériteraient de tousles domaines de la maison d’Autriche. A Vienne on prétendit, au contraire, qu’il y avait dans le contrat de mariage « sans aucun héritier » ( ohne einige erben); expressions qui mettraient évidemment le droit du cété de Marie-Thérése. Charles-Albert s’empara de vive force de toute la Haute-Autriche, prit en 1741 le titre darchiduc d’Autriche, se fit couronner et préter hommage la méme année, & la suite de la bataille de Prague, en qualité de roi Bohéme. L’année suivante (1742) il se fit méme élire 4 Francfort empereur d’Allemagne sous le nom de Charles VII. La s’arréta le cours de ses prospérités. Malgré alliance conclue en 1744 entre lui, le landgrave de Hesse-Cassel et Frédéric I1, malgré les succés des armées prussiennes, les talents et les forces supérieures du général autrichien, Charles de Lorraine, contraignirent Charles-Albert 4 évacuer la Baviére. Il ne vit pas d’ailleurs la fin de cette guerre, et mourut le 20 janvier 1745.
Son fils et successeur, Maximilien IIT , se réconcilia avec PAutriche par le traité de paix conclu le 22 avril 1755. Il accéda a la Pragmatique-sanction, et obtint ainsi la restitution de toutes les provinces bavaroises dont l’Autriche s’était emparée. Maximilien-Joseph consacra dés lors tous ses efforts 4 assurer la prospérité de ses Etats. L’agriculture, Vindustrie , exploitation des mines, l’administration de la justice, les finances et l’instruction publique furent de sa part l'objet de la sollicitude la plus active et la plus éclairée. Par la fondation de l’Académie des Sciences de Munich, il donna , en 1759, aux sciences et aux lettres un point d’appui et un centre d’action dans ses Etats, et en toutes occasions il se montra le protecteur généreux des beaux-arts. Comme il n’avait pas d’enfants, il confirma tous les traités de succession existant avec la maison électorale palatine, et méme avant de mourir il admit l’électeur palatin, Charles-Théodore, & partager avec Jui les droits de la souveraineté, Aux termes des traités conclus avec la maison de Wittelsbach, comme a ceux de la paix de Westphalie, la succession de la Baviére revenait incontestablement a |’électeur palatin quand la ligne de Wittelsbach-Baireuth vint A s’éteindre, le 30 décembre 1777, en la personne de Maximilien-Joseph, Mais alors l’Autriche éleva tout A coup des prétentions a la possession de la Basse-Baviére, et chercha a les faire prévaloir de vive force avant toute déclaration préalable. Charles- Théodore, qui n’avait pas d’enfants, se laissa déterminer a souscrire, dla date des 3 et 14 janvier 1778, un compromis par lequel il renongait formellement a I’héritage de la Baviére. Mais, & l'incitation du roi de Prusse Frédéric Il, le duc de Deux-Ponts protesta contre cette convention en sa qualité de plus proche agnat et d’héritier présomptif. Telle fut lorigine de la guerre de succession de Baviére, a laquelle
| toutefois la paix de Teschen mit fin le 13 mai 1779, sans
BAVIERE
qu’une seule bataille edt encore été livrée, par le seul effet de ‘attitude prise par la Russie & Pégard de I Autriche. La possession de la Baviére, dont VAutriche ne se réserva que Pinnviertel avec Braunau , fut assurée et garantie a !’électeur palatin de Baviére , aux termes des conventions héréditaires existant dans la maison palatine. Cette réunion des diverses parties de la Baviére sous l’autorité d’un méme souverain eut aussi pour résultat d’éteindre, aux termes des stipulations de la paix de Westphalie, la huititme dignité électorale. Cependant, en 1784, le désir de posséder la Bavitre se réveilla de nouveau 4 Vienne, et on mit alors sur le tapis un projet d’échange dont il avait déja été question au commencement du siécle. L’empereur Joseph II proposa en effet A Pélecteur d’échanger ses Etats de Baviére contre les Pays-Bas autrichiens, & l’exclusion des provinces de Luxembourg et de Namur, une somme de3 millions de florins & partager entre lui et le duc de Deux-Ponts, et le titre deroi de Bourgogne. Mais ces négociations, secondées par la politique russe, échouérent contre Popiniatre fermeté du duc de Deux-Ponts , qui, fort de Pappui de la Prusse, déclara quwil ne donnerait jamais son assentiment aun échange des domaines héréditaires de sa maison. Le vif intérét avec lequel Frédéric If prit dans cette occurrence les intéréts de la Baviére détermina !a cour de Vienne 4 ne pas donner suite & ce projet. Voyes CoNFEDERATION DES PRINCES.
Le régne de Charles-Théodore avait été marqué par Vapparition de Vordre des I!luminés, par les proces intentés a cette société secréte qui prit naissance en Baviére, et aussi par les progrés toujours croissants du jésuitisme. Au milieu de ces luttes, les restrictions apportées 4 lexercice de la liberté de la presse devinrent de plus en plus génantes. Le Palatinat eut beaucoup a souffrir de la guerre provequée par la réyolution frangaise, ef en 1796 la Baviére clle-méme servit de thédtre aux opérations militaires.
Histoire moderne. —
C’est au milieu de celle crise, ie 16 {Cvrier 1799, que Charles-Thécdore mouruf, sans Jaisser @hérifiers. En lui s’éteignit la branche de Sulzbach, de la maison palatine, et le duc Maximilien-Joseph de Deux-Ponts parvint alors a la possession des Etats et an titre d’électeur de Baviére. La paix conclue 4 Lunéyville le 9 février 1801 mit fin a ia guerre, qui venaif d’éclater de nouveau, et stipula la cession de toute la rive gauche du Rhin a la France. Cette condition eut les résultats les plus importants pour la Baviére. En retour des possessions considérables situées 4 la gauche de ce fleuve, et dela partie du Palatinat située sur la rive droite qu’on lui enleva, elle obtint par un recés de l’empire une indemnité, d’ou résulta pour eile une augmentation de territoire de 99 3/, myriamétres carrés, avec une population de 216,000 ames. L’importance que alliance de la Baviére avait acquise pour !’Autriche et pour la France apparut bien manifeste au début de la guerre de 1805. Quand l’Autriche se décida a armer, elle somma l’électeur de Baviére d’opérer immédiatement ta réunion de ses troupes a son armée, refusant de reconnaitre la neutralité que ce prince voulait observer; neutralité que la France, écrivait Ala date du 3 septembre 1804 l’empereur Frangois 4 Pélecteur, ne respecterait vraisemblablement qu’aussi longtemps quelle se concilierait avec sa politique. Mais la Baviére ne jugea pas qu’il fat de son intérét de se dévouer & l’Autriche, et au début des hostilités Pélecteur envoya 30,000 hommes de ses troupes grossir les rangs de Varmée frangaise. La paix de Presbourg valut 4 la Baviére un agrandissement de territoire d’environ 500 myriamétres carrés ayec un million d’habitants, entre autres la plus grande partie du Tyrol, et lecteur fut autorisé a prendre le titre de roi avec tous les droits et honneurs qui s’y rattachent. En revanche, ce prince renonca a la possession de Wurtzbourg, ¢érigé en électorat particulier, au lieu et place de celui de Salzbourg,
DICT, DE LA CONVERS. — T. Il.
GAl qui avait fait retour a l’Autriche. A exemple du Wurternberg et de Bade, la Baviére se mit alors en possession des seigneuries immédiates de Empire situées dans l’étendue de son territoire. La nouvelle alliance politique conclue avec la France fut encore consolidée par le mariage conclu entre la princesse Auguste, fille du roi, et Eugéne Napoléon, fils adoptif de Napoléon, nommé vice-roi d’Italie. Les suites immédiates de ce bon accord furent ’échange de Berg, que la Baviére céda & Napoléon contre Anspach, abandonné par Ja Prusse 4 la France en échange du Hanovre, et enfin l’accession & la Confédération du Rhin, le 12 juillet 1806, mesure décisive par laquelle la Baviére contracta Vobligation de fournir & Parmée fédérale un contingent de 30,000 hommes, de fortifier Augsbourg et Lindenau, et de prendre part a la guerre contre la Prusse.
La sécularisation des abbayes et évéchés, en 1803, avait déja depuis longtemps créé une lacune dans |’ancienne constitution d’états. D’ailleurs, plusieurs des provinces cédées en dernier lieu 4 la Baviére, par exemple Bamberg, Wurtzbourg, Augsbourg, Freisingen, Ratisbonne, etc., n’avaient plus ou méme n’ayaient jamais eu de diétes particuliéres, comme Etats indépendants de l’empire d’Allemagne. En conséquence, en juin 1807 les assemblées d’états provinciaux, qui mettaient souvent obstacle a la marche réguliére de l’administration , furent également supprimées dans le reste de la Baviére. Par contre, une constitution nouvelle fut publiée pour étre mise en vigueur dans toute l’étendue du royaume a partir du i°? mai 1808. Aux termes de cette loi, les deux cents plus fort imposés dans chaque cercle devaient élire sept députés nommés pour six ans, ef dont la réunion composerait désormais la ditte. Mais cefte organisation, qui n’était que l’imitation de Pombre de dite eréée en Westphalie, ne fut jamais réalisée; etil n’y eut guére a le regretter, car dans ce simuiacre de représentation nafionale la discussion n’edt pas été libre, puisque le vote devait y étre muet et secret.
A ja fin de la guerre de 1809 contre l’Autriche, qui avait amené insurrection du Tyrol, sous les ordres de Hofer, la Baviére obtint encore de nouveaux agrandissements de territoire, partie aux dépens de l’Autriche, partie au moyen d@échanges conclus avec le Wurtemberg et avec Bade. Quand Ia guerre éclata en 1812 entre la France et la Russie, la Baviére, fidéle 4 ses engagements, mit de nouveau un contingent de troupes a Ja disposition de la premiére de ces puissances; mais des 30,000 hommes qui s’acheminérent alors vers les champs glacés de la Russie, il n’y en eut qu’un bien petit nombre qui parvinrent a revoir leurs foyers, au commencement de l’année suivante. En dépit de tous les obstacles, Maximilien-Joseph mit encore une fois des troupes fraiches a la disposition de l’empereur des Francais, quand celui-ci rouvrit la campagne, dans les derniers jours @avril 1813. Le contingert bavarois, placé sous les ordres du maréchal Oudinot, et qui figura avec sa bravoure accoutumée aux affaires de Luckau et de Gross-Beeren , avait essuyé déja des pectes considérables, quand le roi de Baviére se décida tout & coup a changer de politique. Pendant qu’un corps frangais d’observation, aux ordres du maréchal Augereau, se concentrait sous les murs de Wurtzbourg, un autre corps d’observation , composé de troupes bavaroises, avait pris position sur l’Inn en face d’une partie de larmée autrichienne. De part et d’autre on resta longtemps dans inaction. Le mouvement de retraite d’Augereau, qui livrait aux coups de!’ennemi le cété le plus vulnérable de la Baviére, hata la détermination du roi. Le général bavarois Wrede conclutalors avec le général autrichien Frimont, 4 Ried, le 8 octobre, une convention, qui fut suivie le 15 du méme mois d’une déclaration officielle, par laquelle le roi de Baviére se détacha de la confédération du Rhin, et mit son armée a Ja disposition des puissances coalisées contre la France. Aux termes de ce traité, qui garantissait au roi la possession de ‘ous ses Etats actuels avee 3h
droits complets de souveraineté, ainsi que de justes indemnités pour les diverses cessions de territoire qu’il pourrait y avoir lieu de faire & !’Autriche, Wréde opéra la jonction de son corps avec les Autrichiens , et prit le commandement supérieur de cette armée combinée. Ce fut a la bataille de Hanau que les Bavarois en vinrent pour la premiére fois aux mains avec les Frangais, dans les rangs desquels ils avaient si longtemps combattu, et jusqu’a la paix conclue sous les murs de Paris ils soutinrent dignement honneur du nom allemand. Quand la lutte recommenga en 1815, ce fut le prince royal lui-méme qui prit le commandement en chef de l’armée. Pendant ce temps-la d’ailleurs, notamment dans les négociations relatives 4 la création de la Confédération germanique, le congrés de Vienne avait fourni au gouvernement bavarois Yoccasion de déployer beaucoup @habileté diplomatique, et d’y poser constamment la Bayiére en Etat souverain et indépendant. Aprés avoir, aux termes de la paix de Paris du 30 mai 1814, abandonné a |’Autriche le Tyrol et le Vorarlberg moyennant la cession du grand-duché de Wurtzbourg et d’Aschaffenbourg, la Baviére lui céda encore, par un nouveau traiié signé le 14 avri! 1816: 1° les portions du Hausruckviertel et de ! Innviertel que ) Autriche lui avait abandonnées en 1809; 2° la principauté de Salzbourg, a l’exception des quatre bailliages situés sur la rive droite dela Saale et dela Salzbach; 3° le bailliage de Vils; et en échange elle obtint tout le territoire désigné aujourd’hui sous le nom de cercle du Rhin, ainsi que différents arrondissements de l’ancienne principauté de Fulda, le bailliage de Weisers, une partie de celui de Bieberstein, et assurance de recevoir en outre, comme indemnité, si le grand-duc de Bade venait & mourir sans héritiers males directs, tout le Palatinat badois du Rhin. Quand le recés de Francfort de 1819 eut garanti lintégrité du grand-duché de Bade, la Bavitre réclama, le 3 juillet 1826, une indemnité pour la partie du comté de Sponheim cédée autrefois par Bade ala France (voyez Bape). Le 5 juin 1817 Maximilien-Joseph conclut un concordat avec le saint-siége. Au congrés de Vienne ce fut ia Baviére qui s’opposa a ce qu’on décrétat une espéce de constitution normale destinée a réglementer les diétes de tous les Etats allemands; mais elle tint plus tot, et dans une acception plus libérale que les autres souverains allemands, la promesse d’institutions représentatives formellement contenue a l’article 13 du pacte fédéral.
De la charte octroyée le 26 mai 1818, et que précéda une complete réorganisation des communes, date une ére nouvelle dans la vie polilique de la Baviére. Cette constitution, si on y rattache le concordat de 1817, embrasse toutes les parties dudroit public. Dés la premiére diéte, qui s’ouvrit le 4 février et dura jusqu’au 23 juillet 1819, les députés membres de la seconde chambre prouvérent, par leur aisance 4 manier la parole, par leur habileté a traiter les matiéres politiques, que la Baviére était more pour la vie constitufionnelle, et beaucoup de bien put déja étre réalisé ou tout au moins indiqué. Mais les pairs du royaume, dans leur réponse au discours d’ouverture, démentant les expressions de la chambre ¢lective, parlérent d’un peuple soulevé contre le tréne, qu’ils s’offraient en conséquence a défendre, prenant de la sorte a l’égard de la chambre des députés une altitude qui devait immédiatement provoquer un conflit entre ces deux grands corps de I’Etat. La chambre des pairs s’opposa en outre 4 la création de conseils d’arrondissements ; et le budget, offrant un déficit de 2 millions de florins sur une recette de 28 millions, provoqua les plus vives discussions. Cependant, jusqu’a la nouvelle réunion des chambres, c’esta-dire dans l’intervalle de janvier a juin 1822, de notables réductions avaient py étre opérées dans les dépenses, et je chiffre des recettes s’était élevé a 34 millions, de sorte qu’au lieu d’un déficit on eut un excédant considérable, Mais lors de la troisiéme session législative, qui eut lieu em 1825, fa seconde chambre put a bon droit reprocher au gouvernement Vexagération des frais d’administration,
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qui depuis 1820 avait empéché qu’on s’occupat jamais de amortissement de la dette publique. La négligence apportée a soigner les intéréts de l’agriculture et les abus de Vordre judiciaire furent également lobjet des critiques 1es plus vives. ef l’opinion commenga dés lors 4 réclamer ayee force introduction de la publicité dans la procédure.
Le roi Maximilien-Joseph mourut le 13 octobre 1825, peu aprés la cléture de cette troisitéme session des chambres bavaroises. Malgré la réaction générale qui s’opérait alors en Europe, l’avénement de Louis I* au tréne sembla devoir réaliser les plus brillantes espérances. Des réformes et des économies opérées dans |’administration civile et mili- — taire, et qui permirent bientdt d’assigner sur le budget un million & l’amortissement de la dette publique, d’un autre coté des prodigalités au profit des beaux-arts, et ne profitant guére qu’a une capitale ot: tout est artificiel, mais rachetées par la concession d’une plus grande liberté de mouvement et d'action dans la vie intellectuelle, résultat de la suppression de la censure pour les feuilles non politiques; c’étaient 1a, on peutle dire, autant de circonstances qui semblaient promettre un meilleur avenir. Le résultat de la session législative de 1827 et 1828 fut organisation des conseils d’arrondissement et la suppression de la juridiction militaire en matiére civile. A la méme époque on transféra 4 Munich l'université de Landshut, et un traité de commerce fut signé (12 avril 1827) avec le Wurtemberg et ia principauté d’Hohenzollern. Par contre, l’établissement d’un grand nombre de couvents et d’ordres religieux dans le pays, et la séparation des cultes dans les établissements supérieurs d’instruction publique , indiquaient suffisamment quelle était la tendance que le ministre de Vintérieur Schenk, autrefois libéral, ef maintenant dévoué aux intéréts du parti-prétre, yvoulait désormais faire prévaloir dans l’administration, et, suivant toute apparence, d’aprés les désirs mémes du roi.
La révolution dont la France fut le théatre au mois de juillet 1830 n’amena point en Baviere de perturbations de la tranquillité publique un peu importantes, mais elle y provyoqua une surexcitation plus générale des esprits. Pressé entre des veeux et des exigences essentiellement cortraires, le gouverncment se trouva dans une grande perplexité, Sans exercer d’influence directe sur les élections pour la nouvelle session de 1831, il fit largement usage de son droit d’accorder ou de refuser des congés pour assister aux travaux de la chambre élective & ceux des fonctionnaires publics qui en avaient été élus membres ; et le mécontentement ne put que s'accroitre en présence d’une ordonnance restrictive de la liberté de la presse rendue la veilleé méme du jour fixé pour la réunion des chambres, ordonnance qui exeédait les attributions du pouvoir exéculif, On crut y voir V’influence d’une camarilla, et la majorité de la chambre élective se prononga avec vivacité contre cet empiétement de la couronne sur les droits de la puissance législative. Le gouvernement finit par consentir au retrait de cette ordonnance, a |’éloignement du ministre de Tintérieur, considéré comme en ayant été l’instigateur, et 4 son remplacement par le prince d’Q2ttingen-Wallerstein, ainsi qu’é la présentation dune nouvelle loi relative A l’exercice de la liberté de la presse. Ce projet de loi était rédigé dans un esprit tel qu’a une époque moins agitée on s’en fat contenté, comme dun acheminement a la liberté absolue de la presse; mais, en raison du désaccord constant existant entre le gouvernement, soutenu par la premiére chambre, et la seconde, il ne put pas étre adopté. Il en ful de méme d'un autre projet de loi ayant pour but de limiter le droit du gouvernement dinterdire l'accés de la chambre élective aux fonctionnaires publics, De nouveaux conflitss'élevérent a propos de différents impots créés sans lassentiment des chambres, de méme qu’a l'occasion de la discussion du budget de 1831-1834, La seconde chambre ayant insisté sur quelques économies, entre autres sur une minime réduetion a opérer dans le chapitre
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relatif Ala liste civile, la couronne répondit d ces manifestations de opinion par des réserves formelles insérées dans l’ordonnance de prorogation au sujet des droits qu’elle prétendait avoir. De cette constante mésintelligence des tro‘s pouvoirs, il résulta que la session de 1831, aprés avoir fait concevoir les plus belles espérances, mais avoir donné lieu uniquement A beaucoup de parlage, avorta a peu prés complétement. Toutefois pendant sa durée, cest-d-dire du 1°" mars au 29 décembre 1831, la presse, appuyée sur une chambre lective libérale, était parvenue a s’émanciper de fait pour quelque temps. La diéte une fois close, la presse essaya de continuer encore son opposition, surtout dans la Baviére Rhénane, sous la protection de la législature de cette province. L’agitation des esprits alla done toujours croissant, jusqu’a ce qu'elle atteignit son point extréme a la féte de Hambach et dans d’autres manifestations analogues.
Immédiatement aprés la ciéture de la diéte, le gouvernement se mit en devuir de réaliser le systéme de réaction qu’il avait annoncé. Les oratears les plus hardis et les plus bruyants de opposition ou durent prendre la fuite, ou expitrent par une détention plus ou moins longue, les faits mis a leur charge, notamment Behr, Eisenmann et Volkhardt (ce dernier pour impression d’une brochure de Pistor intitulée Catéchisme du citoyen allemand); souvent méme ils durent faire amende honorable devant le portrait du roi. Ce ne fut qu’en 1848 que le gouvernement se décida 4 accorder une amnistie générale applicable 4 tous les délits politiques.
En 1832 le second fils du roi, le prince Othon, ayant été nommé roi de la Gréce par le traité de Londres du 7 mai, des troupes bavaroises furent envoyées dans ce pays 4 effet d’y consolider le nouveau tréne; et avant Je départ du jeune roi, le pére et le fils conclurent un traité dalliance offensive et défensive entre la Baviére et la Gréce. L’année suivante, en vertu du traifé du 15 mai 1833, la Baviére accéda avec le Wurtemberg & Punion des douanes allemandes (Zollverein); et & la méme époque commencérent les travaux du canal de Ludwig, qui unit le Mein au Danube, et dont la construction ne fut achevée qu’en 1847.
En 1833, 4 Voccasion de l'anniversaire de la féte de Hambach, un sanglant conflit éclata 4 Neustadt entre la force armée et les citoyens. L’affaissement de esprit public, qui succéda & ces derniéres traces d’agitation, se manifesta déja bien visiblement dans la session suivante , qui dura du 8 mars au 28 juin 1834, encore bien que la seconde chambre se composdt a peu prés des mémes hommes qu’en 1831. Presque tous les votes furent favorables au pouvoir. On lui accorda plus de 18 millions de florins pour la construction des fortifications d’Ingolstadt, et on vota une liste civile permanente d’un peu plus de 2,350,000 florins. A partir de lautomne de 1835 la Baviére fut également visitée par le choléra; mais ce fléau y sévit moins que dans le reste de PAllemagne. La méme année on put inaugurer le chemin de fer de Nuremberg 4 Furth, la premiére voie ferrée qu’ait possédée l’Allemagne, et qui donna Vimpulsion a la construction du vaste réseau de chemins de fer qui enserre aujour@hui. La nouvelle diéte, qui se réunit le 11 février 1837 et dura jusqu’au 4 novembre suivant, ne s’occupa presque exclusivement que d’intéréts matériels. Des excédants de produits considérables avaient eu lieu dans les recettes. Lvemploi de ces excédants, les dépenses faites au dela des crédits avcordés , le maintien du principe que c’est aux états qu'il appartient de disposer du produit des impots directs, amenérent des cozflits entre le pouvoir Iégislatif et le pouvoir exécutif, qui, Gans son ordonnance de prorogation de la diéte, s’efforca de réserver les droits de la couronne €: de poser des limites trés-¢troites au droit revendiqué par les chambres de fixer la quotité de l’impot. De leur cété les chambres, dans la session qui s’ouvrit en janvier et dura jusqu’en avril 1838, s’attachérent a défendre les prérogatives du pouvoir législatif contre. les empiétements du pouvoir
exécutif. Du reste, comme la précédente, cette dite s’occupa surtout de questions relatives aux intéréts généraux. Une ordonnance astreignant les protestants a s’agenouiller sur le passage du Saint-Sacrement causa un émoi général.
Dans sa session de 1837, et déja méme dans celle de 1831, la seconde chambre s’était élevée contre le nombre toujours croissant des couvents et autres institutions monacales ; néanmoins, dans la période de 1831 & 1840, ce nombre s’était élevé de quarante-deux a cent cinq.
La retraite du prince d’Q&ttingen- Wallerstein, qui tomba en désaccord avec le ministre des finances pendant la session de 1837 au sujet de diverses économies, et la nomination de M. d’ Abel au poste de premier ministre, qui eut lieu immédiatement aprés la cloture de Ja diéte de 1837, furent une preuve de la victoire compléte remportée par le parti ultramontain, ayant 4 sa téte Goerres, Deellinger et consorts. Le prince Wallerstein, aristocrate de naissance, favorisait aristocratic et en était protégé. M. d’Abel, apostat du libéralisme, créature servile du clergé, sans aucun appui réel dans le pays, parce qu’on le savait habitué 4 déférer humblement aux moindres caprices de la couronne, n’en gouverna pas moins le pays jusqu’en 1847. L’oppression morale qui pesa sur la Baviére pendant cette période de temps fut des plus lourdes et se manifesta dans toutes les directions. C'est ainsi qu’on vit alors la presse gouvernementale bavaroise attiser dans les autres Etats de l’Allemagne, notamment en Prusse, le feu des controverses et des dissensions religieuses; et elle ne cessa ses menées désorganisatrices que lorsque cette puissance eut été obligée d’adresser au cabinet de Munich les réclamations les plus menacantes.
A cette époque la chambre aristocratique, obéissant aux inspirations du prince de Wallerstein, et qu’il n’était pas au pouvoir du gouvernement de dissoudre, fit seule un peu d opposition. La seconde chambre, sous prétexte qu’elle n’était point composée conformément aux prescriptions de la constitution, fut dissoute le 24 aot 1839. La nouvelle diéte de 1840 ne s’occupa guére, elle aussi, que d’intéréts matériels. Cependant, indépendamment de la sanction royale donnée a la création d’une banque hypothécaire (cont les statuts s’opposent a ce qu'il suit créé du papier monnaie en Baviére), d’autres questions de principes furent également mises en discussion, par exemple le droit des états de légiférer en matiére de finances. La diéte de 1842 devait résoudre cette importante question, mais elle ne remplit pas cette tache. Néanmoins une opposition plus décidée s’y manifesta contre l’administration d’Abel; elle avait a sa téte le bourgmestre de Ratisbonne, M. de Thon-Dittmer, MM. Schwindel, Bestelmeier, Beisler et Heintz. Une proposition du gouvernement, tendant 4 rendre de nouveau les charges héréditaires , fut repoussée par la Chambre des Députés ; la Chambre des Pairs en fit avtant du projet de loi relatif aux génuflexions sur le passage du Saint-Sacrement. La session de 1845-1846 s’ouvrit parla discussion d’importantes propositions présentées par le prince de Wallerstein et tendant dla mise en accusation du ministre d’Abel pour violation de la constitution 4 égard des articles garantissant aux protestants la compléte égalité de droits politiques. La seconde chambre prit également en considération une demande de mise en accusation de ce ministre, pour violation des droits constitutionnels de l’Eglise protestante. Mais, sauf quelques insignifiantes concessions 4 l’opinion, les choses restérent a peu prés dans le méme éfat.
Des circonstances toutes personnelles amenérent enfin la chute du ministére d’Abel. La danseuse Lola M ontez était arrivée 4 Munich dans le courant de ’automne 1846, et avail su captiver le coeur du monarque. On a maintes fois prétendu que le parti ultramontain avait youlu se servir de cette femme galante pour maintenir sous sa dépendance le roi Louis, jusqu’aux oreilles de qui avait fini par arriver le cri unanime de réprobation poussé par Vopinion publique cestre
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le systéme en vigueur. On ajoute qu’on lui avait fait des conditions et tracé une régle de conduite, mais que Lola Montez, blessée dans son orgueil de courtisane par ces intrigues de sacristie, avait manceuvré avec beaucoup d’adresse dans le sens précisément contraire. Quoi qu’il en ait pu étre, le ministére, composé de MM. d’Abel, Bray, Gumppenberg , Seidsheim et Schrenk, remit sa démission entre les mains du roi dans une audience ot il s’efforca de lui faire entrevoir le danger d’une réyolution, s’il ne consentait pas A ¢loigner de sa cour une personne dont la présence y était une cause de scandale, et 4 annuler la nomination de Lola Montez au titre de comtesse. Cette démission fut acceptée (13 février 1847). Pour se concilier ]’opinion ameutée de toutes parts par le parti ultramontain, le roi Louis composa un ministére qui avait du moins pour lui|l’éclat de quelques noms, par exemple, ceux de MM. de Maurer (extérieur et justice), de Zu Rhein (finances, cultes et instruction publique), de Zenetti (intérieur). Mais, sauf expulsion de quelques professeurs ulframontains des chaires qu’ils occupaient 4 Puniversité et quelques belles promesses, le nouveau cabinet laissa les choses 4 peu prés dans l’étal ot elles se trouvaient. L’influence de Lola Montez durail toujours , et la diéte extraordinaire convoquée (20 septembre 1847) pour voter l’établissement d’un nouveau chemin de fer, ayant rejeté ce projet sans que le ministére sot mettre 4 couvert son initiative, celui-ci fut brusquement congédié et remplacé par le cabinet Berks-Wallerstein. La danseuse fut dés lors souveraine absolue , et ses exigences n’eurent plus de bornes. Il existait a ce moment parmi les étudiants une coterie qui s’intitulait Alemania, et qui s’était placée sous le patronage direct de la maitresse du monarque. Elle agitait violemment le monde universitaire de Munich, et les plates adulations qu’elle prodiguait 4 la danseuse révoltaient le sens moral du reste de la population. L’enterrement de Gorrres donna lieu 4 une premiére démonstration, de la part non-seulement des ultramontains, mais encore de tous ceux qu’indignaient ces sales intrigues de boudoir. Les conflits universitaires n’ayant fait que devenir en conséquence et plus fréquents et plus graves, le prince Wallerstein contresigna une ordonnance royale qui pronongait la cléture des cours de université de Munich (19 février 1848) jusqu’d l'autre semestre @hiver. Cette mesure était une punition infligée & Popposition tout entitre. Alors commencérent les démonstrations de la petite bourgeoisie de Munich, qu’elle lésait dans ses intéréts, démonstrations auxquelles ne laissa pas que de prendre une eertaine part la haute noblesse, profondément blessée qu’elle avait ¢té par les lettres patentes portant le contreseing de M. de Maurer, en vertu desquelles Lola Montez avait obtenu Vindigénat et son titre de comtesse. Les démonstrations pacifiques, étant restées sans résultat, dégénérérent bientot en tumultueuses scdnes de rues et de carrefours, auxquelles les divertissements habituels du carnaval de Munich servirent de prolégoménes. La révolution qui éclata quelques jours aprés a Paris, en Février, devait bientétdonner un caractére politique A ces agitations causées par des fautes personnelles. Dans Vespoir de prévenir un orage que tout annongait ¢tre imminent, on eut recours 4 une nouvelle convocation des chambres, et le gouvernement, contraint enfin de faire des concessions, fixa au 15 mars ouverture de la nouvelle législature. Le manifeste publié 4 cette occasion (6 mars) annongait en méme temps des lois sur la responsabilité ministerielle, sur la liberté de la presse, sur le droit électoral , sur la publicité des débats judiciaires, etc., et décrétait la suppression de la censure, abolie dés le mois de décembre 1847 en ce qui fouchait ‘les affaires intérienres du pays; mais l’opinion ayant regardé ves concessions comme insuffisantes, il fallut que le gouvernement y ajoutat celle du renvoi de la danseuse. Le ministére Wallerstein avail été modifié au monient méme ov des manifestations tumultueuses éclataient dans tout le pays contre la favorite. La surprise n’en fut
BAVIERE
pas moins générale quand on apprit, le 20 mars 1848, que le roi Louis abdiquait, au profit de son fils le prince royal Maximilien, pay le motif, disait le manifeste , « qu’on en- « trait dans une phase et dans une direction tout autres que « celles qu’avait prévues la constitution. » Le 22 mars le nouveau roi ouvrit les chambres par un discours annoncant une amnistie générale pour les crimes et délits politiques, et ajoutant a la proclamation du 6 mars engagement de prendre des mesures pour que le peuple fit représenté a la diéte fédérale. Le premier ministére responsable qu’ait eu la Baviére fut composé de MM. de Thon-Dittmer (intérieur ), Heintz (justice), de Lerchenfeld (finances), de Beisler (cultes ), comte Bray (extérieur et maison du roi), Le Suire (guerre ).
La premiére chambre qui se réunit aiors fut, comme on devait s’y attendre, libérale, mais non pas radicale. Parmi les mesures qu'elle adopta tout d’abord, iJ] faut citer l’enyoi de quelques-uns de ses membres au parlement de Francfort, puis la résolution qui déclara ses séances publiques. D’autres lois furent rendues relativement a la révision de la législation générale, 4 V’introduction de la procédure orale et publique dans les affaires criminelles, 4 la représentation compléte du Palatinat, aux élections pour le parlement national, 4 la presse, 4 Pabolition des corvées et des fiefs, 4 la responsabilité ministérielle, a Vinitialive des chambres en matiére de législation, & la réglementation de la chasse, 2 un emprunt volontaire et 4 un impdt sur le capital et le revenu; et quelques-unes furent immédiatement exécutées. Dans sa situation relativement a l’étranger, et notamment a la constifution germanique, la Baviére suivit le torrent du temps. Ce fut seulement vers la fin de 1848 que quelques indices firent pressentir que sa politique, dévouée jusque alors au pouvoir central de Allemagne, comme l’engagement en avait été pris dans Jes proclamations publiées au commencement de l’année, tendait a s’en détacher. r
Quelques modifications avaient déja eu lieu dans le ministére pendant le courant de année 1848. Il lui fut impossible de se maintenir devant la diéte convoquée d’aprés la loi électorale de 1849 (quoique la chambre haute n’edt sub: aucun changement). Trois prorogations successives, une crise ministérielle qui se prolongea pendant prés de trois mois, et l’arrivée d’un nouveau cabinet, composé de MM. de Pfordten (extérieur, maison du roi, commerce et industrie, et plus tard présidence du conseil), de Kleinschrod (justice), de Zwehl (intérieur), de Ringelmann (cultes), de Luders (guerre), ne firent qu’accrottre les difficultés. Enfin une rupture compléte eut lieu quand le ministére, & la suite de l'insurrection dont le Palatinat du Rhin avait été le théatre, vint demander l’expulsion de la chambre de divers députés qui y avaient pris part. La dissolution des chambres fut prononcée alors que toute la Baviére était encore sous le charme de |’établissement de la constitution de empire, et les nouvelles <lections se firent au moment ot presque tout le pays se trouvait de fait en état de siége. La nouvelle diéte dura dix mois, marcha d’accord avec le ministére, accepta les diverses lois qu’illui présenta, notamment celles qui restreignaient la liberté d’association et la liberté de la presse et quelques autres lois de haute police, sanctionna une trés-étroite ammistie accordée aux crimes et délits politiques commis depuis 1848 , une augmentation de la dette publique d’environ 36 millions de florins, et acquies¢a jusqu’a un certain point & la politique allemande. Un projet de loi présenté par le gouvernement pour I’émancipation des juifs echoua contre lopposilion de la chambre hante. D’autres lois, par exemple celle relative & organisation judiciaire, des 6conomies dans le budget de intérieur et de ka guerre, une loi sur la chasse, etc., donnérent lieu A de vives discussions. Les professeurs Dellinger, Lassaulx , Heefler, Sepp, etc., furent en outre rétablis dans leurs chaires ou rappelés A Munich dés la fin de 1849 ef au commencement
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de 1850. L’assemblée d’évéques tenue a Freisingen en novembre 1850 manifesta, dans une adresse directement envoyée au roi, jusqu’’ quel point s’étaient encore accrues les exigences cléricales. Les tendances de la presse ultramontaine Pavaient déja bien fait voir dés le commencement de cette méme année 1850. On ne saurait nier cependant quele ministire de Pfordten prit diverses mesures législatives et administratives utiles aux intéréts matériels. En revanche, les expulsions de la capitale prononcées sans énonciation de motifs contre divers écrivains bavarois et non bavarois, dans le courant de l’année 1850, apres la cloture de la diste, les poursuites exercées contre les feuilles indépendantes , enfin les mesures vexatoires adoptées a ’égard des fonctionnaires publics coupables de libéralisme et contre d’autres individus encore, prouvent combien étaient étendus les pouvoirs confiés & la police par la législation. Une diéte nouvelle, mais non pas produit d’élections nouvelles, se réunit le 3 février 1851.
Dés le mois de décembre 1848, quaad on délibéra a Francfort sur la question de rendre la couronne impériale d’Allemagne héréditaire dans la maison de Hohenzollern, le comte Cetto, ambassadeur de Bavitre 4 Londres, déclara nettement au ministére anglais qu’en ce qui touchait le pouvoir central définitif de Allemagne, la Baviére se tiendrait fermement attachée aux traités de 1815. Bien que cette démarche edt été désavouée par le comte Bray, ministre des affaires étrangéres, on put dés lors remarquer une tendance évidente du cabinet de Munich a constituer pour les affaires de l’Allemagne une triade ot Ja Bayitre occuperait une position égale A celles de la Prusse et de ’Autriche. Quand on publia la constitution de empire, il n’y eut dans la Vieille- Baviére, au milieu de l’agitation qui s’y-manifesta en sa faveur, que le parti ultramontain qui fit cause commune contre elle avec le pouvoir. En Franconie, cette agitation prit un caractére menacant ; dans le Palatinat, elle provoqua une adhésion patente 4 V’insurrection badoise. A cet instant les différents fonctionnaires publics de ces provinces prirent la fuite, et le gouvernement manqua de troupes pour agir. La Prusse, directement et indirectement requise par la Baviére, étouffa alors militairement cette insurrection avec tant de rapidité, que les troupes bavaroises n’arrivérent a la frontiére que lorsque déja il ne restait plus rien a faire. De ce moment date l’attitude décidément hostile de la politique bavaro'se a l’égard de la Prusse, dont on s’efforca de représenter l’assistance comme n’ayant pas été invoquée et comme s’étant au contraire imposée. Cependant le comte de Lerchenfeld-Kcefering , envoyé de Baviére a Berlin, continua de prendre part aux délibérations préliminaires relatives & la constitution de l’empire germano-prussien , jusqu’au 23 mai, époque ou, & propos de la question de Vhégémonie , il quitta la conférence en déclarant qu’on ne pouvait savoir de quel oil la Russie et la France envisageraient ce nouvel arrangement. Pendant tout I’été la Baviére joua leréle de médiatrice entre la Prusse et l’Autriche, aprés s’étre prononcée avec le Wurtemberg contre le projet du 28 mai. Plus tard elle ne négligea rien pour constituer Ja commission fédérale centrale provisoire du 11 septembre, et dans toutes les questions elle appuya !’Autriche de la maniére la plus décidée, aprés que le Hanovre et la Saxe se furent détachés de l'Union, et lorsque déja d’autres Etats du centre menacaient den faire autant. Dans cette circonstance le gouvernement étail déterminé surtout par trois motifs : d’abord, il estimait qu’il appartenaift a la Baviére de défendre le principe constitutionnel , ensuite que c’était A elle A sauvegarder la nationalité allemande, enfin qu'elle devait empécher que l’Autriche fat mise @ la porte de l’Allemagne. En méme temps le cabinet de Munich invoquait vivement la législation fédérale. C’est alors, le 27 février 1850, que fut publié le projet dit des ¢rois rois, auquel avait aceédé le Hanovre, et qui éfablissait un pouvoir cen-
— BAWR 645 tral composé de trois puissances avec une représentation nationale trés-limitée. Le complet avortement de ce projet, auquell’Autriche avait donué son assentiment a de trés-dures conditions (note du 13 mars), et qu’on connut plus tot 4 Saint-Pétersbourg que dans les cours de l’Allemagne, porta la Baviére 4 regarder Je rétablissement de la diéte fiidérale comme chose désirable. La déclaration de M. de Pfordten, « Celui qui ne reconnait pas la législation fédérale est un révolutionnaire », avait préparé les esprits & un tel résultat. C’est la Baviére qui décida l’Autriche 4 proposer la réunion d'une assemblée pléniére fédérale, laquelle prit effectivement cette qualification dés que neuf Etats y eurent accédé, tandis que vingt-huit gouvernements allernands refusérent de la reconnaitre. Dés la troisiéme séance de cette assemblée fédérale (7 aodt), le gouvernement bavarois « dans le sentiment de son devoir, et dans sa sollicitude pour le bonheur de Allemagne », vota en faveur de la reconstitution immédiate de la diéte fédérale. Quand surgit la question de la Hesse- Electorale, la Bavidre y envoya aussitdt ses troupes comme troupes fédérales d’éxécution , et dans ses organes officiels elle prit ouvertement la défense de la politique Hassenpflug, tandis que l’empereur d’Autriche se rencontrait 4 Bregenz avec les rois de Baviére et de Wurtemberg. La conférence d’Olimutz, tenue, comme celle de Varsovie, sans le concours de la Baviére, parut un instant avoir compromis quelque peu la bonne intelligence des cabinets de Vienne et de Munich. Lors des conférences tenues 4 Dresde, Ja Baviére resta 4 peu prés isolée, surtout quand elle eut fait écarter la question de la représentation de ]’élément populaire dans la diéte fédérale, insistant toujours uniquement sur la reconstitution de la diéte fédérale. — Consultez Mannert, Histoire de Baviere (2 vol., Leipzig, 1826); Rohmer, la Baviere et la Réaction (Munich, 1850), etla brochure semi-officielle intitulée : Poliligue du gouvernement bavarois (Munich, 1851).
BAVIUS (Marcus ), dont le nom rappelle toujours a l’esprit celui de son contemporain Meevius, était comme lui un misérable faiseur de vers, dénué de toute espéce d’imagination et de talent poétique. Tous deux s’arrogérent cependant a Rome le droit de poursuivre de leurs stupides critiques les deux plus grands poétes de leur siécle; un s’était attaché a Horace , l’autre a Virgile. Leurs noms sont demeurés synonymes de mauvais gout, de critique absurde, de poésie plate et ennuyeuse.
BAWR (ALEXANDRINE- Sopnte GOURY DE CHAMP- GRAND, d’abord comtesse p— SAINT-SIMON, puis baronne DE) naquit a Stuttgard en 1776, de parents francais. M™°® dz Bawr, bien qu’elle ett beaucoup d’esprit et de nombreux talents, était loin de penser, au sortir de l’enfance, qu’elle dat jamais vivre de sa plume, car elle était née et vivait dans une grande opulence. Les plus habiles maitres en tout genre furent appelés 4 l’instruire. Mais l’étude vers laquelle elle se sentit le plus vivement entrainée “fut celle de la musique. Une fort belle voix, qu’un crachement de sang lui fit perdre dans son extréme jeunesse, contribua sans doute 4 déterminer ce penchant. Elle recut des legons de composition de Grétry.
Des pertes successives occasionnées par la révolution de 89 avaient complétement ruiné M. de Champgrand, quand sa fille épousa, en 1801, lecomte de Saint-Simon, qui possédait encore de précieux débris de V'immense fortune que son bonheur dans les spéculations lui avait d’abord fait gagner. Quel plus ¢trange contraste que celui que présentent a Pesprit ce fougueux novateur et cette femme d’un esprit si précis , d’une intelligence si pleine de délicatesse et de sérénité! Jamais, on peut bien le dire, il n’y eut entre époux pareille incompatibilité @humeur et de génie.
Quand Saint-Simon eut dissipé ses derniéres ressources, i] se regarda comme délivré des biens de ce monde et envoyé ici-bas pour retablir la société sur de nouvelles bases. Alors il écrivit, un jour, A sa femme : « Malgré la tendresse et
l'estime que m’inspirent votre personne et votre caracttre, les pensées étroites et vulgaires dans lesquelles vous avez été élevée, et qui vous dominent encore, ne vous permettent pas de yous élancer, avec moi, au-dessus de toutes les lignes connues; je suis done obligé de demander le divorce, le premier homme de ce monde ne devant avoir pour épouse que la premiére femme. »
f parait, du reste, que cette inconcevable lettre fut écrite au moment ou Saint-Simon nourrissait une espérance plus inconcevable encore.... Il faisait un voyage 4 Coppet avec la pensée d’épouser M™* de Staél aussitét qu’il aurait recouvré sa liberté. Le divorce fut donc prononcé; toutefois dans cette circonstance Saint-Simon donnaencoreasa femme une preuve assez bizarre de l’espéce d’attachement qu’il lui portait. Comme ils étaient tous deux en présence de l’officier public pour cette triste cérémonie, celui-ci, s’apercevant que Saint-Simon pleurait, s’adressa 4 sa femme, qu’il supposait demanderesse, et l’engager 4 se désister. Il fallut lui expliquer que le divorce avait \1eu sur la demande du mari. Enfin, quand tout fut terminé légalement , Saint-Simon fit vorer A celle qui n’était plus sa femme de porter son nom ant qu’elle ne formerait pas d'autres neeuds.
-A ce moment M™ de Saint-Simon se vit obligée d’avoir recours 4 ses talents pour vivre. C’était I’époque ou les romances étaient fort 4 la mode a Paris et dans toute la France. Elle en composa plusieurs recueils (paroles et musique), qui eurent une trés-grande vogue et lui fournirent quelques ressources pécuniaires. Encouragée par ce succes, elle youlut entreprendre la musique d’un opéra, que Grétry se chargea de faire recevoir et répéter. Mais od trouver un poéme? Elle s’adressa & tous les Hittérateurs de sa connaissance; mais, croyants’apercevoir qu'ils se méfiaient de son ialent de femme, elle résolut d’écrire elle-méme les paroles je son ceuvre. Malheureusement le prétendu poéme ne f qu'une petite comédie, qui ne se prétait nullement a la mu sique ef que M™° de Saint-Simon ala porter a Picard, directeur du théatre Louvois, sous le titre d’Argené et Adresse , ou le Petit Mensonge, par M. Francois. La piéce eut un grand succés, ainsi que deux autres, Ja Matinée du Jour et V Argent du Voyage, jouées sur la méme scéne, avec les mémes précautions.
Le directeur de l’Ambigu-Comique ayant accepté les mémes conditions, le prétendu M. Frangois fit représenter sur ce théatre deux autres comédies, le Rival obligeant et le Double stratagéme ; puis trois mélodrames, les Chevaliers du Lion, le Revenant de Bérezule et Léon de Montaldi. La Gazette de France comptait déja M™* de Saint- Simon au nombre de ses rédactrices en méme temps que M"* de Meulan, depuis M™ Guizot. S’étant remariée vers cette époque avec M. de Bawr, officier russe, fils du général de ce nom, elle cessa enti¢rement d’écrire, el ne songea plus qu’a jovir d’un bonheur intérieur qui lui avait été longtemps refusé. Mais ces jours heureux eurent peu de durée ; quelques années aprés ce mariage, M. de Bawr, dgé de trente et un ans, périt écrasé dans la rue par une voiture chargée de pierres dont la roue se délacha de l’essieu (1812).
Dans le cours de la méme année la fortune qu’elle tenait de son défunt ¢époux lui fut en partie enlevée par des faillites et par le mauvais succes d’entreprises industrielles ; ce qui Vobligea d’avoir de nouveau recours a sa plume. Sur le conseil de Talma, elle présenta au Thédtre Frangais la Sai/e dun bal masqué, comédie en un acte, la meilleure de ses piéces sans contredit, Gui, représentée le 9 avril 1813, fut govtée et applaudie, comme elle Vest encore de nos jours, ef & laquelle succédérent, sur la méme scéne, la Méprise, l’ Ami de tout le monde et Charlotte Brown.
M™* de Bawr a publié aussi plusieurs romans et d’autres ouvrages qu’on lit avec plaisir, tels que Auguste et Frédéric, un Cours de littérature ancienne détachée de La Harpe, une Histoire de Charlemagne, le Novice, Raoul ,
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BAWR —- BAYADERES
ou l’Endide, Histoires fausses ou vraies, les Flavy, la Fille @honneur, Robertine, Sabine. Bien quelle ait traversé trois révolutions et assisté 4 la premiére éclosion de la pensée saint-simonienne, rien n’apparait dans ses écrits qui se ressente de cette quadruple influence; on n’y trouve aucune tendance révolutionnaire , aucune allusicn au socialisme : cest plutot ’étude du cceur, l’expression de douces passions ; c’est un style naturel, dégagé de tout pédantisme, une grande facilité de narration, et une habileté parfaite pour rendre ses personnages intéressants; c’est enfin un prestige rare qui répand un doux charme sur tous ses écrits. Avee une Histoire de la Musique, ceuyre de patience et de cu: rieuses investigations, voila ses titres A la renommée litté raire. M™* de Bawr conserve dans un age fort avancé la plus parfaite sérénité de corur et d’intelligence. C'est une personne spirituelle et simple en parlant comme lorsqu’elle écrit. Ses derniers ouvrages sont: la F: mille Récour, roman contemporain (1849), une Existence parisienne , roman; Nouvelles (1853, in-8); Soirées des jeunes personnes (1854), recucil couronné par l’Académie frangaise ; Nouveaux Contes pour les enfants (1855); Contes de l'enfance (1856), in-18, qui obtinrent le prix Montyon; Donato e/ sa lanterne magique (1859). Les Souvenirs de M™e de Bawr ont eu en 1853 une seconde édition. — Elle est morte le 31 décembre 1860, a Paris.
BAXTER (Ricnarp), savant théologien anglais non conformiste, naquit en 1615 4 Rowton, dans le Shropshire : il se fit remarquer dés sa jeunesse par sa piété et par ses talents. Nommé en 1640 ministre 4 Kidlerminster, il se déclara bientét pour le parlement, mais sans jamais attaquer le roi, Il finit méme par précher contre le covenant; et lorsque Cromwell fut arrivé au faite de sa puissance, il ne craignit point de se prononcer contre sa tyrannie. Baxter se rendit & Londres quelque temps avant l’abdication de Richard Cromwell, et il contribua par ses prédications au rappel de Charles II. Ce moaarque le nomma lun de ses chapelains, et le chancelier Clarendon lui offrit ’évéché d@’Hereford, qu’il refusa. La modération et la pureté de sa conduite ne purent le soustraire a la haine des royalistes. Son refus constant de se soumetire a l’acte d’uniformité fut pour lui une source de persécutions; sous le régne de Jacques IT, maltraité, dépouillé et emprisonné plusieurs fois, il n’en confinua pas moins de précher de place en place conformément a ses principes religieux. I] mourut le 8 décembre 1691. Au milieu des travaux, des agitations et des souffrances dont sa vie a été remplie, Baxter a composé sur des matiéres de théologie cent quarante-cing traités, sans compter un grand nombre de petits écrits. Nous ne citerons que sa Paraphrase du Nouveau Testament, qui le fit condamner par la cour du bane du roi A une forte amende et Ala prison. La sainte République fut brodlée en 1683 par les royalistes. Sans s’attacher 4 aucune secte, Baxter semble s’étre formé une sorte de systéme d’opinions religieuses mixtes, ce qui a fait donner en Angleterre le nom de baxtérianisme a ce genre d’opinions.
BAYADERES (du portugais bailadeira, danseuse). ‘Les Européens désignent ainsi les danseuses et chanteuses de \'Inde, lesquel!es forment deux classes principales, subdivisées elles-mémes en plusieurs catégories. A la premiére classe appartiennent les danseuses consacrées au service des temples et des dieux; celles qui parcourent les provinces sont rangées dans la seconde. Les premitres, appelées devadasis, c’est-a-dire esclaves des dieux , forment deux ca- (égories distinctes, suivant la famille dont elles descen dent, importance de la divinité & laquelle elles sont consacrées, la renommée et la richesse du temple auquel elles sont attachées, Celles de la premiére catégorie sont recrutées dans les familles les plus distinguées de la caste de Vaisya, A laquelle appartiennent les riches propriétaires et marchands, et celles de la seconde dans les principales familles
BAYADERES — BAYARD
sudra, lesquelles répondent a nos classes ouvritres. On n’admet au nombre des devadasis que des filles non encore nubiles et exemptes de tout vice de conformation physique. Les parents doivent renoncer, en vertu d’un contrat solennel, a tous leurs droits sur leur enfant, qui regoit alors les enseignements nécessaires. Les devadasis sont chargées, lors des fétes et des processions de leur dieu, de chanter ses louanges, de célébrer ses hauts fails, de danser devant son image, de tresser les couronnes de fleurs avec lesquelles on orne ses statues, et en général de remplir au lieu des ‘prétres toutes les fonctions inférieures dans les temples. Par contre, elles sont exclues des cérémonies religieuses considérées plus particuligrement comme saintes : par exemple , les sacrifices des funérailles , les sutties, etc.
Les devadasis du premier rang habitent Pintérieur de Penceinte circulaire du temple, et ne peuvent la franchir sans Ja permission expresse du grand prétre. I leur est loisible de conserver durant leur vie entiére leur virginité ; toutefois il leur est permis aussi de se choisir un amant a lintérieur ou al’extérieur du temple, pourvu qu’il appartienne aux classes supérieures. Toute intrigue amoureuse qu’elles auraient avec un homme d’une condition inférieure serait punie avec une grande sévérité. Si elles ont des enfants, les filles sont élevées dans la profession de la mére, et les garcons deviennent des musiciens,
Les devadasis du second rang différent fort peu au tofal de celles du premier, sauf qu’elles sont plus libres, n’étant pas tenues dhabiter lintérieur des temples. Un certain nombre sont obligées de faire jouraellement 4 leur tour le service du saint lieu; mais elles doivent toutes assister aux processions. Non-seulement elles dansent et chantent devant les statues des dieux, service en rémunération duquel elles regoivent des gages fixes tant en riz qu’en argent, Inais encore elles vont remplir le méme office chez les grands qui les font appeler 4 occasion de certaines solennités, comme mariages, grands repas, etc.
Toutes les devadasis adorent comme leur protectrice particuliére la déesse Rambha, lune des plus belles danseuses du paradis d’Indra. Tous les ans, au printemps, on lui offre des sacrifices ainsi qu’au dieu de Pamour,
Les danseuses qui errent librement dans le pays, appelées seulement pour rehausser l’éclat de fétes particuliéres ou pour amuser les étrangers dans les ¢schoultfris ou auberges publiques , different essentiellement des devadasis , et sont désignées sous les noms tantdt de nati, ou dans la forme ordinaire naésch, tantot de soutradhari, tantét de kouttani, suivant le talent particulier dont elles font preuve. Quelques-unes vivent indépendantes en troupes de dix a douze, parcourant la contrée et partageant leur gain avec les musiciens qui les accompagnent. D’autres sont sous la surveillance et Pautorité de dayas ou vieilles danseuses, qui recoivent tout l’argent qu’elles gagnent et leur fournissent en échange la nourriture et. l’habillement. I] en est aussi qui sont véritablement les esclaves de vieilles femmes de cette espéce, parce que celles-ci les ont achetées ou recueillies dans leur enfance et leur ont appris leur art. Les bayadéres qui ont donné en 1839 des représentations dans la plupart des grandes villes de l'Europe appartenaient a cette catégorie. Indépendamment de celles que nous venons d’énumeérer, il y a encore dans l’Inde un grand nombre de danseuses, de danseurs et dechanteurs de différentes especes, formant pour la plupart des troupes nomades. De ce genre sont les kikars, qui celébrent les guerres des dieux.
Le costume des bayadéres est original, et ne laisse pas que d’avoir quelque chose de séduisant. Leurs danses ne répondent pas ace que nous entendons par danse. Ce sont plutét des pantomimes, dont les chants des musiciens accompagnateurs donnent !’explication. La plupart ont pour sujets Yamour heureux ou désespéré, les tourments de la jalousie, Pattente du bien-aimé, etc. Les voyageurs européens parlent
avec beaucoup d’enthousiasme du charme de ces pantomimes. Cependant, a en juger par les exhibitions que nous en a données la troupe de bayadéres venue a Paris il y a quelques années, il y a beaucoup 4 rabattre de leurs pom- . peuses descriptions. Leurs mouvements, quoique pleins de souplesse, manquent en général de charme et de grace.
BAYARD (Pierre pu TERRAIL, seigneur de), surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, naquit en 1476, au chateau de Bayard, a six lieues de Grenoble, d’une ancienne famille du Dauphiné, dans laquelle le courage et le patriotisme étaient héréditaires. Son trisaieul avait été tué aux pieds du roi Jean a la bataille de Poitiers ; son bisaieul et son aieu! avaient eu le méme sort, l'un a Azincourt, Pautre & Montlhéry. Elevé par son oncle, l’évéque de Grenoble, le jeune Bayard, admis parmi les pages du duc de Savoie, et célébre déja par son adresse militaire, plut tant au roi Charles VIIJ, grand connaisseur en tournois et faits @armes, que son favori, Paul de Luxembourg, comte de Ligny, prit le page 4 son service pour flatter son maitre. A Lyon, Bayard , 4gé de dix-huit ans, osa se mesurer dans un tournoi avec la lance, épée et la hache d’armes, contre ie sire de Vaudrey, gentilhomme bourguignon; et quand, aprés sa victoire, il passa devant les daines la visiere levée, suivant usage, celles-ci virent avec surprise et frayeur cette figure si jeune et si pale; le roi seu' n’avait pas tremblé pour lui. Bayard, bien récompensé, alla servir le roi dans une compagnie de gens d’armes cantonnée dans |’Artois; et la, de petits tournois ot venaient s’exercer les garniscns voisines, et d’ou le plus souvent il sortait vainqueur, le firent connaitre et admirer, méme avant la guerre.
Dans la premiére expédition de Charles VII en Italie (1494), Bayard eut deux chevaux tués sous lui & Fornoue. Dans la seconde campagne, sous Louis XII (1499), il poursuivit un jour les fuyards avec tant d’ardeur aux portes de Milan, qu'il entra seul avec eux dans la ville, et fut fait prisonnier . non qu'il edt prétendu s’emparer seul de la ville, mais parce qu’il s’était cru suivi de ses cinquante compagnons , comme il le dit & Ludovic Sforce, qui lui rendit noblement la liberté. Dans la Pouille (1501) Bayard combattit 4 cété du brave Louis d’Ars, ef lui sauva la vie. Dans une de ses courses aventureuses, il fit prisonnier le capitaine don Alonzo de Sotomayor, proche parent de Gonsalve de Cordoue, lui donna un appartement dans fe chateau de Monervino, et n’exigea de lui d’autre garantie que sa parole. L’Espagnol, si mal gardé, prit la fuite et fut ressaisi; mais plus tard, quand sa rangon fut arrivée, il se plaignit aux siens d’avoir été traité par les Francais comme un malfaiteur; il fut défié par Bayard et tué. Sa réputalion fit regarder la victoire du chevalier francais comme un prodige de force et d’adresse. C’est dans cette malbeureuse campagne que Bayard sauva l’armée francaise en retraite, quand, seul contre les Espagnols, il défendit un pont sur le Garigliano , et « se comporta si trés bien qu’ils ne cuidoient point que ce fit un homme, mais un diable. » Ce beau fait d’armes lui valut pour devise un porc-épic avec cette inscription : Vires agminis unus habet. Plus tard, avec Louis XIJ, Bayard détermina la soumission des Génois révoltés et la prise de leur ville. A la bataille d’Ag=>2e! (1509), place a Varriére-garde, il traversa des marais pour prendre les ennemis en flanc, et décida la victoire. On sait sa générosité envers ses hétes de Brescia. Quand d’Aubigni vint le chercher, et qu'il entendit raconter par cette heureuse famille la générosité de Bayard, il dit tranquillement : « Oui, oui, c’est sa maniére. » Et cette laconique indifference fit mieux Péloge de Bayard que la bruyante admiration de toute la ville.
Aprés avoir rejoint 4 Ravenne Gaston de Foix , qui périt pour n’avoir pas suivi son conseil, Bayard, blessé de nouveau dans Ja retraite de Pavie, et transporté a Grenoble dans la demeure de ses pdres, vingt-deux ans aprés Vavoir
quittée, fut rappelé sur le champ de bataille par la guerre qu’avait allumée dans Ja Navarre l’agression de Ferdinand le Catholique. La, comme dans |’Artois et la Picardie, que menagaient les Anglais (1513), il soutint sa réputation. A la honteuse défaite de Guinegate, il eut la gloire d’étre fait prisonnier pour n’avoir pu se décider a fuir avec toute Yarmée. Henri VIII le rendit sans rangon; toutefois avant son départ il lui fit faire des offres secretes pour entrer a son service. Mais Bayard se contenta de répondre : « Je n’aiqu’un maitre au ciel, qui est Dieu, et un maitre sur terre, qui est le roi de France: je n’en servirai jamais d’autres. » Pour prix dun si beau courage, Bayard commandait une compagnie de gens d’armes, mais au nom du duc de Lorraine, qui touchait les appointements. Louis XII, vers la fin de sa vie, le nomma lieutenant général du Dauphiné, mais toujours sans honoraires. Frangois 1°" fit mieux, car il avait besoin, pour reconquérir le Milanais, de l’épée et des conseils de Bayard : aprés la glorieuse journée de Marignan, i] lui dit : « Je veux aujourd’huy soye fait chevalier par vos mains, parce que celui qui a combattu 4 pied et a cheyal entre tous autres est tenu et réputé le plus digne chevalier. » Bayard s’excusait : « Faites mon vouloir et commandement, » ajouta le roi; et Bayard, le frappant du plat de son épée : « Sire, dit-il, autant vaille que si c’étoit Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudoin son frére. » Puis, baisant son épée : « Tu es bien heureuse, mon épée, d’avoir aun si vertueux et puissant roi donné l’ordre de la chevalerie! Ma bonne épée, tu seras moult bien comme relique gardée, et sur toute autre honorée. » Cette épée défendit vigoureusement la France contre Charles-Quint, et pendant un mois arréta devant les faibles remparts de Méziéres les Impériaux, commandés par le comte de Nassau et le fameux Sickingen. Cette fois seulement Bayard joignit la ruse au courage, ef sema la discorde parmi les généraux ennemis, qui levérent le siége. Paris le recut comme son libérateur, et le parlement comme le sauveur de la patrie.
Aprés deux ans de repos, aprés avoir fait cesser par ses libéralités la disette et la peste dans son cher pays du Dauphiné, Bayard alla chatier les Génois révoltés, et fit preuve d'un mépris chevaleresque pour ces marchands et pour leurs aunes, L’armée frangaise d’Italie était perdue par les fautes de l’amiral Bonnivet, quand Bayard en accepta le commandement; il se fit tuer en soutenant la retraite. Une pierre , lancée par une arquebuse a croc, vint le frapper au coté droit et lui rompit I’épine du dos : « Jésus, mon Dieu , s’écria-t-il, je suis mort! » Il donna ordre qu’on le déposat au pied d’un arbre, le visage tourné vers lennemi, baisa la garde de son épée en guise de croix, et récita quelques versets du Miserere. Puis il engagea ceux qui l’entouraient & s’éloigner pour ne pas tomber au pouvoir des ennemis. Bientot le connétable Charles de Bourbon, qui avait passé au service de l’empereur, s’étant approché pour le plaindre : « Je vous remercie, monseigneur, lui répondit Bayard; iln’y a point de pitié en moi, qui meurs en homme de bien et servant mon roi; il faut avoir pitié de vous, qui portez les armes contre votre prince, votre patrie et votre serment. » Ilsurvécut deux heures a sa blessure, et mourut le 30avril 1524, a dix heures du matin, a Vase de quarante-huit ans. Le marquis de Prscaire i “mbaumer son corps; le duc de Savoie lui fit .endre & son »-«ssage les mémes honneurs funebres qu’ai x princes de son sang. Ses vestes furent inhumés dans une egiise des Minimes, prés de urenoble, et Frangois 1° fit son oraison funébre a la batai: » de Pavie : « Ah, chevalier Bayard ! dit-il, que yous me to ‘es grande faute! Je ne serois pas ici! »
La mémoire de Bayard resta pepulaire jusqua ot ne lV; on admira longtemps en lui Vheurenx modes ac so, tat francais, aimant la gloire ct le plaisir, le danger at es wm mes; maison « tat beaucoup de mols dev. « a leonels et trop sunores ; ses vertus, Sitter “tis bared: