BAYARD — BAYEN
pas la les ceuvres de quelque pensionnaire de Bicétre. Duvert et son gendre Lauzanne sont les créateurs de ce genre hélérogéne , qui surprit tout d’abord, et auquel plus tard on s’est habitué, parce qu’en général on aime ce qui est étrange et fantasque. Bayard les égala tous deux; ils voguérent bientot de compagnie, et les voila jetant en pature aux joyeux amateurs du vaudeville Les Gants jawnes, Le Mari de la Dame de cheurs, et quelques autres folies sbouriffantes, qui prouyaient la flexibilité de son esprit.
Mais, aprés s’étre égaré dans cette route difficile, on succés touche de si prés a la chute, Bayard ne tarda point a
la
iw
revenir 4 un genre plus sérieux, plus grave, plus intéres- |
sant. fl voulait que le drame et le rire voyageassent cdte a céte; il cherchait des émotions dans les études intimes de nos mceurs, dans les passions vraies de l’dme, dans les
tempétes du coeur. La était son élément, la était le champ |
clos ot ilaimait a entrer en lice, et d’ol, disons-le, il est presque toujours sorti vainqueur. Qui de nous ne se rappelle Marie Mignot, ce chef-d’ceuvre du genre, qui a
relevé le Vaudeville, dont on désespérait depuis longtemps? |
Plus tard est venu Le Premier Amour, page touchante de la vie dun jeune homme entrant dans le monde avec une Ame ardente et toutes les illusions de son age. A cété du Premier Amour, nous avons applaudi Mathide’, André, Tout pour mon fils, scénes ravissantes de noblesse , de dévouement maternel , d’ot vous ne yous échappiez qu’avec un frisson au ceeur et les yeux baignés de larmes. Le Démon de la Nuit est un tableau scintillant et pur comme un diamant; c’est un des meilleurs ouvrages dont i a doté le Vaudeville de la rue de Chartres, et qui ne contribuérent pas peu asa fortune. Mais cette scene ne suftisait point a sa fécondité ; il lui fallait un champ plus vaste, ou plutét il voulait un nouveau thédtre, un nouveau public, et le voila rival de Scribe, son ami plutét que son niaitre, nous donnant quelques-uns de ces yaudeyilles de salon, si tendres , si pleins d’émotions de famille , qu’on ne retrouvait que la, et qu’on allait encore applaudir quand on les avait yus une fois. Au Vaudeville, Marie Mignot, dont nous avons déja parlé; au Gymnase, Le Gamin de Paris; au Palais-Royal, Les Premiéres Armes de Richelieu, trois chefs-d’ceuvre. Jamais théatre n’avait obtenu de plus éclatants succés : on joua ces trois ouyrages toute l’année, et la curiosité n’était point satisfaite.
Bayard ne devait pas se contenter de ces faciles jeux de lesprit, son ambition le portait plus haut; il frappa bient6t a la porte de la ComédieFrangaise; elle lui fut ouverte & deux battants, et Le Ménage parisien, ainsi que Le Mari @ la campagne nous réyélérent un véritable poéte comique de plus.
Malgré ses nombreux travaux, Bayard a consacré une grande partie de son temps a la Société des Auteurs dramatiques, dont pendant plusieurs années il a été un des commissaires les plus actifs, et en cette qualité ila concouru a presque tous les traités qui ont été passés avec les directeurs des thédtres de Paris. Il a publié aussi des articles littéraires dans plusieurs journaux ef des piéces de vers dans plusieurs recueils. Frappé en 1837 d’un grand malheur de famille, il accepta comme distraction forcée la direction du théatre des Variétés qui lui fut offerte, et qu’il ne conserva que peu de temps. Durant la méme année il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur. Il est mort d’apoplexie, le 20 février 1853, 4 Paris. Le Thédtre complet de Bayard a été publié de 1855 4 1858 en 12 vol. in-18. Jacques ARAGO.
BAYARD (Le cheval). L’on voyait encore, il y a quelque vingt ans, servant d’enseigne a plusieurs magasins de Paris, un cheval lancé au galop, sur lequel étaient montés quatre guerriers. Cette enseigne avait l’inscription suivante ; AUX QUATRE FILS AyMON. Ce cheval vigoureux, dont la renommée a traversé les siécles, était le fameux
Bayard, qui joue un role important dans lhistoire romanesque de netre vieille chevalerie. Bayard en vieux francais veut dire bai ; c’est le sens dans lequel il est pris dans ce proverbe cité par un auteur du seiziéme siécle ;
Bayard de trois, cheval de roy,
Bayard de quatre , cheval de fol, Bayard d'un, ue le donne a aucun,
Dans la Chronique des Quatre fils A ym on, comme dans
' plusieurs autres compositions du méme genre, le cheval
= er ee es
Bayard tire ses mattres de toutes les occasions difficiles , et est avec le secours de ce noble animal qu’ils échappent a la vengeance du roi de France. Le pays des Ardennes et la province de Liége abondent en souvenirs relatifs & cette illustre monture. « On yoit encore & Dhuy, écrivait Paquot en 1770, un vieux chateau appelé Bayard. » La Roche-Bayard, prés de Dinant, est restée également célébre ; les paysans de ces cantons l’appellent par corruption Roche a Bayan. Lon raconte que le cheval Bayard se sauva de ces rochers pour se réfugier dans les foréts environnantes , et qu'il y demeure encore.
La légende des quatre fils Aymon a été populaire au village de Berthem, aux environs de Louvain. Un vieil auteur prétend que Berthem signifie la demeure du cheval, et que ce nom vient du célébre Bayard. Ce quwil y a de certain , c’est que ce village a pour armoirie un cheval, et que les gens du pays montraient naguére encore la créche de Bayard, avec ’empreinte de son pied sur une pierre, dans la forét de Meerda@l, c’est-a-dire la vallée du cheval. Avant les troubles du seiziéme siécle, on yoyait au-dessus du mattre-autel de Berthem un tableau représentant les quatre fils Aymon sur le cheval Bayard. Au-dessus du village de Couillet, prés de Charleroi, l’on montre égaletnent le pied ou le pas Bayard. « Ce palefroi et ses quatre chevaliers, dit M. de Reiffenberg , sont les acteurs obligés de quelques-unes de nos solennités civiles et religieuses. En 1490, Je jour de la kermesse , on fit 4 Louvain une procession instituée, assure-t-on, en 891, pour consacrer la défaite des Normands ; onla renouyela en 1656, 1660, 1663 et 1681. Derriére l’université s’avangaient Bayard et les fils Aymon. L’énorme quadrupéde était orné des armes de ses maitres, c’est-a-dire de gueules au chef de méme, et chargé de trois pals d’azur vairés d’argent. » Le méme écrivain reproduit une chanson flamande composée en l’honneur de ce célébre coursier, et dit qu’au jubilé de Malines, en 1825, et plusieurs fois depuis, le cheval Bayard a figuré dans !es réjouissances publiques. Le Rovx bE Lincy.
BAYEN (Pterre), chimiste de mérite, dont le nom n’a sans doute pas jeté autant d’éclat que ceux des Guyton- Morveau, des Lavoisier, des Fourcroy, mais dont les travaux eurent constamment en vue l’utilité publique, et a qui on est redevable de quelques belles découvertes, naquit 4 Chalons-sur-Marne, en 1725. De bonne heure il annonga un godt prononcé pour les arts utiles et les sciences appliquées ; et encore au collége, il consacrait |’époque des vacances a visiter les fabriques et les ateliers, examinant attentivement les divers procédés dont on y faisait usage, et songeant dés lors aux moyens de les simplifier et de les perfectionner. Il était déja 4gé de vingt-quatre ans lorsqu’il vint pour la premiére fois 4 Paris. Suecessivement éléve de Charras, de Rouelle et de Chamousset, ce fut surtout dans le laboratoire de ce dernier qu’il se livra en chimie A des travaux et a des expériences qui furent remarqués, et qui lui valurent de la part du gouvernement la mission d’examiner de concert avec Venel les diverses eaux minérales de France. Nommeé a quelque temps de 1a pharmacien en chef de |’armée expédilionnaire enyoyée contre Minorque, il rendit dans ces fonctions d’importants services. L’armée manquait d’eau potable, et de graves maladiesse déclaraient parmi les soldats réduits 4 boire une eau saumatre et {étide. Bayen, grace 2